vignette|300px|Duel au bois de Boulogne en 1874, gravure d'après Godefroy Durand, Harper's Weekly. Le duel est en Occident comme en Orient une coutume de combattre par les armes, selon des règles précises, pour trancher un différend entre deux adversaires, l'un demandant à l’autre réparation d’une offense ou d’un tort. En Europe, il est précédé d'un défi, habituellement signifié par un cartel. Le combat se déroule devant des arbitres, appelés aujourd'hui « témoins », qui veillent au respect des règles ainsi que des conventions particulières fixées au préalable. Celles-ci fixent, entre autresExemple de protocole établi par les témoins de Charles Maurras et de Paul Granier de Cassagnac :, éventuellement, le nombre de coups à l'arme blanche ou à feu. Dans un duel de plaisance, c'est-à-dire pour la galerie, elles fixent le nombre de touches. Si elles conviennent d'un combat à mort, on parle de duel à mort.

Le duel visait à réglementer et limiter la violence suscitée par un conflit entre deux individus. En fixant les termes de la résolution du conflit, il obligeait les parties adverses à convenir par le dialogue de conditions convenues et constituait une sorte de droit pénal contractuel, le duel judiciaire. Intégré au bas Moyen Âge à la procédure pénale par les différentes coutumes, le duel judiciaire évolue entre la guerre de Cent Ans et la Renaissance en contrat de droit privé à mesure que les parlements affinent la jurisprudence et que la monarchie se renforce. Aux temps modernes, le duel n'est plus qu'une forme de bravade à l'endroit du , le duel du point d'honneur.

Une forme de duel s'est observée dans d'autres sociétés, en particulier au Japon, mais il a été alors une pratique réservée aux militaires. Toutefois, en imposant les armes de guerre individuelles, c'est-à-dire en interdisant l'emploi des poings par exemple, le duel s'adressait de fait principalement à la noblesse, formée à l'escrime et au tir. Les gentilshommes finirent par ne condescendre à s'y prêter qu'entre eux : . L'esprit qui le gouvernait donnait ainsi plus de prix à la dignité qu'à la vie, à la manière qu'à l'intérêt, et revendiquait la primauté de la liberté individuelle de régler ses affaires sans le recours à la justice publique. Défendu autrefois tant par des tenants d'un régime aristocratique que par des républicains, le duel est aujourd'hui proscrit dans la plupart des pays.

Étymologie Duelle, mot attesté en 1556 et écrit duel à partir d'au moins 1673A. Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, Nathan, Paris, octobre 2011 ., vient du latin duellum, qui apparait dans les AnnalesAst quando duellum gravius discordiaeve civium escunt, oenus ne amplius sex menses, si senatus creverit, idem iuris quod duo consules teneto, isque ave sinistra dictus populi magister esto., détruites dans un incendie en mais citées par CicéronDe Legibus, III, 9. dans une version reconstituée, comme une forme ancienne de bellumF. Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, , Hachette, Paris, février 1934., guerre, et non une substantification de duo, deux. C'est le même sens de guerre et non de combat singulier que signifie en Licinius dans son sénatus-consulte cité par Tite-LiveHistoire, XXXVI, 2.. Bellum est un doublon apparu vers Cic., Or., XLV., qui a fini par s'imposer.

C'est au plus tard à la fin du en bas latin que l'archaïsme précieux duellum est repris avec le sens nouveau de combat singulier quand bellum est remplacé dans les écrits par le vieux-francique werra, qui a donné en français guerre. D'une coutume et un règlement intimement liés à une conception juridique moderne du sujet et de la liberté individuelle, cette erreur étymologique a étendu abusivement l'emploi du terme à toutes sortes de combats singuliers pratiqués à travers le monde, parfois très semblables dans les formes au code d'honneur du duel, et même, par métaphore, à toute opposition de quelque nature que ce soit entre deux personnes, tels qu'un débat télévisé ou la concurrence économique.

Le combat singulier dans l'Antiquité vignette|droite|250px|Achille perçant Hector, prototype du combat héroïque dans l'Antiquité, peint par Rubens (1630-1635).

Le but et la signification du duel ont varié dans l’histoire.

La forme la plus ancienne connue du duel semble être le duel judiciaire pratiqué par les anciens Germains, signalé déjà par Jules César. Cette forme a lentement évolué au cours des siècles pour aboutir au duel d’honneur.

À cette époque, il s’agissait soit de combats singuliers — épisodes de guerre pour lesquels aucune règle n’était respectée, la victoire par tous moyens étant seule importante, comme lors du combat des Horaces et des Curiaces, soit de la représentation de ces épisodes de guerre par des gladiateurs selon des règles extrêmement codifiées. Le duel n'était donc dans ce dernier cas qu'un spectacle populaire donné par des experts chèrement entraînés mais sans droits civiques (infamie), pas même celui d'une sépulture religieuse et encore moins celui de défendre leurs droits ou leur honneur.

