Paul Giniewski, né à Vienne (Autriche) le et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un écrivain, journaliste et historien français.

Il est connu pour son engagement dès l'âge de dix-sept ans dans la Résistance juive en France durant l'Occupation, ainsi que pour ses travaux en faveur du rapprochement judéo-chrétien, et contre l'antisionisme et l'antisémitisme.

Éléments de biographie

Jeunesse et formation Paul Giniewski naît au sein d'une famille juive en 1926, dans l'Autriche pré-hitlérienne. Son père, Josef Giniewski, est un entrepreneur spécialisé dans la production de textiles hygiéniques. Sa mère, Sarah-Perl Kessler, est issue d'une famille religieuse Jean-Pierre Allali, Un juif simplement bleu-blanc, Crif, 24-04-2014.. Il a trois sœurs et un frère aîné.

En 1935, alors qu'il n'a que neuf ans, peu avant l'Anschluss, ses parents se réfugient en Belgique, où son père transfère son entreprise. Paul Giniewski racontera en 1992 sa courte jeunesse viennoise dans son livre L’enfant de WähringHommage à Paul Giniewski, historien, journaliste et écrivain par Pierre Lurçat, 2012. et dans son dernier livre, écrit avec son frère dont il retrace la vie, Un juif simplement bleu et blanc.

Il poursuit ses études à Bruxelles où en , à quatorze ans, il voit son père et son frère Otto se faire interner en tant que « sujets ennemis », car le gouvernement belge avait imposé la nationalité allemande aux ressortissants autrichiens « même aux Juifs qui avaient fui les nazisUne résistance juive, p. 29. ! ». D'abord réfugié en France, à Montpellier où il est lycéen, sa famille a « alors commis une faute majeure » en rentrant en Belgique, contresens traduisant le désarroi des Juifs « et leur aveuglement devant la “correction” affichée par les Allemands »Une résistance juive, p. 30.. Entré avec sa famille dans la clandestinité en 1942 après la réception d'une convocation pour le service du travail obligatoire, il retourne en France quand, en , son frère le fait chercher et amener à Grenoble.

Seconde Guerre mondiale En (mois au cours duquel sa sœur Ruchel Rosa Bleiberg-Kimel (Giniewski), née à Stanislawow le , déportée de Vienne en Autriche Ruchel Rosa Bleiberg-Kimel (Giniewski). auschwitz.at., est assassinée à Auschwitz), à l'âge de dix-sept ans, Paul Giniewki rejoint la Résistance française à Grenoble sous le pseudonyme de Paul Vidal, et intègre le Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS créé en 1941 par Joseph Fisher, du KKL-France)Paul Vidal, profession: Journaliste et écrivain, qualité: Résistant juif, AJPN. – Une résistance juive, p. 17.. Ce réseau est coordonné par son frère, Otto Giniewski dit TotoOtto Giniewski dit Toto, plus tard Eytan Guinat, docteur en chimie, sur AJPN., de six ans son aîné. Il parcourt la campagne grenobloise en défiant les barrages allemands pour trouver dans les villages des maires ou des curés qui acceptent de fournir des caches, ou des tampons officiels, ou des cartes d'alimentation, ou des papiers : certificats de domicile, de naissance, de mariage, ou de baptême, qui servent à fabriquer la nuit des faux papiers pour des réfugiés juifs qui se cachent de la GestapoPierre Lurçat, recension de Une résistance juive, 15-07-2011. – Une résistance juive, p. 46, 64.. Il noue des contacts avec d'autres réseaux de résistance juive (EIF et la Sixième, OSE, etc.) qui n'étaient pas séparés par des cloisons étanchesUne résistance juive, p. 18. et souvent reliés par l'idéal sioniste. Il s'implique jusqu'à la frontière avec la Suisse où les documents administratifs contrefaits que son réseau produit, parfois jusqu'à cinq cents d'un coup, servent à exfiltrer notamment des enfants ; d'autres réseaux nationaux bénéficient de leur production de faux papiers, dont des résistants de la police parisienne et le Mouvement de libération nationale (MLN)Une résistance juive, p. 77..

