Jean Baptiste Say, né le à Lyon et mort le à ParisSa fiche de décès dans l'état civil reconstitué de Paris. Il est décédé dans le 2e arrondissement ancien. André Tiran, Notes biographiques sur Jean-Baptiste Say, De Boeck Supérieur | « Innovations », 2014/3 n° 45, p. 171 à 215, DOI 10.3917/inno.045.0171., est le principal économiste classique françaisJean-Claude Derouin : Les grands économistes, 2006, PUF.. Industriel du coton, il était l'un des entrepreneurs huguenots de cette industrie alors en plein essor. Il fut également journaliste. Il est réputé pour ses positions libérales.

Il est l'auteur de la distinction tripartite « production – répartition – consommation », devenue classique. Celle-ci sert de plan au Traité d'économie politique, son maître-ouvrage paru en 1803. Il est également connu pour la « loi des débouchés » ou loi de Say. En outre, il fut l'un des premiers économistes à étudier l'entrepreneuriat et les entrepreneurs, conceptualisés comme organisateurs et moteurs du tissu économique..

Biographie Famille et formation La famille Say est une famille protestante, issue de l'arrondissement de Florac, en Lozère. Elle quitte la région lors de la révocation de l'édit de Nantes et se réfugie à Genève, dont elle acquiert la bourgeoisie et où naît le père de Jean-Baptiste Say, Jean Étienne Say, le . Il s'installe à Lyon où il devient l'employé d'un négociant, Honoré Castanet, né de parents protestants de Nîmes et dont il épouse la fille Françoise en 1765. Il pratique alors le négoce de soieries. Jean-Baptiste Say naît deux ans après leur mariage, le . Il a trois frères, Denis (1768-1769), Jean-Honoré dit Horace (1771-1799) et Louis (1774-1840), créateur des sucreries Say devenues en 1973 Beghin-SayDanièle Poublan, Say, S'écrire au , Jean-Baptiste (1767-1832), son frère Louis, et leurs familles, correspondance familiale [En ligne], Compléments historiographiques, Biographies, S, site de l’École des hautes études en sciences sociales, mis à jour le 04/12/2014, consulté le 1er juin 2017 ..

Ses premières années d'existence se passent à Lyon, où son père lui fait dispenser une éducation relativement libérale, en particulier avec la volonté de soustraire ses fils à l'influence de l'Église catholique et de son système d'éducation. C'est sans doute, parmi d'autres, la raison pour laquelle Say ira en pension à Écully pour y suivre les cours de deux Italiens dont l'enseignement différait sensiblement des règles lourdes du cadre contrôlé par l'Église.

Le déménagement de la famille à Paris marque un tournant dans sa vie et il commence à 15 ans son apprentissage en travaillant comme commis dans une maison de commerce, du fait des revers de la fortune familiale.

Au gré de changements de fortune, il peut finalement se rendre en Grande-Bretagne à 19 ansM-M Salort & Y. Katan, Les économistes classiques, Hatier, ., accompagné de son frère Horace. L'objectif du voyage est de se former aux pratiques commerciales et à la langue anglaise. Il durera deux ans. Au cours de ces années 1785-1786, la Grande-Bretagne connaît une de ses périodes de développement industriel les plus brillantes et Say est aux premières loges pour l'observer.

Son séjour s'achève soudainement quand son employeur meurt et il rentre alors à Paris. Étienne Clavière, un banquier et assureur genevois, l'embauche comme employé de la Compagnie royale d'assurances sur la vie, et lui prête un exemplaire des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) d’Adam Smith, ouvrage qui le marque fortementSAY Jean-Baptiste (1767-1832), tribun, industriel et économiste lyonnais. Il a alors 21 ans.

En 1789, il écrit une courte pièce la Tante et le Prétendu, puis le Curé Amoureux, pièce anticléricale qui sera représentée dans un théâtre du boulevard. Son activité d'écrivain de théâtre durera jusqu'en 1795, où il écrit un opéra comique, les Deux Perdrix.

