vignette|Moulins à vent traditionnels ukrainiens. Un moulin est une machine à moudre, à l'origine comportant une ou plusieurs meules, principalement les grains de céréales récoltées afin de les transformer en poudre plus ou moins grossière ou farine. Le mot désigne aussi, par extension ou par analogie, toute machine ou phénomène reposant sur le principe initial de transformation de l’énergie hydraulique (cours d'eau, marée), animale ou éolienne (vent) en mouvement de rotation : propre à moudre, à broyer, piler, pulvériser ; diverses matières alimentaires ou para-alimentaires du type semoules, épices moulues, sel fin, sucre, café ou cacao à réduire en poudre ; voire pour seulement les fragmenter ou pour faciliter l'extraction ultérieure de certains corps liquides présents, comme les huiles de navette, de colza, d'olives, de noix, obtenues ensuite par pression des pulpes ou chairs (d'autres mots sont alors utilisés parfois comme le tour dans la fabrication du cidre, alors que la roue arbore la forme typique de la meule) ; ou transformer des matières diverses : métaux, minérales, textiles, ou fibres sans rapport avec l'alimentation (plâtre, gypse, métaux ferreux ou non ferreux, fibres textiles, papier, tabac).
Présentations vignette|Ancienne meule de moulin. Le mot provient du latin médiéval molinum, qui peut être compris comme une altération du mot latin classique mǒlīna,æ de genre féminin signifiant « moulin », issu lui-même du mot féminin mǒla,æ, c'est-à-dire la meule (tournante), la grande meule, la meule de moulin, mais aussi au sens complet de moulin, surtout si le mot a la marque du pluriel, soient molæ, molārum et même la « farine sacrée » ou mola, dédiée à la déesse semi-légendaire des moulins, nommée Mǒla. Un moulin dans le monde gréco-romain est en premier lieu un moulin à farine.
Le mot a donné le « moulin des glaciers » (puits dans lequel s'engouffre l'eau de fonte) et les termes « mouliner » et « moulinet ». On retrouve cette extension en anglais, où désigne une fraiseuse.
Les activités de broyage de matière sont très bruyantes et peuvent être dangereuses, du fait de la plus grande inflammabilité des poussières ou matières finement divisées à l'air. Aussi les moulins ont-ils été placés à distance respectable des habitations, étables et réserves de nourriture.
vignette|Moulin mu par une roue à aubes (moteur hydraulique). vignette|Moulin mu par une roue à augets.|gauche vignette|Description comparée de moulin hydraulique et de moulin à vent.
Le moulin est de nos jours une installation pré-industrielle ou semi-industrielle, du fait de la confusion initiée par le « droit de moulinage », qui correspond initialement au droit (payable ou achetable au seigneur) de faire tourner des meules à partir d'une prise d'eau, mais s'est étendu abusivement au droit de capter la force motrice pour une installation quelconque.
Par métonymie, le mot « moulin » sert également à désigner un moteur hydraulique (moulin à eau), c'est-à-dire l'installation comprenant une roue mue par la force hydraulique et animant par exemple des meules à farine ou à huile mais aussi des foulons, des installations qui travaillent des végétaux (fibres pour tissus ou papier) ou bien des métaux (martinets), ou encore des pompes d’irrigation ou d'exhaure (dans les mines). Aujourd'hui, par extension, le terme désigne toute l’installation qui anime et abrite les mécanismes tels qu'une pompe, un générateur ou tout autre mécanisme rotatif, mu à l'origine par une force liée à une prise hydraulique.
Le moulangeur, amoulangeur ou emmoulageur est le fabricant de meules et par extension le charpentier spécialisé dans la fabrication des moulins.
Fonctionnement gauche|vignette|Vieux moulin à foulon. Dans l’Antiquité, les petites meules privées sont composées de deux meules, une meule base inférieure ou support stable d'une meule tournante ou supérieure, tournées par la force humaine, ce sont des meules à bras. L’énergie apportée par les serviteurs ou servantes est d'origine musculaire. Ces meules, très souvent en pierre dure de type rhyolithe, ont un diamètre qui dépasse rarement le mètre.
Dans le monde gréco-romain, les moulins ou molæ, munis de meules plus monumentales et lourdes, de quelques mètres de diamètre, se caractérisent surtout par des mécanismes rudimentaires actionnés par une chute d'eau, par exemple l’écoulement de l’eau sur une roue à aubes, qui nécessite l'aménagement d'un canal de dérivation à partir d'une rivière ou d'un étang de retenue. Il semble que la traction animale ou humaine (esclaves), ce que l'on appelle parfois un « moulin à sang », n'a été employée que rarement, lorsqu'aucune ressource hydraulique n'était disponible.
vignette|Herman Henry op der Heyde, Scène de marine animée au moulin.
Déjà, dans le monde gallo-romain, le moulin réduit les grains de céréales en farine, comme ce sera le cas du « moulin bladier » (du vieux français bled, désignant les blés de manière générique). Il peut aider, tout en divisant et pressant la matière, à extraire le jus ou le suc de divers produits végétaux, comme les différents moulins pour faciliter le pressage des matières grasses en huiles, ou des pommes en jus de pomme pour obtenir par fermentation le cidre ou encore pour diviser ou broyer finement les écorces de chêne afin d'obtenir du tan, contenant un tanin, nécessaire autrefois au tannage des peaux. Il existe ainsi des moulins à cidre, des moulins à tan utilisés en tannerie Mais déjà le moulin romain peut réguler les eaux des milieux humides, puiser de l'eau d'un point plus bas et l'envoyer dans des canaux d'évacuation.
