Laffaire Joël Le Scouarnec, aussi connue sous le nom daffaire du chirurgien de Jonzac, concerne un chirurgien français condamné pour 300 viols et agressions sexuelles.

Né à Paris en 1950, Joël Le Scouarnec est accusé par plusieurs centaines de personnes d'agressions sexuelles et d'actes à caractère pédocriminel, sur une période de plusieurs années et dans plusieurs villes.

Il est condamné à 15 ans de réclusion criminelle en 2020 pour des faits de viols ou d’atteintes sexuelles sur quatre mineures, et il fait appel puis se désiste.

En , Joël Le Scouarnec est condamné à 20 ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, commis de 1989 à 2014.

Au mois d'août 2026, le parquet annonce avoir ouvert une nouvelle information judiciaire contre Le Scouarnec pour des affaires supplémentaires, portant sur 10 viols et 40 agressions sexuelles entre 1987 et 2017.

L'accusé

Biographie Joël Le Scouarnec est né le dans le de Paris et a grandi à Villebon-sur-Yvette en Essonne. Fils de Joseph Le Scouarnec, ébéniste, et de Jeanne Le Scouarnec, femme au foyer, il a un frère cadet, Patrick Le Scouarnec, ainsi qu'une sœur, Annie, professeure d'anglais. Il commence ses études de médecine à Paris à l'Hôtel-Dieu où il rencontre sa future femme, Marie-France Lhermitte, aide-soignante, qu'il épouse en 1974. Le couple a trois fils, dont l'aîné est devenu technico commercial médical, le cadet, comptable, et le plus jeune, électricien. Joël Le Scouarnec fait son internat entre 1976 et 1981, à la faculté de médecine de Nantes, après s'être marié..

Spécialisé en chirurgie digestive, il exerce dans plusieurs établissements hospitaliers. Il travaille d'abord à la clinique de La Fontaine à Loches (Indre-et-Loire) de 1983 à 1994. Puis il exerce à Vannes (Morbihan) de 1994 à 2003, à Lorient (Morbihan) de 2003 à 2005, à Quimperlé (Finistère) de 2005 à 2008, et à Jonzac (Charente-Maritime) jusqu'en 2017, année où il prend sa retraite. Parallèlement, il effectue de 2004 à 2017 de nombreuses suppléances de quelques jours à Ancenis (Loire-Atlantique), Flers (Orne) et Le Bailleul (Sarthe).

Sa femme se sépare de lui dans les années 2003-2004 puis divorce 20 ans plus tard.

En 2008, il s'installe seul dans une maison à Jonzac, où il s'entoure de poupées sexuelles (plus de 70 en 30 ans), cesse progressivement de recevoir des visites, et se met à boire.

Profil psychologique Le Scouarnec fait l'objet de nombreuses évaluations psychologiques entre 2017 et son second procès () ; celles-ci concluent à une absence de pathologie psychiatrique, une absence d'empathie et de compassion envers ses victimes qu'il perçoit comme des moyens de satisfaire ses envies, des traits obsessionnels, et une perversion narcissique... Lors de son examen psychiatrique de , il est jugé et .

Première condamnation À l'automne 2004, lors de l’Opération Falcon, le FBI saisit des preuves de paiement de Joël Le Scouarnec sur trois sites pédopornographiques.. Le tribunal correctionnel de Vannes lui inflige alors en une peine de quatre mois de prison avec sursis pour importation et détention d'images à caractère pédopornographique. L'inscription de cette condamnation à son casier judiciaire est très tardive, et il n'a pas l'interdiction d'exercer auprès de mineurs. A partir d', une procédure de titularisation du médecin est lancée à Quimperlé où il faisait des remplacements. En , Thierry Bonvalot, psychiatre et président de la commission médicale de l'hôpital de Quimperlé, avertit sa hiérarchie et l'Ordre des médecins de la condamnation de Joël Le Scouarnec, adressant le un courrier sur le sujet au directeur André Labat, mais lors de la titularisation du chirurgien en , son casier judiciaire est toujours vierge. Ensuite d'autres médecins se manifestent, mais Joël Le Scouarnec va bénéficier de diverses erreurs administratives. Les autorités locales expliqueront plus tard que la condamnation de Joël Le Scouarnec à Vannes comportait un signalement d'« absence de renouvellement du comportement ».. En 2008, le chirurgien est titularisé à Jonzac où il vient de s'installer seul et cette fois son casier judiciaire est à jour. La directrice de l'établissement parle d'une pénurie de médecins, et indique qu'il était « très gentil », et que sa condamnation à Vannes ne mentionnait « aucune agression physique ». En réaction à cette inaction, l'association La voix de l'enfant portera plainte en et pour « non-obstacle à la commission d'infraction » et « mise en danger d'autrui ». L'installation de Joël Le Scouarnec à Jonzac marque une rupture de fait avec sa femme. Il se met à boire, un litre de whisky par jour. Il cesse de se laver, et plusieurs collègues se plaignent de son odeur corporelle.

