Les élections législatives macédoniennes de 2020 (en ) ont lieu de manière anticipée le afin d'élire les de la de l'Assemblée de Macédoine du Nord pour un mandat de quatre ans.
Initialement prévues pour , puis avancées au , les élections sont reportées de trois mois en raison de la pandémie de COVID-19 qui touche alors le pays. Il s'agit des premières élections législatives depuis l'accord de Prespa ayant mis un terme en au différend de longue date l'opposant à la Grèce quant au nom utilisé par le pays, renommé ; une modification qui fait encore débat au cours de la campagne électorale.
Le scrutin, qui voit un recul important de la participation, est marqué par la courte victoire de , la coalition formée autour de l'Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM) et du Mouvement Besa. C'est la première fois depuis 2002 que les sociaux-démocrates arrivent en tête de ce type d'élection. Ceux-ci reconduisent une coalition resserrée avec l'Union démocratique pour l'intégration (DUI), une formation défendant les droits de la minorité albanaise, ce qui permet au chef de la SDSM Zoran Zaev d'être reconduit au poste de président du gouvernement.
Contexte vignette|180px|gauche|Zoran Zaev en 2019. Initialement prévues pour , les élections ont lieu de manière anticipée à la suite de l'échec du gouvernement dirigé par le président du gouvernement Zoran Zaev à entamer les négociations d'adhésion à l'Union européenne.. Le , en raison du véto exprimé par le président français Emmanuel Macron, le Conseil européen refuse en effet de fixer une date d'ouverture.. La décision est considérée comme un coup dur pour Zaev, à la tête d'un gouvernement de coalition composé de l'Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM), de l'Union démocratique pour l'intégration (DUI) et de l'Alliance pour les Albanais (AA), avec pour principal objectif l'intégration européenne.
Dans ce but, l'exécutif macédonien avait conclu le l'accord de Prespa avec la Grèce, afin de résoudre définitivement le débat les opposant sur l’appellation du pays. Ce désaccord bloquait depuis près de trois décennies l'intégration euro-atlantique et la reconnaissance internationale de la Macédoine, terme que les Grecs revendiquent comme étant de leur patrimoine historique. Zaev et le Premier ministre grec Aléxis Tsípras s'accordent pour que le pays prenne finalement le nom de . Le , les Macédoniens approuvent à plus de 90 % l'accord lors d'un référendum, bien que la participation ne soit que de 37 %, l'opposition menée par l'Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne ayant appelé au boycott. L'accord de Prespa est approuvé le par le Parlement macédonien en l'absence des élus de l'opposition puis le par le Parlement grec, et entre en vigueur le . Il débloque théoriquement les perspectives d'adhésion à l'UE et à l'OTAN. Il est suivi en mai de la victoire du candidat de la SDSM Stevo Pendarovski au second tour de la présidentielle de 2019.
Devant le gel des négociations d'adhésion à l'Union européenne, le président du gouvernement décide le de convoquer des élections anticipées huit mois avant la fin naturelle du mandat de l'Assemblée. La date du est choisie pour que le scrutin se tienne après l'adhésion attendue de la Macédoine du Nord à l'Alliance atlantique.. Conformément à la loi qui impose qu'un gouvernement distinct soit chargé des affaires courantes, Zoran Zaev et l'opposition s'accordent sur la constitution d'un gouvernement technique assurant l'intérim jusqu'aux élections. Le président du gouvernement se retire ainsi le pour laisser la place à son ministre de l'Intérieur Oliver Spasovski, qui reçoit le même jour l'investiture du parlement...
L'accession du pays à l'OTAN intervient le , tandis que les membres de l'Union européenne s'accordent dans le même temps sur le démarrage des négociations d'adhésion, les demandes de réforme du processus du président français ayant été prises en compte..
