Michel Haas, né le à Paris et mort le à Marseille.Voir sur galerie-paulripoche.com., est un peintre, graveur et illustrateurCf. notice d'autorité du catalogue général de la Bibliothèque nationale de France. français.

Parcours artistique

Michel Haas suit un cursus hors des écoles d’art et des parcours balisés avant de gagner la reconnaissance de galeries importantes et de trouver la consécration auprès des collectionneurs. Ces galeristes sont, entre autres, Nina Dausset, qui l’expose en 1980 et puis, très vite, Jan Krugier qui montre ses œuvres à Genève et à New York pendant quelque vingt-cinq ans, parallèlement à la galerie Di Meo qui a représenté l’artiste depuis 1990. Cette fidélité de grands marchands a permis d’inscrire son œuvre dans une histoire de l’art sur laquelle toute la lumière n’a pas encore été faite, précisément parce que cette histoire n’est pas celle qu’ont imposée les institutions, Michel Haas se tenant à l’écart de ce qu’il convenait alors d’appeler une « proposition plastique ».

C’est par le concept, justement, que Michel Haas a commencé, en entreprenant d’abord des études de philosophie. Rapidement, il comprend que son langage est plutôt celui de la matière. Son besoin, c’est celui d’une prise avec la « croûte terrestre », comme il le dit. Encore étudiant, il tombe un jour par hasard sur un champ dont la terre avait été retournée. Ce qu’il y a sous la terre, son intériorité, le dessous des choses jouent le rôle d’un appel. Il décide alors de devenir peintre, non pour s’adonner à la représentation, mais pour chercher . Pourtant, son œuvre s’écarte rapidement de ces courants initiaux, car sa relation avec la matière évolue.

Michel Haas n’a en effet de cesse de dégager son sujet de la matière. Un jour, il comprend que la matière ne doit pas être ajoutée, mais creusée. Avant d’en arriver aux silhouettes découpées, celles-ci se sont d’abord inscrites sur le fond d’une feuille. Le papier Arches est trempé dans un bain boueux, corrodé et trituré par les mains de l’artiste. Ensuite, il reçoit la figure. La transformation du papier a permis à l’image d’advenir. De matière, le papier est devenu « sol » :

Le sujet, chez Michel Haas, est fondamental et l’artiste lui-même en affirme la primauté : , dit-il. C’est bien tel sujet et non tel autre qu’il peint et répète à l’envi, traversant ainsi plusieurs décennies de travail : bouquet, couple, chat, cycliste...

Dans un entretien accordé en 1998 à François-Henri Debailleux, à l’occasion de la rétrospective de son travail à la Fondation Dina-Vierny, il affirme ainsi :

Le sujet, ce n’est pas non plus le pittoresque ; il ne donne pas de nom propre ou de lieu précis aux silhouettes qu'il extrait de la matière. En revanche, il les désignera par des traits distinctifs comme « enfant à la corde à sauter » ou « femme au landau ». Ils ont ce caractère tout à la fois anonyme et saillant des personnes qu’on croise dans les rues. Le geste qui les distingue est aussi leur essence intime. Michel Haas saisit le mouvement ou la posture qui révèle la vie en eux, c’est-à-dire aussi le passage terrestre de ces êtres et la trace qu’ils laissent parmi nous.

Les êtres et les choses que l’on croise sont toujours et jamais les mêmes. Au fil des ans, Michel Haas recrée à loisir les bouquets, les violoncellistes et les livreurs, cet homme qui marche avec un chapeau, ce couple enlacé. Si le désir du peintre est de nous les montrer, c’est-à-dire de révéler la vie qui les anime et qui est leur essence profonde, ça ne peut se faire en une seule fois, l’intensité de leur existence étant inépuisable.

Dans la préface qu’il donne à l’exposition de Michel Haas à la galerie Krugier en 2009, Pierre Schneider cite Baudelaire et son poème À une passante, qui saisit la beauté fugitive d’une femme croisée dans la rue. Comme le peintre, le poète recherchait l’« éternel » dans le « fugitif », dans le caractère fugace de la « vie moderne », le second étant la gangue du premier et tous deux constituant les deux faces inséparables de l’art.

