La bataille de Loigny, ou bataille de Loigny-Lumeau-Poupry, s’est déroulée en Eure-et-Loir, au nord d’Orléans, avec des combats sur le territoire des communes de Terminiers, Loigny, Lumeau et Poupry, à 15 km de Patay, le à la fin de la guerre franco-allemande de 1870. Cet affrontement, qui opposa trois corps de l’armée de la Loire à l’armée du grand-duc de Mecklembourg, annonce la fin de la campagne de la Loire et la défaite finale de la France.
Contexte Armée de la Loire Après la capitulation à Sedan de l'armée impériale, permettant l'avancée des troupes allemandes au sud de Paris, l’armée de la Loire est formée par le Gouvernement de la Défense nationale avec des troupes hétéroclites non aguerries de régiments de mobiles territoriaux et de volontaires. Au nord d'Orléans en , sur un front de 80 kilomètres, elle aligne six corps d'armée, dont les , et corps au centre et à l'ouest. Elle fait marche vers Paris afin de forcer les Prussiens à lever le siège de la capitale. Le , par un effet de surprise, elle parvient à forcer le passage à un corps d'armée bavarois en reprenant au passage la ville d’Orléans lors de la bataille de Coulmiers ; mais sa progression ne reprend qu’à la fin novembre, par la volonté de son général, Louis d’Aurelle de Paladines, de réorganiser ses troupes et de compléter leur formation militaire ; et encore la reprise des opérations n’est-elle entreprise que sous la pression constante du gouvernement, emmené par Léon Gambetta.
Portraits des acteurs
Le contact Le , la armée du prince Frédéric-Charles, rendue à sa liberté de manœuvre par la reddition de Metz puis la capitulation de Sedan, prend position sur la ligne de Pithiviers–Montargis ( et corps d'armée), laissant le corps d'armée allemand en réserve à Angerville. La masse de l’armée de la Loire ayant pris position sur l’axe Orléans-Paris, le prince ordonne le regroupement des et corps d’armée sur les hauteurs dominant Toury. Puis ces forces regroupées reçoivent l’ordre du prince de fondre, via Beaugency, sur l’aile gauche des Français. Les Français progressent à présent vers Paris sur un front de , les divisions les unes à côté des autres. Le , le corps d’armée prussien est accroché mais parvient à stopper l’avance ennemie à Beaune-la-Rolande, forçant l’aile droite de l’armée de la Loire à se reformer en forêt d’Orléans. Pour éviter une contre-attaque de ces forces, le centre français, constitué des et , pivote sur la droite en direction de Pithiviers.
Mais le , la division bavaroise, bousculée à Villepion par le corps d'armée français, doit se replier. Ayant cependant localisé ainsi le gros de l'aile gauche de l'armée de la Loire, le groupe d’armées du grand-duc de Mecklembourg reçoit l’ordre de contre-attaquer le . Le front allemand comprend : à l’aile droite, la de cavalerie du prince Albert de Prusse et le corps d'armée bavarois du général von der Tann ; au centre, la division prussienne d'infanterie, et à l’aile gauche, la division d’infanterie et la division de cavalerie du comte de Stolberg.
Sur ordre du général d’Aurelle de Paladines, le corps d'armée du général Chanzy prend position sur les hauteurs de Terminiers, suivi du corps du général de Sonis, parti de la lisière Nord de la forêt d’Orléans ; le corps du général des Pallières se dirige à droite vers Poupry via ArtenayD'après .. Le plan d'attaque français conduit les et divisions du corps du général Chanzy à marcher au matin du depuis Terminiers contre la ligne de front de Loigny à Lumeau, avec la division tenue en réserve et la division de cavalerie du général Michel couvrant leur aile gauche.
