Gaetano Zampa dit Tany Zampa ou Gaëtan Zampa, né le à Marseille (France) et mort le dans la même ville, est un criminel français. Il est surnommé « l'empereur de la nuit ».

Il est l'un des derniers parrains du milieu marseillais des années 1970.

Biographie Jeunesse Gaetano Louis Albert Zampa naît dans le quartier de la Cayolle à Marseille, officiellement le , en fait le . Son père, Mathieu Zampa, originaire de Naples et Campobasso, né en 1902 à Marseille, voyou respecté dans la ville, ne voulait pas que son fils soit né au mois de mars car, dans la légende napolitaine, mars est le mois des fousZampa, sur lamanufacturedelivres.com.. Sa mère Lucie Lande est originaire de la région des Pouilles. Il a pour demi-frère Jean Toci, né le d'une relation extraconjugale entre son père et Jeanne Toci, qui prendra sa relève après sa mort.. Le père de l'humoriste Patrick Bosso est le cousin germain de Zampa.

Mathieu Zampa débute dans les années 1930 sous Paul Carbone et François Spirito, puis se place, après la Libération, sous les ordres des frères Guérini comme la plupart des truands marseillais de l'époque. Il a été le propriétaire du bar de la Ruche. Il est spécialiste de l'outre-mer.. Dans les années 1960, il part exploiter un night club dédié à la prostitution à Dakar. Il reviendra à Marseille en 1972 et y mourra l'année suivante. La famille Zampa possédait une maison boulevard des Deux Canards dans le quartier de la Cayolle. Il grandit dans le quartier de la Cayolle, dont la population est constituée de vagues migratoires successives d'Italiens, d'Indochinois, de juifs d'Europe centrale et d'Afrique du Nord, de Maghrébins. Sa petite enfance se déroule à l'ombre de l'énorme chantier de construction de la prison des Baumettes, qui démarre en 1933 pour finir en 1939.

En , à l'âge de 7 ans, Gaëtano Zampa boit l'eau non potable d'une fontaine publique et tombe gravement malade. Il met du temps à s'en remettre, à tel point que sa famille pense qu'il va mourir. Il guérit mais ayant été tellement choqué, il en garde un bégaiement ou un zozotement Extrait de l'émission "Parlons-en" du 29/05/10 avec José D'Arrigo.

Tany Zampa grandit ainsi dans le milieu qu'il connaît parfaitement. Lorsqu'il débute dans le métier comme proxénète, vers 1950, dans le quartier Saint-Lazare, tout le monde le connaît. Le , à vingt ans, il entre au service d'ordre de Gaston Defferre fourni par les Guérini, il est l'un de ses gardes du corps. Defferre, socialiste soutenu par la SFIO, tente de reprendre la mairie tenue par les communistes depuis 1945. Ce jour-là, lors d'une manifestation de militants communistes, Zampa disperse la foule en la menaçant avec une mitraillette en plastique et exfiltre Gaston Defferre. Defferre reconnaissant, l'invite à une soirée et le remercie. Zampa lui répond : Selon le biographe José D'Arrigo, Zampa le paiera très cher en 1984, lorsque Defferre deviendra ministre de l'intérieur.

Le Marseille d'après-guerre est fertile pour le milieu : prostitution, jeux, marché noir, reconstruction avec l'aide du plan Marshall, racket et première filière organisée de l'héroïne (French Connection). La Camorra tente de s'infiltrer à Marseille, mais pour éviter un affrontement fratricide elle décide de se diriger vers Paris. En 1955, il monte à Paris où il est accueilli dans la « Bande des Trois Canards », du nom d'un cabaret parisien dont il connaît certains membres grâce aux Italiens du quartier du Panier (le noyau dur de la bande, environ dix personnes, est composé essentiellement d'Italiens).

L'équipe, qui a débuté sur la Côte d'Azur, décide de se lancer dans le racket d'hôteliers parisiens (en plus d'être des racketteurs, les membres de la bande donnent aussi dans le casse, le proxénétisme et le jeu). Des voyous parmi les plus durs de la capitale commencent à côtoyer cette bande : Joseph Brahim Attia (dit Jo Attia), Georges Boucheseiche (au centre de l'affaire Ben Barka), Jean Palisse. Zampa fait ses classes dans le racket des boites de nuit à Pigalle, « la protection » jusqu'à diriger la redoutable bande des « Napos ». Marcel Francisci, l'empereur des cercles de jeu, impressionné par son professionnalisme, lui confie la gérance du Cercle Montmartre. Zampa garde un pied à Marseille où il possède un hôtel, le Réal.

