L'affaire Michel Ambras (ou affaire Pomonti) est une affaire criminelle française dans laquelle Willy Pomonti, un retraité de 69 ans, a été torturé puis assassiné dans la nuit 15 au chez lui à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines).
Biographies La victime Willy Pomonti était un architecte à la retraite résidant dans une maison de banlieue parisienne à La Celle-Saint-Cloud. Il vivait entre Paris et le sud de la France où vivait sa femme. En effet, malgré le fait que le couple soit séparé sur le papier, tous deux se voyaient régulièrement et volontiers. De leur union naîtront deux enfants : Florence et Éric, le fils aîné.
Son entourage ne connaissait aucun ennemi à cet ancien architecte, sa situation financière était stable (absence de dettes) et il était inconnu des services de police. Perçu comme un homme aussi serviable qu'agréable, il menait une vie plutôt paisible et entretenait de bonnes relations avec sa famille et son voisinage.
L'assassin Michel Ambras est né en 1959. Âgé de 36 ans au moment des faits, il décède à 58 ans, en 2018. Jusqu'à cette affaire et malgré un passé parsemé d’actes délictueux, l’homme n’aurait apparemment commis aucun acte criminel et serait inconnu des services de police pour un quelconque fait de violence.
Faits
Le matin du mardi 16 avril 1996, la police reçoit l’appel d’un homme signalant la découverte du corps inanimé de son voisin, au 15 allée Horace Vernet, dans le quartier de la Châtaigneraie à La Celle Saint-Cloud.
L'enquête judiciaire Peu habituée à traiter les affaires criminelles, la police de secteur appelle la police judiciaire de Versailles en renfort. Dès leur arrivée à l’adresse indiquée par le voisin quelques instants plus tôt, les enquêteurs figent la scène de crime et procèdent aux premières constatations : des objets et des meubles ont été renversés, des tiroirs ont été ouverts et fouillés, des papiers jonchent le sol et le poste de télévision semble avoir été déplacé (comme pour être emporté), autant d’éléments donnant à penser qu’il s’agissait d’un cambriolage qui aurait tourné en meurtre.
Sur les lieux, les policiers observeront qu’aucune issue n’a été forcée (il y a absence de traces d’effraction). En franchissant l'enceinte de la villa ils constateront que les murs du couloir sont tachés de sang et que des objets sont éparpillés au sol, où se trouve une perceuse ensanglantée. Leur progression les mènera jusqu’à l’entrée du couloir où un escabeau sanguinolent est adossé au mur. À quelques pas de celui-ci, de nombreuses éclaboussures et projections sanglantes parsèment également le sol et les murs, jusqu’à 1 mètre. En suivant les traînées laissées par la victime, les agents ont trouvé la chambre où gisait le cadavre de Willy Pomonti. L’homme était allongé par terre dans une mare de sang, légèrement recroquevillé sur lui-même, les poignets et les chevilles liés par du ruban adhésif. À ses côtés était posée une masse qui avait visiblement servi à l’un des meurtriers.
⌑ Recherche d'indices : Les agents de police judiciaire vont effectuer des prélèvements de traces ADN et rechercheront des indices matériels (ou preuves). Ils trouveront des mégots de cigarettes de différentes marques dans un même cendrier du salon, plusieurs traces de pas (dont deux empreintes de chaussures de sport partielles avec des motifs de semelles particuliers) ainsi qu’un grand nombre de traces digitales (19 au total) sur les meubles, les poignées de portes, les rubans adhésifs ou encore les outils. Cet ensemble de pistes sera envoyé aux laboratoires d’analyse dans le but d’identifier le ou les auteurs de cet homicide.
