Ellen's Gesang n°I (Raste Krieger, Krieg ist aus) est un lied pour voix de soprano et piano, D837, de Franz Schubert. Il a été composé entre avril et . Le texte est issu du Premier Chant d'Hélène (Ellens Gesang I) de la Dame du lac de Walter Scott écrit en 1810, mais est basé sur la traduction allemande réalisée par Adam Storck en 1819. Il deviendra le premier lied de son opus 52, un cycle de 7 lieder intitulé Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See.

Contexte

Contexte historique Le cycle Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See est composé entre avril et . Schubert s'apprête à quitter Vienne, non pas pour la résidence d'été des Estehrázy comme à son habitude, mais pour Steyr en Haute-Autriche aux côtés de son ami Johann Michael Vogl. Il est d'ailleurs possible que ce soit Vogl qui l'ait encouragé à travailler sur le poème narratif La Dame du lac de Walter Scott. Ce voyage se réalise entre le et le . Au cours de celui-ci, Schubert se rend à 6 destinations différentes: Steyr, Gmunden, Linz, à nouveau Steyr, Salzbourg, Gastein, Werfen, retour à Gmunden.

Comme le signale, son frère Ferdinand, ce furent des jours particulièrement heureux: « En 1825, il fit, en compagnie de Vogl, un plaisant voyage à Gastein. Le séjour dans cette ville d'eau compta pour Franz comme les plus beaux jours de sa vie ».

Contexte littéraire Schubert choisit donc de mettre Walter Scott en musique et plus précisément, le poème narratif publié en 1810. Il crée un cycle de 7 lieder répartis comme suit : Ellens gesang I: Raste Krieger, Krieg ist aus (D837) Ellens Gesang II: Jäger, ruhe von der Jagd (D838) Bootgesang (D835) Coronach (Totengesang der Frauen und Mädchen) (D836) Normans Gesang (D846) Ellens Gesang III: Ave Maria! Jungfrau Mild (D839) Lied des Gefangenen Jägers (D843)

C'est une des rares fois où Schubert décide de mettre en musique un texte dont la langue originale n'est pas l'allemand. Il a repris quelques textes de Métastase en Italien entre 1812 et 1827. D'abord lors de ses études avec le maître italien Antonio Salieri, ensuite pour son op.83. Par ailleurs, il a mis en musique plusieurs poèmes d'Ossian écrits par James Macpherson et traduits par Edmund von Harold entre 1815 et 1816.

La Dame du Lac de Scott est un poème organisé en 6 chants, chacun divisé en chapitres. Le premier chant d'Hélène, mis en musique dans Raste Krieger, Krieger ist aus par Schubert, se situe dans le premier chant intitulé « La chasse ». Ce premier livre débute en effet sur une scène de chasse au cerf en Écosse. Malheureusement, le cheval  du chasseur tombe dans un ravin. Le chasseur se retrouve perdu et, cherchant son chemin, arrive près d'un lac. C'est à ce moment qu'apparaît Hélène (Ellen en anglais) surnommée « La Dame du lac ». En tant que fille d'un chef de clan, elle lui offre l'hospitalité et le mène en sa demeure. Intervient ensuite le premier chant d'Hélène destiné à apaiser et à endormir ce chasseur étranger et perdu (chapitres 31 et 32).

Analyse littéraire

Textes +Texte original de Walter Scott (1810)Traduction française de Defauconpret (1830)Soldier, rest! Thy warfare o'er,

Sleep the sleep that knows not breaking;

Dream of battled fields no more,

Days of danger, nights of waking.

In our isle's enchanted hall,

Hands unseen thy couch are strewing,

Fairy strains of music fall,

Every sense in slumber dewing,

Soldier, rest! thy warfare o'er,

Dream of fighting fields no more:

Sleep the sleep that knows not breaking,

Morn of toil, nor night of waking.

'No rude sound shall reach thine ear,

Armour's clang or war-steed champing

Trump nor pibroch summon here

Mustering clan, or squadron tramping.

Yet the lark's shrill fife may come

At the daybreak from the fallow,

And the bittern sound his drum

Booming from the sedgy shallow.

Ruder sounds shall none be near

Guards nor warders challenge here,

Here's no war-steed's neigh and champing,

Shouting clans or squadrons stamping.Noble guerrier, dépose ici tes armes;

Viens te livrer aux douceurs du repos.

