La Lamborghini 291, également appelée Lambo 291, est la monoplace de Formule 1 conçue par l'ingénieur italien Mauro Forghieri pour le compte de Lamborghini et engagée par l'écurie italienne Modena Team dans le cadre du championnat du monde de Formule 1 1991. Elle est pilotée par l'Italien Nicola Larini et le Belge Eric van de Poele.

À l'origine, ce châssis, nommé GLAS 001, est développé dès pour l'écurie mexicaine GLAS qui souhaite s'engager en Formule 1 en . Mais le projet n'aboutit pas puisque son initiateur, Fernando Gonzalez Luna, un homme d'affaires mexicain recherché pour trafic de cocaïne, part en cavale quelques jours avant la présentation de la monoplace, fin , en marge du Grand Prix du Mexique.

Lamborghini reprend le châssis et effectue un premier déverminage en sur le circuit d'Imola, avec Mauro Baldi à son volant. La 291 est ensuite confiée à la nouvelle écurie Modena Team, fondée par Carlo Patrucco, le vice-président de la Confindustria.

En championnat, la 291 se montre très peu performante : en trente-deux engagements, elle ne permet à ses pilotes de se qualifier qu'à six reprises. La meilleure performance de la saison est une septième place obtenue par Larini lors du Grand Prix des États-Unis. Les mauvaises prestations de ce châssis poussent Lamborghini à interrompre son partenariat avec Modena qui, faute d'argent, ferme ses portes à l'issue de la saison.

Contexte et développement GLAS, un projet d'écurie mexicaine mort-né thumb|left|alt=Photo d'un homme à lunettes|Mauro Forghieri, le concepteur de la Lamborghini 291, travaille sur cette monoplace depuis l'automne 1989.

Dès , Fernando Gonzalez Luna, un homme d'affaires mexicain, fonde l'écurie GLAS et prévoit de s'engager en Formule 1 en 1991 au nom de l'entité italienne So.Ge.Team. À l'automne 1989, Mauro Forghieri et Mario Tollentino, l'ancien directeur technique de l'écurie Alfa Romeo dans les années , commencent à travailler à la conception d'une monoplace de Formule 1 pour le constructeur italien Lamborghini. Forghieri développe les suspensions et la boîte de vitesses tandis que Tollentino est chargé du châssis. Cette monoplace, associée à un moteur V12 Lamborghini, doit être fournie à GLAS. L'équipe mexicaine, dirigée par Leopoldo Canettoli, un ancien journaliste italien, songe à recruter le Mexicain Giovanni Aloï pour piloter la GLAS 001 lors un programme d'essais menés en à Imola, Monza, Hockenheim et Estoril. Pemex, une entreprise pétrolière mexicaine, est annoncée comme le commanditaire principal de GLAS : ce projet d'écurie mexicaine est alors considéré comme sérieux par les observateurs de la discipline .

Une semaine précédant le Grand Prix du Mexique 1990, organisé à la fin juin, le moteur V12 de la 291 est démarré dans son lieu d'assemblage, à Sant'Agata. La présentation et le premier roulage de la nouvelle monoplace sont prévus en marge de l'épreuve mexicaine, mais, quelques jours plus tôt, Gonzalez Luna, recherché par Interpol pour trafic de cocaïne part en cavale. Lamborghini, qui avait expédié la GLAS 001 à Paris pour l'acheminer par avion sur le circuit de Mexico, la ramène dans ses ateliers à Modène. Le , la presse spécialisée rapporte que Gonzalez Luna a fait faillite, mais que les commanditaires italiens du projet, dont Lamborghini, sont prêts à poursuivre leurs intentions de s'engager en Formule 1. .

