Les Idaasha constituent une population d'Afrique de l'Ouest vivant au centre-sud du Bénin, dans le département des Collines. Quelques communautés sont en outre établies au Togo, le long de la frontière. Proches des Yoruba du Nigeria, d'où ils sont originaires, ils sont minoritaires au Bénin, dans un environnement surtout peuplé de Fon. Cet enclavement culturel les a conduits à une revendication forte de leur identité.

Ethnonymie Selon les sources et le contexte, on observe différentes formes : Idaca, Idaaca, Idaasa, Idaasha, Idaatcha, Idaca, Idáìtsà ; également Das̩a ou Dassa , « Notes sur les rois de Dassa (Dahomey), A.O.F. », in Journal de la Société des Africanistes, tome XXVII, fasc. II, 1957, , , notamment dans la littérature coloniale consacrée au Dahomey. Dans ce contexte ils ont été désignés aussi comme « les Nago de DassaJean Bonfils, La mission catholique en République du Bénin: Des origines à 1945, Karthala, 1999,  », en référence au groupe « Nago » (ou « Nagots » sous sa forme francisée). Les sources anglophones utilisent parfois Sha ou Itsha G. Parrinder, « Yoruba speaking people in Dahomey », in Africa, , 1947, , .

Localisation vignette|gauche|Coucher de soleil sur le « pays des 41 collines » (Glazoué).

Pratiquement à égale distance entre le Togo et le Nigeria, l'aire linguistique idaasha couvre principalement les zones rurales autour de Dassa-Zoumè et Glazoué, au cœur du département des Collines. De même que ces deux villes, incontournables pour tout déplacement dans le centre du pays, les villages sont pour la plupart alignés le long de la route nationale inter-états 2, donc facilement accessibles.

Dassa-Zoumè (nom actuel d'Igbo-Idaasha) se trouve dans une zone de plaine, sur un terrain relativement accidenté, au pied de deux collines granitiques culminant à et appartenant à une véritable chaîne formant un axe nord-sud sur . Elles sont recouvertes d'éboulis rocheux, de quelques grands arbres et d'une formation herbeuse qui se densifie pendant la saison des pluies. Le pays idaasha tout entier est parfois surnommé « le pays des 41 collines », au pied desquelles se seraient construits 41 villages, selon la traditionRoger Akpaki, « Regards croisés des pouvoirs et des populations : la fête annuelle dite Iru chez les Idaashas (République du Bénin), in Odile Goerg (dir.), Fêtes urbaines en Afrique. Espaces, identités et pouvoirs, Karthala, 1999, , ». Ces collines – qui ont donné leur nom au département – ont joué un rôle significatif dans l'histoire de la région : c'est là que se sont fixées les populations émigrées du NigeriaAlain Morel, « Un exemple d'urbanisation en Afrique occidentale : Dassa-Zoumé (Dahomey) », in Cahiers d'études africaines, 1974, , .

Historiographie vignette|Formation rocheuse dominant le calvaire de Dassa-Zoumè. vignette|Chaos granitique de Dassa. Faute de sources écrites, l'histoire ancienne des Idaasha est difficile à établir. Pour des raisons variées souvent liées aux luttes incessantes que se livraient les grands royaumes d'Afrique de l'Ouest, ils seraient arrivés par vagues successives, probablement dès le , des transfuges d'Oyo, de Kétou, des d'Abeokuta, et se mêlèrent à d'autres populations.La fixation définitive de la localité peut être datée du . À la fin du , marqué par l'impérialisme fon, puis par la colonisation, Igbo-Idasa reste sans souverain pendant plusieurs années après la mort du roi Amoro. On a pu y voir la source de la fierté des Idaasha et de leur esprit d'indépendance.

À partir du moment où le pape Pie IX érige le vicariat apostolique du Dahomey en 1860 et le confie à la Société des missions africaines (SMAPatrick Gantly, Histoire de la Société des missions africaines (SMA) 1856-1907, Paris, Karthala, Tome 1, 2009, 547 p. Tome 2, 2010, 444 p.), l'histoire locale est assez bien documentée, notamment par le canal de L'Écho des missions africaines de Lyon créé en 1902Notice de l'Écho des missions africaines de Lyon, Data BnF . Après l'indépendance plusieurs thèses et mémoires soutenus au Bénin, en Côte d'Ivoire ou en France approfondissent le sujet. Des travaux universitaires plus récents (2004, 2013) se montrent plus audacieuxSylvain Anignikin, « Histoire des populations Idaatcha : à propos des manipulations du discours historique », in Annales de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines, , décembre 2004, et abordent la thématique de l'esclavage, moins étudiée jusque là en pays idaasha qu'au Danxomè. À Igbo Idaasha on avait recours à des esclaves, souvent des « asociaux », pour les travaux domestiques et champêtres, mais ils ne représentaient qu'un faible pourcentage de la population : ce n'était pas vraiment une société esclavagiste.

En revanche leur territoire a constitué un terrain de chasse à l'homme pour le royaume voisin du Danhomè qui participait à la traite des Noirs du en vendant des esclaves aux négriers. Les Idaasha ont alors tenté d'échapper aux razzias en trouvant refuge dans les nombreuses grottes de la région et en utilisant les blocs de pierre comme projectiles contre les assaillants. D'autres se sont enfuis vers plusieurs localités du Togo, telle Atakpamé. Les conséquences de l’esclavage sur le royaume d'Igbo-Idaasha continuent d'être explorées, notamment le déclin de la population, les transformations de la langue et des toponymes, celles des relations matrimoniales, mais surtout l'hostilité tenace des Idaasha envers les Fon d’Abomey, vus comme des « bêtes sauvages » (Eran oko). Cette animosité est souvent instrumentalisée dans l'arène politiqueRogatien Makpéhou Tossou, « Impact de la traite des Noirs sur le royaume Igbo-Idaasha du  », in Rhétria, n° 003, décembre 2013, , . Une autre piste de recherche concerne les éléments communs confirmant la parenté des Idaasha avec les Yoruba, tels que les divinités ou les tatouages faciaux.