Accusations de viols et d’agressions sexuelles sur quatre mineures Dans le cadre d'une autre affaire qui précède l'affaire de 2019, le chirurgien est renvoyé devant la cour d'assises de Charente-Maritime, à Saintes, afin d'être jugé entre le et le , pour une affaire de viol par personne ayant autorité, agressions sexuelles et exhibition sexuelle sur quatre victimes mineures.. Les victimes sont deux nièces, une jeune patiente de l'hôpital de Loches et une jeune voisine. Dans l'attente de ce procès, l'homme est placé en détention provisoire dans la maison d'arrêt de Saintes en .. Le , il est condamné à 15 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Charente-Maritime. Il est reconnu coupable d’atteintes sexuelles sur une de ses nièces et une jeune patiente dans les années 1990, ainsi que des faits de viols sur une autre nièce, et sur sa voisine à Jonzac. Il fait appel, mais se désiste un an plus tard.

Accusations de viols et agressions sexuelles sur 312 personnes L'ampleur de l'affaire Le Scouarnec est qualifiée d'exceptionnelle par la presse, s'agissant du plus grand procès en pédocriminalité jamais tenu en France par le nombre de victimes.. Le coût de la totalité de la procédure est estimé à environ 3 millions d'euros, en raison du nombre des victimes et du temps nécessaire pour les procès (quatre mois)..

Historique des faits présumés vignette|250 px|Vue aérienne de Jonzac, petite ville de Charente-Maritime où a débuté l'affaire en 2017. L'affaire débute avec les déclarations d'une petite fille de six ans domiciliée à Jonzac. Celle-ci déclare à ses parents, en , que son voisin, alors médecin et âgé de , s'est exhibé devant elle avant de lui faire subir des agressions sexuelles..

Enquête judiciaire Des perquisitions sont effectuées au domicile de Joël Le Scouarnec, où les gendarmes retrouvent ses journaux intimes. et d'autres objets compromettants pour l'homme mis en cause, dont des perruques et des objets sexuels. D'après le gendarme ayant dirigé l'enquête, l'examen des disques durs de ses ordinateurs révèle un très grand nombre d'images pédophiles, mais aussi des vidéos de pendaisons et de décapitation de personnes humaines, ainsi que des actes de cruauté envers les animaux.. L'avocat de l'accusé affirme aux enquêteurs qu'il s'agit de simples fantasmes.

Depuis la Charente-Maritime, les enquêteurs continuent leurs investigations jusque dans le Morbihan, où la plupart des faits criminels supposés et imputés à Joël Le Scouarnec semblent avoir été commis..

Fin , l'instruction du dossier est close. : 312 victimes ont été identifiées, dont 19 écartées en raison de la prescription. En , Joël Le Scouarnec est mis en accusation devant la cour criminelle du Morbihan..

Les « carnets noirs » Les journaux intimes de Joël Le Scouarnec, découverts en 2017, qualifiés de .., sont d'une ampleur exceptionnelle car le mis en cause y rédigeait une centaine de pages par an, en justifiant régulièrement sa pédophilie dont il dit être fier. et heureux. Ces carnets, tenus pendant une trentaine d'années., comportent des commentaires dont les plus anciens remontent aux années 1980. et mentionnent des centaines d'agressions sexuelles ou de viols, sur un total de plusieurs milliers de pages.. Il pouvait agresser jusqu'à quatre patients durant la même journée, ou bien six fois le même patient à des heures différentes.

