Philippe Porée-Kurrer (né à Fécamp le ) est un romancier canadien d'origine française (Normandie).
Biographie alt=Philippe Porée-Kurrer et son épouse Marylis, Texas, juillet 2017|thumb|Philippe Porée-Kurrer et son épouse Marylis, Texas, juillet 2017
Né à Fécamp d’une famille normande d’artisans chocolatiers (du côté paternel puisque sa mère, Évelyne Kurrer, est d'ascendance alsacienne et italienne), Philippe Porée-Kurrer passe sa petite enfance chez ses grands-parents paternels, pâtissiers à Bayeux et à Saint-Aubin-sur-Mer. Ses années d’études se déroulent à l’ombre des murs de Jean-Baptiste de La Salle, alors un pensionnat des frères des écoles chrétiennes, à Rouen. C’est déjà à cette époque qu’il découvre la Série Noire de Marcel Duhamel, notamment les romans de James Hadley-Chase, celui dont il dit : « Hadley-Chase est un grand oublié qui m’a permis de faire le mur, de m’évader virtuellement du pensionnat, mais aussi et surtout de m’enseigner qu’un roman se construit bien davantage avec les dialogues qu’avec le thème ou la trame ».
Assoiffé de liberté et de grands espaces « après toute cette grisaille, toutes ces soutanes et toute cette bêtise condensée en leçons de vie », influencé par Erskine Caldwell, Jack London et Georges Arnaud, Camus, Malraux il veut faire tous les métiers et connaître toutes les routes, car déjà il écrit, veut devenir écrivain et croit que cela ne s’apprend pas que dans les livres et encore moins sur le banc des écoles.
Dès 1969, il est apprenti pâtissier chez Pelletier, alors une grande maison au 66 de la rue de Sèvres, à Paris. Il échange alors des poèmes et des lettres avec Martine Vicens. «J’ignore ce qu’elle est devenue, mais Rimbaud avait peu à lui envier. Comme lui l’avait fait, je crois qu’elle a décidé de poser le crayon avant même d’être ce que l’on appelle adulte. » De Paris, il garde une image rebutante. « La ville en soi a son charme et j’aurais souhaité l’aimer, ne serait-ce que pour être près de la scène littéraire, mais le Parisien est une personne malheureuse. Il suffit de s’attabler à une terrasse pour s’en rendre compte, aucune joie dans les regards sinon ceux des touristes. »
En 1970, Porée-Kurrer est embauché en tant que serveur dans un restaurant étoilé à Caudebec-en-Caux. Cela le conduit à un brevet hôtelier qui lui permet d’obtenir un poste de serveur sur le paquebot France, à bord duquel il découvre le monde.
En 1972, il débarque à Boston, où il est en quelque sorte adopté par une famille aisée d'Arlington. À la fois très « religieuse et progressiste », cette famille veut lui donner les possibilités de ses ambitions, cela jusqu’à lui ouvrir les portes de Harvard. Cependant il n’est pas guéri du pensionnat et il craint la mainmise sur sa liberté. Un soir, sans prévenir personne, il prend l’autobus pour l’Ouest. Il se retrouve grillardin dans un motel, à Pecos, au Texas. Bientôt surpris en plein travail par les services d’immigration, il doit quitter les États-Unis. Il part pour l’Angleterre où il trouve un poste d’assistant-photographe à Manchester. Il rencontre Sharon Ridgway et ils se mettent « en ménage dans un appartement non-chauffé de Didsbury ». Il écrit sans arrêt, sous les couvertures. « Nous passions nos journées au lit pour avoir chaud, nous avions terriblement faim, mais bizarrement nous étions heureux ». Le couple rompt brutalement après une dispute au cours de laquelle Porée-Kurrer se bat aux poings avec le frère de sa compagne. Avec l’idée de retourner au Texas, il fait sa demande pour immigrer au Canada.