Report
Initialement prévus pour le , le scrutin est repoussé à une date indéterminée en raison de la propagation de la pandémie de coronavirus dans le pays, qui pousse le gouvernement à décréter l'état d'urgence le .. Zoran Zaev espère alors pouvoir organiser le scrutin le plus tôt possible après la fin de l'état d'urgence, et avance la date du .. L'état d'urgence prend fin le , ouvrant la voie à la tenue des législatives pour lesquelles le gouvernement et l'opposition s'accordent finalement sur la date du ...
Système électoral vignette|Le palais de l'Assemblée à Skopje. vignette|L'hémicycle.
L'Assemblée de Macédoine du Nord () est un parlement monocaméral composé de pourvus pour quatre ans, dont 120 au scrutin proportionnel plurinominal dans six circonscriptions de 20 sièges chacune. Les électeurs votent pour le candidat d'une liste, et ce vote correspond à une voix pour cette dernière tout en jouant le rôle d'un vote préférentiel pour le candidat en question, lui donnant la possibilité de faire monter sa place dans la liste. Après décompte des suffrages, les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt au quotient simple, sans seuil électoral au niveau national. Toutes les listes reçoivent par conséquent un siège en proportion de leurs parts des suffrages exprimés, avec un siège par tranche de 1/20ème de suffrage dans chacune des six circonscription, soit un seuil de facto de 5 % des suffrages exprimés. Les sièges sont répartis, au sein des listes, entre les candidats ayant reçu le plus grand nombre de suffrages en leur nom, par ordre décroissant..
Les trois sièges restants, réservés à la diaspora, sont pourvus selon le même système, mais leur élection est conditionné à l'obtention d'un minimum de suffrages liés au scrutin précédent. Un candidat de la diaspora n'est ainsi élu que si la liste sur laquelle il se présente réunit au moins autant de votes en sa faveur que le candidat ayant été élu avec le moins de voix en Macédoine du Nord lors du scrutin précédent. Les second et troisième sièges ne sont attribués que si cette même liste réunit le double et le triple de ce montant.. En 2020, le nombre de suffrages à atteindre est ainsi de votes. Seuls de la diaspora s'étant inscrits sur les listes électorales dans leurs ambassades, le vote n'a pas lieu. Les électeurs inscrits sont par conséquents contraints de se rendre en Macédoine du Nord, et les trois sièges réservé ne sont une nouvelle fois pas pourvus.
Le système proportionnel permet notamment la représentation de la minorité albanaise. En outre, toute liste doit comprendre au moins 30 % de candidats de chaque sexe, et les candidats du sexe le moins représenté dans chacune des listes être positionnés au minimum tous les dix noms..
Réforme envisagée La question de la suppression des six circonscriptions en faveur d'une circonscription nationale unique, qui permettrait davantage de représentativité, est un thème récurrent de la vie politique macédonienne. Le président Stevo Pendarovski propose un mois après son élection en de mettre en œuvre cette réforme..
Cependant, la DUI, partenaire minoritaire de la coalition au pouvoir, et la VMRO-DPMNE, principale force de l'opposition, s'y opposent et pratiquent à son encontre l'obstruction parlementaire. À eux deux, ils déposent plus de au projet de loi, rendant impossible sa mise au vote avant la fin de la session parlementaire, le Parlement étant obligatoirement dissous au moins deux mois avant les élections..
Forces en présences +Principales forces politiques PartiNom en macédonien et/ou en albanaisIdéologieChef de fileOrganisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienneVnatrešna makedonska revolucionerna organizacija – Demokratska partija za makedonsko nacionalno edinstvo (VMRO-DPMNE) Centre droit à droiteNationalisme, conservatisme, démocratie chrétienne, libéralisme économiqueUnion sociale-démocrate de MacédoineSocijaldemokratski Sojuz na Makedonija (SDSM)Centre gaucheSocial-démocratie, europhilieZoran Zaev 37,9 % des voixUnion démocratique pour l'intégrationDemokratska unija za integracija (DUI)Bashkimi Demokratik për Integrim (BDI)Centre droitDéfense des intérêts de la minorité albanaise, conservatisme social, europhilieAli Ahmeti7,5 % des voix
Campagne La campagne est lancée en , soit six mois avant la première date retenue pour le scrutin, en raison de l'annonce de l'anticipation des élections. L'Union sociale-démocrate de Macédoine de Zoran Zaev fait campagne sur la résolution du conflit avec la Grèce sur le nom du pays, et sur les efforts mis en œuvre pour l'intégration euro-atlantique.. L'Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne réaffirme son opposition au changement de nom du pays, et focalise sa campagne sur des accusations de corruption envers le gouvernement sortant..
