Le château de Vincennes (également appelé autrefois Vieux Fort de Vincennes), est une forteresse située à Vincennes, dans la banlieue Est de Paris, dont la construction a duré du .

C'est le plus grand château fort royal subsistant en France et, du fait de la hauteur de son donjon, une des plus hautes forteresses de plaine d'Europe.

Le château de Vincennes est le siège du service historique de la Défense.

La forteresse est située près de Paris, à environ huit kilomètres de l'île de la Cité, desservie par la gare de Vincennes de la ligne A du RER par la ligne 1 du métro à la station Château de Vincennes.

Contrairement à la plupart des châteaux forts, il n'a pas été implanté sur une colline ou sur le rebord d'une falaise, mais sur un plateau calcaire.

L'alimentation des douves en eau était assurée par le ru de Montreuil, qui descend du plateau de Montreuil. Le trop-plein de ce cours d'eau se jetait dans le lac de Saint-Mandé.

Au Moyen Âge, le site était couvert d'une forêt giboyeuse. Depuis le , les alentours du château sont urbanisés : l'ancienne forêt subsiste partiellement dans le bois de Vincennes, dont l'étendue est du ressort de Paris.

Histoire Époque médiévale Dans l'Antiquité, la zone du château côtoyait une voie romaine reliant Lutèce et Meaux, via ChellesA. Dutilleux, Recherches sur les routes anciennes dans le département de Seine-et-Oise : accompagnées d'une carte de ces voies de communication, p.82. Cette voie serait, aujourd'hui encore, partiellement reprise par la rue de FontenayVincennes, Guide 2018-2019, mairie de Vincennes.

Le document le plus ancien mentionnant la forêt de Vincennes est la confirmation par Charles le Chauve d'un échange, en 848, entre l'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Maur. Tous les actes postérieurs à 980 indiquent le bois comme propriété royale, sans qu'on connaisse les circonstances de son entrée dans le domaine royalJean-Michel Derex, Histoire du bois de Vincennes : la forêt du roi et le bois du peuple de Paris, Paris/Montréal (Québec), L’Harmattan, 1997, 279 p. .

La résidence de loisir (1150-1340)

La première construction est une résidence royale aménagée avant 1178 par dans la forêt de Vincennes.

Elle devient un manoir, résidence royale de villégiature, en 1180, sous le règne de Philippe Auguste. En 1183, un mur est érigé autour du bois pour créer une réserve de chasse. À l'instar d'une autre résidence royale, Fontainebleau, l'intérêt de Vincennes réside en sa proximité avec le grand bois fermé par une enceinte en pierre, délimitant un domaine prestigieux et giboyeux de près de 770 hectares.

Saint Louis (1214-1270), qui y séjourne souvent, y est représenté par l'histoire traditionnelle en train de rendre la justice, assis sous un chêne, une anecdote rapportée par son contemporain Jean de Joinville. C'est à Vincennes que se trouve Saint Louis lorsqu'il réunit son armée en 1236 et 1239, avant de réceptionner l'arrivée de la Sainte Couronne en France, et c'est également au château qu'il quitte sa cour avant de partir pour la huitième croisade, au cours de laquelle il trouve la mort. En 1274, se marie au château en secondes noces, et deux rois y sont morts : , en 1316, et , dernier capétien direct, en 1328.

La forteresse (à partir de 1340) Vers 1337, décide de fortifier le site en construisant un donjon à l'ouest du manoir.

, né dans la forteresse le , en fait sa résidence, le siège de son gouvernement et de la haute administration. Il fait réaliser les travaux prévus par (lien brisé)., y ajoutant par la suite l'enceinte monumentale avec ses portes et ses tours. Le donjon est édifié vers 1365.. Sa construction a débuté entre 1336 et 1340. En 1369, on installe des machines de guerre sur les terrasses. La grande enceinte de de hauteur est élevée entre 1372 et 1380 ; la muraille avec chemin de ronde ceinturant donjon, manoir, Sainte-Chapelle et bâtiments résidentiels, est achevée en 1380.

