La bataille de Nancy oppose, le , l'armée du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, à une armée de Suisses et d'Alsaciens réunis autour du duc de Lorraine, , dans le cadre de la Basse Ligue durant les guerres de Bourgogne (), dont elle marque la fin, puisqu'elle se solde par la défaite et la mort du Téméraire.
Elle a pour conséquence le début de la guerre de Succession de Bourgogne, entre le roi de France et la duchesse Marie de Bourgogne, qui épouse peu après Maximilien d'Autriche, de la maison de Habsbourg, qui marque le début de la longue rivalité entre la France et les Habsbourg.
Expansion de la maison de Bourgogne De Philippe le Hardi à Philippe le Bon () En , Philippe le Hardi, fils du roi , reçoit de son père le duché de Bourgogne et épouse en Marguerite de Flandre, héritière en des comtés de Flandre, de Bourgogne (Franche-Comté), d'Artois, de Rethel et de Nevers.
Leurs descendants, Jean sans Peur et Philippe le Bon, acquièrent progressivement une grande partie de ce qui constitue actuellement le Benelux et les Hauts-de-France : les duchés de Brabant, de Limbourg et de Luxembourg et les comtés de Hollande, de Zélande, de Hainaut, de Namur, de Ponthieu, ainsi que les villes de la Somme.
L'État bourguignon est divisé en deux ensembles : les Pays de par delà : duché de Bourgogne, comté de Bourgogne et annexes ; les Pays de par deçà : Pays-Bas bourguignons.
Ils sont séparés l'un de l'autre par la Champagne et les duchés de Lorraine et de Bar.
Charles le Téméraire En , Charles le Téméraire succède à son père Philippe le Bon. Ses objectifs majeurs sont de relier territorialement ses États et d'obtenir une investiture royale, recréant l'ancien royaume de Lotharingie.
Dans cette optique, il commence par prendre possession de la Haute-Alsace que l'archiduc Sigismond d'Autriche lui vend, provoquant des craintes des Cantons suisses.
En , le Téméraire s'empare également du duché de Gueldre, de part et d'autre du Rhin.
Traité entre les ducs de Bourgogne et de Lorraine
Charles se tourne alors vers la Lorraine. Profitant de la jeunesse du nouveau duc, , il le rencontre à Trèves.
Ils signent un traité par lequel ils s'engagent à ne pas s'allier avec dans une alliance qui nuirait à l'autre.
De plus accorde au Téméraire le libre passage dans ses États et autorise l'installation de garnisons bourguignonnes dans les villes de Charmes, Darney, Épinal, Neufchâteau et Prény.
n'a guère le choix, car il ne peut pas compter sur le soutien de qui vient de signer une trêve avec Charles.
Très rapidement, les incidents se multiplient entre la population lorraine et les garnisons bourguignonnes.
Conflit entre Lorraine et Bourgogne () Rupture de la paix prend alors contact avec les adversaires du duc de Bourgogne : , les Confédérés suisses, menacés par les projets d'expansion du Téméraire, ainsi que les villes autonomes de Haute-Alsace qui subissent les abus de l'administration bourguignonne locale, dirigée par Pierre de Hagenbach.
signe plusieurs traités, avec les Suisses en , avec l'empereur en et surtout le traité de Picquigny avec le roi , beau-frère du duc, le .
Cette activité diplomatique isole Charles le Téméraire. Fort de ces alliances, lance un défi à son voisin le .
Conquête de la Lorraine () Charles commence par signer le traité de Soleuvre, nouvelle trêve avec , puis envahit la Lorraine à l'automne. Rapidement, il prend Charmes, Épinal et enfin Nancy le après un mois de siège.
La Lorraine semble perdue pour René qui, prudent, se réfugie à Joinville, en Champagne.
Prenant possession de la ville, le Téméraire proclame son souhait d'ériger Nancy en capitale de son futur royaume. De nouveaux baillis sont nommés et des officiers et des capitaines bourguignons sont établis dans les places fortes.
