Victor Célestin Thomas, alias Thomas (ou Victor-Thomas) Chesnais et Théophile (ou Théodore ou Thomas) Gringoire, né le à Combourg et mort le à Lewisham, est un entrepreneur, poète, directeur de revues et journaliste d'art et gastronomique français.
Biographie
Jeunesse et débuts poétiques en Bretagne .
Il remporte ensuite plusieurs récompenses dans différents concours, dont son ode Le Songe du Dante, premier prix avec palme d'argent au grand concours annuel de la Revue de la littérature moderne. Cependant, avec le décès de son père en 1885, il se retrouve à la tête de la briqueterie familiale. Mais plus porté sur la poésie que sur les affaires, il écrit une pièce de théâtre, Le Trouvère, dont la première a lieu le dans les halles de Combourg, et Louis Tiercelin en fait une critique fort positive dans le Glaneur breton. Il rejoint le Parnasse breton et ses poèmes sont publiés régulièrement dans les revues L'Hermine et Pour fuir.
Il publie ensuite un recueil, Par la lande, dont Louis Tiercelin signe la préface. Dans L'Année des poètes de 1891, Olivier de Gourcuff écrit : « Je connais des livres plus savants ; je n'en connais pas de plus charmants que celui de M. Victor Thomas... M. Thomas a pour parrain le grand ancêtre à tous nos écrivains, Chateaubriand : il habite Combourg, et promène souvent sa rêverie dans les bois qui ont bercé l'enfance de René... La ballade, le rondel, la sextine, la villanelle, se sont courbées, dociles, sous sa main déjà experte. Il a forgé de beaux sonnets, et s'est essayé aux rythmes les plus divers. »
Dans La fin de siècle du , René Emery écrit : « Un poète breton, M. Victor Thomas, chante avec la mélancolique sincérité de Brizeux la terre de Granit, semée de fleurs d'or. Ce n'est pas un parnassien, pas plus qu'un symboliste, mais un doux poète qui aime la lande, en comprend les sauvages mystères. Ses vers sont simples, d'une artistique simplicité : ils évoquent, avec leur tendre mélodie, toute la poésie de la vieille Armorique, demeurée sauvage, qui cache à l'étranger, jalousement, ses légendes naïves, son âmes farouche. Par la Lande, un des rares recueils qui nous viennent de province, avec un cachet si pittoresque, si sincère ».
Le Dolois François Duine, dans son livre Souvenirs et observations, dira de ce recueil : « Rester auprès de Chateaubriand a porté bonheur à M. Victor Thomas. Son délicieux volume de vers prouve la vérité de cette fine comparaison de saint François de Salle Et bientôt, nous en sommes persuadé, M. Victor Thomas deviendra sans peine un maître rossignol dans son art »..
En réponse aux propos de l'abbé Duine, Victor Thomas lui envoie ce poème :
Il fait également éditer des œuvres uniques en petits volumes tels Muse bretonne, Robinsonnet et Aux Bretons de Paris.
Contraint de se séparer de la briqueterie familiale en cessation de paiement, il en ouvre une autre qui ne dure guère plus longtemps puisqu'il fait faillite le ..
Poète breton à Montmartre Il décide de réaliser son rêve et s'installe à Paris, où il se produit, sous le pseudonyme de Thomas Chesnais, à Montmartre au Chat noir de Rodolphe Salis, où sa première apparition le est un vrai succès. Il joue également au Carillon de Georges Tiercy et à l'Âne rouge de Gabriel Salis. C'est en ce dernier lieu qu'il se fait arrêter le par un sergent pour la banqueroute de sa briqueterie de Landernau. Après sa sortie à la suite d'un non-lieu, il est interviewé en première page du journal de Clemenceau La Justice où il raconte son histoire :
Un autre article lui avait déjà été consacré le dans la Petite République par Louis Sautumier.
