Le vocabulaire de l'espéranto a été initialement sélectionné par Louis-Lazare Zamenhof à la fin du suivant les principes d'une langue construite a posteriori. Les racines de l'espéranto dérivent des langues indo-européennes, les plus connues au monde; celles communes à plusieurs langues parmi les plus utilisées sont privilégiées. Le nombre de racines est passé d'environ à entre sa création et 2020, du fait de l'intégration de nombreuses racines scientifiques et techniques.
La structure affixante du vocabulaire rapproche l'espéranto d'une langue agglutinante ou isolante, dans lesquelles le radical reste identique et facilite l'apprentissage. Ainsi, les principales catégories de mots lexicaux en espéranto (substantifs, adjectifs, adverbes dérivés, verbes à l'infinitif) sont composées d'un ou plusieurs radicaux et d'une voyelle finale distinctive.
Le choix des racines recourt à plusieurs règles. Lorsque cela est possible, les mots-radicaux internationaux ou ceux de la nomenclature internationale (botanique et zoologie) sont utilisés. Le choix est attentif à la limitation des homonymes et des mots aux sens multiples. Dans la même idée, les racines entraînant un équivoque ou un double sens sont modifiées. Il arrive également de combiner en une forme intermédiaire deux formes nationales. Enfin, des transformations écrites ou orales de racines sont parfois réalisées, pour limiter les exceptions aux règles de l'espéranto.
Racines du vocabulaire Le nombre de racines officielles est d'environ 20 000 en 2020, si l'on comptabilise les radicaux présents dans le dictionnaire de la langue le plus complet, le Plena Ilustrita Vortaro, dit PIV. Elles permettent de créer par le système de dérivation régulier plus de 250000 mots. Pour constituer les bases lexicales de l’espéranto, Zamenhof a privilégié les racines communes de langues indo-européennes dominantes dans la communication internationale. Historiquement le grec ancien, surtout le latin jusqu'à la Renaissance, le français jusqu'au puis l'anglais ont été des langues dominantes, influençant fortement le vocabulaire des autres langues européennes. Environ 75 % des racines de l’espéranto sont issues du latin et des langues romanes, ce qui est à peu près le même pourcentage qu'en anglais ; 20 % environ sont d’origine germanique. Les autres racines proviennent du grec ancien, des langues slaves (le polonais était sa langue nationale, le russe la langue de l'empire) et d'autres langues. Ce choix de l'internationalité maximale des racines fait que sur les premières racines officielles dans les années cinquante, environ 90 % des racines sont reconnaissables d'un locuteur de langue romane, environ 80 % d'un Germanique, plus de 60 % d'un Russe, ces proportions ne faisant qu'augmenter avec l'admission de nouvelles racines, notamment scientifiques et techniques.
Il s'apparente par son vocabulaire aux langues indo-européennes, parlées par 45% environ de la population mondiale et dont font partie les principales langues de communication internationale qui sont apprises par une majorité de la population mondiale.
L’origine essentiellement indo-européenne du vocabulaire facilite l’apprentissage de l’espéranto pour les locuteurs d’une langue de cette famille.
Le vocabulaire ne représente pas un obstacle insurmontable à la diffusion internationale de l’espéranto, comme le montre l’exemple de la Chine où l’espéranto s’est rapidement diffusé dès le début du . Il est de plus beaucoup moins difficile à apprendre que l'anglais..
Structure des mots
Similarités avec les langues agglutinantes et isolantes Par sa structure interne l'espéranto s'apparente aux langues agglutinantes et isolantes. En particulier, la structure affixante des mots fait ressembler l’espéranto à un grand nombre de langues agglutinantes (telles que le japonais, le coréen, les langues turques ou le swahili).
Le principe d’invariabilité des éléments de la langue se retrouve, de manière encore plus prononcée, dans les langues isolantes parlées par 30 % environ de la population mondiale, telles que les langues sino-tibétaines et notamment le chinois, le vietnamien, le thaï, le birman... Comme en chinois, les radicaux de l'esperanto sont invariables.
