La gourde (, parfois désigné par le symbole ₲) est la monnaie officielle d'Haïti. Son code ISO 4217 est HTG. Elle est divisée en 100 centimes.

Histoire Le mot « gourde », au sens d'unité monétaire, n'a aucun rapport avec les plantes potagères de la famille Lagenaria, qu'on appelle les gourdes. Il ne se rapporte pas non plus aux gourdes dont on se sert pour boire.

À l'origine, il s'agit d'une dérivation du mot espagnol gordo (gros, gras), un terme qui se référait au peso : le peso gordo est la pièce de huit dite « colonnaire », la piastre forte, produite de 1732 à 1771, une monnaie de transaction acceptée dans les colonies françaises des Antilles, entre la fin du et le début du , dont Saint-Domingue jusqu'en 1804, date de l'indépendance. Sous le régime colonial, des frappes monétaires existaient. Elles furent rares. Les prix courants s'y exprimaient dès 1750 en et c'est la monnaie espagnole qui domine les échanges monétaires, dans un contexte massif de thésaurisation ; aussi les moyens d'échange restent le tabac, le sucre, et les lettres de changeR. Lacombe (1956), . Le réal espagnol y circule donc, et la pièce de huit réaux, appelée piastre espagnole, est poinçonnée en son centre en guise de contremarque pour éviter la contrefaçon, et ce, jusqu'en 1815. Sous le sceau de la République française, après 1792, on trouve une tentative de frappe, avec des pièces d'argent libellées en « escalin » ; 1 escalin pèse 24 g d'argent, ce qui correspond au module de la pièce de 5 francs germinal« Pièce d'un escalin de 1802 », sur numista.com.. Cette parité livre coloniale / franc reste théorique, même quand le général Rochambeau émet un rapport en 1803 sur la question monétaire de Saint-DomingueR. Lacombe (1956), .

La première utilisation de la gourde en tant que monnaie officielle remonte à 1813. Elle remplace alors la livre haïtienne, au taux de 1 gourde = 8 livres et 5 sous, livre qui équivalait à la livre coloniale française (basée sur la livre tournois, avec un pouvoir d'achat supérieur). Trois pièces d'argent sont alors frappées au nom de la république d'Haïti, sans doute dans un atelier monétaire local, certaines au profil de Jean-Pierre BoyerCf. par exemple la « 6 Centimes KM#17 », sur numista.com.. Sous la présidence d'Alexandre Pétion, le , est décidée l'impression des premiers billets, pour pallier le défaut de numéraire, un total de gourdes en coupures de 5, 50, 100 et 500, gagés sur le produit des grosses exploitations du paysR. Lacombe (1956), .

Les émissions monétaires métalliques sont plutôt rares à cette époque mais elles existent. Une disette monétaire chronique prend place. Elle va durer jusque dans les années 1850-1870. Pour contrecarrer cette disette, le , le président Jean-Pierre Boyer lance une nouvelle impression de billets au nom du Trésor haïtien. En 1841, on comptait pour un montant de 3,5 millions de gourdes en billets circulant dans le pays, couvert par 1,5 million de piastres en argent conservées par le Trésor, situation qui témoigne d'une grande prudence économiqueR. Lacombe (1956), . Haïti doit rembourser à la France chaque année plusieurs millions, depuis l'accord de 1826 ; les annuités sont régulièrement honorées, mais la situation se dégrade le , jour du tremblement de terre de Cap-Haïtien qui provoque une panique financière, aggravée par une révolution en 1843. La gourde-papier commence à se dévaluer. Par ailleurs, Boyer ne parvient pas durant cette période à fonder une banque nationale. En 1855, il faut 12 gourdes papier pour un dollar (ou piastre d'argent), contre 3 dix ans plus tôt. En 1867, il en faut 30 et les émissions papier s'élèvent à 130 millions de gourdes. Au moment de la révolution en , le volume de papier atteint son pic, soit 450 millions.

Entre 1870 et , le système est assaini. On pratique l'échange de billets, au taux de 1 piastre d'argent (ou dollar) contre 300 gourdes papier, et la démonétisation des anciennes coupures. La gourde est donc réévaluée. Fin 1873, tous les billets sont détruits, l'opération est une réussite. Les nouveaux billets apparaissent, ils sont libellés en piastres (1875), au taux de 1 gourde pour 1 piastre, et l'émission en est contrôléeR. Lacombe (1956), .

En 1881, le cours est aligné sur celui du franc français au taux de 5 francs = 1 gourde ; de fait, Haïti rejoint l'Union latine. Les pièces sont frappées par la Monnaie de Paris.

L'alignement sur le franc est suspendu en 1912 et la gourde est alors indexée sur le dollar américain au taux de 5 gourdes pour un dollar, ce qui constitue une dévaluation. Cette indexation fut abandonnée en 1989 et le taux de change est désormais flottant. Mais le terme dollar haïtien pour 5 gourdes est encore usitéJean-Claude Boyer, « Le dollar haïtien: fiction ou réalité ? », Le Nouvelliste. De la même manière, le mot penny est utilisé pour la pièce de 5 centimes. On parle également du terme « ardoquin » pour une pièce de 5 gourdes.

La Constitution de 1987 dans son chapitre 1, article 6, définit la gourde comme étant « l'unité monétaire nationale ».

