La création monétaire, ou émission monétaire, est le processus par lequel la masse monétaire d’une zone économique est augmentée. Si la création monétaire a pu échapper aux États dans l'histoire, les banques centrales créées à partir du ont eu progressivement vocation à organiser la création monétaire. Elles ont souvent obtenu le monopole de création monétaire en matière de monnaie fiduciaire (monnaies métalliques, billets de banque).
Dans l'économie moderne où la monnaie est majoritairement scripturale, la création monétaire est majoritairement conduite par les banques, par le processus de création de créditsBanque de France, « Qui crée la monnaie ? », avril 2017 (page consultée le 30 mars 2018). Voir aussi la note d'information « Qui crée la monnaie ? », plus longue, de 2015.« Monnaie pleine : une opportunité unique en Suisse pour changer la monnaie », La Revue durable, numéro 60 intitulé « Des monnaies pour une prospérité sans croissance », hiver-printemps 2017-2018, pages 26-29.. Lorsqu'un crédit est accordé, la banque crée la monnaie nécessaire à ce crédit par un simple jeu d'écriture dans un livre comptable.. Ce système est parfois appelé le système de réserves fractionnaires. Cette création monétaire est néanmoins contrôlée et limitée par la politique monétaire des banques centrales ou encore les ratios de fonds propres fixés par les autorités de supervision bancaire telles que le comité de Bâle.
Pendant longtemps, les gouvernements ont pu bénéficier de la création monétaire grâce au financement monétaire direct des dépenses budgétaires par les banques centrales (« la planche à billets »). Les conséquences inflationnistes de cette pratique ont conduit à son interdiction progressive par la plupart des banques centrales du monde, comme la Banque centrale européenne (article 123 du traité de Lisbonne) ou encore la Banque du Japon depuis 1883.
Les politiques monétaires non conventionnelles menées dans les pays riches depuis la crise financière mondiale de 2007-2008 et dans des pays en développement depuis la crise liée à la pandémie de Covid-19 ont conduit à une création monétaire importante par le biais, notamment, d'achats d'actifs financiers par les banques centrales (assouplissement quantitatif). La monnaie alors créée est la « monnaie centrale », qui n'est utilisée qu'entre banques sur le marché interbancaire.
À moindre échelle, la création monétaire est également générée dans le cadre de paiements internationaux. Par exemple, lorsqu'une entreprise reçoit un virement de l'étranger en devise étrangère (en contrepartie d'une exportation de biens ou de services, par exemple), la banque qui tient son compte va créditer ce compte en euro par création monétaire, et va acquérir une créance sur le pays étranger en question.
Création monétaire par la banque centrale
Création de pièces et de billets
Les banques centrales ont pour mission de produire les billets de banque, et souvent, de frapper les pièces de monnaie. Cette activité peut être menée conjointement avec le Trésor public. Un pays peut décider que ses pièces de monnaie verront leur valeur indexée sur la quantité de métal précieux qui les constitue ; cette solution a été abandonnée entre le et le au profit des monnaies fiduciaires.
Si les banques centrales ont le monopole de la production des billets et des pièces, elles ne les utilisent pas elles-mêmes. Elles agissent comme productrices au profit des banques qui composent le système bancaire que supervise la banque centrale. Lorsqu'une banque a besoin de monnaie fiduciaire pour faire face à des retraits de ses clients, elle peut demander de la monnaie fiduciaire à la banque centrale. Cette dernière la lui fournit en contrepartie d'une réduction équivalente du montant de réserves (monnaie banque centrale) que la banque détient à son compte auprès de la banque centrale.
D'un point de vue comptable, les billets émis par la banque centrale ne sont rien d'autre qu'une reconnaissance de dette au porteur, inscrits à son passif quand elle les met en circulationSituation financière consolidée de l’Eurosystème au 20 août 2010.. Chaque pièce ou billet matérialise ainsi une promesse de pouvoir disposer du bien que la monnaie représente. L'émission n'est plus contrainte par un élément physique (ce qui est le cas pour les devises modernes depuis l'abandon de l'étalon de change or).
Création monétaire centralisée Les banques centrales créent un second type de monnaie qui est la monnaie banque centrale. Cette monnaie, si elle est libellée dans la devise du pays, n'est utilisée que par la banque centrale et par le système bancaire dans le cadre de leurs relations, notamment sur le marché interbancaire. Sa quantité en circulation évolue en fonction de la politique monétaire menée par la banque centrale. Ainsi, lors d'une opération d'open market ou d'assouplissement quantitatif, les achats d'actifs financiers par la banque centrale a pour contrepartie la création de monnaie centrale sur le compte que la banque vendeuse dispose auprès de la banque centrale.
Dans la zone euro, en 2022, la base monétaire (monnaie créée par la banque centrale) valait 6 280 Md€, dont 214 Md€ de monnaie centrale sous la forme de réserves.
Création monétaire par les banques privées Mécanisme La monnaie est aujourd'hui principalement créée par les banques dans le cadre de leurs activités de prêt (crédit bancaire). Les banques ont en effet le choix soit d'utiliser les dépôts existants, qu'elle transfère au client, soit de créer de la monnaie par un jeu comptable : elle inscrit alors une créance dans son bilan, et augmente d'autant le compte de dépôt du client. Par conséquent, ce sont bien les crédits qui font les dépôts, et non l'inverse : la banque crée de l'argent .
thumb|Tentative de synthèse entre la théorie classique et moderne du crédit (analyse microéconomique et macroéconomique par la Banque d'Angleterre, 2014). La monnaie créée par les banques est la monnaie scripturale : dépourvue d'existence physique, elle est inscrite dans les livres de compte de la banque. Cette monnaie représente 91 % de la masse monétaire de la zone euro en 2017. La création monétaire est permise aux banques dès lors qu'elle ont obtenu une charte spécifique, dite agrément bancaire. La monnaie prêtée est détruite lors du remboursement de ce crédit ; en revanche, le produit des intérêts accumulés sur le prêt ne le sont pas, et la banque se rémunère ainsi (transformation de maturité).
