vignette|Salon de thé gastronomique, Paris.|alt=Des tables sur lesquelles sont posées des tasses et soucoupes blanches, des boissons dans des verres, et des pâtisseries. La consommation de thé en France remonte au et s'y est depuis lentement développée. Le marché y est très fragmenté, avec des marques de thé haut de gamme qui construisent une image de s'exportant facilement, et des classes populaires plutôt consommatrices de thé en sachet britannique.

Le thé arrive en France sous le règne de Louis XIII, au même moment que d'autres produits coloniaux de luxe, le chocolat et le café, et gagne en popularité à l’arrivée de Jules Mazarin à la cour, qui prête au thé des vertus médicinales. Le prix est cependant élevé et le thé est réservé aux aristocrates, qui ne se contentent pas de le boire : il sert aussi de plante à fumer, d'herbe à salade ou d'ingrédient pour onguent. L’usage de mettre du lait dans le thé se développe à la cour française, le liquide trop chaud pouvant abîmer les tasses en porcelaine. À la Révolution française, le thé est vu comme un produit de luxe et on décourage sa consommation. Sous le Second Empire, l'anglomanie donne un nouveau souffle à la consommation de thé et l’impératrice Eugénie ouvre un salon de thé privé inspiré des salons littéraires du siècle précédent. D’autres salons de thé français, ouverts au public, font leur apparition à la même époque, dont Ladurée. Le thé commence à être consommé dans toute la France, mais reste réservé aux notables. Au , les classes populaires prennent l'habitude de faire bouillir l’eau pour se protéger des épidémies de choléra et s’habituent au thé, qui est cependant concurrencé par le café. La fin du est marquée par le courant japoniste et la fascination des élites culturelles parisiennes pour l'Extrême-Orient, ce qui donne un nouvel élan au thé. Le thé noir domine la consommation française jusque dans les années 1970, puis les thés parfumés prennent le pas jusqu'au début du , où la tendance est au retour au thé vert, vu comme naturel et sain.

La production de thé au est coloniale, essentiellement en Indochine. Une tentative d'acclimatation en Guyane se solde par un échec. Des tentatives de produire du thé en France ont lieu au cours de ce siècle, mais les spécimens restent cantonnés aux jardins botaniques. Une tentative de production de thé à La Réunion est abandonnée en 1972 pour ne reprendre qu'au début du , tandis que des expériences locales sont organisées en Bretagne et à Nantes. Si la production française reste anecdotique, les maisons de thé françaises jouissent d’une bonne réputation. Plusieurs grandes marques, telles que Kusmi Tea, Mariage Frères ou Dammann Frères, transforment le thé en France, avant de l'expédier vers l'Europe ou le Japon.

Histoire

Période aristocratique : du à la Révolution française

gauche|vignette|Le Thé à l'anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces, Michel-Barthélemy Ollivier, 1766, Château de Versailles. Le thé est initialement consommé en France par les milieux aristocratiques.|alt=Une peinture représentant un grand groupe de personnes dans une pièce au plafond très haut. La France consomme du thé dès le règne de Louis XIII, à égalité avec les autres produits coloniaux de luxe que sont le chocolat et le café. Les sources divergent quant à son introduction précise : soit via les Néerlandais qui reçoivent leur première cargaison de thé à Amsterdam en 1610 et le redistribuent ensuite en Europe, soit directement par les jésuites et notamment Alexandre de Rhodes missionnaire mandaté en Chine de 1618 à 1653. L'arrivée de Jules Mazarin à la cour augmente la popularité du thé dans l’aristocratie : on pense en effet alors que le thé a guéri sa goutte, et les traités français de médecine du ne cessent de vanter les mérites du thé.. Toutefois, en raison de son prix élevé, les médecins cherchent des alternatives parmi les plantes européennes, telles que la sauge ou la véronique officinale.. Au , l'usage du thé en France n'est pas limité à la boisson. Il est aussi consommé comme plante à fumer, herbe à salade ou utilisé en onguent.

