thumb|300px|La presse écrite constitue un vecteur important de la culture de masse.Magazines de mode à Copenhague.
La culture de masse (à ne pas confondre avec culture populaire) désigne une forme de culture liée à un commerce découlant des modes de production et de consommation des sociétés industrielles modernes. Elle est véhiculée par des produits destinés à être vendus au plus grand nombre. Elle est ainsi étroitement associée à la société de consommation, en particulier par le fait de dépendre des modes de production et de rentabilité des entreprises capitalistes. Sous l' du marketing et des médias de masse., elle peut donner lieu à des modes plus ou moins passagères. Les modes les plus durables peuvent influencer les modes de vie et cela à une échelle qui est désormais mondiale.
Le terme s’oppose à celui de « culture savante »Frederic Jameson, « Réification et utopie dans la culture de masse », Études françaises, volume 19, numéro 3, hiver 1983, p. 121–138 (lire en ligne). et de culture populaire. Dans un but de marketing ou de distinction sociale, une confusion est parfois entretenue entre culture de masse et culture populaire.
Vue d'ensemble La culture de masse, inhérente à une société qualifiée de manière identique, est donc un mouvement social vers des connaissances artistiques, culturelles, vers un système d'éducation, un mode de vie sociale et de pensée, un style de comportement, et qui se traduit par un acte de consommation ainsi que par des codes de reconnaissance sociale. Ce mouvement pousse à une uniformisation de la perception de la réalité à l'échelle intercommunautaire.
L'une des principales caractéristiques de ce phénomène est de rationaliser les rapports et les échanges humains autour de la sphère économique. Selon Alain Corbin, « le temps libre est rattrapé par le temps commercial, qui l'intègre dans une économie avant tout soucieuse de rationalité et de productivité ».
Dans ce sens, la culture de masse semble œuvrer pour la démocratie en insérant des individus qui paraissent plus épanouis (plaisir et dimension jubilatoire de la consommation culturelle) et mieux informés dans les espaces publics où se négocie en permanence le lien collectif. Cependant, cette culture de masse peut également avoir des effets pervers et produire une certaine forme de dépolitisation. C'est ce que démontre le linguiste Raffaelle Simone dans son ouvrage intitulé Le Monstre doux. Il s 'appuie pour illustrer sa thèse sur l'exemple de l'Italie contemporaine marquée par le berlusconisme, celle-ci incarnant en effet la prégnance de cette nouvelle forme de totalitarisme soft où l'injonction au divertissement et à la consommation substitue à la figure du citoyen celle d'un consommateur narcissique et indifférent au bien commun. Selon l'auteur, cette évolution valide les prophéties d'Alexis de Tocqueville qui avait au mis en avant les effets pervers potentiels de la massification induite par l'avènement de la démocratie libérale. L'influence des médias, l'illusion du choix des informations auxquelles on accède et l'identification à un « phénomène » de groupe peuvent ainsi théoriquement permettre aux individus de se rassembler autour de valeurs démocratiques communes.
Le terme « société de consommation » est la simplification du terme « société industrielle de consommation dirigée », défini par Henri Lefebvre comme étant l'état du capitalisme d'après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, les prémices de cette ère de consommation de masse sont apparues bien avant, au moment de l'industrialisation massive de nos sociétés occidentales.
Historique
La culture de masse dans le monde antique La culture de masse dans le monde antique est souvent associée à l'expression latine panem et circenses (« Du pain et des jeux »). Les combats de gladiateurs, les affrontements entre bêtes féroces, les courses de chars et de chevaux, les représentations théâtrales apparaissent comme la préfiguration de la notion de culture de masse fabriquée par l'élite dans un but de distraction et surtout de régulation socialeLucy Grig, Popular Culture in the Ancient World, Cambridge, 2017.
Journaux à grande diffusion En France, la culture de masse a commencé à se développer dans les années 1860, avec l'essor des premiers journaux à grande diffusion, de leur développement et du principe de concurrence dans lequel ils sont alors entrés, participant à l'essor des entreprises de distribution. En 1890, l'ampleur prise par ce phénomène a poussé Félix Vallotton à qualifier l'époque d'« âge du papier » sur sa couverture du périodique Le Cri de ParisDominique Kalifa, La culture de masse en France. Tome , 1860-1930, Paris, La Découverte, collection "Repères", 2001, p. 5 . Pour exemple, la presse parisienne tire chaque jour un million d'exemplaires en 1870 pour plus de cinq millions en 1914, tandis que la presse régionale passe de 300 000 exemplaires à quatre millionsJean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, Histoire culturelle de la France. 4 : Le temps des masses. Le XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1998, p. 77-78..
thumb|250px|Vendeur de journaux, Paddington, Londres, février 2005
Si ces journaux ont pu se développer, c'est principalement pour trois raisons : L'élargissement du public alphabétisé, avec les avancées en matière d'accès à l'école qu'a connues le (lois Ferry…). Les journaux y ont gagné de nouveaux lecteurs et les éditeurs sont pleinement entrés dans la distribution de manuels scolaires à grande échelle pour satisfaire les nouveaux besoins issus de l'augmentation de nombre d'élèves dans les écoles et de la durée de leurs cursus. La libération du carcan administratif avec l'assouplissement de la liberté de la presse qui s'est progressivement mis en place après la révolution de 1789. Dès 1881, la République garantit la liberté d'expression. Les progrès techniques dans les procédés d'impression et de diffusion. Ainsi, l'évolution des techniques d'impression permet d'offrir jusqu'à six ou douze pages par publication, par ailleurs mieux mises en formesJean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, Histoire culturelle de la France. 4 : Le temps des masses. Le XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1998, p. 78., tandis que l'arrivée du train et du télégraphe permettent à l'information de circuler plus rapidement et de distribuer des journaux identiques rapidement dans toute la France.