Il arrive à Montréal le . Il se déplaît immédiatement dans cette ville « froide, sèche, sombre, anguleuse, repliée sur elle-même » où il exerce un emploi de colporteur. Cependant il n’a pas amassé les fonds suffisants pour lui permettre de passer la frontière et il accepte un emploi dans les mines à Chibougamau. Le sort veut qu’il s’endorme dans le train, manque sa correspondance et se retrouve à Dolbeau, où il rencontre un Français qui lui propose une place de cuisinier dans « un club de danseuses exotiques nommé l’Épave, où se côtoient motards, enseignants, médecins, bûcherons et politiciens, le tout dans la bonne entente que procure la proximité des plaisirs coupables ».
C’est à Dolbeau qu’il rencontre Marylis Dufour qui va devenir son épouse. Ensemble, « sur le pouce, dormant le plus souvent à la belle étoile », ils font le grand tour du continent avant de retourner au Québec et d’acheter une terre à Notre-Dame-de-Lorette, où ils élèvent des chèvres et des chevaux. Par principe, il n’y a pas de télévision et la nuit il lit beaucoup (Thomas Clayton Wolfe, Boris Vian, Yasunari Kawabata, William Faulkner). Il écrit tout autant « sur la table de la cuisine ». Les manuscrits s’accumulent sans qu’il les considère publiables.
Le , un incendie ravage la ferme et compromet l’élevage de chevaux qu’il voulait établir « en haut du monde ». Le couple, qui a déjà quatre enfants se retrouve sur la route. Porée-Kurrer fabrique des jouets en bois à Sooke, en Colombie-Britannique, il est terrassier au Yukon, radiotéléphoniste à l’aéroport de Ticouapé, peintre en bâtiment à Québec, bûcheron à Saint-Stanislas, agent temporaire pour Guylaine Tanguay, la chanteuse country, pour laquelle il écrit deux chansons, dont Truckgirl.
C’est un peu la crainte de perdre à nouveau ses écrits qui lui fait publier Les portes du paradis, qu’il a rédigé en moins de trente jours. Trop vite, bâclé, pour lui c’est une catastrophe. Il dit avoir appris là que « le bonheur d’écrire consiste justement à écrire, le reste n’est que déception. »
Il s’attelle au Retour de l’Orchidée. C’est presque un marathon : quatorze heures par jour, sept jours sur sept durant huit mois. Il adresse le manuscrit à deux maisons. La première, au Québec, l’accepte d’emblée, la seconde, en France, ne lui donnera jamais de réponse. « Je me suis toujours demandé ce que serait devenue ma vie s’il en était arrivée une. Les ventes me permirent toutefois de payer la note de chauffage de l’hiver suivant et, surtout, les critiques furent excellentes. C’était bon pour l’égo. J’ignorais encore que ce que je prenais pour une chance serait en fait l’écueil de ma vocation ». L’auteur Yvon Paré écrira : « Philippe Porée-Kurrer, depuis la parution du "Retour de l'orchidée", en 1990, n'a cessé de dérouter. Cet écrivain vit sa vie comme un roman et en fait une aventure. Il n'hésite jamais à changer de lieux et à dire oui à toutes les expériences. » Pour Georges Henri Cloutier, « Si nos impressions sont exactes, la littérature québécoise se serait enrichie là, avec ce commonwealth moral, d’une manifestation peu fréquente dans le champ de l’utopie. Fascinating! » Jean-Roch Boivin, lui, affirme que « ce roman a tous les atouts d’un grand best-seller: aventure, sexe, violence, bouffe, exotisme, jeux des pouvoirs politiques et d’argent, un cinéma à grand déploiement et à gros budget. le genre que les Français traduiraient tout de suite s’il était écrit en américain. [...] Mes goûts personnels m’ont surtout fait apprécier sa qualité littéraire dans les moments où l’auteur fait se rencontrer un homme et une femme dans le suprême face-à-face. À chaque fois, la proximité des épidermes amène les grandes questions qui nous concernent tous, en attendant l’Apocalypse... La planète perd la boule, les amoureux perdent la tête, dans le genre on ne fait pas mieux! »
Le couple compte à présent six enfants (dans l'ordre: Emmanuel, Samuel, Sandra, Laura, Philippe, Terry) et la famille s’installe à Rivière-du Loup. L’été, ce sont les récoltes dans le sud-ouest de l’Ontario puis, de l’automne jusqu’au printemps, Porée-Kurrer écrit sans relâche, souvent jusqu’à seize heures par jour.