Les combats Affrontements à Goury et Loigny vignette|Meurtrière dans un mur de clôture du château de Goury. La bataille du commence vers , avec l’assaut des et divisions, formant le centre et l'aile gauche du corps, contre les Bavarois retranchés autour du château de Goury (entre Loigny et Champdoux), qui venaient juste de s’emparer de la placeCf. à ce sujet le rapport du correspondant du Times : History of the Franco-Prussian War.. thumb|La bataille de Loigny, Jules-Antoine Duvaux, 1875, mairie de Janville-en-Beauce. Dans le même temps, la division bavaroise du général von Dietl, la division de cavalerie du prince Albert de Prusse et la brigade de cuirassiers bavarois (général von Tausch) ont pris position de Tanon (Tillay-le-Péneux). à BaigneauxTanon se trouve à au nord-ouest de Goury, non loin de l'actuelle D927., avec pour objectif TerminiersLe bourg de Terminiers se trouve à au sud de Loigny-la-Bataille. Les lieux-dits Échelles, Terre-Noire, Gommiers, Villepion, Villours et le bois des zouaves se trouvent sur le territoire de la commune de Terminiers. Fougeu, Beauvilliers et Goury se trouvent sur le territoire de la commune de Loigny. Auneux, Domainville, Neuvilliers et Écuillon se trouvent sur le territoire de la commune de Lumeau. Milhouard et Mamerault se trouvent sur le territoire de la commune de Poupry., pour couper la retraite du corps Chanzy. La division d'infanterie prussienne est à Lumeau avec son artillerie qui soutient ainsi les Bavarois : Lumeau est le verrou de la bataille par l'efficacité de l'artillerie prussienne à contenir les charges françaises.
Les Bavarois, encore sous le coup des combats des jours précédents, sont néanmoins bientôt débordés par un ennemi supérieur en nombre, et se replient en désordre. À Beauvillers, la division bavaroise ne parvient à arrêter les Français qu’avec peine. Sur le point d’être vaincu par l'aile gauche du corps, le grand-duc de Mecklembourg ordonne alors à la division du général von Tresckow, en position sur Lumeau, de galoper pour attaquer l’aile droite du corps.
Néanmoins, vers , une contre-attaque des Bavarois entre Beauvillers et le Château de Goury parvient à repousser la division de l’amiral Jaureguiberry sur Loigny, et met en difficulté l'aile gauche française. Durant tout l'après midi jusqu'à , les combats de l'aile gauche française font rage autour et dans le bourg de Loigny, d'Écuillon à Fougeu.
L’attaque allemande simultanée sur deux ailes droite et gauche finit par provoquer un risque d’encerclement du corps, qui obtient l'appui des et corps. Le général Chanzy, en dégageant son aile droite, laisse plusieurs bataillons allemands refermer l’étau sur Terre-Noire, ce qui conduit au repli vers Terminiers et Villepion, puis à la retraite ordonnée à partir de 15 h.
Après plusieurs tentatives infructueuses, la brigade du général Hugo von Kottwitz finit par s’emparer de Loigny puis, en deux heures, arrête les ultimes assauts du corps protégeant l'aile gauche de l'armée française. N'ayant pas reçu l'ordre de retraite, deux bataillons du régiment de marche de la division du corps, retranchés au cimetière de Loigny, résistent.
vignette|redresse|« Le général Charette « à Patay » » de Lionel Royer, 1885. Dans un article « Loigny ou Patay » signé par l'abbé Sainsot en décembre 1888, ce dernier explique que la bataille a bien eu lieu à Loigny, et non à Patay à de là, et que la dénomination bataille de Patay est une falsification de l'histoire, destinée à établir un parallèle avec la bataille de Patay et Jeanne d'Arc. Il attribue cette falsification en premier lieu au général Chanzy et également au général de Charette..
Les combats de Lumeau
thumb|left|Médaille 1870 bataille de Loigny, éditeur Henri Herluison à Orléans thumb|left|La cartographie des batailles de l'armée de la Loire sur le revers de la médaille
La division, aile droite du corps d'armée français et dirigée par le général Morandy, partant de Sougy à quatre heures du matin le , vient s'établir à Terminiers. Puis, elle se met en mouvement de Terminiers vers Lumeau.
Côté allemand, Certes, les Bavarois quittent Lumeau à six heures du matin, se repliant sur Bazoches-Les-Hautes et Tillay-le-Péneux et Goury. Mais c'est vers neuf heures que le combat s'est engagé : la division prussienne envahit brusquement le bourg de Lumeau.
