L'atelier de poterie antique de Terre-Franche est un site de production de poterie gallo-romain à Bellerive-sur-Allier dans le département de l'Allier, Auvergne (région Auvergne-Rhône-Alpes), France.
À cette époque, c'est le principal atelier de poterie de Vichy et de ses environs immédiats. Satellite important de Lezoux, les ateliers de Terre-Franche ont connu une activité maximale au jusqu'à décroître au .
Situation géographique
Le site de l'atelier se trouve au « champ des Potiers » sur la commune de Bellerive-sur-Allier, en rive gauche (côté sud) de la rivière Allier. Il est face à Vichy, qui se trouve sur la rive droite de l'Allier Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées.. Il est situé à du chemin de grande communication , sur la route de Randan (Puy-de-Dôme), entre La Rama (nom moderne de l'ancienne maison seigneuriale de la Ramaz ou la Ramas) et le quartier moderne de Chantemerle ; dans le cadastre de Belleville-sur-Allier de 1963, le « champ des Potiers de Terre-Franche » est indiqué au quartier des Vaures, section D, parcelle La parcelle a depuis été remembrée et a changé de numéro. dite « des Compoints et de la Rama ». L. Mosnier note le pavage du chemin de Terre-Franche à Bellerive, pavage disparu avant 1963, qui desservait l'atelier. Le nom « les Compoints » peut indiquer une croisée de chemins, c'est-à-dire un carrefour, où ce chemin de desserte pouvait rejoindre au moins un autre chemin.
Le site est donc à l'est de la D 1093 ou route de Randan, à peu près entre le lieu-dit les Lagnons et hameau de Preux. Le ruisseau de la Rama coule à environ au sud-est, et le point le plus proche de l'Allier se trouve à environ au nord-est.
Dans une plus large perspective, Clermont-Ferrand, le chef-lieu de la civitas gallo-romaine, est à environ au sud-ouest, Lyon à l'est-sud-est, Moulins au nord. Les distances par route entre deux points donnés sont calculées dans le panneau latéral (voir l'onglet en haut à gauche de l'écran) – cliquer sur "Itinéraires"..
Situation géologique et petit aperçu sur le nom
En poterie, une « terre franche » est une argile dont la préparation ne nécessite aucun lavage (donc aucun ressuage ou affermissement pour ramener l'argile à la consistance nécessaire pour le modelage), ni aucun ajout de dégraissant (par exemple du sable ou du quartz pour les céramiques grossières ou semi-fines.).. Vauthey & Vauthey (1963) notent qu'il existe aux environs du site des veines ou bancs d'argile pure, blanche ou verdâtre.
Selon la carte géologique (Bellerive-sur-Allier est au nord.) locale, dans la zone du site se trouvent deux couches géologiques de natures très différentes.
La couche C2 (en jaune avec des cercles roses sur la carte géologique) est faite de colluvions polygéniques reposant sur un substrat oligocène ; c'est le cas en général pour les pentes de la zone comprise entre les vallées de l'Allier et de l'Andelot - dont Terre-Franche. Formée par solifluxion, ruissellement ou sous l'effet du vent, l'épaisseur de cette couche varie de quelques centimètres à un ou deux mètres ; elle est plus épaisse dans les pentes orientées à l'est. - ce qui est proche de la condition du site puisque son sol est incliné du sud-ouest vers le nord-est.
La couche Fx, très peu représentée en rive droite, est une couche sédimentaire témoin d'une intense activité volcanique par ses roches très diverses : basalte, andésite et trachyte y sont mêlées à quelques graviers et galets de granite altéré. Ces roches constituent la plus grosse part du sédiment déposé en une masse homogène à l'épaisseur inconnue. Mais à Bellerive-sur-Allier, cette couche Fx est précisée comme FxaA : le Sarmon a déposé une couverture de matériaux carbonatés faite de bouillie de marnes et de débris de calcaire. L'altération de cette couverture donne un sol argilo-sableux brun noirâtre..
Parlant de sable, il est présent en abondance au bord de l'Allier.