Dans ses carnets noirs, Joël Le Scouarnec décrit très précisément des activités pédophiles et scatophiles présumées, entre autres son habitude d'enduire chaque matin une poupée avec ses excréments et ses sécrétions sexuelles avant de l’offrir à sa petite-fille. Le nombre de ses masturbations quotidiennes, sa zoocriminalité avec des chiens (notamment les deux colleys de sa famille), ou la préparation de plats contenant ses secrétions corporelles, qu'il servait ensuite à table. L'officier de gendarmerie Benoît Bordenave témoigne de la difficulté pour ses équipes à se remettre de ces lectures.

Rôle de l'Ordre des médecins Le , dans un communiqué, l'Ordre des médecins annonce sa décision d'être partie civile à l'audience.. Le , 58 médecins adressent une lettre ouverte à l'Ordre des médecins pour lui demander de « quitter le banc des parties civiles » dénonçant l'inaction de l'organisation dans cette affaire.

Trajectoire de vie des victimes de Joël Le Scouarnec La plupart des victimes (environ 90 %.) n'ont aucun souvenir des actes pédocriminels subis pendant des opérations médicales ou en salle de réveil, mais en gardent des séquelles durables telles que la phobie des hôpitaux, la dépression, le stress post-traumatique, l'anxiété chronique, diverses conduites addictives et des troubles alimentaires.. Une trentaine de victimes en conservent des souvenirs, plus ou moins précis ; 256 avaient moins de quinze ans au moment des faits. Plus de la moitié des victimes sont des garçons.. Les victimes se sont regroupées en collectif, certaines d'entre elles se sont portées partie civile, et elles cherchent à faire connaître cette affaire, notamment via la presse..

La découverte des faits et le recouvrement de souvenirs oubliés (via l'EMDR ou autre) sont des épreuves particulièrement traumatisantes..

Victimes d'actes prescrits Alexandra, première victime présumée ne pouvant porter plainte en raison de la prescription des faits, attribue son énurésie nocturne, ses problèmes rénaux, sa phobie d'aller aux toilettes et son échec scolaire aux nombreux crimes sexuels qu'elle a subis durant son enfance...

Coralie/Mélanie, une autre victime d'actes prescrits, se souvient d'avoir voulu témoigner de ce qu'elle a subi de la part de Joël Le Scouarnec en 1990 à l'âge de neuf ans auprès de sa mère, mais elle n'avait pas été crue, sa parole n'ayant alors aucune valeur face à celle d'un médecin...

Victimes ayant déposé plainte Le procès est décrit comme éprouvant pour les victimes, qui sont confrontées à des photographies d'actes pédocriminels qui les mettent en scène dans le cadre des fantasmes de Joël Le Scouarnec.. L'attitude de l'ex-chirurgien pendant son procès, avec notamment un ton de voix monocorde ne laissant transparaître aucune émotion, est également vécue comme une épreuve par ces victimes.. De plus, le mis en cause ne se souvient pas de certains viols, déclarant que ..

Virginie, victime âgée de neuf ans au moment du viol, apprend à l'âge de 39 ans par un appel de la gendarmerie qu'elle fait partie des carnets de Joël Le Scouarnec, pour des faits . La lecture du passage des carnets qui la concerne, en , est suivie d'importantes séquelles sur sa santé, notamment de troubles du comportement alimentaire et d'une dépression.. Céline Mahuteau, une autre victime âgée de sept ans au moment des faits, n'en garde aucun souvenir mais témoigne se sentir . ; elle ajoute qu'elle aurait préféré , et attribue son adoption d'un look à une réaction pour se protéger des pédocriminels.. Émilie, qui ne se souvenait pas initialement des faits, témoigne de son impossibilité à connaître le bonheur et de ses doutes sur sa capacité à surmonter le traumatisme..

Orianne, âgée de quarante ans, témoigne que sa famille ne l'a jamais crue alors qu'elle répétait qu'un médecin l'a violée après son opération de l'appendicite lorsqu'elle avait une dizaine d'années.