La présence de Juifs à Wadowice est très tardive et ne remonte qu'à 1867 quand est aboli le privilège de non tolerandis Judaeis interdisant aux Juifs de s'installer en ville. À partir de cette date, le nombre de Juifs en ville ne va cesser de grandir pour atteindre environ entre les deux guerres. Enfermée dans un ghetto après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie, toute la communauté, à quelques exceptions près, est assassinée pendant la Shoah.
Wadowice est une ville du Sud de la Pologne, à au sud-ouest de Cracovie, dans la voïvodie de Petite-Pologne. Elle compte actuellement environ .
Appartenant initialement à la famille Piast, puis à différents souverains avant de devenir polonaise, Wadowice est annexée en 1772 par l'Autriche lors du premier partage de la Pologne. Elle reste autrichienne jusqu'en 1918 où elle est rattachée à l'État polonais nouvellement créé.
Histoire des Juifs et de la communauté juive de Wadowice Wadowice sans Juifs Le début de la présence juive à Wadowice remonte à la fin du siècle. Plusieurs raisons expliquent une implantation si tardive : au Moyen Âge, la région n'appartient pas à la Pologne, mais fait partie du duché d'Auschwitz. Il est dirigé par la dynastie Piast qui interdit aux Juifs de s'installer dans les territoires sous leur contrôle, à l'exception des villes d'Oświęcim (Auschwitz) et de Zator (Neuenstadt an der Schaue). De plus, la bourgeoisie de Wadowice possède le privilège de non tolerandis Judaeis (Interdiction aux Juifs de s'installer) qui lui a été octroyé par le roi de Pologne Auguste III à Varsovie le et confirmé par les souverains successifs. L'absence de Juifs à Wadowice est confirmée par le registre du Conseil des Quatre Pays pour la période 1580-1764, qui contient la liste de toutes les communautés juives. Le privilège de non tolerandis Judaeis est confirmé le par un décret royal de Stanislas Auguste Poniatowski.
Après le premier partage de la Pologne, en 1772, Wadowice est annexée par l'Autriche. L'empereur François II confirme le privilège de non tolerandis Judaeis pour la ville, avec un rescrit du Słownik Geograficzny Polski (Dictionnaire géographique polonais); pages: 212 et 232: Jozef Putek: O zbojnickich zamkach, heretyckich zborach i oswiecimskiej Jerozolimie; éditeur: Biblioteka Kresów Śląskich; Cracovie; 1938: Majer Bałaban: Dzieje Żydów w Galicyi i w Rzeczpospolitej Krakowskiej (1772-1868) (L'histoire des Juifs de Galicie et de la république de Cracovie – 1772-1868); éditeur: Księgarni Polskiej B. Połoniecki; 1916; page: 6. L'interdiction va rester valide jusque dans les années 1860. Avant son abolition, les Juifs s'installent dans les villages environnants de Chocznia, Tomice, Radocza, et Klecza Górna ainsi que dans le domaine Mikołaj, dans la dénommée Groble appartenant à la famille Krobicki et situé en périphérie de Wadowice: Evreiskaya entsiklopedia; rédacteur: Lev Katznelson; 1916; volume V; page: 266. Vers 1830, la première synagogue en bois y est construite.
De 1867 à la Première Guerre mondiale Les événements du Printemps des peuples en 1848 contribuent à l'attribution de droits politiques à la population juive d'Autriche. Cependant, ce n'est qu'après l'adoption de la loi fondamentale de 1867 que tous les citoyens autrichiens deviennent égaux avec les mêmes droits civiques et politiques quelle que soit leur religion: Simon Dubnow: Weltgeschichte des Jüdischen Volkes en dix volumes; traduit du manuscrit russe par A. Steinberg; éditeur: Jüdischer Verlag; Berlin; 1925-1929; volume:IX; page: 379. Aussitôt, les premiers Juifs s'installent à Wadowice. Le premier Juif à recevoir l'autorisation de vivre en ville est Baruch Thieberg, qui sera rapidement suivi par plusieurs autres.