Durant cette période, il trouve le temps d'écrire, et adhère à plusieurs sociétés d'écrivains locales. Il rédige aussi la Lettre d'information clandestine de son réseau, qui donne des nouvelles sur la guerre en Palestine, les kibboutz, les possibilités d'immigration. Juste après l'armistice, en 1945, il publie Les seigneurs sous la pierre : 1942-1944, dans lequel il relate des récits de Résistance.

Reconnaissance En 1971, il est cité dans le recueil 58 actions héroïques de la RésistanceSimone Saint-Clair et Marianne Monestier, 58 actions héroïques de la Résistance, Gründ, Paris, 1971, p. ., aux côtés du colonel Remy, du maréchal de Lattre de Tassigny, de Roland Dorgelès, de Romain Gary, de Christian Pineau, etc.

En 2005, lui est décerné le titre de combattant de la guerre de 1939-1945 avec la croix du combattant, à la suite d'une demande introduite par le MJS un demi-siècle plus tôtUne résistance juive, p. 21..

En 2009, il évoque dans Une résistance juivePrésentation sur Babelio. cette partie de sa vie. S'il y évoque les concours apportées par des prêtres, ou par des religieuses qui cachaient des Juifs, il raconte aussi sa prise de conscience, que sa résistance en France ne fut qu’un épisode du combat commencé depuis l'Antiquité, la lutte du peuple juif pour son existenceRobert Redeker, Paul Giniewski ou le retour des guerriers Macchabées, Les Temps Modernes, n° 656, 2009/5, p.186 (en ligne). : « cette période s'est démesurément étendue jusqu'à nos jours, ne s'est jamais terminée, puisqu'Israël mène à nouveau une guerre de survieUne résistance juive, 2009, p. 23.. »

Pensée

Dialogue avec l'Église catholique Giniewski est un disciple de Jules IsaacVoir Jésus et Israël, 1946 et 1959 ; Genèse de l’Antisémitisme, 1948 et 1956 ; L'Enseignement du mépris, 1962. dans sa façon d'analyser l'antisémitisme chrétien et de le combattre. Il divise son livre La croix des Juifs (1994) en quatre parties qui développent et approfondissent les thèmes de Jules Isaac : L'enseignement du mépris, La pratique du mépris, Esquisse d'un enseignement de l'estime, La timide pratique de l'estime. Évoquant la voie sur laquelle le concile Vatican II s'est engagéeVoir la Déclaration sur les Juifs votée par les Pères conciliaires le 20 novembre 1964 : « Tel étant l’héritage que les chrétiens ont reçu des juifs, le saint Concile est résolu expressément à instaurer et à recommander la compréhension et l’estime mutuelle. » De même dans l'encyclique Nostra Ætate (octobre 1965) : « Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles »., il n'hésite pas, au-delà de la conférence de Seelisberg et de l'encyclique Nostra Ætate, à appeler de ses vœux « un sionisme chrétienLa croix des Juifs, p. 349 sq. ; p. 381 : « le courant de sionisme chrétien militant, aujourd'hui minoritaire et faible, représente un espoir. » ».

Une même perspective se retrouve dans L'antijudaïsme chrétien (2000) : sa deuxième partie expose « le nouvel enseignement de l'estime » rendu possible par Jules Isaac et le pape Jean XXIIIA. Chapelle, s.j., Recension critique de L'antijudaïsme chrétien dans la Nouvelle Revue théologique, n° 123/2, 2001, p. 310.. Allant plus loin, il dit espérer un prochain concile à JérusalemL'antijudaïsme chrétien, p. 636..