Courant février, l'Alliance pour les Albanais, vouée à la défense des intérêts de cette minorité, forme une coalition avec le parti Alternative tandis que la SDSM en forme une avec le Mouvement Besa, constituant pour la première fois une coalition pré électorale réunissant des partis des blocs macédoniens et albanais...
Résultats +Résultats des législatives macédoniennes de 2020.Fichier:Sobranie MK 2020.svgPartiVoix%+/–Sièges+/–Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM)35,89 5,6331 6Mouvement Besa (LB/DB)4 1Parti libéral-démocrate (LDP)2Nouveau Parti social-démocrate (NSDP)2Renouveau démocratique de Macédoine (DOM)1Union démocratique (DS)1 1VMRO - Parti populaire (VMRO-NP)1 1Parti des retraités (PP)1Indépendants1 3Parti démocratique des Turcs (DPT)1Parti pour le Mouvement turc de Macédoine (THP)1Parti pour l'avenir européen (PEI)0 1Nous pouvons46 9VMRO-DPMNE34,57 3,5736 7Parti socialiste de Macédoine (SPM)2 1Option citoyenne pour la Macédoine (GROM)1 1Parti des démocrates unis de Macédoine (PODEM)1 1Indépendants2 2Parti démocratique des Serbes de Macédoine (DPS)1Les Roms unis par la Macédoine (ROM)1 1Parti d'action démocratique de Macédoine (SDA)0 1Renouveau pour la Macédoine44 6Union démocratique pour l'intégration (BDI/DUI)11,48 4,2015 5Alliance pour les Albanais (ASh/AA)8,95 6,008 5Alternative (A)4 4Alliance pour les Albanais (ASh/AA)12 9La Gauche (Levica)4,10 3,082 2Parti démocratique des Albanais (PDSh/DPA)1,53 1,071 1Integra1,350Union démocrate civique0,390 – Parti des travailleurs0,360Voix de la Macédoine0,310Jamais du Nord, seulement Macédoine0,290Union sociale-démocrate Skopje0,280Votre parti0,210Démocrates0,170Parti du peuple Rom0,130Votes valides97,94Votes blancs et nuls2,06Total100-120Abstention48,66Inscrits / participation51,34
Analyse et conséquences vignette|redresse|Sièges obtenus par circonscription. Le taux de participation s'établit à un peu plus de 50 % des électeurs, soit une chute de seize points par rapport aux législatives de 2016, attribuée en partie à la pandémie mais également au désaveu des électeurs envers leurs responsables politiques, accusés de corruption et d'inaction face à la stagnation économique.. Le scrutin voit arriver en tête la coalition , formée autour de l'Union sociale-démocrate de Macédoine et du Mouvement Besa. C'est ainsi la première fois depuis 2002 que les sociaux-démocrates arrivent en tête de ce type d'élection. Cette performance est cependant qualifiée de courte victoire en raison de la faible différence en suffrages et en siège séparant la coalition de celle du dirigée par le VMRO-DPMNE. La défaite de cette dernière est pour autant accueillie avec soulagement à l'international, les milieux économiques et diplomatiques craignant que son arrivée au pouvoir ne provoque un regain de tension dans la région et ne remette en cause le début des négociations d'adhésion à l'Union européenne...