Situation historique Un atelier de potier nécessite principalement du combustible, de l'argile, de l'eau et un marché. La question de l'argile est débattue dans la section précédente. L'eau, on le verra plus bas, est fournie par des puits. Pour le combustible, Vauthey & Vauthey signalent qu'au la paroisse de Vaisse était couverte de bois autour des maisons seigneuriales de Beauregard, Bostz et « la Ramaz » ; peut supposer qu'il en allait de même dans l'Antiquité.
Transport routier Terre-Franche est situé le long d'un double axe routier : la voie gauloise de Bibracte à Gergovie et la voie gallo-romaine de Vichy à Clermont par Aubiat et Randan.
Carrefour régional
Historiquement, le site est en Gaule aquitaine mais très proche de la Gaule lyonnaise à l'est ; la Gaule narbonnaise n'est guère plus loin au sud. Situé au nord du pays des Arvernes, l'atelier bénéficie de la proximité de la ville de Vichy, Aquae Calidae ( - voir l'article « Vichy », section « Les ateliers de Vichy »). Les Éduens sont tout proches au nord et à l'est, et les Bituriges de même au nord-ouest.
Proximité des grands centres de production
Il est également proche des autres grands centres de production de la Gaule centrale : Vichy bien sûr, mais aussi Lezoux ( au sud), Lubié (près de Lapalisse, au nord-est), Toulon-sur-Allier ( au sud), Les Martres-de-Veyre ( au sud-sud-ouest), Cournon-d'Auvergne. (atelier des Queyriaux).…
Historique des découvertes et fouilles
Le site archéologique de Terre-Franche est décrit en 1846 par Louis Beaulieu, qui déjà y reconnaît des fragments de fours en sus des fragments de céramiques. Il est confirmé en 1864 par Alfred Bertrand. Cité dans . qui fait avec Roger de Quirielle quelques recherches superficielles sur le site qu'ils placent à « Laramas, commune de Brugeas » ; ils s'en tiennent à une comparaison des poteries « qui, ayant subi le grand feu, sont d'un rouge foncé », avec les « poteries rouges incisées » de Lubié. Cité dans .. Ensuite Joseph Déchelette mentionne le site en 1904., puis Bonnard et Percepied en 1908. Cité (comme publié en 1905, erreur de date) dans .. Mais presque tous le situent à Laramas, lieu-dit de la commune voisine de Brugheas ; seuls Bonnard et Percepied le placent « au village de Vaisse, situé en face de Vichy, sur la rive gauche de l'Allier ». Cité dans .. Lucien Mosnier (1939-2019) signale d'importants ateliers de poterie au lieu-dit « Terre-Franche » « à environ de Vichy et à à gauche à vol d'oiseau du chemin G.C. (route de Randan) »Lucien Mosnier, Guide poche Vichy et ses environs, sans date. Cité dans ..
Le groupe de fouille de Terre-Franche achète le terrain (avant 1963).
Des fouilles sont menées à partir de 1957 sans interruption au moins jusqu'en 1963 hormis par temps incléments. Le Dr Burnod y participe.
Ces fouilles montrent l'existence d'ateliers de céramique gallo-romaine du tenus par des maîtres-potiers et artisans assurant notamment la production de sigillées.
Description du site
Le « Champ des Potiers », qui descend en pente douce du sud-ouest au nord-est, est en forme de trapèze de de hauteur sur une base de , avec un petit côté de . Une étude aérienne par Fernand Jarreau montre que cette surface de 1/2 hectare ne représente qu'une partie du site archéologique complet : il faut probablement y ajouter au moins une petite enceinte carrée dans le milieu du champ voisin et une autre enceinte semi-circulaire un peu plus grande jouxtant le chemin ; cette dernière a pu être un réservoir d'eau ou un bassin de décantation de l'argile.
La stratigraphie du site a été malmenée par diverses instances, mais deux couches d'incendie nettes et bien conservées ont été trouvées : l'une à mi-hauteur des l'ensemble des couches (vers de profondeur), l'autre tout en bas proche du sol argileux naturel (vers de profondeur). Dans ces couches, des éléments sont restés intacts : cerneaux (), tuyaux lisses, grandes tuiles à rebord, imbrices.