Les années 1867-1890 marquent une période de développement important de la ville, coïncidant avec l'arrivée notable de Juifs. Les premiers magasins et entrepôts juifs apparaissent en ville. Wadowice devient rapidement un centre commercial florissant, concurrent de Bielsko et même de Cracovie. Les foires locales, tout d'abord marginales en importance se transforment en évènements très populaires. Le négoce de farine et de grains joue un rôle très important. Les denrées sont achetées dans la partie la plus au nord du district, qui possède des terres très fertiles et sont vendues dans le sud pauvre, souvent à crédit, plus particulièrement durant les périodes maigres. Les Juifs jouent aussi un rôle important dans l'industrie à Wadowice et dans les environs. Ils possèdent une scierie et un moulin, des usines produisant des liqueurs, du papier, des tapis, du ciment et de l'habillement. Ils emploient des ouvriers polonais. Ils contribuent au développement de l'industrie artisanale, comme le tressage de paniers, avec l'osier des rives de la rivière Skawa, coupé à grande échelle. Avec le développement des institutions commerciales polonaises dans la période de l'entre-deux-guerres, les slogans antisémites et les appels à contrecarrer la compétition juive deviennent de plus en plus populaires. Auparavant, d'après la communauté juive, la compétition entre les religions n'était pas si visible.
En 1876, la population juive locale, du district de Wadowice, dépend certainement sur le plan religieux de la communauté juive de Zator, ville distante d'à peine , bien que certains chercheurs suggèrent qu'elle devait dépendre de celle de Zabłocie près de Żywiec, distante d'une quarantaine de kilomètres. D'après le recensement de 1880, le nombre de Juifs vivant en ville est de 440. En 1881, profitant des lois autrichiennes obligeant les communautés à s'enregistrer, les Juifs de Wadowice se séparent de la communauté de Zator et fondent leur propre communauté indépendante.
Au début, presque tous les membres de la communauté juive sont des Juifs allemands progressistes, parlant principalement l'allemand et non le yiddish ou le polonais. Ils s'habillent de façon identique à leurs concitoyens chrétiens. Peu intéressés par la littérature yiddish ou hébraïque, ils lisent exclusivement des journaux et des livres en allemand. Les enfants reçoivent des prénoms allemands et les inscriptions sur les pierres tombales sont en allemand. L'influence des Juifs allemands va rester forte par la suite. Ils entretiennent des relations étroites avec la communauté juive de Bielsko, ville distante d'environ , aussi dominée par les Juifs assimilés parlant allemand. Cependant, la communauté juive de Wadowice va perdre progressivement son caractère exclusivement allemand en raison de l'afflux de Juifs originaires de villages et de villes de la Galicie voisine, qui parlent le polonais ou le yiddish quotidiennement. Parmi eux, on trouve de nombreux Hassidim qui portent des vêtements traditionnels jusqu'à présent absents de la ville. La communauté juive de Wadowice se transforme et devient diverse. Une expression yiddish dit que la ville est un zusamengelofene shtet, une ville où tout le monde s'est réfugié.
La communauté juive de Wadowice a aussi sous sa juridiction les Juifs habitant les villes et villages suivants : Babice, Bachowice, Barwałd Dolny, Klecza Górna, Barwałd Środkowy, Chocznia, Dąbrówka, Gorzeń Dolny et Gorzeń Górny, Jaroszowice, Jaszczurowa, Kaczyna, Klecza Dolna et Klecza Środkowa, Kozieniec, Łękawica, Marcówka, Mucharz, Ponikiew, Radocza, Roków, Skawce, Śleszowice, Świnna Poręba, Tarnawa Dolna, Tomice, Witanowice, Zawadka, et Zembrzyce. Quand les limites de districts ont été modifiées en 1876 et en 1904, certains de ces villages et villes ont changé leur affiliation administrative. Avant l'engagement d'un rabbin à Wadowice sous un statut spécial, la fonction était exercée par Zvi Elimelech Greisman, surnommé le more tzedek, l'enseignant honnête. Mordechai Rotenberg est le premier rabbin officiel de la ville, élu suivant des règles contraignantes. Abraham Müller, son fils Ofer et son gendre Tobias Einhorn, en plus de leur poste de hazzan (chantre) sont aussi responsables de l'abattage rituel (shehita).
