Le squat Saint-Just est un bâtiment dans le quartier Saint-Just du 13e arrondissement de Marseille, appartenant au Diocèse des Bouches-du-Rhône. À partir de , il est occupé par jusqu'à simultanément: des familles avec enfants et des mineurs isolés étrangers, dont la loi exige pourtant qu'ils soient protégés par le département. Celui des Bouches-du-Rhône, dont la politique de l'enfance est jugée largement par la chambre régionale des comptes et la Défenseuse des droits, est condamné à plusieurs reprises entre 2017 et 2020 pour n'avoir pas pris en charge des mineurs. Dix-sept mois après le début de l'occupation, le , à la suite d'un départ de feu qui ne fait aucune victime, le squat est définitivement évacué.
Contexte Dans un rapport rendu en 2021, la chambre régionale des comptes estime que la politique de l'enfance du conseil départemental des Bouches-du-Rhône est largement , et que la création de squats participe d'un . En , la Défenseuse des droits Claire Hédon conclut que .
Selon la chambre, les mineurs qui demandent sa protection (ils étaient 1074 en 2019) attendent en moyenne avant de pouvoir accéder ne serait-ce qu’à une nuitée à l’hôtel; ils attendent en moyenne pour obtenir une place en foyer, mais beaucoup disparaissent dans la nature ou atteignent leur majorité entre temps. Le Monde écrit aussi en 2019 qu'un centaine de jeunes confiés par la justice au département des Bouches-du-Rhône sont sans hébergement et 150, en attente d'évaluation, ne sont pas mis à l’abri comme la loi l’exige.
Le dispositif d'accueil n'est pas adapté pour faire face à l’augmentation des demandes depuis 2015, mais la chambre cite le conseil d'état en rappelant qu.
En 2021, plus de 160 mineurs non accompagnés seraient sans domicile à Marseille.
Le département est condamné plusieurs fois par la justice, et débourse entre 2017 et 2019 en frais de justice et d'astreintes aux mineurs. En 2018, il était visé par 200 requêtes, et en 2020, condamné à payer des astreintes pour non-prise en charge de mineurs placés sous ordonnance provisoire.
La chambre critique également les faveurs accordées par le département à l'association Addap 13, qui gère le dispositif de premier accueil pour les MNA, et d’hébergement, présidée par une ancienne directrice du service enfance famille du conseil départemental, qui ne propose que de . La liste d'attente compte non accompagnés par des travailleurs sociaux malgré les décisions de justice les concernant. En 2022, le résultat d'un audit, commandé par le conseil départemental et la protection judiciaire de la jeunesse, de l'association Sauvegarde 13, la principale structure habilitée par le conseil départemental pour exercer des actions éducatives en milieu ouvert, fait la liste de très nombreux dysfonctionnements, dont une liste d'attente de .
Martine Vassal se défend en expliquant que la de son département est de , pas des mineurs non accompagnés étrangers. Le service d'aide sociale à l’enfance des Bouches-du-Rhône fait l'objet d'une enquête de l'IGAS en .
Occupation Le bâtiment est une bastide du de qui avait servi de couvent, appartenant au diocèse qui avait prévu de la vendre à l’Institut méditerranéen de formation et recherche en travail social.
Le collectif Mineurs isolés 13, qui avait occupé l’église Saint-Ferréol dans le quartier du vieux port, investit le bâtiment le . Une banderole est accrochée sur la façade, visible de l'Hôtel du département des Bouches-du-Rhône qui se trouve de l'autre côté de la rue. Une bénévole explique à La Croix: .
Le diocèse porte plainte dès le début de l'occupation illégale, mais reprend les contrats d’électricité et de gaz pour chauffer les lieux; Georges Pontier, l’archevêque de Marseille jusqu'en Georges Pontier est remplacé par Jean-Marc Aveline le 8 août 2019. connu pour ses prises de position en faveur des migrants, affirme alors qu' . L’Église voit dans ce dossier l'illustration de la faillite des pouvoirs publics sur la question des réfugiés mineurs qui se retrouvent à la rue. Mais en avril, le diocèse coupe le gaz et demande l'expulsion des personnes hébergées, arguant du manque à gagner de que constituerait l'impossibilité de vendre le bâtiment. Le tribunal d'instance octroie alors un délai de six mois aux squatteurs majeurs.