C'est à la cour française que se met en place l'usage de mettre du lait dans le thé ; en effet verser préalablement quelques gouttes froides dans la tasse en porcelaine permet de protéger l'objet du choc thermique que provoque le versement du thé chaud.. vignette|Sculpture dans la , copie de la Maison du trèfle telle qu'elle existait en 1738 au Château de Lunéville, à la cour de Stanislas Leszczynski, typique de l'orientalisme de l'époque.|alt=Une sculpture dorée représentant une colonne autour de laquelle évoluent trois personnages, une femme, un homme et une personne portant un chapeau de paille. Le thé est importé de Chine via la Hollande jusqu'en 1700, date qui marque le retour du bateau L'Amphitrite de Chine et ainsi le début des importations directes. Dans les Lettres édifiantes et curieuses, les jésuites rapportent qu'ils cherchent à développer directement le commerce du thé entre Chine et France, notamment via l'établissement de comptoirs à Canton, mais que cette opération périclite au cours du en raison de l'hostilité des Chinois à leur égard.. Entre-temps, l'importation française de thé chinois, via le port de Lorient, s'élève à en 1766, et les quantités importées sont multipliées par 400 entre 1693 et 1785. Au cours de la Régence et du règne de Louis XV, les consommations de chocolat (prétendument aphrodisiaque) et de café (en raison des cafés littéraires) augmentent en France plus que celle du thé.. La reine Marie Leszczynska reçoit à la naissance du dauphin un nécessaire en porcelaine du Japon et or de France comprenant de quoi préparer thé, chocolat et café, aujourd'hui conservé au Louvre... Le thé est plus populaire à la cour du duché de Lorraine, où le médecin de Stanislas Leszczynski lui recommande le thé et où la mode est à l'exotisme turc et chinois... Le confiseur de Stanislas, Joseph Gilliers, recommande alors de choisir des feuilles qui ont , de les faire bouillir dans de l'eau éventuellement enrichie de deux tranches de citron et de consommer le mélange avec un pain de sucre..

À la Révolution française, le thé, synonyme du luxe et du fossé séparant les hautes classes de la société du reste du peuple, est décrié et sa consommation découragée..

Redécouverte : anglomanie, japonisme, consommation coloniale et populaire vignette|gauche|La Pâtisserie Gloppe aux Champs-Élysées, Jean Béraud, 1889, musée Carnavalet. Le salon de thé est une invention française du .|alt=Une peinture représentant des personnes assises autour de tables rondes ou se tenant à un comptoir. Au et plus particulièrement sous le Second Empire, l'anglomanie donne un nouveau souffle à la consommation de thé. Le salon de thé privé de l'impératrice Eugénie de Montijo est l'occasion de réunir les intellectuels de l'époque (Gustave Flaubert, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Auguste Delacroix, Gustave Doré, Louis Pasteur…), à la manière des salons littéraires du siècle précédent ; il sert ainsi à ancrer une filiation entre le Second Empire et la monarchie française, cette filiation étant réaffirmée dans la reprise de l'esthétique de Marie-Antoinette d'Autriche et enrichie d'une célébration assumée des richesses coloniales..

Les autres salons de thé à la française, ouverts au public, font leur apparition à Paris. Ils incluent Ladurée, où un public majoritairement féminin se fait servir des thés, d'autres boissons non-alcoolisées et des pâtisseries. Ces salons de thé permettent aux femmes de bonne famille de sortir de chez elles sans avoir à fréquenter les établissements peu recommandables pour leur statut social que sont alors les cafés et les bistrots. Ce service s'étend ensuite aux grands palaces parisiens mais reste cantonné aux notables de provinces et aux arrondissements bourgeois de la capitale : , et . Le thé est alors aussi consommé à Biarritz et sur la Riviera méditerranéenne par les plus riches et réservé à un usage médical dans les autres couches de la société.. La propagation de l’usage du thé aux classes moins aisées se fait très lentement, elle est en partie portée par la nécessité de faire bouillir l'eau avant de la consommer afin de se protéger du choléra qui sévit tout au long du par vagues épidémiques, mais est ralentie par la concurrence du café, abondamment produit par les colonies françaises..