En 1386, la garnison du château, sous les ordres d'un capitaine, est forte de vingt hommes d'armes : six chevaliers et quatorze écuyers, auxquels il faut ajouter un garde et deux guetteurs au donjon, ainsi que les gardes des trois portes de l'enceinte. Trois ans plus tard, on dénombre un garde de l'artillerie, un artilleur et deux « forgerons canonniers »..

vignette|Miniature des Très Riches Heures du duc de Berry. La chasse ou le mois de décembre montrant le château de Vincennes vers 1440Source : musée Condé, Chantilly..

Le château de Vincennes, vers 1440, tel qu'il est représenté sur la miniature des Très Riches Heures du duc de Berry, se compose alors de neuf monumentales tours d'enceintes, dont trois sont des tours-portes à pont-levis à flèches. Les tours de plan quadrangulaire permettent l'intégration d'appartements, évitant la construction de logis accolés aux courtines. Elles sont couvertes en terrasse dallées, et pourvues d'un couronnement crénelé à mâchicoulis.. La tour maîtresse est cantonnée de tourelles cylindriques montant de fonds et adopte en partie haute un double couronnement crénelé à ses deux niveaux.

Lorsque de France fait de Vincennes sa résidence, il quitte les appartements royaux du donjon pour un pavillon neuf de plain-pied, édifié en 1470 dans l'angle sud-ouest du château.

La Sainte-Chapelle (à partir de 1380) Lors de l'arrivée de la Sainte Couronne d'épines en France, en 1239, et avant son transfert à la Sainte-Chapelle (Paris), saint Louis avait prélevé une épine dont il avait fait don, avec un morceau de la Vraie Croix, à la chapelle existant à l'époque au château, consacrée à saint Martin. Un siècle et demi plus tard, les reliques sont toujours conservées à Vincennes, les travaux d'édification d'une nouvelle chapelle, qui deviendra la Sainte-Chapelle de Vincennes, abritant recevoir les fragments de la Vraie Croix et de la Couronne d'épines demeurés à Vincennes, sont décidés par Charles V en 1378Sarmant 2018, p.36.

Les travaux sont confiés à Raymond du Temple, et débutent en 1379. À la mort de , en 1380, décide de poursuivre les travaux, maintes fois interrompus par la suite.

De la Renaissance à la Restauration Le château de Vincennes jusqu'au règne de Les travaux de construction et d'embellissement sont poursuivis sous les Valois. fait réaménager le pavillon construit par pour y résider lors de ses séjours à Paris. Henri II y transfère le siège de l'ordre de Saint-Michel, et confie l'achèvement des travaux de la Sainte-Chapelle à son architecte favori, Philibert Delorme qui est inaugurée en 1552. En , la cour se réfugie au château de Vincennes où , gravement souffrant, décède le dans les appartements du donjon. François d'Alençon et Henri de Navarre, assignés à résidence à la cour, deviennent les hôtes contraints du château.

Après l'assassinat d', son fils, le jeune , est installé à Vincennes dans l'ancien pavillon de et y passe une partie de sa jeunesse.

Le règne de et le choix de Versailles Le château devient ainsi la troisième résidence royale. C'est de Vincennes que se rendit le , « en habit de chasse » au Parlement de Paris, faire lit de justice pour imposer ses édits fiscauxLa légende veut qu'il ait alors déclaré « l'État, c'est moi », mais dans sa biographie de , François Bluche démontre qu'il n'a pu prononcer cette phrase dans ces circonstances..

L'architecte Louis Le Vau construit les ailes (dites « pavillons ») du Roi et de la Reine. Il construit l'aile de la Reine en 1658 et l'aile du Roi en 1661, ces deux ailes reliées par un portique au nord et au sud entourant la cour royale. Le cardinal de Mazarin y décède le et sa dépouille est exposée dans la Sainte-Chapelle.

Il est un moment envisagé de remplacer les pavillons construits par Marie de Médicis, mais les projets de reconstruction sont abandonnés, car le château de Versailles absorbe trop de ressources. Le château conserve cependant quelques exemples du style précoce dans les grands appartements. Le jardinier Le Nôtre y aménage des jardins à la française ainsi que l'abord du bois de Vincennes, face à la nouvelle entrée sud marquée par une porte monumentale en « arc de triomphe ».