Ce phénomène a participé à un ample processus d'acculturation et d'homogénéisation culturelle, puisque les Français ont pu accéder aux mêmes informations. De plus, cette période du où les villes se sont considérablement développées a mis en évidence la nécessité de les rendre plus vivantes. Occuper les rues, les fêtes, les foires, la vie dans les grands boulevards où les attractions sont devenues un fer de lance commercial pour l'attractivité des villes. Ce bond en avant de l'industrie de spectacle permet alors de rassembler, par delà les distinctions sociales, le plus large public.
Il reste cependant des distinctions géographiques, l'exemple de Paris nous montre à l'est le Bois de Vincennes et les guinguettes du bord de Marne pour les ouvriers, employés… et l'ouest avec le Bois de Boulogne pour la classe de haute bourgeoisie. Puis le centre des affaires (la Bourse), de la politique, les quartiers de commerce avec le développement des grands magasins. Aujourd'hui encore, les grandes manifestations des villes n'attirent pas forcément le public des banlieues (transport pas adapté par exemple).
Aux , la culture de masse a considérablement évolué en Occident, puis dans le monde entier avec le développement de la presse écrite, de l'enregistrement sonore, de l'invention du cinéma, de la radio et enfin de la télévision, qui ont permis aux populations d'accéder à une culture très riche en s, textes et informations diverses. Avec l'élévation du niveau de vie, apparaît dans les années 1960 la notion de civilisation des loisirs. Depuis les années 1990, la diffusion et la commercialisation d'une culture de masse se sont encore développées avec le réseau Internet ou avec le succès de supports numériques tels que le CD audio ou le DVD. En 2004, on estime que 40 % du commerce mondial est numérique. Le nombre de nouveaux films, livres ne fait qu'augmenter chaque année. De même la multiplication des chaînes de télévision donne un choix toujours plus large et varié au consommateur culturel.
Diffusion par l'image On peut également lier le développement de la culture de masse à l'utilisation de plus en plus intensive de l' dans les médias et aux différents progrès techniques qui ont rendu plus facile la diffusion de l' (photographie, télévision, magazines, Internet…). Selon Dominique Kalifa, « la culture de masse est une culture de l'image ». La presse en s'illustrant et la possibilité pour les éditeurs de toucher le public des enfants avec des livres « très imagés » ont rendu les populations demandeuses d'images.
Aujourd'hui l'image est largement récupérée par les publicitaires et les services marketing des entreprises qui se sont habitués à communiquer de cette manière.
En 1860, « la revue photographique » parle ainsi de l'expansion du format carte de visite qui permet alors de réduire les coûts du portrait photographique. « C'est le triomphe de la démocratie et de l'égalité sociale ». Enfin, chacun est devenu capable de jouir d'un procédé technique innovant.
Les photos et la facilité de leur reproduction, en bouleversant les représentations de soi et des autres et en nous offrant des regards sur le monde, ont ainsi permis d'unifier des modes de vie, des habitudes vestimentaires au choix de l'endroit où nous pouvons porter notre attention. Elles nous offrent synthèses et représentations de ce qu'est la réalité.
Images mobiles : le cinéma L'arrivée des images « mobiles » c'est-à-dire du cinéma, n'a fait qu'amplifier ce phénomène de culte et d'intérêt collectif pour l'. Ce phénomène de grande ampleur, qui touche la masse, c'est-à-dire dans lequel chaque individu susceptible d'accéder à de l'information depuis les différents médias, est ainsi à l'origine de ce qu'on appelle aujourd'hui la culture de masse.
Les médias ont réussi, grâce aux faits « omnibus » qui intéressent tout le monde sur un mode qui ne touche à rien d'important, à centrer les hommes autour des mêmes représentations de ce qu'est la réalité.
Radiodiffusion En 1920, la radio était encore peu diffusée dans les foyers, puisqu'il n'y avait que . En 1940, au moment du fameux appel du 18 Juin du général de Gaulle, il y avait 5,5 millions de postes.
La possibilité de « cibler » et de pouvoir homogénéiser des publics éparpillés ont participé au développement de la publicité et donc de l'intérêt des industriels dans la prise de contrôle des moyens de diffusion.
Américanisation Cas de la France À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, en négociant l'annulation de la dette française envers les États-Unis, Léon Blum dut accepter, lors des accords Blum-Byrnes de mai 1946, que les films hollywoodiens puissent être projetés dans les salles de cinéma françaises. Il s'ensuivit une diffusion de l'american way of life, qui participa à une certaine forme de développement de la culture de masse de la Culture américaine. Les Français commencent à découvrir une culture qui se dilue, largement, dans les sodas anglo-saxons.
Le développement massif de la culture de masse aux États-Unis, et ce qu'on a appelé « l'américanisation » du monde dans les années 1930, va amener de nombreux intellectuels et sociologues à se pencher sur l'influence de la culture de masse sur nos modes de vie.
La médiation culturelle