Louis Carrogis de Carmontelle, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un peintre, dessinateur, graveur, auteur dramatique et architecte-paysagiste français.
Grand ordonnateur des fêtes du duc d'Orléans, célèbre pour ses portraits de profil comme pour ses petites comédies improvisées appelées Proverbes, il est connu également pour avoir peint des transparents, inspirés de la lanterne magique, et pour avoir agencé le parc Monceau de Paris.
Biographie Né d’un père maître cordonnier d’origine ariégeoise, Louis Carrogis apprend la peinture et le dessin en autodidacte et trouve un emploi de tuteur en mathématiques auprès des enfants de la noblesse. Il participe à la guerre de Sept Ans en qualité de topographe, tout en occupant ses loisirs à croquer les soldats de son régiment. De retour à Paris en 1763, il entre au service du duc d'Orléans en tant que lecteur.
vignette|Anonyme, Carmontelle présentant les clés du parc Monceau au duc de Chartres (1790), œuvre non sourcée. Carmontelle se fait cependant apprécier pour son esprit et pour son habileté à portraiturer les personnages, petits et grands, qui fréquentent la cour. Son principal emploi consiste à orchestrer les fêtes et les divertissements dont raffole la noblesse. À l'aide d'un dispositif qu'il a lui-même inventé, il fait défiler des paysages transparents devant les invités du duc. Il improvise des comédies dont les acteurs sont choisis parmi l'assistance, tandis que les spectateurs sont invités à deviner les proverbes qui en forment la trame. Certaines de ses pièces sont mises en musique par Jean-Benjamin de Laborde et représentées dans les théâtres privés des grandes courtisanes.
En 1785, à la mort du duc d'Orléans, il se retrouve au service de son fils, le duc de Chartres et futur Philippe Égalité, pour lequel il dessine les plans du parc Monceau et en conçoit les folies. Lorsque le duc de Chartres est guillotiné en 1793, Carmontelle prend sa retraite dans un petit logement de la rue Vivienne à Paris, où il meurt treize ans plus tard.
Son œuvre L'œuvre de Carmontelle, surtout connue pour ses petites pièces de théâtre dénommées proverbes, est très diverse. Avec ses portraits, elles témoignent d'un esprit d'observation très fidèle à la réalité. Carmontelle dit vouloir rendre le ton de la conversation, sans chercher à faire stylé. Malgré la vérité de ses textes, il lui sera reproché d'être plat, commun par trop de naturel.
L'art de Carmontelle est dans la reproduction de ce qu'il voit, souvent par le biais de la miniature, comme dans ses jardins. Ses talents d'imitateur se cachent derrière une sensation de naturel que donne son travail, un examen attentif les faisant ressortir. Son art cherche à s'effacer, pour donner l'illusion de la réalité, comme le fait aujourd'hui une photographie, technique qu'il a d'ailleurs pressentie, par ses travaux d'optique et par ses transparents et ses chambres noires.
Les portraits vignette|Le Baron Grimm (1769), gravure de John Swaine d'après Carmontelle. On connaît de lui plus de 750 portraitsArmelle Baron, « Maître de l'instantané », L'objet d'art, , novembre 2017, .. Le baron Grimm, qui posa lui-même pour Carmontelle en 1769, écrit à leur propos :
Cent ans plus tard, cette analyse de Grimm se trouve en large partie confirmée par deux historiens de l'art :
Carmontelle, qui ne monnayait pas ses portraits et aimait à en distribuer des copies à ses amis, avait soin d'en conserver les originaux, de sorte que la majeure partie en fut préservée, pour être recueillie par la suite à Chantilly au musée Condé et à Paris au musée Carnavalet. Beaucoup d'entre eux furent reproduits par des graveurs de renom, l'un des plus célèbres étant La Malheureuse Famille Calas, gravée en 1765 par Jean-Baptiste Delafosse.