La reprise du projet par Modena Des rumeurs affirment alors que les frères Abed, propriétaires du circuit de Mexico, projettent de reprendre l'écurie GLAS afin de médiatiser leur implication en Formule 1. Finalement, en , Lamborghini, qui ne souhaite pas s'engager directement dans la discipline-reine du sport automobile, craignant que d'éventuelles mauvaises performances de sa monoplace ne nuisent à sa réputation, décide de confier la monoplace à Modena Team, engagée en tant qu'écurie semi-officielle. Cette nouvelle structure est dirigée par Carlo Patrucco, le vice-président de la Confindustria, qui a racheté GLAS deux mois plus tôt. Leopoldo Canetoli conserve son poste de directeur sportif tandis que Mauro Forghieri prend la direction technique. La GLAS 001, renommée Lamborghini 291, fait ses premiers tours de roues, avec Mauro Baldi à son volant, tandis que l'Italien Nicola Larini et le Belge Eric van de Poele sont titularisés pour la saison 1991 . La 291 se distingue par des pontons très bas qui carènent des radiateurs presque parallèles à la coque. Le châssis arbore une livrée bleue parsemée de nombreux sponsors, ce qui laisse présager la fragilité des finances de l'écurie.

Conception de la monoplace Aspects techniques thumb|left|alt=Photo du côté droit d'une monoplace bleue|Le capot moteur de la Lamborghini 291. thumb|alt=Photo d'un moteur V12|La Lamborghini 291 est mue par un moteur V12 conçu en interne en 1989.

La Lamborghini 291 est développée par Mauro Forghieri et Mario Tolentino dès l'automne pour le compte de Lamborghini, qui souhaite associer son moteur V12 3512 à un châssis fabriqué en interne. D'une masse de avec son pilote, la 291 est dotée d'un châssis monocoque en fibre de carbone. Son empattement est de . La voie avant est de tandis que la voie arrière est de . Aérodynamiquement, la 291 se distingue des autres monoplaces par ses pontons inclinés où sont logés les radiateurs de refroidissement du moteur, et par des montants latéraux triangulaires. Les suspensions adoptent une architecture simple, composée de poussoirs et d'amortisseurs fournis par Koni. Le freinage est assuré par des freins à disque conçus par Carbone Industrie et par des étriers développés par Brembo alors que les pneumatiques sont fournis par Goodyear .

La 291 est propulsée par un moteur V12 Lamborghini 3512 ouvert à 80 degrés de de cylindrée, développant 640 chevaux à . D'une masse de , il s'agit d'un bloc atmosphérique, à injection directe, composé de quatre arbres à cames et de quatre soupapes par cylindre. Ce moteur a été mis au point en 1989 pour le compte de l'écurie Larrousse. L'année suivante, l'écurie française conserve son partenariat avec Lamborghini, qui fournit également Team Lotus et apporte une vingtaine de chevaux supplémentaires. Le bloc italien, bien que plus puissant que ceux développés par Ford-Cosworth, reste l'un des moins performants du plateau : il rend soixante chevaux au moteur V10 Renault RS3 qui équipe les Williams FW14 et soixante-dix chevaux au bloc V12 Honda RA121E des McLaren MP4/6. Le moteur est alimenté par une essence et un lubrifiant fournis par Agip. La transmission est assurée par une boîte de vitesses transversale à six vitesses fabriquée en interne .

Dès , Gérard Larrousse, le patron de l'écurie éponyme, soupçonne Lamborghini de s'être inspirée de la Lola 90 engagée par son équipe pour concevoir la 291 : il explique que des ingénieurs italiens rôdent depuis plusieurs mois autour de sa monoplace, en prenant des notes sur de cette voiture.

Premiers tours de roue En , Lamborghini, désireuse de voir sa création en piste, organise une séance d'essais sur le circuit d'Imola en Italie et confie la 291 à Mauro Baldi qui a piloté en Formule 1 entre 1982 et 1985. Lors de ces essais, ponctué par un accident endommageant la monoplace, l'Italien réalise soixante-huit tours et réalise son meilleur temps en , avec une vitesse de pointe établie à . La 291 rend huit secondes à la McLaren MP4/5 d'Ayrton Senna, auteur de la pole position lors du Grand Prix de Saint-Marin disputé sur ce même circuit. Cette performance n'aurait pas permis à Baldi de se préqualifier pour cette épreuve, ce qui suggère que Modena Team évoluera en fond de grille en 1991 .

Choix des pilotes Nicola Larini thumb|alt=Photo de face de Nicola Larini, portant une combinaison de course bleue|Nicola Larini (ici en 2006) rejoint l'écurie Modena pour sa cinquième saison en Formule 1.