En comparaison, la structure flexionnelle des langues indo-européennes en accroit fortement les irrégularités, la difficulté et la durée d'apprentissage. Le radical en anglais est par exemple l'objet de flexion (). La flexion de la prononciation rend également le langage oral difficile à standardiser : prononciation divergente entre woman/women, écriture non phonétique, accent tonique déterminé par l'usage
Construction des principales catégories de mots Les principales catégories de mots lexicaux (substantifs, adjectifs, adverbes dérivés, verbes à l'infinitif) sont composés d'un ou plusieurs radicaux (invariables) et d'une voyelle finale distinctive, respectivement -o, -a, -e et -i. Lorsque plusieurs radicaux sont utilisés, le radical principal se situe à la fin du mot, sur le modèle des langues germaniques.
Un jeu d'une cinquantaine d'affixes ayant chacun un sens précis permet ensuite une construction logique du vocabulaire. Ces caractéristiques permettent de multiplier le vocabulaire à partir d'un nombre limité de radicaux.
Une centaine d'autres petits mots grammaticaux au sens large (article, finales non verbales et verbales, nombres de base, pronoms, prépositions, conjonctions) complètent le vocabulaire.
Choix des racines Mots-radicaux internationaux Lorsque cela était possible, Zamenhof a repris des mots communs ou très proches dans un grand nombre de langues européennes. Ils n'ont d'autre formalité que de se soumettre à la phonétique de la langue, et ce dans divers domaines : technique: lokomotivo, bicikleto, radio etc. scientifique : atomo, jono, aluminio, acido etc. médical : psikiatrio, neuralgio, pneumonio etc. philosophique: ideo, fenomeno, reflekso, percepto etc. littéraire : folietono, revuo, tragedio, cezuro, prozo, intervjuo etc. sportif : futbalo, maĉo, golo, skio, nokaŭti etc. divers : Boire qui se dit to drink en anglais et trinken en allemand, et a donné en espéranto trinki, ainsi que drinki (boire avec excès) ; on retrouve également cette racine dans les mots trinquer (français) drinken (néerlandais) et trincare (italien).
Ingénieur qui se dit Ingenieur en allemand et engineer en anglais a donné en espéranto inĝeniero.
poŝto (poste) et telefoni (téléphoner) sont des mots que l'on retrouve couramment dans toutes les langues européennes.
Il est important de noter qu'un grand nombre de mots d'origine grecque sont également présents en espéranto (deux origines possibles, via le latin et via le vocabulaire scientifique récent : biologie, cinéma...)
Nomenclature internationale en botanique et zoologie Ces sciences disposent de mots véritablement internationaux (petalo, poleno, rozo, hortensio, leopardo, tigro, kamelo, elefanto etc.). Pour remédier à la diversité de la majorité des appellations, les savants ont établi une nomenclature dont les éléments sont empruntés au latin et au grec. Zamenhof y a naturellement eu recours : kverko chêne (Lat quercus), abio sapin (lat abies), brasiko chou (Lat brassica), persiko pêche (Lat. persika), meleagro dindon (meleager) etc.
Notons que les mots latins comportant la syllabe qu sont souvent transcrits en espéranto en kv (c'est la prononciation que l'on retrouve dans les langues germaniques et slaves (et en roumain, cvartet : quatuor), par exemple dans aquarium prononcé, et parfois écrit, Akvarium), ceci afin d'éviter un hiatus (u étant une voyelle en espéranto, jamais une semi-voyelle) ; pour les mêmes raisons, les suffixes commencent par des voyelles.
35 % des du Fundamento (1905) entrent dans cette catégorie qui s'est renforcée avec l'adjonction de racines communes scientifiques.
Bien souvent, les langues avaient trop divergé et Zamenhof dut faire, racine après racine, des choix étymologiques forcément difficiles ; mais il veilla à ce que les emprunts soient les plus communs possible
Emprunts aux langues romanes et germaniques Le latin a été enseigné environ deux millénaires dans la grande majorité des pays européens et est la principale source étymologique.
