La culture de Nagada (v. 3900-3150 av. J.-C.) est une culture archéologique qui se développe sur environ , au cours de la période prédynastique égyptienne, en Haute-Égypte. On passe alors d'une population qui pratique l'élevage, la chasse et quelques cultures domestiquées, à une société hiérarchisée de cultivateurs de céréales, regroupés dans des villes dominées par des chefs, puis par des souverains qui se font la guerre jusqu'à ce que l'un d'entre eux parvienne, à l'époque suivante, à unifier toute l'Égypte sous son pouvoir. C'est à cette période ultime qu'apparaît l'écriture égyptienne.

Le site archéologique chalcolithique de Nagada (à la limite sud de l'actuelle Moyenne-Égypte, à vingt kilomètres au sud de Qena, entre Coptos et Louxor, sur la rive Ouest) a révélé une culture sur environ, mais cette culture s'étend aussi aux autres sites de la région à cette époque. Elle a été précédée, plus au nord de la Moyenne Égypte, par les cultures de Der Tasa et Badari (v. 5000 - v. 4000). La culture de Nagada est subdivisée en trois périodes, Nagada (3900-3500), Nagada (3500-3300), Nagada (3300-3150). Toutes appartiennent à la période prédynastique égyptienne - avant la première dynastie. La dernière phase, Nagada , est aussi nommée « période protodynastique » : c'est la période la plus récente de la préhistoire égyptienne, qui a vu apparaître les premiers « rois », probablement de simples chefs thinites, et que les égyptologues appellent la dynastie égyptienne zéro. La culture de Nagada est donc suivie par la (3150-2850), qui ouvre la période thinite (capitale Thinis) de l'Égypte antique.

La culture de Nagada est en partie contemporaine d'autres cultures du Néolithique, les cultures du Fayoum et du Delta (5400-3400 et 5000-4400) - avec dans l'oasis du Fayoum, les premières communautés agricoles, avec des greniers - collectifs (?) - enterrés, v. 5200, de l'élevage et de la pêche.

Leurs ancêtres : des éleveurs du sud de l'Égypte, jusqu'au Soudan

La vallée du Nil ne rencontre que très peu d'occupation humaine attestée entre 11000 et 5000, à cette époque du Sahara vert, sinon quelques traces d'occupation épipaléolithique passagère. Leur industrie microlithique, qui correspond très bien à celle du premier Néolithique du désert de l'Ouest (8500-6100), laisse donc supposer le déplacement des technologies et des hommes. Mais dans ce premier Néolithique on ne donne que des indices d'élevage et de poterie. D'ailleurs, entre 8500 et 5500, à la faveur des remontées estivales des moussons africaines vers le Nord, une végétation de type sahélien se développe dans ces marges du Nil. Quant à l'impact de ces conditions climatiques favorables, entre 7000 et 5000, mais plus au Sud, sur les rives soudanaises du Nil, de la Haute Nubie jusqu'à Khartoum, il favorise le développement de sociétés du Mésolithique. Néanmoins, c'est au centre du Soudan que l'on a découvert des os de bœuf domestique datant du Néolithique ancien (7200-6500).

À cent kilomètres à l'Ouest de la vallée du Nil, dans le Sahara oriental de la Basse Nubie, vers 7000, la région actuellement désertique de Nabta Playa - Bir Kiseiba, où des lacs permanents existaient alors, montre la domestication du bétail et l'exploitation du sorgho sauvage. On y trouve, mais vers 5400, les premières tombes d'animaux, en tumuli. De même, un vaste ensemble mégalithique caractérise ce site.

La culture du Fayoum (5400-3400) et du Delta (Culture de Mérimdé 4800-4300) dont les greniers prouvent l'existence d'agriculture dès 5200, aurait pu hériter du savoir des agriculteurs de Nabta Playa. La présence de bœufs domestiques et certaines caractéristiques de l'outillage de pierre, montrent que ces populations partageaient des traits communs avec celles du Sahara.