À l'occasion d'une affaire opposant le conseil départemental à un mineur isolé hébergé à Saint-Just et bénéficiant d’une ordonnance de placement provisoire, la justice est amenée à décider si ce squat peut constituer un lieu d'accueil digne pour des mineurs censés être mis à l'abri par les autorités. Le tribunal administratif affirme d'abord en que le bâtiment est un lieu « correct » pour héberger des mineurs isolés en attente de prise en charge. Selon les termes du jugement, . Le Conseil d’État conclut de la même façon: . Mais le , après que les avocats des mineurs décrivent les conditions d'hébergement, le tribunal administratif de Marseille revoit son jugement, estimant au contraire que « l’état des lieux et les équipements sanitaires présentent un grave état d’insalubrité » et sont « de nature à mettre en danger la santé ou la sécurité de ses occupants », ce qui a pour conséquence que les mineurs sont bien fondés à demander à être pris en charge en urgence par le conseil départemental.
À l'automne 2019, dix mois après le début de l'occupation, le bâtiment permet l'hébergement de dont 150 mineurs, et arrive à saturation. Une trentaine de bénévoles du collectif 59 Saint-Just distribuent un repas par jour, les conditions d'hébergement deviennent critiques. La scolarisation des enfants est aussi assurée par des bénévoles, en particulier ceux du (Ramina).
Le procès de l’occupation du squat par des mineurs isolés a lieu le jeudi . Le tribunal d'instance de Marseille ordonne le l'expulsion sans délai des 170 mineurs migrants qui occupent le bâtiment, les familles obtiennent un délai jusqu’au . La décision . Un avocat défendant les mineurs estime qu'elle . Le , selon la préfecture de Police, aucune évacuation n'est ; ce dernier affirme n'avoir fait aucune demande en ce sens. En , aucune proposition de relogement n'avait encore été apportée.
L'inquiétude sur les conditions d'accueil s'accroit en , au moment des mesures d'isolement prises pour endiguer la pandémie de Covid-19, et le , Médecins du monde et Médecins sans frontières demandent à la justice d'exiger la mise à l’abri en urgence cinquante mineurs hébergés dans le squat Saint-Just; le , le tribunal administratif ordonne en urgence au département et au préfet des Bouches-du-Rhône d’assurer leur hébergement dans un délai de quinze jours. Le conseil départemental a déjà été condamné plusieurs fois pour avoir refusé d'exécuter des ordonnances de placement provisoire rendues par le tribunal administratif. Le département répond en s’engageant à mettre à l’abri les 50 mineurs, tout en sollicitant l'aide du préfet, et s'exécute une semaine plus tard en mettant à l’abri 38 mineurs isolés. Il reste alors , familles avec enfants et adultes isolés, dans le bâtiment; les règles de confinement sont impossibles à respecter.
Une deuxième décision de justice fait suite au référé-liberté au tribunal administratif de Marseille de Médecins sans frontières et Médecins du Monde: MSF, avec l’aide de l'association JUST, a ouvert mi-janvier trois lieux d'hébergement pour une 80 de mineurs isolés, prévoyant de les mettre provisoirement à l’abri jusqu'à fin mai. Dans une ordonnance du , le tribunal administratif de Marseille ordonne au département dans un délai de .
La trêve hivernale est prolongée jusqu’au à cause de la pandémie de Covid. Début , le diocèse de Marseille adresse au Collectif 59 Saint-Just un . Anne Giraud, membre du diocèse, explique que .