Il entre fin 1896 au cabaret du Chien noir de Jules Jouy, où il obtient un grand succès avec ses Poèmes ironiques. Dans l'Avenir artistique du , André Serpil écrit que Thomas Chesnais est un « vrai et puissant humoriste » et qu'il va prochainement faire paraître ses poèmes ironiques. Ce nouveau recueil doit finalement se nommer Les Ironies dont le journal La Justice donne plusieurs extraits, mais, informé par un lecteur assidu de La justice que ce titre est déjà utilisé par Eusèbe Ropfin, il doit changer de titre et son recueil parait finalement sous le nom de Tendresse et Ironie.
Il est également nommé rédacteur en chef de L'Amaranthe, revue destinées aux jeunes filles.
En , il fonde, sous le pseudonyme de Victor-Thomas Chesnais, une revue Paris Bretagne à destination des Bretons de Paris qui ne parait que quelques semaines avant de faire faillite.
À court d'argent, avec des revenus inégaux liés à ses productions sur scène, ou à des écrits peu publiés, il se livre à l'escroquerie à l'annonce. Alors qu'un vol de 100 francs de timbres-poste a été commis le dans une maison de commerce d'Amiens, la police de sûreté recherchant le voleur, apprit qu'un homme s'était présenté à l'un des guichets de la gare et avait demandé un billet pour Douai en échange de timbres-poste. Il est arrêté le .
Rapidement, il est disculpé du vol, mais en perquisitionnant sa chambre, la police découvre plus de cinq cents lettres ayant contenu des mandats, bons de poste et des timbres. En effet, il faisait paraître dans les journaux des annonces offrant des emplois très lucratifs de 5 à 20 francs par jour suivi de la mention « Timbre pour réponse ». D'autres fois, il offrait en vente le Cinématographe de poche au prix de 2 francs 50. Les demandes affluaient, mais il partait alors pour une autre destination sans avoir livré ou embauché qui que ce soit. Sa femme est également arrêtée lors de la perquisitionDe nombreux journaux ont évoqué cette affaire, chacun apportant des détails non mentionnés dans d'autres. Je peux citer les éditions du 20 juin 1897 de la Dépêche de Brest, du Journal, du Siècle, de l'événement, celles du 21 juin 1897 de la Lanterne, de La Petite République, du Radical, de l’Intransigeant, celle du 22 juin 1897 de l'Express du Midi et celle du 3 juillet 1897 du Phare de la Loire.. Il est condamné par jugement du tribunal correctionnel d'Amiens en date du à 4 mois de prison pour escroqueries et tentative d'escroqueries. Pendant qu'il purge sa peine, la police de Paris ayant découvert d'autres victimes il est condamné par la chambre du tribunal correctionnel de la Seine en date du à 6 mois de prison pour escroqueries en confusion avec la peine qu'il subit.
Sorti de prison en , il écrit dans la revue Le Grand Guignol.
Mais la police continuant son enquête découvre qu'il a aussi fait des victimes à Orléans. Pour éviter une nouvelle incarcération, il s'exile. Et c'est par défaut qu'il est condamné par le Tribunal correctionnel d'Orléans en date du à 3 ans d'emprisonnement pour escroqueries et abus de confiance.
Exil aux Pays-Bas et incarcération en France Ayant fui avant le début de son procès à Orléans, il part en Belgique, puis arrive en Hollande vers . C'est de là qu'il fera éditer en France un nouveau recueil de poésie Florilège : Le village, Montmartre et l'exil en . En , le Théâtre de La Haye fait jouer sa pièce Maître Pierre, dont le héros est Pierre le Grand..
Fin , il participe à la création de l'Association internationale de l'idée française à La Haye, sous le patronage de Sully Prudhomme..
Il revient en France, s'installe à Lille le et s'annonce comme rédacteur à la Revue de France. Dès le lendemain, il publie une annonce demandant un employé pour une agence qu'il voulait fonder dans la ville. Il loue une chambre qu'il transforme en bureau. Rapidement, de nombreux employés potentiels se présentent et il embauche Gustave Boursier à qui il promet 150 francs d'appointements par mois, mais il lui demande de cautionnement. L'employé verse déjà 200 francs comptant, devant verser le reste le . Mais voyant qu'il n'avait rien à faire, il va trouver le chef de la sûreté de Lille qui fait arrêter Victor Thomas qui avait déjà dépensé les 200 francs. Condamné par jugement du Tribunal correctionnel de Lille en date du à vingt jours de prison pour escroquerie et abus de confiance.. On apprend dans l'article du de La République française, que sont trouvés dans ses affaires plusieurs manuscrits de romans et de pièces de théâtre, œuvres qui semblent n'avoir jamais été publiées.
