Colin Falkland Gray, né le à Christchurch (Nouvelle-Zélande) et mort le à Porirua (Nouvelle-Zélande), est un officier de la Royal Air Force (RAF) ayant notamment servi durant la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il remporte , en plus de deux autres en collaboration. Il est le meilleur as néo-zélandais du conflit.

Ayant tenté de s'engager dans la RAF à deux reprises, en vain notamment à cause de problèmes médicaux, Colin Gray est finalement enrôlé en 1938 et devient pilote un mois après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il participe aux combats avec le No. 54 Squadron pendant la bataille de France avant de prendre part à la bataille d'Angleterre, durant laquelle il abat ennemis. Pour cet exploit, il reçoit la Distinguished Flying Cross. Placé au repos à partir de septembre avec son escadron, Gray est chargé de former les nouveaux pilotes pendant quelques mois avant de revenir au front au début de l'année 1941.

En septembre de la même année, il est chargé du commandement du No. 616 Squadron, principalement affecté à la défense aérienne de l'est de l'Angleterre. À la fin de l'année 1942, il est transféré sur le théâtre d'opérations méditerranéen et moyen-oriental à la tête du No. 81 Squadron. En 1943, il est promu et participe à un certain nombre d'opérations dans le cadre de la campagne d'Afrique du Nord et de la campagne d'Italie lors desquelles il remporte supplémentaires, ce qui lui vaut d'être décoré de l'ordre du Service distingué. Il revient ensuite en Europe et, en , commande une escadre en soutien aux opérations aéroportées de la bataille d'Arnhem (Hollande). Il s'agit de ses dernières missions de combats, puisqu'il termine la guerre à la tête d'un escadron basé dans les Orcades (îles d'Écosse).

Après la guerre, Colin Gray occupe divers postes au sein de l'état-major de la RAF. Il est notamment officier d'état-major chargé des opérations aériennes lors de l'insurrection communiste malaise. Colin Gray prend sa retraite en 1961 et retourne en Nouvelle-Zélande où il travaille pour Unilever. Il meurt en 1995 à l'âge de .

Jeunesse Colin Falkland Gray et son frère jumeau Kenneth naissent le à Christchurch, plus grande ville de l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande. Ils sont les fils d'un ingénieur électricien, Robert Leonard Gray, et de sa femme, Margaret, née Langford. Colin fréquente plusieurs écoles, passant deux ans au Christ's College de Christchurch, une année au dans la région de Wellington, avant de terminer sa scolarité à la à Napier, sur l'île du Nord. Il trouve ensuite un emploi de commis à Napier en , dans l'entreprise , la plus importante du pays dans le domaine du conseil et de la gestion financière des activités d'élevage. Il exerce ce métier de à .

En , les jumeaux Gray font une demande de service court () dans la Royal Air Force (RAF). Alors que Kenneth est accepté, Colin est rejeté pour des raisons de santé : il souffre de la grippe au moment de son examen médical.

Colin demande ensuite à rejoindre l'unité de réservistes de l'armée de l'air, mais il est à nouveau refusé pour des raisons médicales. Il reçoit divers avis médicaux selon lesquels il ne serait jamais jugé apte à servir dans la RAF, notamment en raison d'une ostéomyélite touchant un os de la jambe et d'une propension à la conjonctivite. Colin Gray change alors de travail pour tenter d'améliorer sa condition physique : il passe près d'un an à rassembler des moutons dans diverses exploitations agricoles, un travail long, physique et parfois dangereux. En , il passe avec succès un troisième examen médical et est accepté pour un service court dans la RAF. Bien qu'il lui soit possible de s'entraîner avec la Royal New Zealand Air Force (RNZAF), Gray choisit de rejoindre le Royaume-Uni. Sa formation de pilote commence au début de l'année à la No. 1 Elementary Flying Training School à Hatfield dans le Hertfordshire. Il est ensuite transféré à la dans le Shropshire en avril. Il y obtient son brevet de pilote en juillet, avant de suivre un entraînement avancé. Colin Gray devient finalement pilot officer en , un mois après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Seconde Guerre mondiale Colin Gray est affecté en au No. 54 Squadron, un escadron équipé de Spitfire et basé à Hornchurch. Il y côtoie un autre pilote néo-zélandais, Alan Deere, appelé à devenir lui aussi un as. alt=Portrait d'un jeune homme en uniforme|vignette|Kenneth Gray, le frère jumeau de Colin. Au cours des premiers mois de la guerre, l'escadron va et vient entre les bases de Hornchurch et de Rochford, pour s'entraîner et effectuer des patrouilles pour couvrir les convois en Mer du Nord. Gray est confirmé dans son grade (jusqu'ici accordé à titre temporaire) de pilot officer le . Il est très affecté par la mort de son frère jumeau Kenneth, devenu pilote de bombardier et tué en Écosse dans un accident aux commandes de son Armstrong Whitworth Whitley le .