Evacuation Le matin du lundi , un incendie se déclare au rez-de-chaussée, dans une pièce où étaient entreposés des dons divers, de la nourriture et des outils. Les occupants (parmi lesquels des personnes hébergées et des enfants) sont évacuées et le site est mis en péril, ce qui entraîne la fermeture définitive du squat. La préfète déléguée pour l’égalité des chances, Marie Aubert, explique en effet que . Anne Giraud, du Diocèse, ajoute que . Estimant que l'incendie est d’origine criminelle, les militants portent plainte.
Le soir même, les personnes évacuées, dont une vingtaine d’enfants, dorment dans les gymnases Santi et de La Martine (), tandis que la police municipale surveille le bâtiment jusqu’à sa mise en sécurité par le Diocèse. Les centre d’hébergement pour demandeurs d’asile et migrants étant saturés, la question se pose de l’hébergement qui sera proposé sur le long terme, la municipalité renvoyant l'état à ses responsabilités.
Postérité Utilisation dans la campagne de Martine Vassal En pleine campagne électorale, Martine Vassal pénètre dans la propriété pour y tourner une vidéo anti-migrants destinée aux réseaux sociaux, dans laquelle elle affirme que le lieu a été le théâtre de , ce qui lui vaut d'être attaquée par le diocèse qui et assure n’avoir donné . Selon le collectif saint Just, ces .
Nouveaux squats à la suite de l'évacuation de Saint-Just L'évacuation de Saint Just n'est que l'une des évacuations sans solutions qui se succèdent à Marseille. Elle a pour conséquence de remettre à la rue des familles que les pouvoirs publics ne parviennent pas à mettre à l'abri, et pour face à un manque de place dans les lieux d’accueils, des mineurs isolés investissent mi-juillet un squat au rue de Breteuil, dont ils sont immédiatement expulsés, puis un autre au rue Flégier, dont ils sont rapidement expulsés par la police dans une opération de mise en sécurité mandatée par la nouvelle municipalité de Michelle Rubirola; ces mineurs sont relogés à l’hôtel en attendant que le département prenne ses responsabilités.
Quelques mois après l'incendie, début , le contact entre le département et les évacués est rompu et des mineurs isolés campent devant la mairie pour tenter de faire pression; la municipalité réagit en hébergeant 38 d'entre eux dans un gymnase. Certains d'entre eux entament une grève de la faim, sur fond de guerre de communication entre la municipalité et la métropole, laquelle refuse de Le département est à nouveau condamné par le tribunal administratif à et à prendre en charge ceux disposant , mais ne fait aucune recommandation ferme au sujet de ceux qui sont dans l’attente d’évaluation de leur situation et de leur âge.
Le rue Ferrari dans le arrondissement de Marseille, un immeuble vide appartenant au département est occupé à l'automne 2021. Les entrepôts rue Cazemajou dans le arrondissement, occupés par des familles pendant des années doivent être évacués pour permettre le passage d'un futur tramway. En un squat de mineurs isolés sur la Canebière est évacué.
Squat Saint-Bazile Un bâtiment Art déco de 5 étages, ancienne vitrine locale du Parti communiste français, au 25 de la rue Saint-Bazile du arrondissement de Marseille, est squatté à partir de l’été 2021 et autogéré par une association de migrants. À l'initiative de l'Association des usagers de la PADA (AUP), et avec le soutien de la préfecture et de la municipalité, il fait l’objet à partir du , d’une convention d’occupation temporaire avec son propriétaire, l’établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur, légalisant la présence de 90 personnes pour neuf mois, jusqu'au . D'autres projets d'hébergements autogérés sont soutenus par la ville.
Documentaires
Le film Crimes de solidarité de Tuan Andrew Nguyen donne la parole aux habitants de l'ancien squat de Saint-Just.
Le documentaire , de la réalisatrice marseillaise Roxane Perrot, produit par Zéké Film et Lucien TV, est consacré au squat Saint-Just et à son organisation.
Bibliographie
Articles connexes Mineur non accompagné en droit français Incendie de la cité des Flamants
Références et notes Notes
Références
Catégorie:Histoire de Marseille Catégorie:Urbanisme à Marseille Catégorie:13e arrondissement de Marseille