La France veut développer la production de thé dans ses colonies, en particulier en Indochine afin de répondre aux besoins de trois catégories de consommateurs : ceux d'Indochine, qui importent leur thé de Chine ; ceux d'Afrique du Nord, qui importent du thé vert anglais ; et enfin, ceux de la métropole, qui importent du thé noir britannique.. Pour les Français, la production locale est de très mauvaise qualité, et il leur apparaît nécessaire de fonder de nouvelles plantations tenues par des colons.

Une tentative de cultiver du thé en Guyane, colonie peu développée où les colons voient leurs opportunités d'enrichissement décroître avec l'interdiction de la traite des Noirs en 1815, échoue lamentablement : une trentaine de Chinois et de Malais, issus de la communauté de Manille, sont engagés et installés en 1820 dans une habitation des marais de Kaw. Mais le projet n'a manifestement pas été correctement planifié, la question de savoir si le lieu était propre à la culture du thé n'ayant pas été posée, tandis que les ouvriers sont installés dans de mauvaises conditions, subissent des mauvais traitements. La majorité meurt de maladie dans ce lieu insalubre, quatre survivants étant ramenés en Asie en 1835..

Au , les importations de thé fluctuent fortement en France : en 1829, en 1830, en 1831, en 1842. Le mode de préparation du thé évolue : il s'agit d'abord de chauffer la vaisselle, théière et tasse, avec de l'eau bouillante, puis de verser dans la théière de thé par convive, qu'on recouvre entièrement d'eau bouillante à laisser infuser ; de l'eau est ensuite ajoutée afin d'en avoir assez pour tous les convives, et on verse dans chaque tasse du sucre, le thé, et deux cuillères de crème.. Les théières métalliques, en particulier en argent, sont alors réputées meilleures que celles en porcelaine en raison de leur conductivité thermique et il est recommandé de conserver son thé dans des boîtes de fer-blanc ou de plomb. Des tentatives de produire du thé en France ont lieu au cours du , mais les spécimens restent cantonnés aux jardins botaniques, en partie celui du muséum national d'histoire naturelle et de l'orangerie du Luxembourg..

La fin du est marquée par le courant japoniste et la fascination des élites culturelles parisiennes pour l'Extrême-Orient, ce qu'incarne la fréquentation de la Porte chinoise, boutique de thés et de meubles fréquentée par Zola, Baudelaire, Champfleury, Cernushi, Manet, Degas, Monet ou Fantin-Latour.

vignette|Algéroises distinguées dans leur intérieur, gravure de 1899, Bibliothèque du Congrès.|alt=Une gravure en couleur représentant trois femmes dans un salon d'appartement. L'Exposition universelle de 1900 est l'occasion pour la France de découvrir le thé de Ceylan, qui prend alors une image d'exotisme et de qualité.. Au début du , le thé est avant tout prétexte à réunion sociale et mondaine, et les goûters dansants, où est servi du thé, se multiplient.

En 1925, dans l'empire colonial français, la consommation de thé se fait pour les quatre cinquièmes en Afrique du Nord, sous forme de thé vert ; ces proviennent essentiellement de l'importation, l'Indochine française ne produisant qu'à peine de thé. À la fin des années 1930, les chiffres sont relativement similaires, la production de l'Indochine étant d'environ , la France important , la Tunisie , et l'Algérie .. Le thé qui ne vient pas d'Indochine est importé de Chine et d'Inde. La consommation évolue peu jusqu'au milieu des années 1950 ( en France, en Tunisie) sauf en Algérie où elle fait plus que doubler, passant à en 1956.