La poterie de Cliousclat est située dans le village de Cliousclat en Drôme Provençale (à au sud de Valence). L'ensemble du site (atelier de fabrication, cour, bassin de décantation, four) est inscrit "monument historique" depuis le (référence PA26000002) .
Historique La poterie est une activité forte et historique du village de Cliousclat. Des traces d'activité dans le village ont été trouvées dès le . La Drôme comporte de nombreux gisements d'argile adaptés à la poterie et plusieurs autres villages drômois ont exploité cette ressource (Dieulefit, Le Poët-Laval ...) .
En 1806, 8 fours sont actifs sur la commune : Mentillot, Pierre Pizot (1810), Jean Noyer (1810), Blou, Petot, Jean Paul Rostain (1810), Bouvier et Casimir Dumas (1820) .
En 1818, ils occupent environ sur la commune (pour une population totale d'environ 750 personnes en moyenne sur le siècle (par exemple, 677 au recensement de 1820). Avec les différents metiers indirects (bucherons, charretiers, ...) ce sont jusqu'à 250 personnes qui travaillent directement ou indirectement pour les poteries.
En 1886, il y a encore avec et 10 manœuvres, bientôt réduites à 3 avec et .
Le , le potier Pierre-Duclaud Siretas a été décoré par décret de la médaille d'honneur pour ouvriers et employés comptant plus de trente ans consécutifs chez le même employeur, la maison Demas (Dumas ?) .
Le bâtiment a été créé au début du (en 1902) par Marius Anjaleras, né vers 1852 et issu d'une famille d'Usclade (Ardèche). À cette époque, les potiers exploitaient généralement des fours partagés repartis dans le village. Le but de la fabrique était de rompre avec ce modèle de fonctionnement et d'avoir sur le même site la préparation, la production, la cuisson de la terre, la décoration et le vernissage.
La fabrique achète en 1919 un gisement d'argile (parcelle appelée "le Maupas") et le terrain en face de la Fabrique (le "Petit Maupas") pour en traiter et préparer l'argile. Le traitement se fait dans les bassins et le "bourlo", cuve en pierre circulaire dans laquelle l'argile est lavée . La terre de ce gisement est d'excellente qualité et ne donne pas de goût aux aliments ce qui est un gros avantage pour les éléments de cuisine. Par contre, elle est poreuse, nécessitant ainsi d’être vernie ("terre vernissée") ce qui permet de rendre les pièces étanches et de donner une apparence brillante.
À l'âge de , Marius Anjaleras laissera la main à ses fils, Antonin et Numa en 1919 qui créèrent la société Anjaleras-Frères. La fabrique ne générant pas assez de revenus pour les 2 familles, Numa laissa la gestion de la Fabrique à Antonin et s'exila à Marseille.
En 1931, la Fabrique essaye de monter en productivité en se mécanisant. Ainsi elle s’équipe de 2 chariots et de rails (rachetés à l'usine Rhône-Poulenc) pour faciliter l'acheminement de la terre entre le dépôt du Petit Maupas et les ateliers.
Antonin n'ayant pas d'héritier, il passera ensuite le relais en 1964 à Philippe Sourdive qui assurera la production jusqu'à son décès en 1978. Ses deux fils, Nicolas et Olivier reprennent ensuite la gestion de la fabrique.
Au cours du , des témoignages confirment la présence de plus de embauchées pour réaliser la production à la fabrique. On a notamment les témoignages de Félicien Besson entré à la fabrique le ou celui de Charles Chanteperdrix (né en 1921) qui intégra la fabrique en tant que manœuvre après l’obtention de son certificat d’études. Il y travaillera pendant .
+ Ouvriers identifiés dans les années 1930-1940 à la fabrique selon les témoignages de Charles Chanteperdrix et Félicien Besson Four : Brunier Gatien (manœuvre au four, à la terre, la carrière, et délavage de la terre) Chave Emile Tourneurs :Anjaleras Antonin Boissy Pierre Chanteperdrix Charles Chave Emilien Chave René Demas Paul Jouve André Jouve Marcel Robin René Vinson Ernest Manœuvres :Besson Félicien (aux moules et à la cuisson) Vinson Frank
La fabrique a fait l'objet d'un reportage dans la revue "Art et décoration : revue mensuelle d'art moderne" de 1938 qui a fait un reportage sur la production à la poterie en compagnie d'Antonin Anjaleras.
Parmi les petites pièces, la poterie proposait par exemple des "sifflets" ou des "rossignols" qui sont des petits outils en terre cuite représentant parfois des animaux, des personnages ou des formes abstraites. En les remplissant d'eau, on obtient un son proche du rossignol quand on souffle dedans.
Antonin a donné en 1945 des exemplaires de sa production au musée MNATP (Musée national des Arts et Traditions populaires de Paris) référencé 1945.12.1. Ce sifflet est maintenant exposé au MUCEM de Marseille (qui a remplacé le MNATP).
Depuis le milieu du , l'activité a diminué, durement concurrencée par les nouveaux matériaux amenant la fabrique à baisser sa production puis fermer fin 2012, date de cessation d'activité de la SARL "Poterie de Cliousclat". Pour maintenir une activité de poterie sur le village, en attendant de relancer la fabrique, la mairie a demandé à un potier formé à Cliousclat (Richard Esteban, potier installé à Aigues-Vives) d’y exposer et vendre une partie de sa production. Il avait rejoint Philippe Sourdive en 1975 en tant que tourneur et resta sur le site jusqu'en 1978.
