Les relations entre la France et les pays et territoires d’Océanie ou les relations entre la France et l’Océanie désignent les liens, échanges, rencontres, collaborations et confrontations, qu'ils soient d’ordre économique, diplomatique ou culturel, qu’ont entretenus hier et entretiennent aujourd’hui la France et les pays et territoires d’Océanie (dont ses trois collectivités d'outre-mer dans la région : la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et la Nouvelle-Calédonie).
La France est présente de manière quasi continue en Océanie depuis le voyage de Bougainville vers Tahiti (1766-1769). Cette présence s'est d'abord matérialisée par les voyages d'exploration puis commerciaux qui ont visité la région au et , suivie par la période de colonisation au puis de décolonisation au cours de la deuxième moitié du , et enfin la période contemporaine marquée par l'intégration dans la République française des anciennes colonies comme territoires puis collectivités d'outre-mer.
Malgré cet historique, l'Océanie n'a jamais représenté jusqu'à aujourd'hui une véritable priorité politique et économique pour les autorités françaises (particulièrement en raison du faible potentiel économique à l'exception de l'Australie, des territoires du continent et de l'éloignement géographique de la région qui est l'espace terrestre le plus lointain de la France métropolitaine). L'Océanie est de manière générale une région du monde peu connue, le prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio parle de «continent invisible». Visitée pourtant par plusieurs personnalités artistiques françaises, la culture de ces territoires est toujours perçue par son côté exotique alimentant le «mirage polynésien».
Aujourd'hui, les relations de la France avec la région sont avant tout liées à l'administration de trois collectivités d'outre-mer françaises océanienne, qui ont une place à part dans la République (la Nouvelle-Calédonie est une collectivité territoriale d'outre-mer à statut particulier disposant d'une large autonomie). La France est avec le Royaume-Uni, la seule puissance européenne encore présente territorialement en Océanie, et ses territoires lui permettent de l'être sur tous les continents du monde, de maintenir une présence militaire dans l'océan Pacifique, de disposer de la deuxième zone économique exclusive ainsi que la première zone sous maritime du monde (90 % de ces zones se situent en Océanie) et enfin de participer aux organisations de coopération régionales (comme la Communauté du Pacifique).
Ainsi, la France fonde sa légitimité sur ses départements et territoires ultramarins pour défendre sa vision d'une France puissance de l'Indo-Pacifique et avoir son rôle à jouer dans le futur dans cet immense espace. Pourtant cette légitimité a été remise en cause à plusieurs reprises par ses propres voisins océaniens, par le passé avec la forte contestation régionale liée au déploiement du programme de recherche nucléaire français implanté dans le Pacifique, et aujourd'hui avec les poussées indépendantistes qui existent dans ses territoires d'outre-mer d'Océanie (la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie demeurent sur la liste de l'ONU des territoires non autonomes). Histoire des relations Le temps des explorations : les puissances européennes dont la France, à la découverte de l’Océanie () Premières explorations et début de la colonisation occidentale de l'Océanie par l'Espagne et le Portugal () Au début du , l’Espagne de Charles Quint finance le tour du monde de Magellan dont l'expédition traverse le Pacifique, prouvant ainsi la rotondité de la Terre. Cet exploit permet aux grandes puissances maritimes européennes d'étendre leur influence sur tous les océans (dont le Pacifique, qui jusqu'ici faisait défaut). Les traités de Tordesillas en 1494 et de Saragosse en 1529, permettent ensuite à l'Espagne (dont les navigateurs sont à l'origine de la plupart des découvertes dans la région) et le Portugal de se partager l'immensité du Pacifique, considérant comme corsaire tout navire étranger souhaitant y pénétrer.
Toutefois, ces traités n'empêchent pas ces derniers (dont des corsaires français) de pénétrer dans les Mers du Sud et de courser les navires espagnols et portugais. Entre 1698 et 1725, avant que le Pacifique ne soit définitivement fermé aux Français jusqu'à l’expédition de Bougainville, 168 navires français fréquentent les Mers du Sud et la majorité en reviennent en ayant fait des bénéfices. L'activité de ces nombreux trafiquants, baleiniers, pirates, boucaniers et hors-la-loi qui ont sillonné le Pacifique et l'Océanie est souvent sous-estimée par l'histoire officielle. Pourtant, ceux-ci, sans toujours le savoir, ont sans doute réalisé bien avant les missions officielles d'exploration, des découvertes territoriales sans aucun moyen ni intérêt de les faire connaitre.
Au , l'équilibre ibérique dans le Pacifique est bousculé par d’autres puissances telle la Hollande (avec l’Indonésie), puis le Royaume-Uni et la France, qui s’immiscent dans ce partage qui ne les avait pas concernés jusqu'ici. Face à ces volontés expansionnistes, l'Espagne est bien incapable de maintenir son monopole dans la région..
La rivalité franco-anglaise dans la reprise de l'exploration et des grandes découvertes en Océanie (milieu du - début du ) vignette|Carte du Pacifique de 1756 (qui compile le travail de plusieurs géographes) illustrant les manques qui persistent dans la connaissance de cette partie du Monde.|300x300pxLe en Europe, celui des Lumières, consacre au voyage une valeur emblématique : après les grandes découvertes du , il marque la reprise des expéditions géographiques d'exploration. Dans sa première moitié, une dizaine de voyages autour du monde sont accomplis par des expéditions hollandaises, anglaises et espagnoles sans qu'aucune d'elles ne s'aventure dans le Pacifique Sud. Les techniques et conditions de navigation d'alors ne permettant pas l'exploration de la région, seule une faible part des découvertes revient aux Espagnols pourtant premiers présents dans le Pacifique.Celles-ci empruntaient le plus souvent des routes longilignes afin d'écourter la durée de la traversée et limiter ainsi les risques de mortalité liés au scorbut. Or, la route d'entrée dans le Pacifique étant à l'époque particulièrement déterminante sur la latitude de navigation ultérieure, le port de Callao au Pérou, point de départ des flottes espagnoles, les poussaient à remonter le continent américain, poussé par les vents après avoir passé le détroit de Magellan et leur rendait impossible la traversée du Pacifique Sud..