Les techniques médiévales peuvent faire tourner des moteurs hydrauliques avec de modestes ressources en eau. Mais très souvent, en l'absence de canaux suffisamment larges, il est impossible de transporter la lourde meule. L'archéologie des régions montagneuses prouve que la plupart des meules ont été taillées sur place ou à distance très faible du lieu où a été édifié le moulin. Ainsi, parfois, on taillait avec prudence et finesse la lourde meule dormante, et on hissait au-dessus la meule tournante, également préparée avec finesse et préalablement percée en son centre pour faire venir entre les meules la matière à moudre. Le mécanisme ne concernait que la partie haute. Les constructeurs détournaient simplement le réseau d'amenée d'eau pour le faire arriver à proximité du lieu de taille ou de préparation des pierres. Comme le disaient certains vieux proverbes montagnards, .
Les progrès techniques médiévaux ont apporté la roue à augets, plus perfectionnée, qui anima les moulins et fournit la force motrice des premières industries.
Sur les plateaux iraniens désertiques, au , le moulin s'est adapté à l’énergie du vent soufflant sur leurs ailes voilées. Ces moulins, basés sur un écoulement d'air libre comme sur un flux d'eau sont néanmoins caractérisés par une faible efficacité énergétique du fait de l'échauffement dû aux frictions mécaniques. Ils feront l'objet de progrès techniques qui conduiront ultérieurement à l'apparition des turbines.
De nos jours, quelques moulins historiques existent encoreExemple du moulin de Courtelevant dans le Territoire de Belfort, Lire en ligne ; les sites de nombreux anciens moulins ont été reconvertis au pour fournir de l'énergie à d'autres activités (tissages…) et certains de ces sites sont aujourd'hui équipés pour produire de l’électricité.
Terminologie vignette|Moulins à vent de Campo de Criptana en Espagne. Le mot moulin s'emploie aussi pour désigner certains objets domestiques, lointains héritiers des meules à bras, destinés à broyer une substance pour un usage culinaire : moulin à café, moulin à poivre.
Les moulins pouvaient broyer des substances diverses, outre les moulins à farine : vignette|Teilleuse (ou moulin flamand). vignette|Croquis d'un moulin à sucre aux Antilles en 1667. moulin à bière ; moulin à chanvre ; moulin à foulon ; moulin à tan ; moulin à moutarde ; moulin à retordre la soie ; moulin à papier ; moulin à mortier ; moulin à pastel ; moulin à teiller (dit aussi « teilleuse » ou « moulin flamand ») ; moulin à poudre (par exemple pour obtenir la poudre noire, composée d'un mélange de salpêtre, de soufre et de charbon de bois de bourdaine qu'il fallait pulvériser) ; moulin à huile ; moulin à canne à sucre ; moulin à billes ; moulin à pierre (par exemple pour pulvériser le kaolin) ; moulin à râper le tabac.
Un moulin peut également servir à battre monnaie sous puis à partir de Jean Boizard, Traité des monoyes, de leurs circonstances & dépendances, 1714, Gallica..
D'autres types de classification des moulins existent : moulin à vent, moulin à eau, moulin à rodet, moulin à marée (comme ceux de Ploumanac'h)
La molinologie est la science et l'étude des moulins. Selon Claude Rivals, ce terme serait un néologisme inventé en 1965 par un savant portugais qui a organisé le premier symposium européen sur l’histoire des moulins et de leurs techniques.
Par analogie, en raison du mouvement de rotation qui caractérise ces objets, le mot « moulin » est aussi utilisé dans l'expression « moulin à prières », ainsi que familièrement pour désigner un moteur, particulièrement un moteur d'automobile.
Histoire Antiquité vignette|Meule à grain romaine.
Au , Vitruve dans son De architectura décrit le principe du moulin actionnant une meule grâce à un système de transmission par engrenage vertical et horizontalVitruve, De architectura, X, 5. Des moulins plus petits mis en rotation par la traction animale ont été retrouvés à Pompéi et à Ostie. Marc Bloch, montre que ces moulins étaient à bras ou à animal.
Période médiévale Première attestation de chaque type de moulin :
526 : moulins flottants sur le Tibre
Le général byzantin Bélisaire, assiégé dans Rome par les Ostrogoths, aurait fait construire des moulins sur des péniches sur le Tibre, après que les assiégeants aient détruit les aqueducs qui approvisionnaient les moulins de la ville. C'est la première attestation de moulin flottants dans l'histoire.
987-996 : moulin à bière au monastère de Saint-Sauveur à Montreuil-sur-mer ; 1040 : moulin à chanvre, dans le Graisivaudan ; 1086 : moulin à foulon (Molendinum follonarium) dans un village de basse Normandie ; 1120-1125 : moulin à marées
Ces moulins n'ont en réalité que peu été utilisés,
1138 : moulin à tan à Chelles, en Ile-de France ; 1180 : moulin à vent ; 1195 : moulin à aiguiser, dont témoignent les archives de Beauvais ; 1197 : moulin à fer, dans l'abbaye cistercienne de Soroë en Suède ; : moulins sous les ponts
Ces moulins sont suspendus sous les ponts, notamment à Paris.
Fin du : mécanisme de moulin avec roue en dessus 1251 : moulin à moutarde, au prieuré de Saint-Sauveur-en-Rue dans le Forez ; 1272 : moulin à retordre la soie, à Bologne 1276 : moulin à papier à Fabiano, à partir de 1280 en Espagne 1321 : moulin à mortier 1348 : moulin à pastel, deux sont attestés à Hesden dans le Pas-de-Calais 1390 : moulin à vent à toit tournant
vignette|Paysage avec un moulin à eau, miniature du dans Le Trésor des Histoires. vignette|Moulin hydraulique du reconstruit