Grâce aux collectivités locales (Communauté de communes du Val de Drôme, Conseil départemental de la Drôme, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Commune de Cliousclat) l'activité a pu redémarrer en 2012. Une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) et une souscription publique ont été lancées . Un cabinet d'architectes a été mandaté pour réaliser un audit de l'état initial du site et préconiser des évolutions en conformité avec le cahier des charges des Monuments Historiques. Dans la foulée, un gros chantier de restauration de la fabrique a déjà été réalisée (phase 1 et 2) :
Phase 1 (automne 2016) : réhabilitation de l'atelier historique, réfection des toitures Phase 2 (été 2018) : aménagement de nouveaux ateliers et de logement pour les potiers en formation
Les phases suivantes restent à engager : la phase 3 concerne notamment l'espace vente et la phase 4 concerne la zone d'exposition (éventuellement associé à un espace "musée"), les extérieurs...
Actuellement, une équipe de prend en charge la gestion et l'activité de la fabrique. Elle produit des grosses pièces pour le jardin (jarres, vases...), des outils de cuisine (assiettes, plats, tasses...) ainsi que de petites pièces fantaisie. La fabrique estime qu'après d'activité, la pièce sera produite pendant l'année 2019. Environ d’argiles seront passés sur les tours et dans le four.
Les méthodes et les moyens de production ont été préservés dans cette modernisation. Les tours ne sont plus entraînés par les pieds des potiers mais par des moteurs électriques mais pour l'essentiel, le site et les méthodes de production sont peu différents de ce qu'ils étaient il y a un siècle.
Pour perpétuer cette tradition, la mairie et l'association "Cliousclat D554" organisent tous les (en alternance avec celui de la maison de la céramique à Dieulefit) un grand marché des potiers avec expositions dans le village. Pendant (samedi et dimanche) les potiers locaux ou invités (environ 40 lors des dernières éditions) exposent leurs productions dans la rue principale du village. La dernière édition a eu lieu pendant l'été 2018.
L'émission "La maison France 5" a proposé une émission le 18/10/2019 centrée sur Mirmande et Cliousclat pendant laquelle la fabrique a été présentée.
Les étapes de production Les principales étapes sont les suivantes : alt=Boulo et bassins|vignette|Boulo et bassins de décantation. Préparation d'argile
La carrière du Maupas était la ressource en argile pour la poterie de Cliousclat mais certains potiers prenaient l’argile directement dans leur jardin. On commençait l’extraction au mois de mars et cela durait jusqu’au mois de septembre pour former les stocks pour l’hiver. La terre est séchée en plein air et régulièrement remuée. La terre est ensuite "délavée" dans le "bourlo" circulaire : de l'eau est ajoutée et l'ensemble est brassé avec un râteau pour obtenir un mélange propre et homogène. Le bourlo est tamisé et vidé dans les bassins de séchage dont le fond est couvert de sable. La surface de l'argile est marquée par un quadrillage qui permettra de marquer les pains. Une fois prêts, les pains sont amenés à la fabrique par des wagonets tirés par un treuil. L'ensemble du processus de production est géré par le "faiseur de terre". vignette|Un des tours de potiers. Tournage
Avant tournage , un malaxage permet d'extraire les bulles d'air présentes dans la terre avant de la travailler pour éviter tout risque de casse lors de la cuisson. Un bloc de terre de la terre correspondant à l'objet à tourner est mis sur la "girelle" (plateau supérieur du tour). Jusqu'en 1960, le potier actionne le tour avec les pieds en utilisant "volant" (plateau inférieur du tour). Les tours ont ensuite été électrifiés, permettant au potier de se concentrer sur le travail de la terre. Dès l'age de 12 ans, les enfants du village sont formés à tourner la terre. Chaque potier marque ses pièces et la paye se fait en fonction de la production de chacun.
Séchage
Une fois la pièce tournée, elle est dite "crue". Elle est posée sur une planche proche du tour pour un premier séchage puis une fois la planche pleine, elle est transférée sur des barres de séchage extérieures . Le séchage est complété par un stockage au voisinage du four (à l’étage ou il fait 80°). A cette étape, pièces nécessitant l'ajout de compléments (anses,...) sont reprises.
Décoration
Avant la décoration, la pièce doit d'abord être engobée. L'engobe est un mélange d'argile, d'eau et d'oxydes colorants. Selon la composition de l'engobe et des oxydes métalliques ajoutés lors de la préparation, le rendu après cuisson donnera les couleurs jaune, vert et miel qui sont les principales couleurs utilisées dans la production de le fabrique (oxyde de fer pour l'orange/rouge, cuivre pour le vert etc.). Cette pâte est étalée à l'intérieur comme à l'extérieur de la pièce. Le clou est ensuite utilisé pour graver la surface et réaliser des figures. Pour mélanges plusieurs couleurs, le potier se sert de "poires" ou "barolets" contenant des engobes différents. vignette|Séchage de pièces crues.
Vernissage
Le rôle du vernissage est à la fois esthétique (présenter un aspect brillant) mais surtout utilitaire : il permet de rendre étanche les pièces de poterie. En raison du cout élevé de l'opération, souvent seule la face intérieure est traitée. Le vernis est aussi appelé "l'alquifoux", constitué à base de minéral, sable et terre broyés ensemble. Il peut également contenir des oxydes métalliques pour compléter la coloration. Le vernis est importé d'Espagne et broyé au village de Poët-Laval jusqu'en 1920 puis sur place après cette date.
Cuisson