Cette stratigraphie a aussi révélé un effondrement (pendant la période d'activité de l'atelier) suivant un axe général sud-ouest / nord-est, suivant le sens de la pente du terrain. Ce creusement a été progressivement comblé par les humains au cours des siècles. Certaines parties sont assez bien conservées : mur de bâtiment, pilastre en briques, parois et sol vitrifié de l'alandier. Le reste de cette zone est très chaotique.
Histoire de la production
. Le rythme des importations de sigillée à Vichy montre deux moments forts dans le développement de la cité antique : seconde moitié du et milieu du . Les ateliers de Terre-Franche ont connu une activité maximale au , une prolongation de l'activité au et une décroissance finale au . La majorité des pièces ont été faites pendant les règnes d'Hadrien et du début des Antonins, c'est-à-dire entre 117 et 198. L'activité de l'atelier a donc perduré jusque pendant le Haut-Empire.
Mais le voit déjà une certaine activité. Témoins certains poinçons, vases et moules dont les décorations sont similaires à celles des productions arvernes du , et notamment à celles de la première période d'activité de Lezoux. Vauthey & Vauthey (1978) citent en particulier un moule de vase Drag. 30 au décor complexe typique de cette époque, avec qui plus est une ove qui est l'ove utilisée par RANTO (années 100-125, époque Trajan) ; et avec des poinçons de potiers eux aussi de l'époque Trajan (X3, RANTO, MEDETVS, SILVIO, DONNAVCVS).
Les vases unis (lisses) ne permettent guère d'estimations chronologiques précises, sauf pour le gobelet caréné trouvé en 1966, de forme Drag. 27 plutôt typique du .
Par ailleurs, deux estampilles sont placées in planta pedis, un emplacement rarement rencontré dans le matériel des sites gallo-romains et peut-être indicatif d'une période antérieure.
Deux plateaux unis (lisses) de type arétin, c'est-à-dire deux plats sans pied (comme une grande assiette plate) de et respectivement, à glaçure rouge, d'une pâte très cuite rouge vermillon, sont d'une forme rare dans la sigillée gallo-romaine. Les seuls exemplaires connus en Gaule (en 1978) sont cinq plateaux trouvés à Limoges, dont pâte et vernis indiquent une provenance italique ; leur forme s'apparente au type Gose , du tout début du .
Les fours
Dès 1846, Beaulieu reconnaît dans les débris du site des conduits. Les tuyaux trouvés ici (comme à l'atelier de Gueugnon) sont des vestiges de fours à sigillée.
Composition de l'argile des pièces de Terre-Franche
Les tessons sont d'une argile très ferrugineuse (riche en oxyde de fer), spécifique à la production de Terre-Franche.. Par ailleurs, des particules micacées sont fréquentes sur les moules et les vases de Terre-Franche, .. De plus, dans le groupe des ateliers de Gaule du centre, l'argile de Terre-Franche est la plus riche en chaux après celle de Toulon-sur-Allier ; . ; cette richesse en chaux est délibérée et correspond à l'adoption des normes techniques de la sigillée italique lorsque ces ateliers gaulois commencent la production massive de sigillée. C'est pourquoi ce critère ne suffit pas pour déterminer l'origine d'une céramique, non plus que des observations superficielles sur la composition des argiles utilisés dans les ateliers différents.
Une étude détaillée de la composition des sigillées de l'Occident romain a été réalisée vers 1970 par le laboratoire du C.E.R.G.R.C.E.R.G.R. : Centre d'Études Romaines et Gallo-Romaines. de l'université Lyon III. Huit composants ont été analysés pour des sigillées et des poteries communes de Terre-Franche :
À Terre-Franche les pourcentages de ces constituants varient notablement pour un même atelier, en particulier pour l'oxyde de calcium et le monoxyde de manganèse. Ces grandes variations correspondent à la diversité (hétérogénéité) de l'argile utilisée, et sont la cause des variations importantes de couleurs des pâtes des sigillées de Terre-Franche ; cette diversité des couleurs est encore accentuée par les inégalités de température des cuissons.