Un pan entier de cette région demeure inconnu (personne jusque-là n’avait pu longer les côtes orientales de l’Australie), alimentant ainsi le fantasme de l’existence d’un continent austral. et ce sont les puissances anglaises et françaises qui tiennent les premiers rôles de l’exploration de ce dernier qui débute au cours de la deuxième moitié du .
L'exploration de l'Océanie motivée par le contrôle du dernier continent
À la suite de la Guerre de Sept Ans, le rapport de force entre les puissances anglaises et françaises est profondément perturbé : la domination navale du Royaume-Uni et son empire colonial se sont renforcés tandis que la France de son côté a cédé une grande partie du sien (dont les colonies en Canada et en Inde).
La France n'abandonne pas pour autant ses ambitions coloniales et se lance dès la fin du conflit dans la reconstitution d’un empire plus vaste que le précédent à même de concurrencer la puissance britannique, en lorgnant vers de nouvelles terres. Le Royaume-Uni, quant à lui, dépossédé également d'une partie de son empire avec la perte des colonies américaines en 1776 voit dans les mers du Sud inexplorées une chance de compenser les pertes qu'il vient de subir. Les ambitions des deux puissances vont ainsi rapidement se tourner vers le Pacifique Sud et le continent austral..
Pour la majorité des géographes de l'époque, les îles du Pacifique découvertes ne peuvent être que l'insularité de marge continentale (à l'exemple des Antilles et le continent américain), autant dire le début d'un continent austral inconnu.. Le Français Charles de Brosses est le premier en 1756 à évoquer les termes d'Australasie et de Polynésie (en considérant la myriade d'îles qu'elle constituait) et situe géographiquement le continent austral comme ceci :
Entre 1758 et 1770, le ministre de la Marine de Choiseul travaille au redressement de la Marine royale française en reconstituant une flotte capable entre autres de garantir une présence française sur les routes maritimes du globe et d'assurer la libre circulation des navires commerçants. Dans le Pacifique, la France vise la découverte d'îles nouvelles qui permettraient aux bateaux de se ravitailler dans des ports de relâche lors des traversées commerciales vers la Chine..
En outre, à partir des années 1760, les progrès réalisés par les Français et Anglais dans la mesure de la longitude, des distances et positions en mer., dans la conservation des aliments et de l’eauBougainville se félicita de n'avoir perdu que deux hommes du scorbut lors de son voyage, ce qui constituait un exploit pour l'époque., rendent possible l'entreprise de plus longs voyages vers des contrées inconnues.
L'exploration de l'Océanie motivée par les attraits scientifique et philosophique des territoires et populations inconnus
L'exploration de la dernière partie inconnue du monde suscite la curiosité d'une grande partie des élites intellectuelles et politiques de l'époque et celle-ci ne fait que grandir à la suite des premières découvertes des précurseurs Cook et BougainvilleLe succès de l'ouvrage Voyage autour du monde de Louis-Antoine de Bougainville relatant son expédition autour du monde, le paradis polynésien et l'agréable accueil reçu des locaux tahitiens, atteste de cet engouement..
D'un point de vue philosophique, dès 1750, les navigateurs emportent avec eux le désir officieux de satisfaire la curiosité de leurs contemporains et notamment de vérifier le bien-fondé des théories philosophiques de la «bonté originelle de l'homme». chère à Jean-Jacques Rousseau développée dans l’Émile ou Dé l'éducation.
D'un point de vue botanique, anthropologique, géographique ou encore astronomique, l'anticipation des découvertes scientifiques que les expéditions peuvent y faire (nouvelles terres, nouvelles plantes, nouvelles populations), aide à l'organisation de ces expéditions et des objectifs qui y sont associés, symbolisé par l'édit de 1771 qui associe l'Académie des sciences à l'Académie de Marine. S'il est rapidement prouvé que le mythe du continent austral ne résistait pas à la réalité des faits et que cette immensité océanique parsemée de petites îles ne représente pas un grand intérêt économique, le rythme des expéditions ne faiblit pas pour autant en cette fin de .. Les explorations françaises et leurs contributions aux découvertes géographiques et scientifiques : De Bougainville à Dumont d'Urville (1766 - 1840)
Les expéditions d'exploration scientifiques sous l'Ancien Régime et la période révolutionnaire Des voyages scientifiques avant tout vignette|300x300px|Louis XVI donnant des instructions à La Pérouse, le 29 juin 1785, symbolisant le soutien politique derrière ces missions d'exploration.La vague des six expéditions françaises qui s’étale sur la trentaine d'années entre 1766 et 1793 (la même temporalité que les expéditions anglaises) est inédite. Entamée par la première circonvolution française de Bougainville (1766-1769), 250 ans après Magellan et 230 après le voyage de Jacques Cartier, elle marque la reprise de la contribution française aux voyages d'exploration et un tournant avec l'époque précédente symbolisée avant tout par des missions commerciales et coloniales.