Duel judiciaire (avant 1547)

Le jugement de Dieu au haut Moyen Âge Le duel judiciaire est une des trois formes du « Jugement de Dieu », procédure qui comprend : le serment purgatoire : l'accusé prend Dieu à témoin de la justesse de ses paroles. Il prête alors serment sur la Bible ou sur des reliques de saints, en présence de co-jureurs (qui témoignent de sa bonne foi). Jurer devant Dieu permettait de se « purger » de l'accusation. Être parjure était puni de l'amputation de la main droite sous Charlemagne. Ce type de preuve précédait l'ordalie dans la procédure et était souvent suffisantNadeije Laneyrie-Dagen, Les Grands Procès. Le jugement de Dieu, éditions Larousse, ., 1995. ; l’ordalie : test de la culpabilité ou de l’innocence d’une seule personne sans combat. (cf. par exemple les actes du Concile du Latran, 1215) car pour elles, on ne doit pas soumettre les hommes au jugement divin. Cependant, ne pouvant les empêcher, elles les tolèrent jusqu'à leur interdiction par Saint Louis en 1258 ; le duel judiciaire (type d'ordalie bilatérale) : cette dernière forme était une sorte de procès dans lequel la décision finale était fixée par l’issue du combat entre les deux adversaires. Pour que le résultat fût à chaque fois indiscutable, il fallait qu’il existât des règles préalables, connues et acceptées de tous, et donc une autorité pour les énoncer, les légaliser et les faire appliquer.

Les premiers textes connus réglementant cette pratique datent du début du , époque des grandes invasions : ce sont la loi Gombette (501) et la loi des Francs Ripuaires, toutes deux d’origine germanique. Cette pratique se répandit lors du Haut Moyen Âge. Avant ces codes, seuls les peuples germaniques d'Europe du Nord disposaient de la compensation du Wergild afin d'éviter les tueries.

vignette|Combat de chevaliers dans la campagne, par Eugène Delacroix (v. 1824), musée du Louvre. Les règles formalisant le combat concernent : ses limites, définies à l’intérieur d’un champ clos ; son officialisation, par la désignation comme président d’un personnage important, appelé le maréchal de camp, assisté de juges et de hérauts ; son caractère solennel, par un cérémonial et des pratiques religieuses ; son impartialité, par le contrôle des deux adversaires et la désignation équitable des places de chacun d’eux ; les armes permises selon l’appartenance sociale des combattants ; la désignation d’un combattant substitut dans le cas où une des personnes concernées ne pouvait se battre (femme, enfant ou ecclésiastique).

Charlemagne reconnut toujours la preuve par combat, mais recommandait à ses lieutenants de faire tous leurs efforts pour résoudre autrement les conflits privés relevant de leur autorité, afin d’enrayer ces effusions de sang, ce qui montre que .

Le concile de Valence le condamna en 855, proclamant : Marcel Andriveau, De la répression pénale du duel, thèse de doctorat à la faculté de droit de Paris, 1895, ..

L’issue d’un tel combat, autorisé par la loi et consacré par des cérémonies religieuses, était regardée comme un jugement de Dieu. Le vainqueur était reconnu automatiquement innocent, et le vaincu, désigné indubitablement coupable par Dieu lui-même, devait donc subir la peine correspondant au crime commis. Seul le roi avait le droit de grâce.

La réglementation judiciaire du duel au Bas Moyen Âge vignette|"Le soleil doit être partagé également entre eux."Version de Dresde du Miroir des Saxons entre 1295 et 1363. vignette|Duel lors d'un tournoi imaginaire entre le duc de Bretagne et le duc de Bourbon. Livre des tournois, vers 1462-1465, BNF, Fr.2695, f.45v-46r. vignette|Duel judiciaire sur le marché aux vins d'Augsbourg en 1409Manuscrit vers 1544 - Bibliothèque nationale de Bavière.. L'exploit était vu comme une preuve de la Providence. Ces pratiques perdurèrent jusqu'au règne de Philippe le Bel, car l'aristocratie y trouvait le moyen de démontrer son habileté aux armes.

En 1212, la comtesse Blanche de Navarre, régente de Champagne, fait édicter les règles du duel judiciaire par les Grands Jours de Troyes devant ses trente quatre barons. En 1235, le Miroir des Saxons codifie très précisément le duel comme un prolongement de la légitime défense. En 1258, un édit de Saint Louis interdit l'ordalie et ordonne le duel judiciaire, tout en préconisant les preuves écrites et orales, notamment l'enquête de témoins et le serment purgatoire. Saint Louis et son petit-fils Philippe le Bel fixèrent des limitations visant à réduire l'usage du duel. À partir de cette époque, le duel judiciaire ne fut plus admis lorsque la culpabilité ou l’innocence de l’accusé était manifeste, lorsque les voies ordinaires de la justice permettaient l’établissement de la vérité, ou encore en temps de guerre. Dès lors, il ne fut plus question de jugement de Dieu, mais uniquement de duels judiciaires. À Paris, ceux-ci étaient organisés dans l'île Notre-DameM. Garçon, Les Îles in O. Doré, Paris tel qu'on l'aime, Odé, , Paris, 1949..

Les règlements de Philippe le Bel de 1306 sur le duel judiciaire déclaraient à l’égard du vaincu :

Le déclin du duel judiciaire après la guerre de Cent Ans