⌑ Résultats des prélèvements et analyses : L'ADN collecté sur les mégots de cigarettes constitue deux ADN différents : celui de la victime et celui d’un homme inconnu, probablement l’un des auteurs. Sur les 19 relevés de traces digitales, seulement 7 d’entre elles ont pu être exploitées sans toutefois pouvoir être identifiées (elles ne correspondaient pas à l’entourage immédiat de la victime). Elles seront envoyées au service du Fichier automatisé des empreintes digitales, mais elles ne correspondront à aucun profil connu. Les traces de pas prélevées sur place ne sont pas plus explicites : si la marque et le type des empreintes ont pu être identifiés (taille adulte), la pointure reste approximative (entre un 39 et un 41). À ce stade de l’enquête tous les éléments semblent avoir été exploités.
⌑ Point de vue médico-légal : Le mercredi 17 avril 1996, au lendemain de la découverte du corps de Willy Pomonti, une autopsie est pratiquée à l’Institut médico-légal de Garches (Hauts-de-Seine). Les constatations du médecin légiste préciseront que la mort du retraité remonterait à la soirée précédant la découverte de son corps, soit le . Selon le rapport d’autopsie, la victime aurait été perforée à deux endroits, dans le genou et un poignet, au moyen d'une perceuse dotée d’un foret à béton et utilisée selon un mode spécifique (le mode « marteau-piqueur ») sur 6 cm de profondeur. Le légiste déterminera que ces perforations ont été réalisées ante mortem. De plus, la face et la boîte crânienne du défunt ont été enfoncées avec un objet contondant (tel que la masse retrouvée sur place). Le décès serait intervenu après des heures de torture : ce serait en effet la douleur qui, à cause de son intensité, aurait provoqué un arrêt cardiaque abrégeant le supplice du défunt.
Les membres de la famille apprendront par le biais de la presse et des médias les détails macabres de ce qu'avait subi leur parent, alors que le souhait des policiers était de ne pas leur communiquer ces éléments afin de les ménager.
⌑ Témoignages :
D’après le témoignage de la fille de Willy Pomonti, l’absence de traces d’effraction au domicile de son père s’expliquerait par le fait qu’il ne fermait pas les issues de sa maison à clef. Il avait pour habitude d’accueillir des voisins chez lui.
Pierre, le voisin de Willy Pomonti ayant appelé la police, raconte s’être rendu le matin même de la découverte chez son ami après que la femme de ménage l'ait alerté, 15 minutes plus tôt. Quand elle est entrée chez le retraité pour travailler comme à son habitude, elle a été alarmée par le désordre ambiant qui y régnait et eut le sentiment qu'il s’était passé quelque chose d’anormal. Elle remarquera également que la voiture de son patron, une Renault 5 Baccara de couleur beige, avait disparu. Une voisine dira de son voisin qu'il était sympathique et toujours prêt à rendre service. Elle mentionnera s'être souvenue que la veille de la découverte du corps, alors qu’elle fermait les volets de sa chambre (aux environs de 23h15), elle a vu la R5 sortir de la cour. Elle expliquera avoir été étonnée de le voir sortir si tard parce que ce type de comportement n’était pas dans ses habitudes.
La police fera rapidement le lien entre la disparition du véhicule et celle des auteurs : ils veilleront au signalement et à la diffusion du modèle et des caractéristiques de la voiture immatriculée dans les Yvelines. En parallèle, les enquêteurs se rendront compte que l’option de la vengeance personnelle est peu crédible lorsqu’ils se pencheront sur la personnalité de la victime : cette hypothèse sera alors écartée.