L'estampe des Calas vignette|La malheureuse famille Calas (1765), gravure de Jean-Baptiste Delafosse d'après Carmontelle.Légende : « La Mère, les deux Filles, avec Jeanne Viguière, leur bonne Servante, le Fils et son ami, le jeune Lavaysse. » Cette année-là, un proche de Voltaire et de Diderot, Étienne Noël Damilaville, a l'idée de lever une souscription pour venir en aide à la famille Calas, dont il estime le père injustement condamné au supplice. Les souscripteurs, que Grimm et ses amis s'empressent de solliciter dans toute l'Europe, y compris en Russie, recevront en échange de leurs dons un portrait de Madame Calas, que Carmontelle a accepté de dessiner.
Au mois d'avril, soit quelques jours après le jugement de réhabilitation obtenu grâce aux efforts de Voltaire, Damilaville lui fait part de son projet : . Voltaire s'enthousiasme aussitôt : . Voltaire non seulement acheta les estampes, mais il en fit accrocher une dans l'alcôve où se trouvait son litCette anecdote repose sur une gravure de François Denis Née et Louis-Joseph Masquelier d'après Vivant Denon, Le Déjeuner de Ferney, qui dépeint la scène..
Les proverbes Les proverbes de Carmontelle constituent par excellence un théâtre de société. À l'origine, ce ne sont guère que des canevas sur lesquels les personnages de la cour sont invités à improviser. Carmontelle lui-même y prend part en se réservant le rôle du mari avare et jaloux. Il y met tant de vérité que Frederick, duc d'York et Albany, frère du roi d'Angleterre, se serait un jour exclamé : .
Environ une centaine de proverbes a été conservée. Ce sont des petites comédies sans prétention, à la trame légère et dépourvues de toute action dramatique. La plupart des critiques s'accordent pour ne leur trouver qu'un faible mérite littéraire. Diderot commente ainsi deux d'entre eux :
Il faut attendre près d'un siècle pour que le vœu exprimé par Diderot se trouve exaucé en la personne d'Alfred de Musset. C'est lui qui insuffle aux proverbes la poésie qui leur manquait, quitte à les plagier parfois sans vergogne. On retrouve ainsi dans On ne saurait penser à tout, que Musset fait jouer pour la première fois en société en 1849, des scènes entièrement retranscrites du proverbe de Carmontelle intitulé Le Distrait.
Carmontelle a écrit aussi des instructions sur la façon d'écrire ces proverbes. Il s'agit, explique-t-il, d'un sujet, comportant diverses scènes, qui illustrent un proverbe, proverbe que l'assemblée doit deviner. Il faisait attention que la présentation imprimée ne donne pas de façon trop visible le proverbe, à tel point que les titres de ses saynètes ne le révélait pas.
Les transparents Les transparentsUn de ces transparents sur le thème des quatre saisons est conservé au musée du Domaine départemental de Sceaux. Il se compose de 119 feuilles peintes constituant ainsi un rouleau de de long. de Carmontelle se composent d'un long rouleau de feuilles peintes collées bout à bout. Tendu entre deux bobines et éclairé par transparence, ce rouleau défilait devant les yeux des spectateurs en leur donnant l'impression de se mouvoir à travers un charmant paysage. Leur enchantement atteignait à son comble lorsqu'ils reconnaissaient, parmi les personnages qui s'y promenaient, ceux qu'ils avaient eux-mêmes incarnés dans les proverbes.
En 1801, Carmontelle présenta ses transparents à Félicité de Genlis qui écrit :
Jean-Christophe Bailly consacre un chapitre au transparent de Carmontelle conservé au musée du Domaine départemental de Sceaux dans son livre Le Dépaysement. Voyages en France.
Le pays d'illusions vignette|Vue des tentes turques (1779), gravure de Jean-Baptiste Delafosse d'après Carmontelle. Sur une parcelle de terrain située dans le village de Monceau, au nord-ouest de Paris, acquise en 1769 par le duc de Chartres, Carmontelle est chargé d'agencer un jardin d'agrément. Il se met au travail en 1773 et conçoit un parc dans le style anglo-chinois, que l'on appelle alors la « folie de Chartres ».