Bataille de France Le No. 54 Squadron pousse ses patrouilles au-delà de la mer du Nord lorsque les Allemands envahissent la France et le Benelux à partir du . Colin Gray effectue le sa première mission dans le secteur de Calais et Dunkerque. Le 24, il participe à son premier combat aérien, lors duquel il parvient à toucher deux chasseurs Messerschmitt Bf 109 au-dessus de Calais, sans avoir pour autant la certitude que les avions allemands ont été abattus. Dès le lendemain, Gray remporte sa première victoire confirmée aux commandes du Spitfire N3172 en abattant un Bf 109 au-dessus de Gravelines lors d'une mission d'escorte de bombardiers Fairey Swordfish. Son appareil essuie cependant de nombreux tirs, qui forcent Gray à rentrer en urgence à Hornchurch après avoir perdu ses indicateurs de vitesse et de carburant ainsi que le contrôle de son système d'armement, des freins et d'un aileron.

Le No. 54 Squadron est rapidement épuisé par la fréquence des missions au-dessus de Dunkerque (où il contribue à la couverture aérienne de l'opération Dynamo) et passe donc les derniers jours de au repos sur la base de Catterick. L'escadron revient cependant à Hornchurch dès le pour reprendre les missions de reconnaissance en France et en Belgique. À partir du , Colin Gray est posté avec le reste de son unité à Rochford. Le , il revendique une victoire probable sur un Dornier Do 215 appartenant au Kampfgeschwader 77.

Bataille d'Angleterre

vignette|Un Spitfire Mk I en cours de préparation pour une sortie pendant la bataille d'Angleterre|gauche|alt=Trois hommes s'affairant autour d'un avion. L'un est debout sur l'aile et regarde vers le photographe, un autre regarde dans le cockpit tandis qu'un troisième s'éloigne en tirant un chariot. La première phase de la bataille d'Angleterre commence le , lorsque les attaques de la Luftwaffe sur des cibles le long de la côte anglaise et sur les navires sont intensifiées dans le cadre du Kanalkampf (combat de la Manche) après la défaite sur le continent et le rembarquement des troupes britanniques à Dunkerque. La domination de la Manche et du ciel britannique est alors essentielle pour les Allemands, qui prévoient l'opération Seelöwe (l'invasion du Royaume-Uni).

Étant intégré au No. 11 Group, l'escadron de Gray participe à la défense de Londres et du sud-est de l'Angleterre, l'un des secteurs les plus durs de la bataille. Le , Colin remporte sa première victoire en solo en abattant un Bf 109 dans la Manche. Le 24, son escadron intercepte un groupe de bombardiers escorté par . Colin en abat probablement un, avant d'en abattre un autre de manière certaine. Après avoir vu le pilote qu'il vient d'abattre sauter dans la Manche, Gray communique par radio la position de l'Allemand pour qu'il soit fait prisonnier, mais ce dernier ne survit pas au temps passé dans l'eau. Le lendemain, Gray revendique une autre victoire probable sur un Bf 109 qui escortait un groupe de Stukas au large de Douvres. Le , le No. 54 Squadron est envoyé une nouvelle fois en repos à Catterick. Il est alors l'escadron ayant fait le plus de sorties de tout le No. 11 Group. Colin, pour sa part, a effectué sur le seul mois de juillet.