Cette création monétaire a plusieurs limites : les banques n'en créent que pour les projets où elles estiment faible le risque de non-remboursement ; les banques sont tenues de respecter des ratios financiers dont le niveau est inscrit dans la loi ou déterminé par les autorités de contrôle prudentiel (en France, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution).
thumb|Quatre interdépendances de mécaniques de crédit concernant les changements (ou l'absence de changements) de la masse monétaireFrank Decker, Charles A.E. Goodhart (2021): Wilhelm Lautenbach’s credit mechanics – a precursor to the current money supply debate, P. 8 Système de réserves fractionnaires Les systèmes bancaires contemporains fonctionnent selon le principe du « système de réserves fractionnaires ».
Longtemps, les banques ont bénéficié du « multiplicateur monétaire » : elles essayaient d'obtenir de la monnaie centrale (sous la forme de réserves sur leur compte à la banque centrale) et créaient de la monnaie sur la base de la monnaie centrale. Leur création monétaire était donc un multiple de leur détention de monnaie centrale.
Aujourd'hui, toutefois, dans les pays avancés, l'augmentation de la quantité de réserves (notamment à la suite des politiques d'assouplissement quantitatif) a pour conséquence que les banques ne sont plus autant contraintes qu'avant par la quantité de monnaie centrale qu'elles détiennent. Comme le souligne le Fonds monétaire international, . Par conséquent, comme l'indique la Banque d'Angleterre, . Ainsi, les banques centrales ne cherchent pas tant à qu'à , par leurs taux directeurs.
Contrôle et limites de la création monétaire par les banques Dans la pratique, la création monétaire des banques dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels la préférence pour la liquidité des agents économiques, qui dépend étroitement de leurs anticipations en matière de revenu, d'épargne, d'inflation ainsi que de l'idée qu'ils se font de la solidité des placements possibles ; les anticipations des banquiers qui, selon la conjoncture, privilégieront l'extension ou la défense de leur bilan ; l'action des autorités de régulation, par la réglementation ou par l'intervention. Cette complexité où la confiance et les facteurs psychologiques jouent un rôle important, explique l'instabilité associée à la création monétaire des banques et son rôle dans les mouvements de la conjoncture et dans le cycle économique.
L'une des principales limites à la création monétaire est le risque de fuites des dépôts. Une banque qui crée de la monnaie en créditant un compte en banque n'est pas certaine que cette monnaie restera dans les comptes de la banque, car l'agent économique pourrait se procurer des biens auprès d'un vendeur dont le compte n'est pas logé dans la même banque. Les banques font ainsi face à un risque de fuite des dépôts, qu'elles doivent compenser en empruntant sur le marché monétaire.
De plus, les banques doivent répondre aux exigences prudentielles du régulateur, qui est souvent la banque centrale ou est logé auprès d'elle. Au-delà du taux de réserves obligatoires qui peut être utilisé comme levier pour obliger les banques à placer leurs liquidités auprès de la banque centrale, elles doivent répondre à un cadre légal et réglementaire strict (accords de Bâle, notamment). Les banques peuvent se tourner vers la banque centrale pour obtenir des prêts, au taux d'intérêt fixés par les taux directeurs, souvent en échange de garanties. Ces opérations d’open market permettent de réguler la quantité de monnaie centrale sur le marché.
Autres types de création monétaire Financement monétaire du déficit public
Le financement monétaire (ou monétisation du déficit public) consiste, pour une banque centrale, à financer directement le déficit du gouvernement central en créditant directement le compte que ce dernier a auprès de la banque centrale (en France, historiquement, le compte du Trésor à la Banque de France). Les États ont fréquemment abusé de la création monétaire, par exemple pour financer des guerres coûteuses, avec souvent des conséquences graves sur l'économieAlternatives économiques, juillet 2000. notamment des crises hyperinflationnistes. Par conséquent, la plupart des États ont interdit le financement monétaire public ; cette disposition est par exemple inscrite dans la Constitution allemandeArt. 88 Grundgesetz., le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (art. 123)Voir l' sur Wikisource., ou encore la loi de 1997 fixant le statut et les missions de la Banque du Japon. Les déficits publics doivent donc être financés par emprunts – très majoritairement obligataires – auprès d'organismes privés, aux taux d'intérêt proposés par le marché.
thumb|Caricature visant la politique inflationniste de l'administration d'Abraham Lincoln pour soutenir les dépenses de guerre après la défaite des Nordistes à . Création monétaire par achat de devises
La politique de change conduit à de la création monétaire. Lorsque la banque centrale se connecte au Forex, elle peut mener des opérations de politique de change consistant à acheter des devises étrangères avec sa monnaie nationale ; dans ce cas, elle crée de la monnaie.
Par ailleurs, toute entrée de devises dans le pays, du moment qu'elle transite par une banque, est à l'origine d'une création monétaire intérieure, et inversement toute sortie engendre une destruction.
Monnaie alternatives ou quasi-monnaie