De neuf heures à quinze heures, la division du général Morandy effectue trois assauts de Terminiers vers Lumeau, sur un front allant de Domainville, Auneux, Lumeau, Neuvilliers à Écuillon, avec des combats devant Lumeau parmi les plus meurtriers de la bataille. Malgré sa résistance jusqu'à quinze heures, la division Morandy est partiellement anéantie, face à l'artillerie de la division prussienne, et à l'assaut allemand combiné de la division prussienne et de la division prussienne, arrivée à midi.
alt=Clocher de Terminiers.|vignette|redresse|Clocher de Terminiers. Supérieurs en nombre et en artillerie, les allemands avancent jusqu'à Domainville. Avec un taux d'attrition très élevé, la division Morandy recule de Neuvilliers vers Terminiers.
Les Prussiens établissent des batteries d'artillerie à Milhouard et Mamerault. La division dirigée par le général Morandy est forcée de se replier en désordre de Neuvilliers et reculant même jusqu'aux Échelles et Terminiers.
Vers quinze heures, L'ensemble du corps se replie alors sur la ligne Terminiers-Villepion puis organise sa retraite vers Sougy.
Le monument-ossuaire de Neuvilliers commémore les charges de la division Morandy, et notamment le combat où
Le combat de Lumeau-Auneux à Poupry La division du général de corps d’armée Ludwig von Wittich s’est repliée au matin de nouveau à Baigneaux, et elle reçoit alors l’ordre de prendre position sur Lumeau en appui. Dans sa progression, elle est interceptée par les et division du corps d'armée venues d'Artenay, et l'affrontement qui s'ensuit élargit le front au sud-est. La division doit obliquer vers la gauche pour faire face et se retranche à Poupry. Dans un premier temps, l'engagement se fait par l'aile gauche française, et oppose la colonne Peytavin de la division, partie de Dambron, à la brigade de cavalerie allemande. Dès que le général Wittich apprend la nouvelle, il se précipite au secours de Poupry avec toute sa division en traversant Auneux (hameau de la commune de Lumeau), où son avant-garde ( brigade) déloge les quelques troupes françaises commises à la garde du village. Six batteries d'artillerie de campagne de la brigade sont dépêchées vers le sud, à Morale, et bientôt arrêtent les colonnes de la division Martineau, progressant entre Poupry et Autroches, par un feu roulant. Là, au prix de lourdes pertes, les Allemands repoussent l'attaque française. Vers 16 h 00, les Français lancent un assaut général avec de forts contingents de voltigeurs, détournés de Poupry et de Morale. Le commandant de la brigade allemande, le colonel von Kontzki, meurt en défendant Poupry ; quant à la division, elle reste retranchée jusqu'à , et ne reprend position au centre, autour d'Auneux et Lumeau, qu'à l'annonce de la victoire de Loigny.
La route de Paris barrée vignette|gauche|La situation au soir du 2 décembre.
Vers , la brigade d'infanterie bavaroise du général von Orff est parvenue à repousser les Français à deux kilomètres environ au-delà de Loigny, la division de cavalerie couvrant son aile gauche ; mais la résistance acharnée des Français empêche un encerclement total.
Le centre français, au sud de Lumeau, ne rejoint l'arrière des et corps de l'armée de la Loire qu'avec retard, et ne permet plus de renverser l'issue du combat. À la tombée de la nuit, les troupes allemandes se sont repliées de nouveau, et le champ de bataille se fige sous le contrôle des avant-postes des deux camps.
Sur le front de Poupry, le corps de l'armée de la Loire se retire sur la ligne Artenay-Dambron.
Conséquences L'armée de la Loire ne peut désormais plus secourir ParisD'après .. Le , la armée allemande du prince Frédéric-Charles lance une attaque en masse, appuyée par le groupe d'armées du grand-duc de Mecklembourg, qui s'empare le d'Orléans. Quoique cette défaite soit essentiellement imputable à l'ordre d'attaque à tout prix de Gambetta, le gouvernement de la Défense nationale accable le général d’Aurelle de Paladines et le démet de son commandement le .
Représentations et commémorations