Entrepreneur·e·s d'intérêt général (EIG) est un programme national de recrutement d’innovateur·ice·s et d’entrepreneur·e·s au sein de la Fonction publique d'État française. Lancé en 2016., il vise à renforcer les capacités de l’État dans la conception, l’expérimentation et le déploiement de services numériques publics..

Initialement centré sur le recrutement de développeur·euse·s, de data scientists et de data engineers, le programme s’ouvre progressivement aux designers, puis aux juristes du numérique.. À partir de 2024, il est recentré sur des fonctions de pilotage de produits numériques publics, de direction technique et de mesure d’impact..

Historique

Lancement par la présidence de la République (2016)

Le programme trouve son origine dans un discours prononcé par François Hollande le 9 juin 2016, lors d’une déclaration consacrée au Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO). Le président de la République y annonce un appel à projets destiné à faire entrer dans l’administration des « entrepreneurs d’intérêt général », afin de contribuer, par le numérique et l’usage des données, à l’amélioration des relations entre les citoyens et les responsables publics.

Cette annonce intervient dans le contexte de la préparation du quatrième sommet mondial du PGO, organisé à Paris à la fin de l’année 2016.. À l’automne 2016, le dispositif EIG prend la forme d’un appel à candidatures destiné à recruter dix expert·e·s du numérique pour répondre à des « défis d’intérêt général » dans autant d’administrations publiques..

Recrutement de compétences rares (2017-2018)

Les deux premières promotions répondent aux difficultés de l’État à recruter certains profils numériques. En 2017, le programme est conçu comme un moyen d’attirer dans l’administration des développeur·euse·s et des profils techniques atypiques que les procédures ordinaires de recrutement public peinent à faire venir.

La deuxième promotion, en 2018, confirme ce format de recrutement temporaire. Des professionnel·le·s du numérique issu·e·s du secteur privé rejoignent alors l’administration pendant dix mois pour travailler sur des défis liés à la transformation numérique de l’État et à l’utilisation des données publiques..

Diversification des profils recrutés (2019-2021)

La troisième promotion marque un changement d’échelle, avec 32 EIG sélectionné·e·s en 2019 pour travailler, en équipes de deux ou trois, sur quinze défis retenus parmi 42 propositions d’administrations.. La même année, le programme fait l’objet d’un premier bilan après trois ans, 37 défis et 68 EIG recruté·e·s, tandis que son intégration dans les administrations apparaît encore progressive..

La diversification passe aussi par le design. En 2019, un dispositif parallèle, les Designers d’intérêt général (DIG), est lancé pour faire entrer des designers d’expérience utilisateur dans des administrations et améliorer l’accessibilité ainsi que l’usage des services publics numériques. En 2020, la quatrième promotion EIG associe ainsi designers, data scientists et développeur·euse·s..

Renforcement du cadre méthodologique (2021-2023)

En 2021, la cinquième promotion s’ouvre aux juristes du numérique.. La promotion entrée en septembre 2021 compte 38 personnes et atteint la parité entre femmes et hommes..

En 2022, le programme gagne en popularité auprès des administrations et se structure davantage autour de l’accompagnement des projets, du cadrage des objectifs à l’évaluation des résultats. La même année, il a concerné 80 administrations, recruté 172 talents du numérique et accompagné 87 projets..

La sixième promotion retient 34 lauréats pour 14 défis, principalement dans les domaines de l’environnement, des affaires sociales et de la santé publique..

Réorientation vers le pilotage de produits (2024-2026)

En janvier 2024, le programme est refondu et recentré sur les politiques prioritaires du gouvernement.. La nouvelle version privilégie des profils entrepreneuriaux capables de piloter des produits numériques publics, en particulier dans les domaines de la direction de produit, de la direction technique et de la mesure d’impact.

Cette évolution rapproche le programme de l’écosystème des startups d’État et du réseau beta.gouv.fr, les EIG étant désormais associé·e·s au pilotage, au déploiement et à la montée en maturité de produits numériques publics..

Réalisations

Parlement, justice et droit

Dans le champ parlementaire, LexImpact, issu de la troisième promotion, est conçu pour simuler l’impact de réformes socio-fiscales sur les citoyennes et les citoyens, en s’appuyant notamment sur le moteur libre OpenFisca.. L’outil est pérennisé à l’Assemblée nationale à partir de 2020 et devient une cellule chargée d’aider les parlementaires au chiffrage de leurs amendements et propositions de loi.. La presse spécialisée le présente alors comme un simulateur fiscal et un outil d’aide à la décision pour les députés..