Après l’apocalyptique Retour de l’Orchidée (1990), son éditeur, Jean-Claude Larouche lui passe la commande d’une « suite » de Maria Chapdelaine. « J’ai accepté, même si, au-delà d’une suite, mon idée était surtout de reprendre où Hémon avait conclu pour donner ma propre vision du Lac-Saint-Jean. Pour moi, Maria en est en quelque sorte l’incarnation, au même titre que Scarlett est l’incarnation du Vieux Sud. »
La Promise du Lac sort en 1992 et c’est un succès commercial, non seulement au Québec, mais aussi et surtout en France. « Le livre avait été repris par Pygmalion, à Paris, et l’éditeur m’encourageait à écrire un roman à partir du poème de Longfellow, Évangéline. J’étais coincé. La promise, c’était ce que j’avais connu sur la ferme à Notre-Dame-de-Lorette, tout ce que j’avais appris de mes beaux-parents et de mes voisins, mais, outre la Louisiane, Évangéline n’avait à peu près rien à voir avec mon univers littéraire. Je voulais réinventer le noir en tant que révélateur social et humain, et voilà que mon éditeur québécois me vantait les grasses retombées de sages romances.» Des auteurs comme Christian Signol et Michel Peyramaure saluent La Promise du Lac. Denise Pelletier en dit : « La Promise du Lac est un excellent roman, écrit dans une langue populaire et savoureuse, une suite fort plausible à Maria Chapdelaine. En outre, avec un remarquable souci du détail, par des scènes concrètes et vivantes, l’auteur nous fait bien comprendre la situation socio-politique de l’époque, notamment la lutte de pouvoir entre l’église et les compagnies de pulpe qui s’installaient dans la région. Ce monde qui vit et meurt sous ses yeux s’impose au lecteur avec une force remarquable. » De ce roman, Porée-Kurrer dira lui-même : « Mon livre est bourré d’anecdotes qui sont toutes arrivées à des gens du Lac-Saint-Jean ; en fait, ce n’est quasiment plus une œuvre d’imagination. Est-ce que ça va choquer ? Peut-être, les gens n’aiment pas toujours les miroirs. Je n 'ai pas voulu être complaisant ; pas méchant, mais pas complaisant. »
Cependant, Porée-Kurrer se lance ensuite dans ce qu’il qualifie comme une sorte de « naturalisme noir » : La Quête de Nathan Barker (1994). « Il me fallait exprimer le malaise de ma rencontre avec l’Amérique (quoi que puissent en penser mes compatriotes, le Canada est aussi américain que peuvent l’être le Kansas ou la Virginie) et cela s’est traduit par certains personnages absolument repoussants, au point que des personnes, y compris des auteurs, me regardaient en me demandant comment j’avais pu concevoir de tels monstres. Cela m’a amené à me poser de sérieuses questions sur moi-même et il m’a fallu attendre bien des années et la parution du Nuit noire, étoiles mortes, de Stephen King pour réaliser que je n’avais pas eu le choix, que pour donner tout l’éclairage de l’Amérique, la solitude des horizons sans fin ne suffisait pas, il m’avait aussi fallu descendre dans la fange la plus repoussante ». Si Porée-Kurrer parle de Stephen King, on ne doit pas oublier que ce sont surtout à des auteurs comme Halldór Laxness, Selma Lagerlöf, Gunnar Gunnarsson et surtout Göran Tunström, des Scandinaves qu’il dit devoir le plus. « Je n’ai jamais rencontré Tunström, mais je suis allé sur sa tombe, à Sunne, j’ai rencontré une infirmière qui l’a soigné dans ses derniers moments à Stockholm, je suis allé là où il a vécu; j’ai le projet, un jour, d’écrire sa biographie, ou peut-être sa vie romancée, un peu à la façon du Jean Galmot de Cendrars. »