Les Aussiedler et Spätaussiedler sont des personnes de souche allemande issues de l'émigration allemande vers des pays d'Europe de l'Est, en particulier en Russie, et rapatriées à partir de 1950 en Allemagne de l'Ouest, puis dans l'Allemagne réunifiée. La notion de Aussiedler (littéralement « émigrants ») a été remplacée par le terme Spätaussiedler (spät = tardif) en 1992, après la réunification de l'Allemagne. Plus de de ressortissants allemands ou de personnes d'origine allemande ont bénéficié de ce statut depuis 1950.. Leur nombre est aujourd'hui d'au moins , comptabilisés dans la population « ayant des antécédents migratoires »..

Les Allemands de Russie (Russlanddeutsche) constituent la grande majorité de ce groupe. Cette population est venue en Russie appelée par Catherine II pour cultiver les terres de la Volga et de l'Ukraine, vacantes après l'expulsion des Turcs et des Tatars de ces régions. Cette minorité ethnique, à laquelle les tsars avaient accordé la liberté de culte et d'autres privilèges, en particulier financiers, s'intégra peu et se mélangea encore moins à la population russe. Persécutés sous Staline, puis déportés vers l'Asie centrale et la Sibérie par centaines de milliers en 1941, ces « Allemands de Russie » se sont précipités en grand nombre vers la lointaine mère-patrie (Heimat) de leurs ancêtres dans les années 1990, dès l'ouverture du rideau de fer et la dislocation de l'URSS.

Fondements juridiques : le statut de Aussiedler/Spätaussiedler On entend par Aussiedler les immigrés de souche allemande venus d'un pays de l'ancien Bloc de l'Est pour résider de manière permanente en République fédérale d'Allemagne. Jusqu'à la fin des années 1980, la plupart venaient de Pologne et de Roumanie, depuis 1990, la grande majorité d'entre eux provenait des républiques post-soviétiques. Les personnes de cette catégorie sont appelées Spätaussiedler lorsque leur date d'arrivée en Allemagne est postérieure au ..

Le statut de Aussiedler trouve ses fondements dans l'article 116 de la loi fondamentale de la République fédérale d'Allemagne, selon lequel . Cette disposition de la constitution a été concrétisée par la loi sur les expulsés et les réfugiés (Bundesvertriebenengesetz - BVFG), du , qui assimile les Aussiedler aux expulsés et réfugiés et confère le droit d'accueil aux personnes de nationalité ou de souche allemande désirant, après la conclusion des campagnes d'expulsion généralisée, quitter le Bloc de l'Est..

Histoire des migrations entre l'Allemagne et l'Europe de l'Est Émigration allemande vers l'Europe de l'Est thumb|right|upright=1.4|La colonisation germanique du Haut Moyen Âge.

Dès le Moyen Âge, les princes régnant sur les territoires qui prendront plus tard les noms de Poméranie, Pologne, Silésie, Bohême et Moravie cherchaient à attirer sur leurs terres des familles de paysans des régions germanophones d'Europe pour en accroître la productivité et pour y vivifier l'agriculture, le commerce et l’artisanat. À partir du , les souverains religieux et laïcs du Saint-Empire romain germanique envoyèrent des nobles et des missionnaires dans les contrées orientales de l'Europe pour étendre leur sphère d'influence en y créant des villes et en colonisant les terres par des paysans. Au , des missionnaires et des marchands d'Allemagne du Nord, placés sous la protection des chevaliers teutoniques, colonisèrent l’Ancienne Livonie. Dès lors, et jusqu'à leur rapatriement par les nationaux-socialistes pendant la Deuxième Guerre mondiale, les aristocrates et marchands germanophones abondaient tout autour de la Baltique. Au Sud-Est de l'Europe, ce furent aussi tout d'abord des nobles qui émigrèrent en Transylvanie à partir du milieu du ; on les appelait Saxones dans le langage bureaucratique des rois de Hongrie. À partir du milieu du , suivirent les Zipser, qui s'installèrent dans les Carpates slovaques.

