vignette|Le Premier Jour de la création, Chronique de Nuremberg, 1493. Dans la Bible, Dieu « fait exister » le monde. vignette|Dieu créant les animaux, illustration médiévale de 1445 (Allemagne).
Le créationnisme, qui s’exprime sous différentes formes, est une doctrine qui stipule que Dieu a créé non seulement l'univers mais également chacune des espèces vivantes, contrairement au très large consensus scientifique qui soutient l'idée d’un processus évolutif par lequel de nouvelles espèces se forment à partir d'ancêtres communs.
Depuis que sont décrits des phénomènes poïétiques et évolutifs en astronomie, en géologie et en biologie, les créationnistes entretiennent la polémique à cet égard, car l'explication scientifique de ces phénomènes n'est pas compatible avec leur interprétation des textes religieux. Le débat relève d'enjeux politiques importants, notamment en matière d'enseignement, de recherche scientifique, de liberté d'opinion et de croyances.
Les courants créationnistes montrent une grande diversité, depuis ceux qui soutiennent le fixisme en élaborant une théorie de la nature théiste ( et ) à ceux aux positions plus déistes qui embrassent la théorie transformiste (hypothèse du dessein intelligent et de la panspermie dirigée).
Le lit la Bible ou le Coran comme des livres scientifiques et historiques, véhiculant la croyance selon laquelle le récit de la création de l'univers, tel que fourni par les textes religieux, donne une description littéralement exacte de l'origine de l'Univers. Cette interprétation littérale de textes comme la Genèse s'appuie sur la conviction que ces textes ont été comme vérités absolues, définitives et indiscutables (cas de certaines Églises protestantes, majoritaires dans le Bible Belt des États-Unis). Ce courant de pensée est généralement associé au refus de toute idée d'évolution biologique et géologiqueCreationism, définition sur le site de la Stanford Encyclopedia of PhilosophyCreationism, dictionnaire Merriam-Webster en ligneWhat is creationism?, site du British Centre for Science Education.
La plupart des traditions religieuses monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) postulent la création du monde par Dieu. La lecture fondamentaliste est refusée par la majorité des Églises chrétiennes actuelles, qui privilégient une lecture herméneutique. Pour les catholiques, la création de l'univers par Dieu ne s'oppose pas en soi à l'évolution : la création est avant tout la relation entre les créatures et un Créateur, leur premier principeCf., entre autres, saint Thomas d'Aquin, Somme de Théologie, Ia pars, q. 46, a. 2..
Le créationnisme ne se restreint néanmoins pas aux seuls courants interprétant des textes religieux de façon littérale, mais inclut également le créationnisme Vieille-Terre qui admet que l'univers a bien plus de 6000 ans ; les partisans du dessein intelligent, des courants qui admettent des aspects de la théorie de l'évolution mais en excluent l'Homme ; l'évolution théiste qui admet que l'évolution des espèces a lieu mais qu'elle est dirigée ou influencée par des divinités ou un Créateur qui donnerait naissance à l'univers, au vivant et aux mécanismes leur permettant ensuite d'évoluer par eux-mêmes.
Mouvement créationniste
Le mouvement créationniste trouve ses racines au , en opposition au darwinisme — le débat d'Oxford du 30 juin 1860 constituant le premier affrontement direct entre les darwinistes et leurs opposants. Ces derniers, représentés par l'évêque Samuel WilberforceLuc Perino, Darwin viendra-t-il ?, Le Pommier, 2008, y affirment que le monde a été créé par Dieu en six jours et soutiennent que les théories transformistes s'opposent à la Bible, selon laquelle Dieu aurait créé chaque espèce végétale ou animale de façon individuelle.
Le créationnisme est principalement soutenu au sein du christianisme évangélique, comme une conséquence de la doctrine de l'inerrance biblique et de l'autorité de la Bible. Cette mouvance est associée au littéralisme biblique, qui se fonde sur une lecture littérale de la Genèse et d'autres livres de la Bible, comme les Psaumes, s'opposant ainsi à d'autres courants créationnistes chrétiens.
Au , des créationnistes essaient encore d'apporter des éléments pour défendre leur thèse face à la théorie de l'évolution, mais leurs thèses sont rejetées par la communauté scientifique : ils sortent en effet du champ de la rationalité en invoquant l'intervention miraculeuse de Dieu durant la « semaine de la création ». La démarche est également qualifiée de non-scientifique, car elle est basée sur l'a priori que les faits scientifiques doivent concorder avec les Écritures saintesGuillaume Lecointre, Evolution et créationnismes, Département "Systématique et évolution", Muséum national d'histoire naturelle, Paris..
Deux livres Livre de la Genèse
Le Livre de la Genèse (du grec Γένεσις, « naissance », « commencement », « source », « origine », « cause ») est le premier livre, intitulé en hébreu Bereshit (littéralement, « Dans le commencement »), de la Torah (Pentateuque), donc du Tanakh (la Bible hébraïque) et de la Bible chrétienne. La tradition juive considère qu'il a été écrit sous la dictée divine par Moïse.
La Genèse explique l'origine de l'homme et du peuple hébreu jusqu'à son arrivée en Égypte. Il contient les présupposés et bases historiques aux idées et institutions nationales et religieuses d'Israël, et sert de préface à son histoire, ses lois et coutumes. Le récit originel décrit la création du monde en six jours par Dieu.
Le créationnisme actuel se fondant sur une lecture littérale de la Bible est d'origine récente, et l'interprétation symbolique est plus ancienne.