Cette rue où Michel Haas trouve sa source d’inspiration — à l’instar de Constantin Guys, le peintre que Baudelaire érige en exemple —, il s’y balade, le regard ouvert et serein, les sens en alerte, passant parmi les autres, vie éphémère parmi les autres vies éphémères. Car la vie, toute puissante qu’elle est, est vouée au tragique : comme celui de Baudelaire, le ciel de Michel Haas est vide. , affirme-t-il. Ce à quoi il ajoute qu’il n’y a pas de sol non plus, rien pour s’assurer de manière ferme. Et il est vrai que, débarrassées de leur fond, enlevées à leur cadre, ses figures évoluent quelque part entre ciel et terre, dans un univers sans dimensions. vignette|left|Michel Haas dans son atelier de Paris. Le mur devient l’image même de cet espace sans dieu où l’artiste est libre de mettre de la vie. C’est d’ailleurs grâce aux murs que Michel Haas en est arrivé à la peinture :

Vinrent ensuite l’Italie et ses fresques, le Mexique et ses peintures murales. Pourtant, tout autres sont les préoccupations de Michel Haas : car ce n’est pas l’épaisseur du mur qui l’intéresse, ni sa rudesse, mais la capacité qu’a le mur à se laisser dématérialiser par la main de l’artiste qui insuffle la vie là où il n’y a qu’inertie. Le miracle de Lascaux, ce n’est pas seulement le surgissement de ces animaux vieux de ans, mais aussi la façon qu’ils ont encore de se mouvoir sur les parois. Le peintre, dit Michel Haas, est obsédé par le mouvement : mettre du mouvement dans une œuvre par essence immobile, à condition d’entendre le mouvement comme frémissement et jaillissement de vie. La fresque innerve le mur, s’y étale, défie ses mesures, se préoccupe peu des limites.

Toutefois, ce n’est pas la fresque qu’a pratiquée Michel Haas. Au lieu d’aller chercher le mur, qui certes repousse les limites mais ne les abolit jamais réellement, il est parti de la contrainte de la feuille avec ses dimensions étroites. Et c’est de cette feuille qu’il a peu à peu extrait la figure. Cette extraction a demandé du temps. Il fallait que la figure tienne sans l’appui du fond tout autour. Même pour ses travaux les plus récents, même lorsque la silhouette peinte semble désormais vivre une existence autonome, Michel Haas a toujours fait indiquer : « technique mixte dans papier ». « Dans » et non « sur » (comme le veut l’usage), parce que la figure n’existe pas sans son support ni ses limites matérielles. Or ces limites, justement, au lieu de les écarter aux dimensions de la muraille, il les a peu à peu réduites, au contraire, à celles-là mêmes de la silhouette. C’est sans doute là un trait de génie : resserrer les limites à l’extrême, pour que la figure puisse se condenser, se densifier, prendre appui sur elle-même et surgir de façon indépendante. C’est ainsi qu’elle peut venir se poser sur le mur et y danser. Chez Michel Haas, ces chats, ces enfants, ces musiciens sont comme les ombres projetées des êtres côtoyés dans l’existence. Mais ce ne sont pas exactement leurs ombres, plutôt une autre version d’eux-mêmes, leur intériorité, leur influx vital ou encore ce qui résiste en eux, une fois effacés les traits distinctifs :