Cependant, cette arrestation et son emprisonnement ont fait que la condamnation à 3 ans de prison qui avait été prononcée par défaut en 1899 à Orléans doit lui être appliquée. Pour l'éviter, Victor Thomas forme opposition à ce jugement et le Tribunal correctionnel d'Orléans réduit sa peine à 8 mois de prison..
Directeur de revues d'art et journaliste d'art Les problèmes judiciaires passés, Victor Thomas se fait spécialiste de l'art et traduit en 1902 du néerlandais, Van Dick, sa vie et ses œuvres de Pol de Mont.
Il fonde alors une nouvelle revue d'Art, L’Épreuve, en , dont il est le rédacteur en chef. Cette revue est un véritable succès dès son premier numéro. Jean d'Yvelet, journaliste au Journal, rapporte que « c'est le grand succès artistique de l'année, succès parfaitement justifié par la beauté des gravures et par le but même que se propose L’Épreuve : populariser les chefs-d’œuvre de tous les temps et de tous les pays, en donnant de très belles reproductions à des prix très modestes. Le premier fascicule reproduit hors texte huit chefs-d’œuvre de Rembrandt [...] le tout commenté dans une belle étude sur Rembrandt par Victor Thomas. [...] on ne pourra s'étonner de l'immense succès qu'obtient L’Épreuve, qui se place ainsi d'emblée au premier rang des revues d'art européennes ».
Dans un article du journal La France dans son édition du , il est signalé que Victor Thomas travaille sur un testament dans le style du testament de Villon.. Ce projet ne semble pas avoir été à son terme puisqu'il ne fut jamais publié.
En , il devient secrétaire du comité formé pour élever un monument à Tolstoï, sous le patronage de Mr Berthelot et d'Anatole France et sous la présidence de Paul Adam et André de Joncières à la trésorerie..
En 1905, il est membre de la Société des amis du Louvre. Lors de la création par Armand Dayot de la revue L'Art et les Artistes, il fait partie de l'équipe éditoriale et signe, lors du numéro 1 d', la rubrique « Le mois artistique ». Il disparaît ensuite de la revue.
Il lance une nouvelle revue le : L'Artiste, résurrection d'une revue ayant déjà porté ce nom et qui avait disparu en .
Exil à Londres, rédacteur en chef, journaliste gastronomique, et derniers poèmes En est lancé à Londres les Carnets d'Épicure : revue mensuelle des Arts de la table, littéraire, philosophique et gourmande sous l'impulsion du chef cuisinier Auguste Escoffier avec Thomas Gringoire comme rédacteur en chef ».. Quelques mois plus tard, les deux mêmes créent la « Ligue des gourmands ». L'idée leur en est venue au cours d'une de leurs conversations sur la cuisine et la gastronomie, le .
Dès le , la Ligue prend forme : création d’un Comité composé de douze membres, siège à Londres, filiales en France et en Belgique, statuts rédigés : information immédiate aux lecteurs des Carnets d’Épicure et incitation à se mobiliser pour créer des Comités locaux. L'objectif est de « démontrer partout dans le monde l’excellence de la cuisine française », et que celle-ci n’est pas du tout en décadence, à l’inverse de ce que proclament alors certains pessimistes.
Dans ce but, la Ligue organise en tous pays des dîners tous les deux mois : les « Dîners d'Épicure » qui ont lieu le même jour et dont le menu sera partout le même. L’article 3 des Statuts précise que « Les dames seront admises à faire partie de la Ligue des Gourmands : il sera offert à chacune d’elles un gracieux souvenir lors du premier dîner».
Le Cecil Hôtel de Londres est choisi pour le premier Dîner d’Épicure. Celui-ci se déroule le , réunissant 300 personnes au Cecil, et plus de dans 37 restaurants éparpillés dans le monde ayant décidé de participer à l'opération.