En 1960, Zampa a 27 ans. Dans la nuit du au , il réussit un casse mémorable à la Caisse d'Allocations Familiales des Bouches-du-Rhône, où il dérobe avec ses complices 160 millions d'anciens francs (soit 3 millions d'euros de 2025). À cette occasion, son nom est inscrit au fichier du grand banditisme en tant qu'un des « chefs de la pègre marseillaise ». Ce n'est un secret pour personne que Zampa est l'organisateur du casse, mais aucune preuve ne peut être retenue contre lui.

Tany Zampa, qui connaît déjà très bien le Milieu, est désormais rodé pour diverses activités. À Paris, il apprend à connaître des voyous violents, il les fréquente et s'habitue à leur attitude. Il est lui-même un nerveux, un « excité ».

Une bande redoutée

Jusqu'en 1965, Zampa travaille entre Paris et Marseille. Au début de 1964, il commence à s'entourer, à Marseille, de vrais durs et impose sa loi dans les rues de la ville. Des impulsifs, des sanguinaires, des personnages violents et craints. Son passage dans la « Bande des Trois Canards » a été très formateur. Il établit avec ses hommes une sorte de pacte de sang. Mais Tany Zampa est impitoyable et n'hésite pas à éliminer ceux qui deviennent gênants. Parmi ces vrais durs, on peut citer Jean Toci, son demi-frère et bras droit, Gaby Regazzi, le véritable « cerveau » de l'équipe, Bimbo Roche, Gérard Vigier, Gilbert Hoareau dit Gilbert le Libanais, ou Jean-François Bianconi dit le diable ou encore Jacky le Mat. En 1964, Zampa est arrêté pour port d'arme prohibée et est incarcéré.

L'efficacité de Tany Zampa dans le racket et la « protection » pousse bon nombre de caïds marseillais à faire appel à lui, notamment Robert Blémant. Il prend ses aises et se permet tout et n'importe quoi. Certains anciens, adeptes des règles « morales » du Milieu, comme les Guérini, voient d'un mauvais œil les méthodes violentes de Tany Zampa, mais aucun n'ose s'opposer à lui.

Alors qu'il commence à investir dans l'héroïne, Zampa monte en puissance. Il est impliqué dans la prostitution, la drogue, les jeux, et est le plus efficace racketteur de la Côte.

Prise de pouvoir Les Guerini occupent toujours le sommet du crime marseillais. Le , Robert Blémant, ancien commissaire de la Direction de la surveillance du territoire (DST) reconverti dans le crime organisé à Paris, est abattu sur ordre d'Antoine Guérini. Cet ancien fonctionnaire devenu truand, associé de Marcel Francisci, tentait de s'implanter dans le milieu marseillais avec l'aide de Zampa. Pour Zampa, c'est une aubaine, car le Milieu n'accepte pas qu'Antoine ait fait assassiner un pilier comme Blémant uniquement par jalousie. Les associés des Guérini s'écartent peu à peu du clan, lequel s'en trouve très affaibli.

Dans le même temps, une « dénonciation anonyme » permet à la police au cours d'« un banal contrôle » sur le Vieux-Port de découvrir des armes dans la Jaguar de Tany. Il est lourdement condamné à 6 ans de détention pour ce délit, et incarcéré à la prison de Haguenau en 1966. Il y épouse une jeune Marseillaise, Christiane Convers, en . Il fait une série de tentatives de suicide qui mèneront à son internement psychiatrique à l'hôpital de Strasbourg, en 1968. Dès lors, il sera successivement détenu à l'hôpital des prisons de Fresnes, à la prison de la Santé à Paris et à la centrale de Poissy. Depuis sa cellule, il continue à diriger ses affaires.