Le No. 54 Squadron replonge dès le dans la bataille d'Angleterre, en opérant à nouveau depuis la base de Hornchurch. C'est lors de cette période que Colin Gray va enregistrer sa première série de victoires, en raison de l'intensité des combats aériens. Le , il abat deux Bf 109 (l'un près de Douvres et l'autre au-dessus du Cap Gris-Nez, où il s'écrase sur une plage). Il s'agit de ses et victoires homologuées, ce qui lui permet de devenir un as. Deux autres Bf 109 de la Jagdgeschwader 54 tombent sous les tirs du néo-zélandais le au-dessus de Douvres. Deux jours plus tard, Gray participe à la destruction d'un Messerschmitt Bf 110 et endommage un bombardier Dornier Do 17 lors d'une deuxième sortie. Toujours le même jour, et au cours d'une troisième sortie, il abat un autre Bf 110 au-dessus de Clacton. Le 24, il endommage sévèrement un Bf 110 rencontré à Douvres puis le suit à distance pour le voir s'écraser dans la Manche, au large du Cap Gris-Nez, après que l'un des deux membres d'équipages ait sauté dans la mer. Le lendemain, Gray abat un Bf 109 dans les environs de Douvres. Cette série de victoire lui vaut la Distinguished Flying Cross, la troisième décoration militaire britannique la plus élevée après la Croix de Victoria et la Conspicuous Gallantry Cross, le , avec la citation suivante :

Colin Gray poursuit sa série de victoires dès le lendemain de sa citation, en endommageant deux Bf 109 et un Do 17. Le , il abat un Bf 109 près de Maidstone. Le lendemain, les ailerons de son Spitfire sont endommagés lors d'un combat contre trois Heinkel He 111. Il doit se poser en urgence à Hornchurch avant de redécoller aux commandes d'un autre Spitfire. Le Néo-Zélandais connaît lors de cette deuxième sortie le même sort que lors de la première : son moteur est touché par les tirs d'un Bf 109, ce qui le contraint à atterrir en urgence à Biggin Hill. Le même scénario se reproduit le : l'avion de Colin subit des dégâts au cours d'un combat lors duquel il abat un Bf 109 mais il redécolle sur un autre appareil et abat un Bf 110.

Le lendemain, Gray participe à la destruction d'un Bf 110 qui escortait un raid aérien sur North Weald. Plus tard dans la journée, il abat un Bf 109, qui est sa dernière victoire au cours de la bataille d'Angleterre. Dans la soirée du , le No. 54 Squadron s'envole à destination du nord de l'Angleterre pour se reposer et se rééquiper. À ce moment, Colin Gray totalise confirmées, mais est très éprouvé par la cadence des missions et l'intensité des combats. Après ses de juillet, il en a effectué 60 en août et 13 rien que sur les trois premiers jours de septembre. Son ami et compatriote Alan Deere note que Gray a qu'au début de la guerre, à cause de l'épuisement.

Lorsqu'il se retire de la bataille d'Angleterre, le No. 54 Squadron a subi de lourdes pertes : Colin Gray est l'un des quatre derniers pilotes à être encore présent depuis le début des combats aériens en . Jugé inapte à reprendre les opérations, l'escadron est laissé en repos sur la base de Catterick. Pendant cette période, Colin devient instructeur pour les nouveaux pilotes de la Royal Air Force. Promu flying officer le , il est transféré deux mois plus tard au , toujours en tant qu'instructeur. Il peut ainsi essayer le Hawker Hurricane, qu'il juge agréable à piloter, malgré sa préférence personnelle pour le Spitfire. Gray continue à former les pilotes envoyés au No. 43 Squadron par d'autres unités jusqu'à ce qu'il retourne au No. 54 Squadron pour être de commandant de vol à la mi-.

Front de la Manche