Le projet DataJust, aussi issu de la troisième promotion, a pour objectif de construire un référentiel indicatif d’indemnisation des préjudices corporels à partir de décisions de justice.. Le traitement algorithmique suscite des contestations de la part d’associations et de professionnels du droit ; le Conseil d’État valide la phase expérimentale en décembre 2021, avant l’abandon du développement du projet par le ministère de la Justice...

Intégration, inclusion et accès aux droits

Dans le domaine de l’accueil et de l’intégration, le défi Karfu’R, porté par la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés, vise à développer une plateforme multilingue d’information et d’accompagnement pour les personnes réfugiées.. Cette initiative se prolonge avec Réfugiés.info, portail collaboratif destiné à fournir une information simple et traduite aux personnes réfugiées et à leurs accompagnants..

Identité numérique et expérience utilisateur

Dans le domaine de l’identité numérique, les projets ID numérique et FranceCo, issus du programme Designers d’intérêt général, s’inscrivent dans les travaux de l’État sur l’identification numérique et l’amélioration de l’expérience utilisateur des services d’authentification... Le projet FranceCo porte plus spécifiquement sur FranceConnect, fédérateur d’identités numériques lancé par l’État en 2015. En 2019, la presse spécialisée relève le recours à un designer, afin de retravailler l’interaction des usagers avec FranceConnect..

Données publiques et transition écologique

Dans le domaine des données environnementales, Ecosphère(s), porté par le Commissariat général au développement durable, vise à faciliter l’accès aux données utiles à la transition écologique et à la cohésion des territoires.. Le projet prend la forme d’un portail thématique adossé à data.gouv.fr, destiné à simplifier la recherche, la découverte et l’exploitation des données environnementales.. La Banque des territoires présente le projet comme un moyen de créer des bouquets de données utiles au pilotage des politiques publiques de transition écologique..

Dans le champ de l’inspection environnementale, Envinorma vise à faciliter le contrôle des sites industriels en rassemblant, dans une même interface, les prescriptions réglementaires applicables aux installations classées.. Le projet est cité dans les orientations stratégiques nationales de l’inspection des installations classées comme un outil permettant de connaître les prescriptions applicables à un site industriel..

Logement, bâtiment et référentiels publics

Dans le domaine du bâtiment, BatID vise à faciliter le suivi des politiques publiques liées au bâtiment, notamment la rénovation énergétique, en travaillant à un identifiant commun pour les bâtiments.. Le projet se prolonge dans le Référentiel national des bâtiments (RNB), qui associe aux bâtiments du territoire français un identifiant unique et pérenne.. La Banque des territoires présente BatID comme l’un des projets de géocommuns portés avec l’IGN, l’Ademe et le CSTB, avec l’ambition de créer un référentiel national des bâtiments accessible aux acteurs publics comme privés..

Mer, sécurité et contrôle

Dans le domaine maritime, MonitorFish, porté par le Centre national de surveillance des pêches, vise à améliorer le contrôle des activités des navires de pêche en aidant les agents à cibler les navires à risque et à exploiter des données opérationnelles dispersées.. Le projet est ensuite intégré à la startup d’État MonitorFish & MonitorEnv, destinée à optimiser l’effort de contrôle en mer.. Il est perçu comme un exemple d’usage combiné du design et de la donnée dans l’innovation publique..

Organisation du travail public

Dans le domaine de l’organisation du travail, OptiFlex, porté par le Service du commissariat des armées, vise à accompagner le réaménagement des espaces de travail et le déploiement d’un service numérique de réservation et de gestion des espaces, nommé Nomad.. Le service Nomad devient ensuite une startup d’État du ministère des Armées, destinée à permettre aux agents de réserver des espaces de travail adaptés à leurs déplacements.. En 2026, la presse souligne l’intérêt d’autres administrations, dans un contexte de tension sur le foncier public et d’évolution des modes de travail..

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Direction interministérielle du numérique Etalab Beta.gouv.fr Startup d'État Service public numérique Open data en France Gouvernement ouvert Partenariat pour un gouvernement ouvert Transformation numérique

Liens externes

Présentation du programme EIG sur beta.gouv.fr Direction interministérielle du numérique

Catégorie:Administration publique en France Catégorie:Service du Premier ministre français Catégorie:Direction interministérielle du numérique Catégorie:Transformation numérique Catégorie:Open data en France Catégorie:Entrepreneuriat en France