Par ailleurs, dès le début du et dans une région qui va depuis Assiout jusqu'au centre de l'actuel Soudan, vivent des pasteurs à troupeaux de bovins qui ont pu réaliser une première phase de sédentarisation. Ils vivent dans un contexte très favorable, composé d'une savane parsemée de lacs, et aux ressources complémentaires. Ils bénéficient aussi des franges de la vallée du Nil (alors immense) et des lits de nombreuses rivières (ouadis).

Au , des populations de pasteurs occupent ce qui est aujourd'hui le désert oriental, depuis l'est du Nil jusqu'à la chaîne de montagnes qui borde la mer Rouge. Ceux-ci vivent de leurs moutons et de chèvres, et pêchent des poissons dans le Nil.

Au début du , les pluies se font nettement plus rares. Chasse, pêche et cueillette sont limitées. L'élevage devient alors l'activité principale. Le nomadisme, qui fait suite à la première phase de sédentarisation du , se réorganise, du sud de l'Égypte à la Nubie. Ce nouveau nomadisme est localisé autour de sites aujourd'hui dispersés dans le Sahara.

Mais la sècheresse s'accentuant, surtout à partir de 4400, les groupes se concentrent le long du Nil - hormis pendant la saison humide ; ils pratiquent donc la transhumance. Dans leurs cimetières, ces pasteurs déposent quelques menues offrandes, palettes à fard, pigments, bracelets, colliers. Sur le site de Nabta Playa, du désert de l'Ouest, le Néolithique final commence vers 4500, avec une belle céramique polie, qui peut prendre un curieux aspect ondulé, et a souvent un bord noirci. Ces deux derniers caractères deviendront typiques des céramiques prédynastiques tasienne (de Deir Tasa) et badarienne (de Badari). Mais alors qu'au Néolithique initial et moyen, les rares céramiques étaient déposées dans les tombes sans avoir servi (les bols en œuf d'autruche étaient utilisés, mais sans trace de feu), au Néolithique final des traces de feu signalent que ces beaux vases polis avaient servi. Sur le site voisin de Gebel Ramhla, on a rencontré la forme tulipe, remarquablement ornée de bandes.

Ce n'est qu'au cours des et que des mutations économiques et sociales s'orientent vers un ordre politique plus hiérarchisé, avec l'apparition de centres politiques. L'archéologue Flinders Petrie en fait la découverte à Nagada à la fin du .

En 2021, l'IFAO publie la fouille, débutée en 2015, d'un rare village du dans le Delta, à Tell el-Samara où les chasseurs-collecteurs commencent à intégrer des céréales, des légumineuses et du bétail - ces nouvelles sources de nourriture - à leurs stratégies de subsistance. Écouter : . Les fouilles à Samara (ou Tell el-Samara) dans le delta oriental ont découvert l’un des rares villages du av. J.-C. connus à ce jour« Tell el-Samara - Égypte », sur Institut Français d'Études Orientales : . Voir aussi : ..

Ainsi, en raison de l'aridification progressive du Sahara, aux et s, les pasteurs venus de l'Ouest se regroupent le long du Nil, qui devient une oasis africaine.

Les échanges en tous sens ont donc permis la transition d'une économie de prédation à une économie de production, à la fois tardive (vers 5000) - à côté de la Mésopotamie (8000) - mais ensuite, relativement rapide.

Sites éponymes Le site d'El-Amrah, donne son nom à l'amratien (3800-3500) ou Nagada . Le site de Gerzèh, donne son nom au gerzéen (3500-3200) ou Nagada . Quant aux sites découverts autour d'Hiéraconpolis, ils portent les caractéristiques du stade Nagada (3300-3100). Les chercheurs anglophones appliquent au stade Nagada le qualificatif de Semainean (en référence au cimetière proche de Es-Semaina).

Nagada Histoire vignette|Faucille, Nagada ; silex.Musée d'Art et d'Histoire de Genève vignette|Terre cuite. Nagada .Rijksmuseum van Oudheden

La culture de Nagada (3900-3500) - ou amratien, du site d'El-Amra - se trouve en Haute-Égypte. Elle est représentée par de nombreux sites de nécropoles localisées du nord d’Abydos à Louxor au sud. Les témoins les plus marquants en sont El-Amrah et Nagada. Les traits culturels précédents, ceux de Badari (4400-3800), sont considérablement amplifiés.