En moindre mesure, l'anglais et l'allemand contiennent un grand nombre de racines latines, ce qui permet, en choisissant ces dernières d'atteindre une meilleure forme d'internationalité. Par exemple le latin "audire" se retrouve en français dans "audition", en italien dans "auditore", en anglais dans "audience, auditory" , en allemand dans "Audienz, Auditor", ce qui justifie l'espéranto aŭdi. De même l'espéranto mano, immédiatement compréhensible dans les langues romanes est appuyé par les dérivés anglais "manuscript", allemand "Manual. Ou encore "jardin", qui se dit Giardino en italien et Garden en anglais, Garten en allemand a donné en espéranto ĝardeno.
Les mois de l'année proviennent également des langues romanes et existent aussi dans les langues germaniques (certaines langues slaves, comme le polonais, ont d'autres racines) : Januaro, Februaro, Marto, Aprilo, Majo, Junio, Julio, Aŭgusto, Septembro, Oktobro, Novembro, Decembro
Aussi l'espéranto a utilisé systématiquement ce procédé et tiré un grand nombre de ses racines de la forme latine, ce qui explique que le mot français répond souvent plus précisément au mot espéranto par ses formes dérivées que par ses mots simples. Ainsi on retrouve patro (père) par paternel, dorso (dos) par dorsal, skribi (écrire) par scribe; laŭdi (louer) par laudatif, bastono (bâton) par bastonnade, proksima (proche) par proximité etc.
De plus les racines françaises sont prédominantes dans les domaines de la toilette, de la galanterie, de la cuisine : genuo, honesta, kolporti, pinglo, poŝo, pudro, revi, trikoti ; omaro (homard)
Les jours de la semaine proviennent des langues romanes : lundo, mardo, merkredo, ĵaŭdo, vendredo, sabato, dimanĉo.
Limitation des homonymes et des mots aux sens multiples Zamenhof voulait éviter les homonymies, la langue internationale devant être la plus claire possible. L’un des moyens qu’il a utilisés pour cela est de varier les emprunts étymologiques
Ainsi la forme romane du mot "chien" proposée par le dérivé "canin", (It cane) formait un doublon avec le nom du roseau "canne", "canne à sucre". Ceci explique le choix de hundo (Ge Hund et En hound).
Le sol-eil, la sol-itude et le sol renvoyaient à trois racines identiques. Au terme international "solo" correspond le mot esp-o "sola". Les deux autres termes tirent leur radical de racines germaniques. suno vient de En sun, grundo de En "ground" et de Ge Grunde.
Le verre se traduit par vitro, d’origine latine, lorsqu’il s’agit de la matière, et par glaso, d’origine germanique, pour le récipient dans lequel on boit.
La langue se traduit par lingvo lorsqu'il s'agit du langage, et par lango lorsqu'il s'agit de l'organe.
Le garçon se traduit par junulo pour un jeune, par knabo d’origine allemande lorsqu'il s’agit d'un jeune enfant ou pré-adolescent, par kelnero de même origine, lorsqu’il s'agit d'un serveur et par filo, d’origine latine lorsqu’il s'agit du fils de quelqu'un.
La fille se traduit par junul-ino pour une jeune personne féminine, par knab-ino pour une petite fille ou préadolescente, par fil-ino pour la descendante de quelqu'un, par kelnerino pour une serveuse et par amor-vend-ist-ino pour une prostituée.
Le radical "plan" a trois sens nettement distincts : plano, le plan projet; "ebeno" de Ge "Ebene", surface plane et "ŝvebi" de Ge schweben planer dans les airs.; rêver se traduit par revi si le rêve est éveillé, et par sonĝi s’il s’agit d’un rêve survenu au cours du sommeil.
Modification des racines entraînant équivoque ou double sens Certaines racines ont été modifiées pour éviter les équivoques et double sens: