La couverture médiatique du changement climatique influence l'opinion publique sur le changement climatique. Elle relaie le consensus scientifique sur le changement climatique selon lequel la température moyenne à la surface du globe augmente depuis les 50 dernières années et que cette tendance est principalement due aux émissions anthropiques des gaz à effet de serre. Depuis 2007, aucun corps scientifique de calibre national ou international n'a contesté cette affirmation, quoique quelques organisations n'aient pas pris position. Néanmoins, des biais liés à l'immédiateté des médias, à leur intérêt pour le sensationnel et le récit d'expériences humaines, à leur recherche d'une couverture « équilibrée » ainsi qu'à la complexité du sujet font que le public reste peu ou mal informé. Les intérêts politiques et les lobbys interfèrent aussi. Des médias complaisants avec l'extrême droite sont accusés de dénialisme et de désinformation climatique. Les scientifiques recherchent maintenant de nouveaux relais et modes d'expression.

Historique La couverture médiatique a atteint un sommet au début de 2007, tirée par le quatrième rapport d'évaluation du GIEC et le documentaire d'Al Gore, Une vérité qui dérange. Un autre pic enregistré à la fin de 2009, 50 % plus élevé pourrait avoir été provoqué par l'incident des courriels du Climatic Research Unit de et à la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de décembre 2009STUDY: How Broadcast Networks Covered Climate Change In 2015 March 7, 2016 Media Matters for America.

L’équipe de l’observatoire des médias et du réchauffement climatique de l’Université du Colorado à Boulder a constaté que « l’attention des médias sur le réchauffement climatique et le réchauffement de la planète a fluctué » en , avec une couverture médiatique mondiale maximale sur les deux sujets. Cette hausse est « largement attribuable aux nouvelles concernant le retrait du président américain Donald J. Trump de l'accord de Paris sur le climat de 2015 conclu par les Nations unies (ONU), l'attention continue portée par les médias à l'isolement émergent des États-Unis après le sommet du G7 quelques semaines plus tard ».

Certains chercheurs et journalistes estiment que la couverture médiatique des questions politiques est adéquate et équitable, alors que quelques-uns estiment qu’elle est biaisée. Cependant, la plupart des études sur la couverture médiatique du sujet ne sont ni récentes ni relatives à la couverture des questions environnementales. En outre, ils ne sont que rarement concernés spécifiquement par la question des biais.

L'attention des médias est particulièrement forte dans les pays ayant souscrit des engagements au titre du protocole de Kyoto. La manière dont les médias traitent du réchauffement climatique a été largement étudiée dans les pays anglophones, en particulier aux États-Unis, et dans d'autres pays. Un certain nombre d’études ont montré que, notamment aux États-Unis et dans la presse à sensation britannique, les médias sous-estimaient considérablement la force du consensus scientifique sur le réchauffement climatique établi dans les différents rapports d’évaluation du GIEC. De varitables campagnes de désinformation climatique sont orchestrées, notamment via des médias conservateurs et d'extrême droite..

Distorsions communes

Factuel Bord et al. affirment qu’une partie substantielle de la population américaine a une compréhension erronée du réchauffement climatique, qu’il considère comme liée à la pollution globale et liée de manière causale à l’appauvrissement de la couche d’ozone atmosphériqueBord et al. 1998. Les scientifiques et les spécialistes des médias qui expriment leur frustration devant des reportages scientifiques inadéquats estiment que cela peut conduire à au moins trois distorsions fondamentales. Premièrement, les journalistes font des erreurs scientifiques. Deuxièmement, ils préfèrent décrire des expériences humaines plutôt que du contenu scientifique. Et troisièmement, les journalistes adhérent de manière rigide au concept de couverture équilibrée.

Bord, O'Connor et Fisher (2000) soutiennent que la citoyenneté responsable requiert une connaissance concrète des causes et que, par exemple, le public ne comprend pas les causes du réchauffement climatique et ne peut prendre aucune mesure volontaire pour en atténuer les effets. Il faudrait, selon Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du GIEC, 10 heures de cours par an, sur toute la scolarité de collège et de lycée, au travers des différentes disciplines, afin d'avoir une image d’ensemble de ce qu’est le réchauffement climatique, ses causes, ses conséquences, et les options pour y faire face par la gestion de risque (l’adaptation), et par les grandes transitions de systèmes nécessaires (systèmes énergétiques, gestion des terres et systèmes agro-alimentaires, systèmes urbains, systèmes industriels), et de réfléchir également à la responsabilité individuelle (modes de consommation responsables, développement au sens de l’amélioration du bien-être de tous).