Cependant, la radicalité de Giniewski n'est pas toujours aisément reçue. Dans son livre La croix des Juifs, le père Jean Dujardin dit avoir accepté d'en rédiger la préface parce que Giniewski « marque sa volonté d'ouvrir un dialogue vrai et authentique entre Juifs et Chrétiens », mais avoue sa gêne « que ce livre tourne parfois au pamphlet » et lui reproche des citations sorties de leur contexte, des événements insuffisamment analysés, une insuffisante attention à la chronologie ; et pourtant, dit ce prêtre, « les chrétiens doivent entendre un tel récit si injuste qu'il leur apparaisse. C'est le cri d'un homme révolté, qui a souffert et qui souffre encore, ou plutôt qui porte dans sa chair la souffrance d'un peuple auquel il s'identifie totalement. [...] Il fallait certainement que ce qu'il écrit soit écrit pour désigner le mal, l'exorciser et ouvrir la voie à un dialogue à nouveau possibleLa croix des Juifs, p. vii et viii.. »

Lutte contre l'antisémitisme et l'antisionisme Selon Giniewski, « Le sionisme est par excellence une résistance à la persécution, à l'assimilation, à la disparition. [...] Le sionisme est autodéfense, auto émancipation, prise en mains de leur sort par les Juifs eux-mêmesUne résistance juive, p. 14.. » Il y consacre sa vie entière, le dit dans une de ses dernières interview : la résistance où il entra très jeune n’a pour lui jamais pris fin. D'où les combats littéraires qu'il mène sur tous les fronts : pour IsraëlDans La bouclier de David, Être Israël et des dizaines d'autres livres et articles (voir Publications)., contre les ennemis d'Israël, et contre les amis d'Israël qu'il juge dangereux pour IsraëlVoir son réquisitoire contre Simone Weil ou la Haine de soi, et dans La guerre des pierres la section « La haine juive de soi », p. 262..

Il poursuit l'étude de l'antisémitisme dans le prolongement de Léon Poliakov, qui préface son livre La croix des Juifs.

Il prolonge également Léon Poliakov qui fut l'un des premiers, dès 1969, à mettre en évidence le lien entre antisémitisme et antisionisme, à « montrer comment, sous le prétexte d'une attitude critique envers l'Etat juif et ses partisans, une antique passion inspirée par la haine continue à se frayer un cheminLéon Poliakov, De l'antisionisme à l'antisémitisme, Calmann-Lévy, Paris, 1969, Avant-propos. ». Giniewski reprend le thème deux fois, en 1973 et 2005, sauf qu'il identifie les deux : « L'antisionisme et l'antisémitisme sont la même vilenie et produisent les mêmes effets. L'antisionisme est par excellence le nouvel antisémitismeAntisionisme : le nouvel antisémitisme, 2005, p. 8.. »

Appréciations Polémique judiciaire Paul Giniewski obtient en , à 80 ans, une condamnation de l'État français par la Cour européenne des droits de l'homme pour atteinte à sa liberté d'expression. .

En 1994, il avait publié dans Le Quotidien de Paris un article intitulé « L'obscurité de l'erreur » critiquant l'encyclique Splendeur de la vérité de Jean Paul II, publiée en 1993. L'Agrif avait porté plainte pour diffamation raciale envers la communauté chrétienne, visant la phrase suivante : « De nombreux chrétiens ont reconnu que l'antijudaïsme des Écritures chrétiennes et la doctrine de l’"accomplissement" de l'Ancienne Alliance par la Nouvelle conduisent à l'antisémitisme et ont formé le terrain où ont germé l'idée et l'accomplissement d'Auschwitz. » Giniewski avait été condamné pénalement par un jugement, infirmé en Cour d'appel mais validé en Cour de cassationCour de cassation, chambre criminelle, 28 avril 1998, AGRIF contre Giniewski et Le Quotidien de Paris..

La Cour européenne a cassé cette condamnation en « considér[ant] qu'il est primordial dans une société démocratique que le débat engagé, relatif à l'origine de faits d'une particulière gravité constituant des crimes contre l'humanité, puisse se dérouler librement. Elle a par ailleurs eu l'occasion de noter que “la recherche de la vérité historique fait partie intégrante de la liberté d'expression”Arrêt de la Cour européenne, 31 janvier 2006. ». Et que l’article de Giniewski apportait une contribution au débat sur les diverses causes possibles de l’extermination des Juifs en Europe, question présentant un indiscutable intérêt dans une société démocratique, et ne comportait aucune attaque contre les convictions religieuses en tant que tellesCondamnation de la France : affaire P.Giniewski, sur Dénis de Justice, mai 2003..

Polémique à propos de Simone Weil