Ne songe plus aux combats, aux alarmes,

À la victoire, aux lauriers des héros.

D’un enchanteur la main mystérieuse

A préparé ta couche en ce château :

Le jour a fui ; sa harpe harmonieuse

Va t’assoupir par un charme nouveau.

Noble guerrier, dépose ici tes armes ;

Viens te livrer aux douceurs du repos ;

Ne songe plus aux combats, aux alarmes,

À la victoire, aux lauriers des héros.

Tu n’entendras ni le cri du carnage,

Ni des coursiers les fiers hennissemens,

Ni les vaincus expirant avec rage,

Ni les clairons des guerriers triomphans;

Mais aussitôt qu’un nouveau jour colore

De pourpre et d’or les coteaux et les cieux,

L’oiseau s’éveille, et, saluant l’aurore,

Redit aux bois ses concerts amoureux.

Tu n’entendras ni le cri du carnage,

Ni des coursiers les fiers hennissemens,

Ni les vaincus expirant avec rage,

Ni les clairons des guerriers triomphans,

Traduction +Traduction allemande d'Adam Storck (1823)Traduction française de Guy Laffaille (© 2010)Raste Krieger! Krieg ist aus, Schlaf den Schlaf, nichts wird dich wecken,

Träume nicht von wildem Strauss

Nicht von Tag und Nacht voll Schrecken.

In der Insel Zauberhallen

Wird ein weicher Schlafgesang

Um das müde Haupt dir wallen

Zu der Zauberharfe Klang.

Feen mit unsichtbaren Händen

Werden auf dein Lager hin

Holde Schlummerblumen senden,

Die im Zauberlande blühn.

Raste Krieger! Krieg ist aus,

Schlaf den Schlaf, nichts wird dich wecken,

Träume nicht von wildem Strauss

Nicht von Tag und Nacht voll Schrecken.

Nicht der Trommel wildes Rasen,

Nicht des Kriegs gebietend Wort,

Nicht der Todeshörner Blasen

Scheuchen deinen Schlummer fort.

Nicht das Stampfen wilder Pferde,

Nicht der Schreckensruf der Wacht,

Nicht das Bild von Tagsbeschwerde

Stören deine stille Nacht.

Doch der Lerche Morgensänge

Wecken sanft dein schlummernd Ohr,

Und des Sumpfgefieders Klänge

Steigend aus Geschilf und Rohr.

Raste Krieger! Krieg ist aus,

Schlaf den Schlaf, nichts wird dich wecken,

Träume nicht von wildem Strauss

Nicht von Tag und Nacht voll Schrecken.Repose-toi, guerrier ! La guerre est finie, Dors du sommeil, rien ne te réveillera,

Ne rêve pas de batailles sauvages,

De jours et de nuits pleins de terreur.

Dans les salles enchantées de l'île,

Une douce berceuse

Flottera autour de ta tête fatiguée

Aux accents de la harpe magique.

Des fées aux mains invisibles

Éparpilleront sur ton lit

De douces fleurs assoupissantes

Qui fleurissent dans la lande magique.

Repose-toi, guerrier! La guerre est finie,

Dors du sommeil, rien ne te réveillera,

Ne rêve pas de batailles sauvages,

De jours et de nuits pleins de terreur.

Ni du tambour la rage sauvage

Ni du combat les paroles impérieuses

Ni du cor de la mort le son

N'épouvanteront ton sommeil.

Ni le trépignement des chevaux sauvages

Ni le cri de détresse de la sentinelle

Ni la vision des jours pénibles

N'affligeront ta nuit tranquille.

Seul le chant matinal de l'alouette

Résonnera à ton oreille assoupie,

Et le bruit des oiseaux des marais

Montant des roseaux et des joncs.

Repose-toi, guerrier! La guerre est finie,

Dors du sommeil, rien ne te réveillera,

Ne rêve pas de batailles sauvages,

De jours et de nuits pleins de terreur. La première traduction d'Adam Storck est publiée en 1819. Cependant, il existe d'autres publications plus tardives dont celle de 1823. Celle-ci est une traduction améliorée par Storck lui-même. version: 1819Autre version: 1823alt=|centré|sans_cadrealt=|centré|sans_cadre Lorsque les deux versions du premier chant d'Hélène sont mises côte à côte, une unique différence apparaît à la strophe. +18191823Nicht der Trommel wildes Rasen, Nicht des Kriegs ,

Nicht der Todeshörner Blasen

Scheuchen deinen Schlummer fort.Nicht der Trommel wildes Rasen, Nicht des Kriegs ,

Nicht der Todeshörner Blasen

Scheuchen deinen Schlummer fort. Les mots Commandowort et gebietend Wort ont un sens similaire. Schubert choisit, dans son lied, le mot gebietend Wort. Ainsi, il est possible qu'il se soit basé sur l'édition de 1823, contrairement à ce qui est relaté dans la majorité des références.