Révolution française L'entrée de Jean-Baptiste dans la compagnie d'assurance d'Étienne Clavière marque un tournant dans sa vie. En devenant un de ses collaborateurs, il entre dans le groupe des Girondins et se rapproche de l'Atelier de Mirabeau. Il est alors, à 21 ans, un partisan enthousiaste de la Révolution française et s'engage dans la compagnie des Arts de Paris qui sera amalgamée dans le bis de volontaires de Paris également appelé bataillon de l'Arsenal. Il est républicain et ne cessera jamais de l'être. Il va, au cours de cette même période remplir des fonctions de « grouillot » (s'occupant des abonnements) dans le journal de Mirabeau, le Courrier de Provence. C'est chez Clavière que Jean-Baptiste lira pour la première fois en anglais les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publiées par Adam Smith en 1776.

La mort de Clavière et le développement de la Terreur marquent pour Jean-Baptiste un nouveau tournant. Chamfort, Pierre-Louis Ginguené et Andrieux lui proposent de fonder une revue paraissant tous les dix jours et ayant une ambition encyclopédique : La Décade philosophique, littéraire et politique. Elle est fondée le . Il contribue à la revue en rédigeant des articles de circonstance sur les questions littéraires, de théâtre, de poésie ou de comptes rendus d'ouvrages. Il conserve la fonction de la rédaction générale jusqu'à sa nomination au Tribunat. Les références qu'il utilise dans la Décade témoignent de son expérience personnelle et de ses liens avec la culture anglo-saxonne. Il se réfère plus facilement à Swift ou à Franklin qu'à Rome ou Athènes.

Opposition à l'esclavage Il s'engage contre le rétablissement de l'esclavage par Napoléon après son coup d'Etat de 1799, quand La démence coloniale sous Napoléon, par Yves Benot en 1992, aux éditions La Découverte, compte-rendu de lecture par l'historien Marcel Dorigny dans la revue scientifique des Annales historiques de la Révolution française en 1993 . du nouveau régime , à une opinion publique souvent hostile, selon les rapports de police, via de nombreux articles de presse, brochures et gros ouvrages souhaitant rejeter l'apport des Lumières, les « races » humaines, des « êtres supérieurs » à « civiliser » les autres hommes, selon les analyses détaillées des publications de l'époque réunies par l'historien Yves Benot dans un livre de 1992La démence coloniale sous Napoléon, par Yves Benot en 1992, aux éditions La Découverte..

Au même moment se manifeste la persistance de « pôles de résistance » à la censure, émanant d'anti-esclavagistes, pas seulement les plus connus comme l'abbé Henri Grégoire mais aussi d'autres libéraux plus modérés incluant aussi Amaury Duval, Pierre-Louis Ginguené, Joseph-Marie de Gérando, Dominique Dufour de Pradt et Antoine Destutt de Tracy.

Industriel sous l'Empire En 1803, il publie son œuvre la plus connue, Traité d'économie politique. L'œuvre est mal accueillie par Napoléon Bonaparte qui lui demande de réécrire certaines parties de son traité afin de mettre en avant l'économie de guerre basée sur le protectionnisme et les régulations. Le refus de Say l'empêcha de publier une seconde édition du traité, et il fut révoqué du Tribunat en 1804, après avoir passé quatre années à la tête de la section financière.

Les dispositions prises par Bonaparte lui interdisant toute activité comme journaliste, il devient entrepreneur dans la production de coton. Il commence par apprendre à manier les machines des métiers à tisser qui se trouvaient dans les murs du conservatoire des arts et métiers et qui avaient été ramenées par les armées de la Révolution pour certaines. Le secteur en est alors à ses débuts.