Le dollar américain s'échange au prix de cent gourdes au ; il en fallait deux fois moins cinq ans auparavant.

Pièces de monnaie Première série République de l'Ouest 6 centimes (1813-1818) en argent 12 centimes (1813-1815) en argent 25 centimes (1813-1818) en argent

Série de 1827-1849 1 centime (1828-1846), en cuivre 2 centimes (1828-1849), en cuivre 6 centimes (1846-1849), en cuivre 6 ¼ centimes (1846) en cuivre 12 centimes (1827-1829) en argent 25 centimes (1827-1834) en argent 50 centimes (1827-1833) en argent 100 centimes (1829-1833) en argent

Série « Empire d'Haïti - Faustin » (1850) 1 centime en cuivre 2 centimes en cuivre 6 ¼ centimes en cuivre

Série de 1863 « Fabre Geffrard » Ces pièces signées Heaton sont fabriquées par la . 10 centimes en bronze 20 centimes en bronze

Série dite « 3 gourde » vignette| Pièce de 2 centimes, type "profil de femme haïtienne", bronze (1881). vignette| Pièce de 10 centimes au profil de Léon Dumarsais Estimé (1949). 1 centime (1881) en bronze « Profil haïtienne » 1 centime (1886-1895) en bronze 2 centimes (1881) en bronze « Profil haïtienne » 2 centimes (1886-1894) en bronze 5 cents (1889) en cupronickel 5 [centimes] (1904) en cupronickel 5 centimes (1904-1905) en cupronickel, Nord Alexis 5 centimes (1949) en cupronickel, Léon Dumarsais Estimé 5 centimes (1953) en laiton-nickel, Paul Magloire 5 centimes (1958-1970), en laiton-nickel, François Duvalier 5 centimes (1975-1983), en laiton-nickel, Jean-Claude Duvalier 5 centimes (1988-1997), en acier-nickel, Charlemagne Péralte 10 centimes (1881-1894), en argent « Profil haïtienne » 10 centimes (1906) en cupronickel, Nord Alexis 10 centimes (1949) en cupronickel, Léon Dumarsais Estimé 10 centimes (1953) en laiton-nickel, Paul Magloire 10 centimes (1958-1970), en laiton-nickel, François Duvalier 10 centimes (1975-1983), en laiton-nickel, Jean-Claude Duvalier 20 centimes (1881-1894), en argent « Profil haïtienne » 20 centimes (1907-1908) en cupronickel, Nord Alexis 20 centimes (1949) en cupronickel, Léon Dumarsais Estimé 20 centimes (1956) en laiton-nickel, Paul Magloire 20 centimes (1970), en laiton-nickel, François Duvalier 20 centimes (1972-1983), en laiton-nickel, Jean-Claude Duvalier 20 centimes (1986-1991), en acier-nickel, Charlemagne Péralte 50 centimes (1882-1895), en argent « Profil haïtienne » 50 centimes (1907-1908) en cupronickel, Nord Alexis 50 centimes (1972), en laiton-nickel, François Duvalier 50 centimes (1972-1985), en laiton-nickel, Jean-Claude Duvalier 50 centimes (1986-1991), en acier-nickel, Charlemagne Péralte 1 gourde (1881-1895), en argent « Profil haïtienne »

Série actuelle Pièces haïtiennes Valeur Descriptif Recto Verso Date d’émission 50 centimes Armoiries d'Haïti 1 gourde Forme polygonale, acier-laiton Armoiries d'Haïti Citadelle La Ferrière 1995-2016 5 gourdes Forme polygonale, acier-laiton Armoiries d'Haïti 4 des signataires de l'acte d'Indépendance 1995-2018 Billets de banque vignette|Billet de 10 gourdes émis en 1827. Série actuelle Billets de banque haïtiens Valeur Recto Verso Date d’émission 10 gourdes Sanité Belair Fort Cap-Rouge à Jacmel 2004 20 gourdes François-Dominique Toussaint Louverture La Constitution de 1801 2001 25 gourdes Nicolas Geffrard Forteresse des Platons à Dussis 2004 50 gourdes François Cappoix Fort Jalousière (Marmelade, Haïti) 2004 100 gourdes Henri Christophe (Président du nord d’Haïti, puis roi Henri I d’Haïti) Citadelle Henry à Milot 2004 250 gourdes Jean-Jacques Dessalines (Empereur Jacques I d'Haïti) Fort Décidé (Marchand, Haïti) 2004 500 gourdes Alexandre Sabès Pétion (Président du sud d'Haïti) Fort Jacques (Fermathe, Haïti) 2004 1000 gourdes Président Florvil Hyppolite et le blason de Port-au-Prince Marché Vallière 1999

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Robert Lacombe, « Histoire monétaire de Saint-Domingue et de la république d'Haïti, des origines à 1874 », In: Outre-Mers. Revue d'histoire, 1956, 152-153, — [https://www.persee.fr/doc/outre_0399-1385_1956_num_43_152_1262 sur Persée]. Jean-Claude Boyer, Haïti 1989, une évolution monétaire mouvementée'', Port-au-Prince, L'Imprimeur, 2015.

Liens externes BRH Banque de la république d'Haïti www.banknoteworld.it Billets Haïtiens, 1971 - 2010. Cours instantané de la gourde en euro et historique sur 10 ans

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