La population située à environ 300 kilomètres plus au Nord, sur le Nil, hérite de la culture néolithique de Badari en Moyenne-Égypte. Dans cette culture de Badari on rencontre la prédominance des espèces sauvages par rapport aux espèces cultivées, le stockage en fosses, des populations relativement mobiles qui pratiquent élevage et chasse. Nagada pratique majoritairement la culture de plantes domestiques, et de manière plus intense. Les animaux domestiqués sont aussi plus nombreux.

Les tombes à fosses rectangulaires, dont certaines de belles dimensions (), sont pourvues d’un riche matériel qui montre de remarquables progrès techniques. On rencontre plusieurs types de poterie, dont certaines portent une marque (pot mark). Une très belle céramique rouge polie et à bord noirci qui préexistait depuis 4400–3800 dans la culture de Badari (5500-3800), et une autre, claire, pouvant être décorée de divers motifs figuratifs peints en blanc, représentant la faune nilotique (hippopotames, crocodiles), ou de la steppe savanicole (girafes, gazelles, bovidés), des végétaux et toujours des motifs géométriques. La proximité avec Badari se manifeste par l'existence de jarres en terre cuite peinte au motif du bateau, motif que l'on rencontrera dans le Nagada . De nombreuses figurines humaines en terre cuite, parfois en ivoire, paraissent spécifiques de certaines tombes.

L'habitat évolue : grandes huttes ovales de structure légère (Hemamieh) et maisons rectangulaires bien structurées, en partie enterrées, font penser qu’à côté d'installations saisonnières, des centres plus importants et fixes s'installent. À Hiérakonpolis (Nekhen, au centre de la Haute-Égypte, alors que Nagada est à plus au Nord), un habitat de hameaux dispersés tendant à se spécialiser selon leur fonction (habitat artisanal, une maison de potier a été identifiée), se développe en retrait d'un centre plus important au débouché d’un grand ouadi. Une élite y apparaît. La population double, passant de 5000 à entre 3600 et 3500.

Les sociétés se hiérarchisent. À côté des pasteurs-agriculteurs apparaissent des artisans spécialisés dans la poterie (de nombreux vases portent des marques de potiers ou de propriétaires), mais aussi dans le travail de la pierre (palette à fard zoomorphe en schiste, massues tronconiques, premiers vases de pierre, outils de silex plus élaborés). Les premiers essais de faïence égyptienne attestent de la maîtrise des technologies du feu, peu appliquées au métal, sauf peut-être pour l'or. Le cuivre, rare, reste martelé à froid comme au badarien. La chasse apparaît comme une activité noble et de prestige, disposant d’un quasi-monopole des représentations. Le « maître de chasse » semble un personnage au pouvoir important. La civilisation de Nagada développe une vie de relation et des contacts importants par le fleuve vers le sud (groupe « A » de Nubie) et le nord (Maadi).

Galerie Nagada

Nagada Histoire La période subit une sécheresse accrue et l'agriculture, dans la vallée du Nil, devient la source d'alimentation principale.

Culture de Nagada (3500-3300) [ou gerzéen, du site d'el-Girza / ] est parfois considérée comme pré-dynastique au même titre que Nagada , mais selon une vision ancienne et réductrice, comme si cette culture portait en germe une société dominée par des dynasties successives.

La société pastorale se hiérarchise, se regroupe autour de constructions en dur. La coutume de construire en roseaux est peu à peu remplacée par le fait de bâtir en briques de terre sèche. Les céréales, produites en plus grandes quantités, sont stockées dans des greniers et silos bâtis en hauteur. Ceci suppose une société à même de collecter et redistribuer les céréales. Et c'est ce qui justifierait, probablement, l'émergence d'une élite, que les tombes nous révèlent. C'est à Hiérakonpolis, au centre de la Haute-Égypte, que se manifeste le plus clairement ce phénomène.