Ainsi qu'il l'explique dans un album où il défend son œuvre, qui fut vivement critiquée, son ambition était de créer . Dans ce « pays d’illusions », le promeneur se voyait offrir un parcours jalonné de 17 édicules appelés fabriques. Au détour d'un chemin, il découvrait entre autres une tour avec pont-levis, une allée des tombeaux, une île des moutons, un moulin à eau en ruines, un moulin à vent hollandais, une colonnade corinthienne, un temple de Mars, des tentes tartares, un obélisque, un minaret, une pyramide égyptienne, un carrousel chinois, une naumachie. Ainsi que l'avait voulu le duc de Chartres, grand maître du Grand Orient de France, certaines de ces constructions étaient ornées en outre de symboles maçonniques.
Achevé en 1778, le parc Monceau fut par la suite plusieurs fois réaménagé, ne laissant que très peu d'éléments du jardin tel que Carmontelle l'avait conçu.
Galerie
Hommages Place Louis Carmontelle : place où se situent encore aujourd'hui les pavillons de garde qui ont donné leur nom à la ville voisine des Pavillons-sous-Bois.
Publications Théâtre Proverbes dramatiques, 1768-1769 Amusemens de société, ou Proverbes dramatiques, 8 volumes, 1768-1771 Proverbes dramatiques, 8 volumes, 1774-1781 Théâtre de campagne, 4 volumes, 1775 Nouveaux Proverbes dramatiques, 2 volumes, 1811 Proverbes et comédies posthumes de Carmontel, précédés d'une notice par Madame la comtesse de Genlis, 3 volumes, 1825
Varia Jardin de Monceau, près de Paris, appartenant à Son Altesse sérénissime Monseigneur le duc de Chartres, 1779 ; réédition en fac-simile : Le Jardin de Flore, Paris, 1979. Texte et dessins de Carmontelle Conversations des gens du monde dans tous les temps de l'année, 2 volumes, 1786 Les Femmes, roman dialogué, 1825
Critique d’art (Ces ouvrages sont également attribués à .) Coup de patte sur le salon de 1779, dialogue, précédé et suivi de réflexions sur la peinture, 1779 Encore un coup de patte pour le dernier, ou Dialogue sur le salon de 1787, 1787 Le Triumvirat des arts, ou Dialogue entre un peintre, un musicien et un poète, sur les tableaux exposés au Louvre, année 1783 : pour servir de continuation au Coup de patte et à la Patte de velours, 1783 Visites agréables, ou le Salon vue en beau, sans date
Notes et références
Bibliographie François-Anatole Gruyer, Chantilly. Les Portraits de Carmontelle, Paris, Plon, 1902 Jean-Hervé Donnard, Le Théâtre de Carmontelle, Paris, A. Colin, 1967 De Bagatelle à Monceau 1778-1978, Les Folies du à Paris, catalogue d'exposition au musée Carnavalet, 1978 Grandes et petites heures du parc Monceau, catalogue d'exposition au musée Cernuschi, 1981 Laurence Chatel de Brancion, Carmontelle au jardin des illusions, Éditions d’art Monelle Hayot, 2003 Laurence Chatel de Brancion, Le Cinéma au Siècle des Lumières, Éditions d’art Monelle Hayot, 2007 Xavier Salmon, Louis Carrogis dit Carmontelle : Le Transparent des campagnes de France, Paris, Louvre éditions / Somogy éditions d'art, « Solo », 2018
Sitographie « Carmontelle » sur Artcyclopedia « Personnages se promenant dans un paysage », un transparent de Carmontelle sur getty.edu Deux spectacles différents avec des proverbes dramatiques de Carmontelle par la Compagnie des Barbares, sur lesbarbares.free.fr
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