Expositions personnelles 1975 : Galerie Jean Chauvelin, Paris 1976 : Galerie Monique Delcourt, Valenciennes 1978 : Galerie Regards, Paris 1979 : Fondation nationale des arts graphiques et plastiques, Paris 1980 : « Michel Haas : peinture à l'eau »Notice bibliographique sur le site de la BnF., galerie Nina Dausset16, rue de Lille, 75007., Paris (-) — catalogue par Michel Troche 1981 : Galerie Noëlla Gest, Saint-Rémy-de-Provence 1983 : Hill Gallery, Birmingham, Michigan 1984 : Holly Salomon gallery, New York City / Galerie Jan Krugier, Genève 1988 : Jan Krugier Gallery, New York City / Galerie Aix, Stockholm 1990 : Jan Krugier Gallery, New York City / Krugier-Ditesheim Art Contemporain, Genève / Galerie Mitsukoshi, Tokyo / Galerie Di Meo9 rue des Beaux-Arts, 75006., Paris (-) — catalogueNotice bibliographique sur le site de la BnF. avec préface d'Yves Peyré 1992 : Galerie Di Meo, Paris / Galerie Pudelko, Bonn / Galerie Pasnic (gravures), Paris 1995 : Galerie Di Meo, Paris / Galerie Napolitano (gravures), Paris 1996 : Frank Pages Art Gallery, Baden Baden 1997 : Espace Paul Ricard, Le petit jaunais, Paris 1998 : Musée Maillol, Fondation Dina-Vierny, Paris 1999 : Krugier-Ditesheim Art Contemporain, Genève / Galerie L’atelier (gravures), Hanoï, Viêt Nam 2000 : Galerie Di Meo, Paris 2001 : Galerie Marina (gravures), Avignon 2002 : Jan Krugier Gallery, New York City / Galerie Di Meo, Paris 2003 : Galerie Le Troisième Œil, Bordeaux 2004 : Galerie Di Meo, Paris / Galerie Luis Burgos, Madrid 2007 : Galerie Di Meo, Paris / Musée départemental de préhistoire de Solutré, Solutré-Pouilly 2009 : « Corps de peintures ». Galerie Jeanne Bucher Jaeger (-) / Galerie Krugier & Cie, Genève 2013 : Musée du dessin et de l'estampe originale, Gravelines (-) / Galerie Ligne Treize, Genève / Galerie Suzanne Tarasieve, Loft 19, Paris / Galerie BOA, Paris 2014 : Galerie Univer, Paris 2016 : Galerie Rauchfeld, Paris 2017 : Galerie la Navire, Brest 2018 : Galerie ligne 13, Genève 2018 : Galerie Cyril Guernieri, Paris

Collections publiques

Bibliothèque nationale de France. Musée du dessin et de l'estampe originale, Gravelines Musée de l'Hospice Saint Roch, Issoudun. Médiathèque Hermeland, Saint Herblain

Publications

éditions d'estampes et livres d'artistes - édition PASNIC https://www.atelier-pasnic.com/ - édition Le petit jaunais http://www.lepetitjaunais.com/f/index.php?sp=livAut&auteur_id=19

Livres illustrés Yves Peyré, Rêve de traverseNotice bibliographique du catalogue général de la BnF., 17 lithographies de Michel Haas, Vincennes J.C. Pichon, 1989 ; imprimerie Franck Bordas, non paginé (35 p.), tirage : 107 ex. François Villon, Le Débat du cœur et du corpsNotice bibliographique du catalogue général de la BnF., sept gravures au carborundum, en noir de Michel Haas, Paris, Atelier Pasnic., 1997 ; 38 x , tirage : 30 ex.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Paul Ripoche, Michel Haas à Gravelines, Trézélan, Filigranes éd., publié à l'occasion de l'exposition présentée au musée du dessin et de l'estampe originale de Gravelines, 2013 Filigranes , musée de Gravelines

Filmographie

2022 : On a eu la journée, bonsoir de Marimane Mari ; grand prix de la compétition française du FIDMarseille Prologue, conversation entre Michel Haas et Gilbert Lascault

Article connexe Matiérisme

Liens externes

Michel Haas sur atelier-pasnic.com

Catégorie:Peintre français du XXe siècle Catégorie:Peintre français du XXIe siècle Catégorie:Naissance en mai 1934 Catégorie:Naissance dans le 15e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en mai 2019 Catégorie:Décès dans le 1er arrondissement de Marseille Catégorie:Décès à 85 ans