La grande diversité des interprétations de la Bible dans les différents courants protestants découle d'un des fondements de la Réforme luthérienne : sola scriptura (« seule écriture ») promulguant une relation directe entre le chrétien et la Bible, ouverte à l'interprétation de chaque lecteur.
L'Origine des espèces Sur le plan scientifique, l'exploration de la planète conduit à la découverte d'espèces jusqu'alors inconnues des Occidentaux, et la grande variété du vivant et de la Terre surprend. Aux , des théories scientifiques tentent d'expliquer la géologie de la Terre, en particulier l'uniformitarisme, soutenu notamment par Charles Lyell, qui décrit la création du relief de la Terre par une succession graduelle de transformations naturelles. En biologie, le débat s'ouvre entre les partisans du fixisme, notamment représenté par Georges Cuvier, et les défenseurs du transformisme fondé par Jean-Baptiste de Lamarck. Charles Lyell tente aussi d'accorder les récits bibliques avec l'observation, et explique la diversité du vivant par l'existence de « centres de création » : certaines régions de la Terre possèderaient des espèces très différentes des autres parce qu'elles seraient originaires de centres de création différents à partir desquelles elles auraient colonisé les régions avoisinantes. Lors de son tour du monde sur l'HMS Beagle, Charles Darwin interprète ses observations en suivant les théories de Charles Lyell.
En 1859, Charles Darwin publie l'Origine des espèces (On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life). L'essai introduit une rupture dans la connaissance scientifique des origines de la vie en général et des origines de l'Homme en conséquence, bien que Darwin évite de parler de l'homme dans l'ouvrage. La théorie développée par Darwin en 1859 dans l'Origine des espèces, soutient que les êtres vivants voient leurs caractéristiques biologiques évoluer dans le temps et que le milieu dans lequel vit un groupe d'individus opère une sélection naturelle qui, par la reproduction et la transmission de certains caractères héréditaires, étend l'évolution de ces caractéristiques biologiques à l'ensemble du groupe. Selon cette théorie, il n'y a pas d'entité créatrice qui donne subitement vie à une espèce complètement et définitivement formée.
La tentative d'explication des mécanismes adaptatifs de transformation et de diversification des espèces dans leur milieu par Charles Darwin connut un succès rapide. Les idées de Charles Darwin influèrent sur la recherche scientifique postérieure. Les travaux en paléontologie, en biologie moléculaire et en génétique permirent d'étayer et de développer la théorie de l'évolution. Depuis le milieu du , la théorie darwinienne a obtenu le consensus de la communauté scientifique, mais l'ouvrage de Darwin est diversement reçu par différents courants religieux d'obédience chrétienne ou musulmane. Le débat contradictoire entre créationnisme et évolutionnisme se déplaça rapidement sur le terrain de l'enseignement et dans le domaine législatif. Le débat est toujours actuel dans certains pays, comme aux États-Unis, où l'enseignement de l'évolution dans les écoles publiques de plusieurs États était interdite jusqu'en 1968 et une décision de la Cour suprême qui jugea que cette interdiction contrevenait à la première clause du de la constitution américaine.
Christianisme et créationnisme Protestantisme Sébastien Fath, sociologue, dans son étude des créationnismes en milieu protestant aux États-Unis souligne qu'il est impossible de dégager une tendance et une motivation unique mais définit pourtant quatre orientations principales : Le créationnisme littéraliste, à partir d'une lecture littérale de la Bible, qu'il estime adopté par 15 millions de personnes ; Le créationnisme concordiste, qui cherche un accord entre le texte et la recherche scientifique, qu'il estime à 20-25 millions d'adeptes ; Le créationnisme finaliste, qui adopte l'approche scientifique sans réserve mais en discute la finalité (voir dessein intelligent), tendance qui serait la plus répandue aux États-Unis et la mieux implantée en Europe également ; Le créationnisme théiste, dans lequel Dieu est reconnu comme Créateur mais dont la Création suivrait son cours librement ensuite, avec également environ 20 millions d'adeptesTypologie des créationnismes.
Dans le christianisme évangélique, le créationnisme est soutenu par certains fondamentalistesDavid N. Livingstone, D. G. Hart, Mark A. Noll, Evangelicals and Science in Historical Perspective, Oxford University Press, USA, 1999, p. 234. Par exemple, Answers in Genesis, fondée en Australie en 1986, est une organisation évangélique qui défend cette thèse Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism: Revised and expanded edition, Baylor University Press, USA, 2004, p. 29.. En 2007, elle a fondé le Creation Museum à Petersburg, dans le Kentucky Quentin J. Schultze, Robert Herbert Woods Jr., Understanding Evangelical Media: The Changing Face of Christian Communication, InterVarsity Press, USA, 2009, p. 164. et en 2016 l’Ark Encounter à WilliamstownAlexis Weed, Noah's Ark opens at Kentucky theme park, cnn.com, USA, 7 juillet 2016.
Église catholique et théorie de l'évolution
Avant les développements de la théologie du , l'Église catholique fut nettement défavorable au transformisme. Elle ne le condamna cependant pas. affirme en 1893, dans l'encyclique Providentissimus Deus, la doctrine de l'Esprit saint de la Bible, et, par conséquent, son inerrance :
Selon cette doctrine, la science ne peut donc se montrer en contradiction avec les Écritures saintes, dès lors que celles-ci sont convenablement interprétées.