Récit Selon Shoemaker et Reese la controverse est l’une des principales variables qui influent sur le choix du thème d'un l'article, avec l’intérêt humain, la notoriété, le désir d'être le premier à informer, la célébrité et la proximité géographique. La couverture du réchauffement climatique a été accusée d'être victime de la norme journalistique de « personnalisation ». W.L. Bennet définit ce trait comme suit : « la tendance à minimiser l'importance de la situation sociale, économique ou politique pour insister sur des expériences humaines, des tragédies et des triomphes »W.L Bennet, "News: The Politics of Illusion" 5th edition, (2002). Longman, New York. p.45.

Équilibre La culture du journalisme politique utilise depuis longtemps la notion de couverture équilibrée. Dans cette construction, il est permis d'exprimer un avis très partisan, à condition que ce point de vue soit accompagné d'un avis contradictoire. Mais récemment, des scientifiques et des érudits ont contesté la légitimité de cette valeur fondamentale du journalisme en ce qui concerne des questions d’une grande importance sur lesquelles l’écrasante majorité de la communauté scientifique est parvenue à un consensus bien étayé.

La notion de couverture équilibrée peut sembler parfaitement logique lorsque l’on couvre une convention politique, mais dans la culture scientifique, l’équilibre entre des points de vue opposés n’est peut-être ni juste ni véridique.

Pourtant,c'est exactement ce que font les médias. Dans une enquête portant sur 636 articles parus dans quatre grands journaux américains entre 1988 et 2002, deux chercheurs ont constaté que la plupart des articles donnaient autant de place au petit groupe de climatosceptiques qu'au consensus scientifique. Étant donné le réel consensus des climatologues sur le réchauffement climatique, de nombreux scientifiques considèrent que le désir des médias de présenter le sujet comme une controverse scientifique est une déformation flagrante de la réalité. Comme l'a dit Stephen Schneider : « Un consensus général et bien établi peut être équilibré avec les points de vue opposés de quelques extrémistes, et pour les personnes non informées, chaque position semble également crédible. »

Le journalisme scientifique se consacre à la collecte et à l'évaluation de divers types de preuves pertinentes et à la vérification rigoureuse des sources et des faits. Boyce Rensberger directeur du Knight Center for Science Journalism du Massachusetts Institute of Technology (MIT), a déclaré : « Une couverture équilibrée de la science ne signifie pas donner le même poids aux deux parties d'un argument. Cela veut dire dire répartir le poids en fonction de la prépondérance des preuves. »

Les médias déforment également les affirmations des scientifiques en recherchant des points de vue extrêmes, ce qui peut donner lieu à une description des risques allant bien au-delà des affirmations des scientifiques. Les journalistes ont tendance à trop insister sur les conséquences les plus extrêmes d'une gamme de possibilités évoquées dans des articles scientifiques. Une étude concernant les articles de presse parus au sujet d'un article de la revue Nature sur le réchauffement climatique a révélé que « les résultats et les conclusions de l'article scientifique étaient largement déformés, en particulier dans les médias, pour rendre les conséquences plus catastrophiques et temporellement plus proches de nous ».

Alarmisme L'alarmisme utilise un langage exagéré, y compris un ton urgent et une imagerie de malheur. Dans un rapport produit pour l' Institut de recherche en politiques publiques, Gill Ereaut et Nat Segnit ont suggéré que les journaux, les magazines populaires et les publications de campagne publiées par le gouvernement et les groupes environnementaux utilisent fréquemment un langage alarmiste en matière d'environnement. On prétend que, lorsqu'il est appliqué au réchauffement climatique, un langage alarmiste peut créer un plus grand sentiment d'urgenceThere are genuine climate alarmists, but they're not in the same league as deniers.

Le terme alarmiste est parfois utilisé pour critiquer la science du climat. Le météorologue du MIT, Kerry Emanuel a écrit qu'étiqueter quelqu'un comme « alarmiste » est « particulièrement infantile compte tenu des enjeux. Il a ajouté que l'utilisation de cette « terminologie inflammatoire a une saveur distinctement orwellienne »"Climategate": A Different Perspective, by Kerry Emanuel, National Association of Scholars, July 19, 2010.

Il a été avancé que l’utilisation de techniques sensationnelles et alarmantes incitait souvent « au déni, à la paralysie ou à l’apathie » plutôt que de motiver les individus à agir et ne les incitait pas à s’impliquer dans la question des changements climatiques. Dans le contexte des réfugiés climatiques, il a été rapporté que « l' hyperbole alarmiste » est souvent employé par des sociétés militaires privées et des think tanks.