Les États lorrains se rallient au vainqueur et Charles se proclame duc de Lorraine. Seuls une partie de la Lorraine allemande parmi laquelle le comté de Bitche et la cité épiscopale de Sarrebourg, qui venait de s'émanciper de la tutelle de l'évêque quelques années plus tôt et défendue grâce à son alliance militaire avec les Strasbourgeois, ne se soumettent pas au duc de Bourgogne et restent fidèles au duc .. Le , Charles le Téméraire doit quitter la Lorraine pour aller combattre les Confédérés suisses.
Déboires du Téméraire en Suisse vignette|Portrait de Charles le Téméraire, musée des Beaux-Arts de Dijon.
Ayant conquis la Haute-Alsace, Charles le Téméraire pouvait représenter une menace pour les cantons suisses, comme les agents du roi se plaisaient à le souligner. Avec l'aide financière de l'Universelle Aragne, les cantons de Fribourg et de Berne avaient d'ailleurs envahi le pays de Vaud, possessions de la famille de Savoie, alliée au duc de Bourgogne. Jacques de Savoie, comte de Romont, beau-frère de la duchesse-régente de Savoie Yolande de France, était l'un des premiers personnages de la cour de Bourgogne.
, de son côté, avait rejoint la « Ligue alémanique », dite aussi ligue de Constance, composée des adversaires suisses et alsaciens du Téméraire. Une première bataille a lieu le à Grandson où les troupes du duc de Bourgogne se débandèrent et, malgré les efforts de celui-ci pour les reprendre en main, s'enfuirent, abandonnant un énorme butin aux Confédérés.
Charles de Bourgogne marche alors sur Morat où il est sévèrement battu le . Son armée y fut taillée en pièces et ce qui lui restait d'artillerie fut perdu.
Le duc se replie alors derrière la frontière à La Riviere, où il essaie, tant bien que mal, de reconstituer une armée en levant de nouvelles troupes.
Soulèvement lorrain () À l'annonce des défaites bourguignonnes, la Lorraine se révolte.
Des Lorrains loyalistes s'emparent de Vaudémont, puis chassent les garnisons installées à Arches, Bruyères, Remiremont et BayonSi Varrin Doron, marchand de Bruyères sorti de l'anonymat par quelques historiens locaux, anime bien une révolte tardive dans sa petite ville marchande, il semble qu'il le fasse en accord avec les intérêts alsaciens. La minuscule ville basse de Saint-Dié n'a rien tenté, la ville haute, composée des maisons canoniales de la Collégiale, s'affiche favorable aux Bourguignons. Aussi la ville religieuse ouvre simplement ses portes aux armées qui s'y présentent. Beaucoup de petits centres lorrains méridionaux, lieux de prétendues révoltes, imitent cette relative quiétude..
les rejoint devant Lunéville, qu'ils prennent le . Le , c'est Épinal qui se rend.
Le lendemain, René se rend à Fribourg pour obtenir de l'aide, mais obtient seulement la garantie qu'aucun adversaire du duc de Bourgogne ne signera de paix séparée.
Sièges de Nancy Siège de ()
Le , à la tête d'une armée de quatre à cinq mille hommes, met le siège devant Nancy, défendue par une garnison bourguignonne de deux mille soldats, majoritairement composée d'Anglais et dirigés par Jean de Rubempré.
Aucun des messages envoyés par Charles pour annoncer son arrivée prochaine ne parvient à Nancy, tous interceptés par l'armée lorraine. Au bout d'un mois et demi, les Anglais, dont le chef est tué au cours d'une sortie, et las de manger du chien forcent Rubempré à négocier. La ville ouvre ses portes le et, le lendemain, la garnison bourguignonne quitte Nancy pour rejoindre au Luxembourg le comte de Campobasso, qui était en train de rassembler une armée dans les Pays-Bas.
Retour de Charles le Téméraire vignette|gauche|La bataille de Nancy. Enluminure de Diebold Schilling le Jeune, Luzerner Schilling, Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, . vignette|Portrait équestre du duc , enluminure de la Nancéide.
Le , le Téméraire avait quitté Gex à la tête d'une armée de dix mille soldats en direction de Nancy.
Le , l'attend sur la rive est de la Moselle pour l'empêcher de traverser la rivière, mais Charles reste sur la rive ouest et se dirige vers Toul, où, le , il fait la jonction avec Campobasso qui arrive du Luxembourg à la tête de six mille hommes.