Le 30 avril 1996, soit 15 jours après le meurtre, la Renault 5 est retrouvée sur un parking proche d’une cité populaire de la banlieue parisienne, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), à 20 km de La Celle Saint-Cloud. Cette zone est connue des services de police pour être un endroit où se concluent différents trafics illicites. La brigade criminelle de Versailles est envoyée sur les lieux en vue d’effectuer les premières constatations : le véhicule est intact. Si à l’intérieur aucune empreinte n’est exploitable, les enquêteurs vont tout de même constater la présence de traces laissées par des objets lourds (peut-être ceux du cambriolage) dans le coffre. Après avoir recueilli des indices, les agents vont relever les numéros des plaques d’immatriculation des véhicules environnants et procéder aux enquêtes de proximité. Ils vont également s'intéresser au quotidien de ce secteur dans l’espoir de trouver le conducteur de la voiture volée. Contre toute attente, ils recevront un appel anonyme émis par un résident de la cité qui leur communiquera de nouvelles informations : un groupe de jeunes se serait tenu autour de la voiture la veille. La brigade des stupéfiants du Val-de-Marne connaît ces individus, ils sont notamment impliqués dans des affaires de consommation de stupéfiants, de vols avec violence, de séquestration et de port d’armes. La théorie du cambriolage qui a viré au drame semble alors se préciser; elle confirmerait la violence du crime commis.
Le 14 mai 1996, 5 jeunes cités au cours de l’appel anonyme (4 garçons et 1 fille) verront leur domicile perquisitionné, puis seront ensuite placés en garde à vue. Ce qui devait être un nouveau rebondissement dans l’affaire va s’avérer être une fausse piste. En effet, bien que certains jeunes fument les mêmes cigarettes et possèdent des chaussures correspondant aux motifs retrouvés sur le sol de la scène de crime, tous les suspects entendus et interrogés (séparément) sur le jour de l’assassinat vont démentir leur implication en présentant un solide alibi. Une comparaison de leurs empreintes digitales avec celles relevées sur la scène de crime sera tout de même réalisée, mais aucune ne correspondra. Ils seront alors relâchés.
Pendant près de 7 ans l’enquête sera au point mort, à la limite de la clôture.
En 2006, 10 ans après le meurtre de Willy Pomonti, une juge d’instruction reprendra l'affaire. Pour lui donner un nouvel élan elle demandera une autre recherche au Fichier national automatisé des empreintes génétiques, en vue de relancer les comparaisons de l’ADN des mégots avec cette base de données, élargie avec les années. Cette ultime vérification induit la comparaison non plus seulement des criminels sexuels, mais aussi les auteurs de délits (tous les ADN des personnes fichées y sont rassemblés, soit environ 17 000 profils différents).
Le 9 juin 2006 est découvert qu'un profil correspond : c'est celui de Michel Ambras. Ses antécédents pour des faits de vols, d'escroquerie et de falsification de chèque lui ont valu de se retrouver dans les données de la FNAEG (articles 706-54, 706-55, 706-56 du code de procédure pénale). Si cet homme n’est pas forcément coupable de meurtre, il est certain qu'il s'est déjà rendu au domicile de Willy Pomonti.
Le 13 septembre 2006 le suspect sera interpellé à son domicile d'Aulnay-sous-Bois, où il vivait avec sa femme et ses 4 enfants. Il sera placé en garde à vue puis emmené dans les locaux de la police judiciaire de Versailles pour y être interrogé. Il est alors âgé de 46 ans. Dès sa première audition, il niera s’être déjà rendu à La Celle Saint-Cloud. Malgré le fait que sa version contredise la preuve irréfutable qu’ont les agents en leur possession, ceux-ci sont déterminés à poursuivre l’interrogatoire. Après plusieurs heures, ils prendront la décision de lui présenter les éléments dont ils disposent : sa trace génétique retrouvée sur les lieux du crime a été formellement identifiée. Face à cette vérité scientifique indéniable, l’homme changera de version : il confirmera sa présence sur place. Le , alors âgé de 36 ans et vivant sur Paris, il décide de quitter son domicile après une dispute avec sa future femme pour « se changer les idées ». Il prendra le train sans itinéraire précis, descendra par hasard à l’arrêt de La Celle Saint-Cloud, aux alentours de 17h00, pour marcher et visiter cette ville.
« J’ai vu que le coin avait l’air bien. Je suis descendu du train, et j’ai marché, sans but. »