Population

Une estimation précise de leur nombre reste difficile. Une étude de 1957 évalue la population à (pour le Dahomey). Un article publié en 1974 les présente comme « largement majoritaires parmi la population de la sous-préfecture de Dassa-ZoumèÉrigée en préfecture depuis 2016. (environ sur ) ».

Le recensement de 1992 au Bénin, Deuxième recensement général de la population et de l’habitation (Février 1992), vol. 2 : Analyses des résultats, tome 3 : Caractéristiques socio-culturelles et économiques, Ministère du Plan et de la Restructuration économique du Bénin, Institut National de la Statistique et de l’Analyse économique. Bureau central du recensement, 1994 a permis de croiser des données de nature différente. D'une part on a dénombré personnes appartenant au groupe ethnique Idaasha. D'autre part les enquêtes menées auprès des chefs de village ont abouti à un nombre de locuteurs de l'idaasha un peu moins élevé, soit , y compris dans les localités présentant une mixité ethnique. Si l'on s'en tient aux villages homogènes du point de vue linguistique, on identifie . On peut donc considérer qu'au Bénin la population idaasha compte entre et .

Langues Ils parlent l'ede idaasha, une langue yoruboïde du continuum linguistique ede dont le nombre total de locuteurs a été estimé à en 2016.

D'un point de vue numérique, linguistique et culturel, c'est une communauté minoritaire dans un pays où les Fon constituent le groupe ethnolinguistique le plus important. Historiquement le roi des Fon était l'ennemi juré du roi des Dassa, qui vivaient en état permanent d'alerte et avaient fini par se réfugier sur les collines rocheuses, sorte de forteresse naturelle. Cette capitale, nommée « Igbo-Idasa » par la population autochtone, fut rebaptisée « Dassa-Zoumè » à l'ère coloniale – la traduction fon de Igbo-Idasa.

Outre le fon, d'autres langues sont parlées à l'intérieur ou aux abords de leur aire linguistique, telles que le cabe, le mahi, le dendi ou le bariba. Néanmoins, dans la plupart des villages proprement idaasha, on ne rencontre pas de locuteurs de ces langues.

Culture

Notes et références

Annexes Bibliographie Biodun Adediran, « The Structure of Administration of Pre-Colonial Idaisa », Anthropos, LXXIX, 1-3, 1984, , Biodun Adediran, « Idaisa: the making of a frontier Yoruba state », in Cahiers d'études africaines, , XXIV-I, 1984, , Sylvain Anignikin, « Histoire des populations Idaatcha : à propos des manipulations du discours historique », in Annales de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines, , , Roger Akpaki, Mise en place des peuples et relations intercommunautaires à Idaaca, Université nationale du Bénin, Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines, 1985, 187 p. (mémoire de maîtrise d’histoire) Roger Akpaki, « Regards croisés des pouvoirs et des populations : la fête annuelle dite Iru chez les Idaashas (République du Bénin) », in Odile Goerg (dir.), Fêtes urbaines en Afrique. Espaces, identités et pouvoirs, Karthala, 1999, , Thomas Balley, « Le Roi Jagun Adjikin de la confédération des Idaasha et son règne long et difficile », in Ehuzu, du , p. 9. Adékin Emmanuel Boko, Contribution Idaisa au développement de la culture Yoruba du , Université Nationale de Côte-d’Ivoire, Abidjan, 1995, 380 p. (thèse de cycle) François Faroud (père), « Chez les Dassa », in L'Écho des Missions africaines, , 1929 Antonin Gauthier, « La mission des Dassas », in L'Écho des Missions africaines, , . Ogunsola John Igué, La civilisation agraire des populations yoruba du Dahomey et du Moyen Togo, Université de Nanterre, 1970 (thèse de cycle)

Paul Mercier, « Notice sur le peuplement yoruba du Dahomey-Togo », in Études dahoméennes, , 1950, , « Notes sur les rois de Dassa (Dahomey), A.O.F. », in Journal de la Société des Africanistes, tome XXVII, fasc. II, 1957, , Alain Morel, « Un exemple d'urbanisation en Afrique occidentale : Dassa-Zoumé (Dahomey) », in Cahiers d'études africaines, 1974, , , Thomas Mouléro, « Le mariage chez les Dassas. Étude sur la famille », in L'Écho des Missions africaines, , et , G. Parrinder, « Yoruba speaking people in Dahomey », in Africa, , 1947, , Bernard Tossou, Impact de l’esclavage en pays Idatcha : , Université nationale du Bénin, Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines, 1999, 89 p. (mémoire de maîtrise d’histoire) Marguerite Tossou,Les proverbes idatcha, Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III), UER de Littérature Générale et Comparée, 1973, 123 p. (mémoire de maîtrise) Rogatien Makpéhou Tossou, « Impact de la traite des Noirs sur le royaume Igbo-Idaasha du  », in Rhétria, n° 003, , ,

Articles connexes Festival des arts et culture idaasha Diocèse de Dassa-Zoumé Liste des groupes ethniques d'Afrique

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