À l'époque moderne (fin du à fin du ), les migrations furent essentiellement marquées par des motifs religieux et économiques. À partir des années 1740, quelque , femmes et enfants descendirent le cours du Danube pour s'établir dans une zone correspondant aux États actuels de Croatie, Hongrie, Serbie et Roumanie, qui faisait alors partie de l'empire de Habsbourg (Souabes du Danube, Souabes du Banat).. Ces migrations avaient pour causes les destructions des guerres et les crises économiques qui ébranlaient les pays d'origine, mais aussi les privilèges qu'accordaient certains souverains, qui, cherchant à peupler leurs territoires et à en développer l'économie, garantissaient aux nouveaux arrivés le libre exercice de leur religion et les exemptaient d'impôts. La Prusse recrutait elle aussi des familles de colons, dont certaines, appartenant à la communauté mennonite, refusaient l'usage des armes et se voyaient ici dispensées du service militaire. Toutefois, lorsque cette exemption leur fut retirée par la Prusse royale à la fin du , elles poursuivirent leur migration vers La Russie et s'installèrent principalement le long du cours moyen de la Volga et à proximité des côtes de la mer Noire. vignette|Zones peuplées par les germanophones en Europe centrale et orientale dans la première moitié du .

Migrations de populations allemandes de l'Europe de l'Est vers l'Allemagne

Dans la deuxième moitié du , les courants de migration s'inversèrent et nombreux sont ceux, aussi en Europe de l'Est, qui se laissèrent tenter d'aller chercher fortune outre-Atlantique. On retrouve parmi eux les mennonites, qui quittèrent à nouveau la Russie lorsque le tsar Alexandre II, dans le cadre de ses « Grandes Réformes », réintroduisit en 1874 le service militaire universel.

Si l'on peut qualifier, sous un point de vue européen, le de siècle de l'émigration, le , peut, lui, être considéré comme le siècle des réfugiés. On assiste, dès l'avènement du national-socialisme, à des migrations forcées. Sous le prétexte d'un rapatriement des populations de souche allemande ayant colonisé au cours de l'histoire des régions comme le « Baltikum », la Volhynie, la Bucovine et la Bessarabie, les nationaux-socialistes transférèrent une bonne partie de ces populations dans la Pologne qu'ils venaient d'occuper et les instrumentalisèrent pour soutenir la politique nazie, ce qui leur valut, après la guerre, d'être persécutées et poussées à l’exode.

Il en fut autrement des populations germanophones vivant en Union soviétique. Une partie de ces populations, installée dans l'Ouest de l'Ukraine et le long de la mer Noire, tomba en 1941, au début du conflit germano-soviétique, sous l'occupation roumaine et allemande et participa à la politique allemande d'occupation et d'extermination. Sous Staline, la grande majorité des Allemands de Russie (environ fut déportée en vers le Kazakhstan et la Sibérie. Quelque d’entre eux furent internés dans des camps de travaux forcés. y laissèrent leur vie. Rares sont les survivants qui purent rejoindre l'Allemagne après 1945. Ce n'est qu'à partir de 1985, au début des réformes initiées par Mikhaïl Gorbatchev, que se produisit la grande vague de migration qui emmena jusqu'à aujourd’hui environ de migrants en République fédérale d'Allemagne.

Les Allemands de Russie

Le groupe le plus important et jusqu’aujourd'hui le plus visible de rapatriés de l'Est est celui des Allemands de Russie, appelés aussi Russes allemands, qui ne proviennent pas seulement de la fédération de Russie, mais souvent aussi d'autres anciennes républiques soviétiques, notamment le Kazakhstan.

Histoire des Allemands de Russie Le terme « Allemands de Russie » désigne les descendants de colons germanophones qui, venant d'Europe centrale, se sont établis à partir de la deuxième moitié du dans différentes régions de l'Empire russe.

Appel de Catherine II Après avoir détrôné son époux , la princesse allemande Sophie Fredericke Auguste von Anhalt-Zerbst, née à Stettin, monta sur le trône, sous le nom de Catherine II dite « la Grande ». Elle enleva à l'Empire ottoman par ses conquêtes un peu plus de de territoire (notamment vers l'actuelle Ukraine en Nouvelle Russie). Or ces terres n'étaient que peu, et lentement, colonisées par les populations russes et n'étaient donc pas assez cultivées ou habitées. En conséquence, Catherine II publia un manifeste en , invitant les populations d'Europe centrale, notamment ses anciens compatriotes allemands, à émigrer en Russie en échange de privilèges, tels que l'exonération d'impôts pendant trente ans, l'abolition du service militaire, la liberté de culte et la possibilité de vivre en autogestion totale — ils étaient relativement indépendants du gouvernement russe. Dès la publication du manifeste, de nombreux colons allemands s'installèrent le long de la Volga. Une deuxième vague suivit à partir des années 1780, cette fois-ci dans la région de la mer Noire. Dans la première moitié du , de nouvelles colonies allemandes se formèrent dans le Caucase.

Dans les années 1870, lorsque les privilèges des colonies furent abolis dans le cadre des réformes du tsar Alexandre II, de nombreux Allemands de Russie émigrèrent en Amérique du Nord et du Sud. Leurs descendants revendiquent aujourd’hui encore, de par leur provenance et leur héritage culturel, une identité en tant qu'Allemands de Russie. À partir des années 1890, la politique russe de mise en valeur de la Sibérie et du Kazakhstan attira les colons, dont de nombreux Allemands de Russie qui y fondèrent de nouveaux villages.

Première guerre mondiale et entre-deux-guerres thumb|right|Carte de la RSSA des Allemands de la Volga. thumb|100px|left|Couple de paysans de la Volga au camp de réfugiés de Piła/Schneidemühl, 1920.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands de Russie furent considérés par le gouvernement du tsar, de par leurs origines et leur sympathie pour l'adversaire, comme « ennemi intérieur », ce qui leur valut des persécutions sous forme d'expropriation et de déportation. Après la révolution de 1917, la guerre civile et la famine qui sévit dans les années 1921 et 1922 dans les régions de la Volga poussèrent plus de Allemands de Russie à émigrer vers l'Allemagne, et souvent, de là vers l'Amérique..

La grande majorité des Allemands de Russie resta dans le pays et connut une nouvelle phase d'autonomie relative, bénéficiant de la politique de promotion culturelle des minorités ethniques pratiquée par Lénine. C'est dans ce contexte que fut fondée en 1924 la république socialiste soviétique autonome des Allemands de la Volga. Néanmoins, dans les années 1930, alors que se raidissait le régime stalinien, les Allemands de Russie, comme d'autres minorités, furent visés par des « opérations » ciblées qui culminèrent en incarcérations et exécutions massives pendant la Grande Terreur (1937/38) ..

Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale provoqua un véritable raz-de-marée parmi les quelque 1,4 million d'Allemands de Russie restés dans le pays. d'entre eux, habitant le long de la Volga, en Crimée, dans le Caucase et dans le Sud de la Russie, furent déportés à l'Est peu après l'offensive allemande de 1941. La république autonome des Allemands de la Volga fut abolie. Plus de Allemands de Russie furent enrôlés dans l'armée du travail (trudarmija). La déportation et le travail forcé firent plus de .

Les quelque Allemands des régions de la mer Noire furent en un premier temps épargnés par la déportation, car celles-ci se trouvaient sous occupation allemande. En 1943/44, ils furent transférés par les autorités nazies dans les parties de la Pologne (Warthegau) annexées par l'Allemagne. De là, ils s’enfuirent à l'Ouest vers la fin de la guerre devant les troupes de l'Armée rouge. La majorité d’entre eux, environ fut néanmoins « rapatriée » par les autorités soviétiques pour être bannie dans les mêmes régions qui accueillirent les déportés de 1941.

Après-guerre et époque post-soviétique