Le poste de premier pilote est confié à l'Italien Nicola Larini.. Larini fait ses débuts en karting à l'âge de seize ans puis rejoint le championnat italien de Formule Abarth en 1983. Deux ans plus tard, il intègre le championnat d'Italie de Formule 3 au sein de l'écurie Coloni avec laquelle il remporte le titre en 1986. En 1987, il participe avec Forti Corse, au championnat international de Formule 3000 et prend part aux débuts de Coloni en Formule 1. En 1988, Larini est recruté par la petite écurie Osella avec laquelle il réalise sa première saison complète dans la discipline-reine du sport automobile. L'année suivante, il se fait remarquer par quelques coups d'éclats, notamment en se hissant, pendant une dizaine de tours, à la troisième place du Grand Prix du Canada 1989, disputé sous la pluie, avant d'abandonner sur un problème électrique. En 1990, il rejoint Ligier, alors en déclin. Malgré une monoplace plus véloce que l'Osella, Larini se montre moins performant et est régulièrement dominé par son équipier Philippe Alliot. L'écurie française le congédie à l'issue de la saison. Au sein de Modena Team, la monoplace de Larini est préparée par Mario Tollentino, l'un de ses concepteurs...

Eric van de Poele thumb|left|alt=Photo de profil droit d'Eric van de Poele, portant un polo noir et un chapeau beige|Eric van de Poele (ici en 2008) fait ses débuts en Formule 1 en 1991.

Alors que les observateurs pensent qu'une seule voiture sera engagée en championnat, Modena organise une séance d'essais entre l'Italien Marco Apicella et le Belge Eric van de Poele pour départager le poste de second pilote. Plus rapide, ce dernier fait alors ses débuts en Formule 1 en qualité de second pilote, moyennant l'apport d'un petit budget de complément tandis qu'Apicella devient le pilote-essayeur de l'écurie... Van de Poele débute en sport automobile en 1983 en remportant le volant Avia La Châtre. Il commence sa carrière en monoplace dans le championnat de France de Formule 3 en 1984. Pilote éclectique, il dispute en 1985 le championnat de Belgique et Benelux de Formule Ford, termine la saison champion et troisième du championnat de Belgique en Groupe N avec BMW Belgium. En 1986, il court en championnat de Belgique de tourisme, toujours avec BMW Belgium, participe à trois courses du championnat de Grande-Bretagne de Formule 3 et à trois courses du championnat d'Europe de Groupe A. En 1987, il devient champion d'Allemagne de Groupe A avec Zakspeed qui engage les BMW officielles en DTM. Il remporte cette même année les 24 Heures de Spa avec Jean-Michel Martin et Didier Theys au volant d'une BMW M3 e30 et participe également au championnat d'Allemagne de . En 1988 il dispute le championnat d'Europe de Groupe A et termine cinquième au sein du Team officiel BMW Schnitzer. En 1989, van de Poele dispute sa première saison en championnat intercontinental de Formule 3000 au sein de l'écurie GA Motorsports. Il termine cinquième du championnat mais il faut attendre 1990 pour qu'il brille dans la discipline en remportant trois victoires (Pau, Birmingham et Nogaro) et termine vice-champion. La monoplace d'Eric van de Poele est préparée par Dave Morgan, un ancien pilote devenu ingénieur, qui a disputé le Grand Prix de Grande-Bretagne 1975...

La Lamborghini 291 en championnat du monde Un début de championnat modeste Avec trente-quatre pilotes engagés pour le championnat du monde de Formule 1 1991, chaque Grand Prix débute le vendredi matin par une séance de préqualification qui permet d'éliminer quatre pilotes avant même le début de l'épreuve. Ces préqualifications concernent les écuries les moins bien classées lors de la saison précédente, la Scuderia Italia et Coloni mais aussi les nouvelles équipes inscrites en championnat, Modena Team, Fondmetal et Jordan Grand Prix. Mise à part cette dernière, les observateurs pointent du doigt le manque cruel de moyens financiers de ces petites écuries, ce qui pourrait les conduire à disparaître rapidement, comme cela a été le cas pour Onyx Grand Prix, Eurobrun Racing et Life Racing Engines qui n'ont pas tenu plus de deux saisons à la fin des années 1980 ..