Comparaison entre la traduction de Storck et l'original de Scott La traduction d'Adam Storck présente quelques différences avec le texte original : Storck ajoute librement une strophe après la seconde strophe :

Les cinquième et sixième strophes sont inversées dans la traduction allemande Storck ajoute également un refrain à la fin de cette première partie du chant. Dès lors, il y a 8 paragraphes pour le texte de Storck contre seulement 6 pour le texte original de Scott.

Adaptation du texte par Schubert

Schubert propose un double texte. Le premier est basé sur la traduction allemande de Storck et le second présente la version originale anglaise de Scott. Il va adapter légèrement ces deux textes afin de composer son lied. D'abord, la version originale de Scott et la traduction de Stock comprennent 3 strophes supplémentaires que Schubert choisit de ne pas mettre en musique. Celles-ci ne sont donc pas présentes dans les tableaux ci-dessus. Ensuite, pendant la strophe supplémentaire ajoutée par Storck en allemand, Schubert décide de présenter une répétition de la deuxième strophe pour le texte anglais. Enfin, le dernier refrain, ajouté en allemand, est également repris en anglais par Schubert.

Forme du texte du lied : Refrain + reprise du second vers Couplet B +reprise des 3 derniers vers sans le début du Couplet B +reprise des 3 derniers vers sans la fin du Refrain A +reprise du second vers Couplet C + reprise des vers 1, 3 et 4 Couplet C + reprise des vers 1, 2 et 4 Couplet B" + reprise des 2 premiers vers Refrain + reprise du vers

Analyse musicale

La forme Le lied est écrit sous la forme d'un rondeau (A - B - B' - A - C - C' - B'' - A').

Le lied débute par 4 mesures d'accompagnement seul présentant l'accompagnement du refrain. (M1-4) Ensuite, le lied présente la structure suivante : Refrain A - Mässig = modéré (m1 - m30) Couplet B - Langsam = lent (m31 - m48) Couplet B' (accompagnement piano identique à B) (m49 - m65) Refrain A - Mässig= modéré (m66 - m91) Couplet C - Geschwind = rapide (m92 - m109) Couplet C' (½ ton sous C) (m110 - m125) Couplet B" - Langsamer = plus lent (m126 - m143) Refrain A' varié au niveau de la basse du piano. (m144 - m176)

Chacune de ces parties est séparée par un interlude plus ou moins long au piano.

La mesure Les refrains sont présentés en 3/4. Les couplets subissent cependant des changements de mesure. La pièce passe en C barré (2/2) lors du premier et second couplet (m31 - 65), en C (4/4) lors des couplets 3, 4 et 5.

L'harmonie (plan tonal) L'harmonie (plan tonal) : +Réb MFa# m/La MRéb MMarche harmoniqueFa# m/La MRéb M1 - 3031 - 6566 - 9192 - 126127 - 143144 - 176 +→ Marche harmonique:Fa# mSol MLa mDo MFa mFa# msol mSib M(Sib m)92- 9495 - 9697 - 99100 - 109110 - 112113 - 114115 - 117118 - 125126

Sur le plan harmonique, la pièce est presque exclusivement composée de cadences parfaites (V-I). Cela permet dans le refrain de créer une sorte de balancement harmonique qui illustre le mouvement de balancement d'une berceuse. Il accentue ce mouvement en utilisant le dernier renversement de l'accord de dominante, ce qui donne à la basse:

alt=|centré|sans_cadre|583x583px

Schubert utilise une pédale harmonique de tonique lors des évocations du tambour (pédale de do m101-107 et de sib m119 - 123). En conservant l'accord de tonique à la basse, il crée une tension supplémentaire. En effet, il y a une superposition des accords de tonique et de dominante durant le trémolo.

Les modulations

Pour ses modulations, Schubert utilise dans cette pièce beaucoup de rapports de tierces.

Voici quelques techniques que Schubert va mettre en oeuvre afin de moduler: