Entre et , la France connaît un mouvement social contre le projet de réforme des retraites du gouvernement Philippe, sous la première présidence d'Emmanuel Macron.
Il s'agit du mouvement social le plus important en France depuis les manifestations contre la réforme des retraites de 2010.
Contexte
Inscrite dans le programme électoral de 2017 du président de la République française Emmanuel Macron, la réforme des retraites est lancée avec la nomination, en , de Jean-Paul Delevoye comme haut-commissaire à la réforme des retraites.
En , le président Macron demande que l'ensemble des textes de la réforme des retraites soit finalisé d'ici l'été 2019.
Le , Jean-Paul Delevoye engage un cycle de consultation des représentants des syndicats et du patronat. Une ébauche du nouveau système est présentée aux partenaires sociaux le ..
Au cours du premier semestre 2019, une phase de concertation a lieu avec les partenaires sociaux et des experts : elle débouche sur un rapport, qui est remis au Premier ministre, Édouard Philippe, le ..
Le rapport Delevoye est censé inspirer un projet de loi devant être soumis au Conseil des ministres et à l'Assemblée nationale en .
La mobilisation débute un mois avant la remise de ce projet de loi.
Le un mouvement social important contre la réforme des retraites touche la RATP, dont la mise en concurrence prévue pour les bus remet en question le statut des salariés.
Déroulement Actions vignette|Des responsables de la CGT, notamment son secrétaire général Philippe Martinez, manifestant contre le projet de réforme (le 24 septembre 2019, avant le lancement du mouvement social).
Le mouvement est lancé par une intersyndicale regroupant la CGT, FO, la FSU et Solidaires, ainsi que quatre organisations étudiantes et lycéennes (UNEF, FIDL, MNL et UNL)... La CFE-CGC participe également aux réunions et appelle à participer à la première manifestation, puis annonce attendre le discours d'Édouard Philippe, prévu le .
Dans l'attente des annonces du gouvernement sur le contenu de la réforme, la CFDT et l'UNSA ne participent pas au mouvement, bien qu'une partie de leurs organisations adhérentes se mobilisent dès le début de celui-ci (CFDT Cheminots, UNSA Ferroviaire, UNSA Fonction publique et UNSA RATP)... Des Gilets jaunes se joignent également au mouvement et participent à des actions conjointement avec les syndicats.
La contestation commence par une importante mobilisation salariale le , qui se poursuit les jours suivants.. En particulier, l'ensemble des syndicats représentatifs de la SNCF et de la RATP appellent à un mouvement de grève reconductible.. Les manifestations réunissent entre (chiffres du ministère de l'Intérieur) et (chiffres de la CGT) personnes en France..
Le cortège parisien regroupe entre 65 000 et 250 000 personnes. 55,6 % des employés de la SNCF sont en grève (85,7 % des conducteurs, 73,6 % des contrôleurs et 57 % des aiguilleurs) selon la direction de l'entreprise..
Dans l'Éducation nationale, le ministère annonce un taux de grévistes de 51,2 % dans le primaire et de 42,3 % dans le secondaire, les syndicats présentant des taux de 70 à 75 % (le ministère comptabilise le pourcentage de grévistes sur l'ensemble des professeurs, tandis que les syndicats prennent en compte uniquement les grévistes parmi les enseignants devant faire cours)..
La direction de EDF évalue le pourcentage de grévistes à 43,9 % tandis que la CGT évoque le chiffre de 85 % à 100 % dans certains secteurs. Dans la fonction publique, le ministère annonce des taux de 32,8 % pour la fonction publique d'État (45 % selon la CGT), 18,9 % dans la fonction publique hospitalière et 13,8 % dans la fonction publique territoriale..
C'est la plus forte mobilisation depuis l'élection du président de la République Emmanuel Macron, en 2017., et la plus forte mobilisation depuis 2010..
Lors des manifestations, à Paris et dans d'autres villes, des affrontements éclatent entre forces de l'ordre et membres de la mouvance autonome regroupés en black blocs... Bien que moins importants que ceux régulièrement observés lors des manifestations des Gilets jaunes, ces incidents sont accompagnés d'accusations de violences policières. et des protestations du SNJ, qui accuse des policiers d'entraver le travail des journalistes et d'avoir blessé plusieurs d'entre eux..
Le , de nombreuses manifestations ont lieu dans toute la France, même si la participation est plus faible que le : manifestants selon le gouvernement, d'après les syndicats.. Le taux de grévistes est de 24,7 % à la SNCF (77,3 % des conducteurs, 55,4 % des contrôleurs et 23,9 % des aiguilleurs).. Dans l'Éducation nationale, le ministère annonce un taux de grévistes de 12,4 % dans le primaire et de 19,4 % dans le secondaire (les syndicats évoquent des taux de 30 et 62 %). La direction de EDF annonce 26,9 % de grévistes. Dans la fonction publique, le ministère annonce des taux de 10,3 % pour la fonction publique de l'État, 5,5 % dans la fonction publique hospitalière et 3,6 % dans la fonction publique territoriale.
Le discours d'Édouard Philippe annonçant les grandes lignes de la réforme est globalement mal accueilli par les partenaires sociaux., à l'exception du MEDEF., de la CPME. et de la FNSEA. (les deux autres grandes organisations agricoles, la Coordination rurale et la Confédération paysanne se montrent plus critiques). La CFE-CGC, hostile à la réforme mais qui attendait la prise de parole du Premier ministre, annonce rejoindre la journée de grève et de manifestation organisée par l'intersyndicale le .. Les autres organisations du « pôle réformiste », la CFDT, la CFTC et l'UNSA, ainsi que la FAGE, appellent également à la mobilisation le , sans rejoindre l'intersyndicale... Leurs revendications sont en effet distinctes de celles des autres syndicats : favorables au principe d'une retraite universelle à points, ils s'opposent essentiellement à l'« âge pivot » et militent pour une plus grande prise en compte de la notion de pénibilité dans la réforme.
Les manifestations organisées le rassemblent entre et manifestants. Le taux de grévistes à la SNCF est de 32,8 % (75,8 % des conducteurs, 59,2 % des contrôleurs et 34 % des aiguilleurs).. Le ministère de l'Éducation nationale recense 25 % d'enseignants grévistes dans le primaire et 23,3 % dans le secondaire tandis que les syndicats évoquent des taux de 50 et 60 %. Le ministère de la fonction publique annonce 15,7 % de grévistes dans la fonction publique de l'État, 11,8 % dans la fonction publique hospitalière et 4,7 % dans la fonction publique territoriale..
vignette|Cortège de manifestants parisien le .
Le mouvement de grève à la SNCF et à la RATP se poursuit pendant les vacances scolaires.
Une quatrième journée nationale de manifestations est organisée le et rassemble entre et manifestants.. Quelques affrontements et dégradations émaillent certains cortèges, en particulier à Paris, avec 36 blessés (dont seize policiers) et 27 arrestations. Ils sont suivis, comme après la manifestation du et lors du mouvement des Gilets jaunes, d'accusations de violences policières... Le parquet de Paris ouvre notamment une enquête, confiée à l'IGPN, après un tir de LBD 40.. Le taux de grévistes à la SNCF est de 32,9 % (66,6 % des conducteurs, 57,6 % des contrôleurs et 37,4 % des aiguilleurs).. Il est de 18,8 % dans le primaire (40 % selon les syndicats) et de 16,5 % dans le secondaire (50 % selon les syndicats) pour les personnels de l'Éducation nationale.. La direction d'EDF annonce 25,5 % de grévistes. Les taux communiqués par le ministère de la fonction publique sont de 12 % dans la fonction publique de l'État, 5,2 % dans la fonction publique hospitalière et 3,7 % dans la fonction publique territoriale..
Le , la grève devient le conflit social le plus long de l'histoire de la SNCF avec 37 jours de grève consécutifs. Le record du nombre de jours de grève pour un même mouvement social à la SNCF était de 29 jours pour une grève continue (en 1986-1987) et de 36 jours pour une grève « intermittente » (en 2018)..
vignette|redresse|Le , le Premier ministre Édouard Philippe annonce le retrait provisoire de l’« âge d’équilibre » de .
Le lendemain, alors que l'intersyndicale organise une nouvelle journée nationale de manifestations, qui rassemblent entre et participants., Édouard Philippe annonce le retrait « provisoire » de l'« âge d'équilibre » (ou « pivot »), dans l'attente d'une conférence sur l'équilibre et le financement des retraites, lors de laquelle un éventuel accord entre les partenaires sociaux pourrait intervenir, puis être repris dans la loi pour remplacer la mesure initiale.. Les syndicats de salariés CFDT, CFTC et UNSA, ainsi que les organisations patronales MEDEF et U2P, font part de leur satisfaction tandis que l'intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires et FSU, et organisations de jeunesse UNEF, FIDL, MNL et UNL) ayant appelé aux grèves et manifestations continue à réclamer le retrait de l'ensemble du projet de loi.. vignette|Manifestation du samedi 11 janvier contre la réforme des retraites à Paris La sixième journée nationale de manifestations, le , mobilise à personnes.. La direction de la SNCF annonce 10,1 % de grévistes (30,5 % des conducteurs, 18 % des contrôleurs et 13,4 % des aiguilleurs).. Ils sont 6,6 % dans le primaire et 6,8 % dans le secondaire, selon le ministère de l'Éducation nationale.
Le , une majorité des conducteurs du métro votent la reprise du travail à partir du lundi suivant, contraints, selon l'UNSA RATP, par « des raisons pécuniaires ».. Le syndicat appelle dans un communiqué à « réorienter le mouvement illimité pour s’engager sur une autre forme d’action » et à une journée de grève à l'occasion de la septième journée nationale de manifestations le . Le , le mouvement de grève devient le plus long de l'histoire de la RATP avec 49 jours de grève consécutifs (48 jours en 1988-1989)., bien que, dans les faits, seule la ligne 13 du métro soit encore perturbée de manière notable..
Afin de montrer la persistance de l'opposition à la réforme, malgré l'essoufflement du mouvement de grève dans les transports en commun, les actions « médiatiques » se multiplient... Elles prennent la forme de représentations publiques pour l'Opéra de Paris., de jets de blouses, de robes d'avocats ou de cartables, selon les professions, du jet ou du piétinement de manuels scolaires périmés.., de manifestations nocturnes aux flambeaux., de coupures de courant., d'intrusions au siège de la CFDT., de la perturbation d'une représentation théâtrale à laquelle assiste Emmanuel Macron., ainsi que des épreuves du nouveau baccalauréat..
La septième journée de mobilisation nationale, le , rassemble entre et manifestants.. Le taux de grévistes dans l'Éducation nationale est de 13 à 40 %, selon les sources. La CFE-CGC annonce le même jour qu'elle suspend sa participation aux manifestations, sans sortir de l'intersyndicale.
personnes manifestent la huitième journée (), la neuvième (), et la dixième (), selon le ministère de l'Intérieur.... Les syndicats n'annoncent pas d'estimation nationale pour ces journées.
Après la décision du gouvernement d'engager sa responsabilité sur le texte discuté en première lecture à l'Assemblée nationale, selon la procédure de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, l'intersyndicale (sauf la CFE-CGC) appelle, au début du mois de mars, à des manifestations et des rassemblements, en particulier devant les préfectures et sous-préfectures..
La pandémie de Covid-19 au printemps 2020 interrompt l'examen de la loi et le mouvement d'opposition à celle-ci.
Taux de grévistes Les taux de grévistes diffèrent selon les directions et les syndicats, ce qui suscite un débat dans l’Éducation nationale, le ministère comptabilisant le pourcentage de grévistes sur l'ensemble des professeurs, tandis que les syndicats comptabilisent uniquement les grévistes parmi les enseignants devant faire cours..