Le , ils traversent la Moselle et René, à la tête de neuf mille hommes ne peut rien faire pour les en empêcher et se replie à Saint-Nicolas-de-Port. Le , sur le conseil de ses capitaines et avec l'assurance que Nancy est en mesure de supporter deux mois de siège, le duc de Lorraine se rend en Alsace et en Suisse pour obtenir des renforts.
Siège du Téméraire () Le , Charles le Téméraire met le siège devant Nancy, défendu par deux mille soldats, principalement des vétérans de Morat. Son armée s'installe sur une butte qui se trouve sur l'emplacement actuel de la place Simone-Veil, et lui-même s'installe à proximité de la Commanderie Saint-Jean. Les capitaines bourguignons préconisent de lever le siège et de se rendre à Pont-à-Mousson ou à Metz, pour reprendre l'offensive au printemps, mais Charles s'entête.
De rares partisans lorrains harcèlent les Bourguignons régulièrement. L'hiver est rigoureux, aussi le moral des troupes bourguignonnes baisse et les désertions se multiplient. Ainsi, Campobasso déserte le , emmenant avec lui ses mercenaires. À Nancy, le , on abat les chevaux et on chasse les chiens, les chats et les rats pour se nourrir. L'eau gèle dans les puits et on enlève le bois des toitures pour pouvoir se chauffer.
Retour de ()
, pour sa part, ne reste pas inactif. La Confédération suisse ne souhaite pas intervenir, mais l'autorise à engager neuf mille mercenaires, ce qu'il fait, financé par . Huit mille soldats alsaciens le rejoignent également. Le lieu de regroupement des armées est fixé à Saint-Nicolas.
Un détachement bourguignon envoyé en éclaireur le est surpris et taillé en pièces. Le comte de Campobasso et ses troupes (trois cents cavaliers. au moins) se rallient au duc de Lorraine le . C'est une armée de dix-neuf à vingt mille hommes qui se rassemble face à ce qui reste de l'armée bourguignonne.
Bataille du et mort du Téméraire 350px|vignette|gauche|Plan de la bataille de Nancy.
vignette|Le duc devant la dépouille de Charles le Téméraire. Maître de la Chronique scandaleuse, Interpolation de la Chronique de de Jean de Roye (dite Chronique scandaleuse), Paris, BnF, début du .
Dispositif bourguignon Le duc de Bourgogne ne dispose plus que d'à peine trois mille hommes (quatre mille selon Philippe de Commynes, moins de deux mille selon Olivier de La Marche), une troupe non payée, faite d'hommes découragés, mal équipés et souvent maladesPaul Murray Kendall, (trad. Arthème Fayard, 1974), dans l'édition Le Livre de Poche..
Apprenant l'arrivée prochaine de l'armée de , Charles de Bourgogne prend position, avec le peu de troupes qu'il lui reste, sur une éminence à proximité de Jarville. Malgré l'avis de ses conseillers et le précédent de Morat où, déjà, il avait été attaqué sur son flanc, il néglige la protection de son côté droit, qui est sur la lisière du bois de Saurupt.
Journée du Le dimanche , avant l'aube, quitte Saint-Nicolas-de-Port, son armée avance dans la campagne lorraine recouverte de neige. À Laneuveville, des éclaireurs repèrent un guetteur bourguignon et le tuent. Désormais, le Téméraire ne sait rien de l'armée qui arrive. et ses capitaines, sur les rapports des éclaireurs, décident de contourner l'armée bourguignonne par le bois de Saurupt pour l'attaquer de flanc et, pour donner le change, envoient un petit détachement, commandé par Vautrin Wisse, par la route de Nancy à Saint-Nicolas.
L'effet de surprise est total et le sort de la bataille se joue rapidement, bien que les Bourguignons réussissent à repousser les premiers assauts. Josse de Lalaing reçoit le premier assaut, est grièvement blessé et fait prisonnier. Il ne sera libéré que le . Jacques Galleotto, blessé, s'échappe avec ses troupes le long de la Meurthe, la traverse au gué à Tomblaine et s'enfuit vers le nord.