Les revenus de la communauté proviennent entre autres de la vente des matzot (pains azymes). C'est la raison pour laquelle il est interdit d'importer des matzot d'une autre ville ou de les cuire sans supervision rabbinique. La communauté délègue la cuisson des matzot à des particuliers, leur fournissant une pièce près du Beth Midrash (maison d'étude), les ustensiles et la farine. Le prix de vente dépend des revenus de chacun, les pauvres recevant gratuitement les matzot. Pendant longtemps Hirsz Lauber a été le boulanger. Les hassidim ont le droit de cuire leurs matzot sans supervision communautaire. Le dernier soir avant Pessa'h, la salle de cuisson leur est réservée.
thumb|250px|right|Synagogue de Wadowice dans les années 1920-1930 En 1882, la communauté achète plusieurs terrains. Ils créent tout d'abord un cimetière juif avec une maison funéraire, et dans les années 1885-1889, ils construisent une synagogue située dans la rue Gimnazjalna actuelle. L'argent recueilli auprès des fidèles, à l'époque environ 75 familles, s'avère insuffisant pour financer la construction, et la communauté obtient un prêt de banques de Bielsko-Biała, remboursable en 1918. La synagogue est construite selon les plans de l'architecte Carl Korn qui avait déjà conçu la synagogue réformée de Bielsko.
Au début de l'existence de la communauté, le mikvé (bain rituel) situé rue Zatorska est privé et appartient à Isaac Marek. Après la construction de deux maisons de prière et du cimetière, la communauté nouvellement constituée décide pour des raisons financières de laisser le mikvé dans des mains privées, mais sous contrôle rabbinique. Après la Première Guerre mondiale, le mikvé est vendu à un Polonais qui refuse le contrôle rabbinique, fait payer l'entrée et limite les heures d'ouverture, au grand désarroi des Juifs qui protestent mais en vain. Il faudra attendre l'élection de Chilel Balamuth à la présidence de la communauté pour que celle-ci fasse un emprunt et construise un nouveau bain près de la synagogue.
Comme il n'y a pas d'école juive à Wadowice, les enfants suivent les cours de l'école publique. Lors de l'année scolaire 1888-1889, 16 des 253 élèves de l'école secondaire de garçons sont juifs. Pour l'année 1893-1894, il y a 86 enfants juifs sur un total de 400 élèves et en 1906-1907 ils sont 55 sur 333. Au début du siècle, 25 % des élèves de l'école des filles sont juives. En 1900, des cours de judaïsme sont introduits dans le cursus des écoles publiques de Wadowice pour les élèves juifs. Le Dr. Chaim Reiter enseigne dans l'ensemble des établissements scolaires de garçons de la ville de 1906 à 1939, tandis que le Dr. Ozjasz Frost enseigne dans les écoles de filles. Selon la loi en vigueur à l'époque, les élèves juifs sont dispensés de cours le chabbat et pendant les fêtes juives.
La communauté juive fonde deux associations en 1873 et 1875, dont le but est de fournir des bourses aux élèves de l'école secondaire de Wadowice, indépendamment de leur religion.
À partir de 1900, deux heders (classes élémentaires juives) sont créés; dans les années 1910-1914, le poste de melamed (enseignant) est tenu par Redner. Après sa mort, le poste va rester vacant pendant plusieurs années. Il y a aussi deux yechivot dans la ville : la première Etz Chaim appartient aux hassidim de Bobov et est une branche de la yechiva de Bobowa ; la seconde yechiva, Keter Torah a été fondée par le rabbin de Radom Henoch Shlomo Rabinowicz.