En 1967, Antoine Guérini est abattu, vraisemblablement par Jacky Imbert dit « le Mat », sur ordre de Tany et avec la bénédiction du milieu qui n'a pas pardonné le meurtre de Blémant. Son frère « Mémé » est envoyé en prison peu de temps après. C'est le début de la fin pour le clan Guérini, qui se fait dépouiller de ses fleurons à Marseille par le trio constitué de Zampa (depuis sa prison), Jacky le Mat et Francis Vanverberghe dit « le Belge », tous vétérans de la Bande des Trois Canards.

Lorsqu'il sort de prison en 1970, Zampa est le nouveau maître des rues marseillaises. Sa libération, alors qu'il est interdit de séjour à Marseille, va provoquer une redistribution des ressources dans l'empire du crime.

Pendant les années 1970, Tany étend son activité au trafic d'armes. Il est soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de Pierre Goldman pour le compte des GAL espagnols (groupe paramilitaire anti-ETA).

Conflit avec Francis le Belge sur fond de trafic de drogue Si dans l'ombre de Zampa, Jacky le Mat gagne du galon, c'est surtout Francis le Belge qui monte en puissance. Les deux hommes se sont régulièrement croisés à Paris, mais restent rivaux. En 1972, des trafiquants d'héroïne proches de Zampa ont détourné une grosse cargaison d'héroïne, d'une valeur de , destinée au Belge.

Anticipant une riposte, Zampa décide d'agir : le sont abattus au Cannet Robert Di Russo, Jean-Claude Bonello et Daniel Lamberti. L'un des tueurs est abattu le en Corse, et l'autre le . Le , c'est un homme du Belge qui tombe, puis deux autres en février 1973, à la Belle de Mai.

Francis le Belge réplique durement en atteignant un paroxysme : le , trois hommes de Zampa sont tués au bar du Tanagra. Il s'agit de Joseph Lomini dit le Toréador, l'un des trafiquants ayant escroqué le Belge, cible principale du commando et lieutenant de Zampa, Ansan Bistoni dit l'Aga Khan, poids lourd de la French Connection, Jean-Claude Napoletano, un petit truand, et la patronne du bar.

En , l'arrestation de Francis le Belge et sa condamnation à trois ans de prison mettent fin aux affrontements. En tout le Belge fera 11 ans à la suite de la dénonciation de François Scapula, repenti réfugié aux États-Unis. Par ailleurs, la légende veut qu'en plein cœur du conflit entre les deux Marseillais, Tany Zampa et ses hommes aient aperçu le Belge à Paris, sans aucune protection, et qu'ils aient refusé de faire feu sur ce dernier car il était accompagné de sa mère. Au cours de ces affrontements, Zampa se réfugiera en Italie afin d'échapper aux représailles et à la police. Il y restera jusqu'en 1975.

À son retour à Marseille, Tany se fait contrôler par la police en possession d'un Smith et Wesson. Il purge huit mois de prison pour port d'armes illégal en 1975 aux Baumettes.

Selon José D'Arrigo, il est susceptible d'avoir fourni des moyens et planifié le « casse du siècle » d'Albert Spaggiari en 1976, mais il est très peu probable qu'il ait eu un quelconque rôle dans le casse de Nice.

En parallèle de ses démêlés judiciaires sans conséquences, Tany Zampa se lance dans l'activité des jeux sur la Côte d'Azur en association avec son ami d'enfance Bimbo Roche et le roi du jeu niçois Jean-Dominique Fratoni, patron du casino Ruhl.

Conflit avec Jacky le Mat Même si tout semble aller pour Zampa, il reste un problème non résolu : Jacky le Mat. Ce dernier s'est écarté de Tany et ne cesse de faire augmenter son capital, le premier s'associant au monde gitan, le second s'ouvrant au monde des cités marseillaises pour développer leurs traficsAlain Bauer, « », émission L'heure du crime sur RTL, 27 décembre 2012. Jusqu'au litige, en 1977, le clan du Mat rackette le même client que le clan Zampa, pour un montant de 8 millions de francs. En effet, Zampa n'aurait pas supporté que l'un de ses amis, un arménien qui protégeait un homme d'affaires israélite, Sammy Flatto, se soit fait « casser la baraque » par un concurrent qu'il avait désigné comme étant « Le Mat ». Il fallait en avoir le cœur net. Sommé de s'expliquer sur cette ténébreuse affaire, Jacky le Mat prend la fuite..