Le château est définitivement délaissé comme résidence royale lorsque le roi s'installe à Versailles, vers 1670. n'y a séjourné que quelques mois : il y est envoyé à la mort de en , l'air y étant jugé plus sain qu'à Versailles ; puis le régent l'emmène ensuite à Paris. n'y a fait aucun séjour.

Prison et manufacture royale (à partir du ) Le donjon fut aménagé en prison d'État de prisonniers de haute naissance dès le . Sa capacité ne lui permettait pas d'héberger plus de quatorze détenus. François de Vendôme, duc de Beaufort, principal chef de la « cabale des Importants », emprisonné sur ordre d'Anne d'Autriche, s'en évade en 1648. Le cardinal de Retz alla y méditer sur la Fronde dans l'ancienne chambre de . Nicolas Fouquet, qui avait lancé l'architecte Le Vau, eut également droit aux honneurs de la prison de Vincennes, à la suite de son procès de trois ans (1664) et avant son transfert dans la place forte royale de Pignerol.

Au , il hébergea la manufacture de Vincennes, spécialisée dans la production de porcelaine, qui devint plus tard celle de Sèvres. Le donjon resta prison d'État. Y furent entre autres internés Voltaire, le marquis de Sade (de à ) et Mirabeau. Diderot quant à lui ne fut pas emprisonné dans le donjon mais dans un bâtiment attenant à la Sainte-Chapelle désormais détruit..

Par un édit de , décide d'aliéner le château parmi plusieurs résidences royales ou bâtiments indépendants de la Couronne qui ne sont plus utilisés et dont l'entretien constitue un gouffre financier, dont ceux de Choisy-le-Roi, Madrid, la Muette et Blois...

vignette|upright=1.2|Les ouvriers prennent d'assaut le donjon en 1791, d'après Christophe Muller, musée de la Révolution française.

Le , les ouvriers du faubourg Saint-Antoine ne voulant pas d'une nouvelle Bastille, tentent de prendre d'assaut le donjon afin de le démolir. Mais l'arrivée des troupes de Lafayette venant épauler la garde nationale parisienne permet de sauver le donjon.

Malgré le changement de régime, le donjon retrouvera sa destination au . Seules les conditions pénitentiaires vont radicalement se durcir. Ainsi, à la suite des journées des au , y séjourneront de nombreux républicains de gauche comme Barbès, Blanqui et Raspail (qui en sortira à la faveur de son élection au Parlement et dont les écrits témoignent de son séjour dans l'ancienne chapelle de ).

Arsenal et établissement militaire (1796-1814)

Louis-Antoine de Bourbon-Condé est exécuté dans les fossés du château, dans le cadre de ce qui est connu sous le nom de l'Affaire du duc d'Enghien.

En 1796, le château fut converti en arsenal, abritant depuis lors la section historique de l'armée. Il fut profondément remanié à cette époque. Les restes du pavillon de chasse initial datant de l'époque de Saint Louis furent détruits. On construisit de nouveaux bâtiments militaires qui existent encore aujourd'hui. En 1804, le duc d'Enghien fut fusillé dans les douves du château sur l'ordre de Napoléon.

Nommé gouverneur du château par Napoléon en , le général Pierre Daumesnil le défendit une première fois en , lors de la bataille de Paris, puis une seconde fois en 1815, lors de l'occupation de Paris par les troupes russes et prussiennes....

La porte massive de sortie du donjon provient de la prison du Temple, détruite par . L'empereur fut également à l'origine de l'étêtage des différentes tours d'enceinte du château.

Restauration, monarchie de Juillet et Second Empire (1814-1870)

Le parc fut remanié au dans le goût des jardins anglais. confia à Viollet-le-Duc le soin de restaurer la chapelle et le donjon et légua administrativement les du bois de Vincennes à la ville de Paris.

Époques moderne et contemporaine vignette|250x250px|Le musée de la Grande Guerre vers 1932 au pavillon de la Reine.