La filature débute dans les bâtiments de l'ancienne abbaye d'Auchy (Pas-de-Calais), avec 80 ouvriers et des métiers qu'actionnait un moteur hydraulique. L'affaire se développe rapidement et en 1810, accrue de bâtiments nouveaux, la manufacture occupait 400 ouvriers ; on y filait 100 kilos de coton par jour. En 1810 toujours, le préfet désigna Jean-Baptiste Say pour participer à un « conseil des fabriques et manufactures ».

Il adopte une politique patronale assez paternaliste, et se préoccupe de la question sociale. Son ami Pyrame de Candolle rapporte ainsi que

Enseignant sous la Restauration Après la première abdication de Napoléon en 1814, il peut exprimer plus librement sa pensée économique et il publie la seconde édition de son Traité en 1814. La restauration de la monarchie lui permet d'être reconnu en France. Grâce à ses nombreux ouvrages d'économie politique, il est invité à donner des conférences à l'Athénée royal en 1816, et est nommé, en 1819, professeur à la chaire d'économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiersLes cours d'économie qu'il a donnés au CNAM ont été publiés dans Cours d'économie politique pratique (1828).. En 1825, il devient membre du conseil de perfectionnement de l'École Spéciale de Commerce et d'Industrie qui devint par la suite ESCP.. Toutefois Jean-Baptiste Say n’est pas le fondateur de cette école de commerce, contrairement à une idée largement répandue.. En 1830, peu de temps avant sa mort, il fut nommé au Collège de France, où il occupa la première chaire d'économie politique.

Jean-Baptiste Say est mort le à Paris, et enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division).. À sa mort, il était l'économiste français le plus connuSay (Jean-Baptiste), Encyclopædia Universalis, Pierre-Louis Reynaud, 2005, ..

Partisan du libéralisme vignette|Portrait de Jean-Baptiste Say. Jean-Baptiste Say défend une pensée économique libérale : il met en avant la propriété privée, la libre-concurrence et un rôle de l'État aussi limité que possible. Il se situe en fait dans le prolongement direct de l'école d'économie politique libérale française : Gournay, Turgot, François Quesnay ou du Pont de NemoursAvant-propos à la biographie de Jean-Baptiste Say, Gérard Minart, 2005.. On doit à Jean-Baptiste Say la division tripartite qui est restée classique : production, répartition, consommation. C'est ainsi qu'il divise son Traité d'économie politique (paru en 1803).

Notion d'utilité Dans la tradition de l'école française, et notamment en s'inspirant de l'abbé de Condillac, il reprend la théorie de la valeur-utilité : Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique, chapitre I.. Il distingue marchandises et richesses et souligne que la production est avant tout création de « richesses », donc d'utilité. En partie pour cela, il est considéré comme un précurseur de l'école autrichienne d'économie.

Rôle moteur de la production dans la création des débouchés Jean-Baptiste Say est également connu (et probablement surtout) pour avoir formulé dans son traité d'économie politique (1803) les grandes lignes de ce que John Maynard Keynes appellera la loi des débouchés.

Selon Say, c'est l'offre qui crée le revenu. Et puisque les consommateurs utilisent intégralement leur revenu, pour créer de la croissance, il faut donc stimuler l'offre.

Cette loi est porteuse de conséquences positives et optimistes : . Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique (première édition parue en 1803).. Toujours selon Say, l'économie (qu'on n'appelle pas encore économie de marché) est capable de s'autoréguler de façon spontanée et d'opérer un équilibrage spontané des flux économiques (production = consommation + investissement, épargne = investissement). Les crises de surproduction générales sont impossibles : il ne peut y avoir de déséquilibre global dans les économies de marché et de libre-entreprise.

Say ne nie pourtant pas la possible création d'excédents de marchandises qui ne trouvent pas preneurs, mais les crises de surproduction ne touchent, selon lui, que certains secteurs et ne sont pas durables. Cette loi est parfois réduite à tort à la formule , alors que Say écrit .

Pour Say, il n'y a donc pas de différence entre ce qu'il appelle débouché et production (dans la terminologie moderne : demande et offre).