La bataille de La Rothière a eu lieu le entre une armée française dirigée par Napoléon, et une armée prussienne de hommes commandée par Gebhard von Blücher.
Contexte
Après la bataille de Leipzig, rentre en France avec une armée battue. L'Europe tout entière est à ses trousses : , Prussiens, Autrichiens, Suédois, Bavarois, Wurtembergois, Hollandais, Allemands, et même Suisses franchissent le Rhin et marchent sur Paris pendant qu'Anglais, Espagnols et Portugais franchissent les Pyrénées. Trois armées coalisées forment la menace principale sur le Rhin : La Grande Armée de Schwarzenberg qui franchit le Rhin par la Suisse et marche sur Paris par Langres, Troyes et la rive gauche de la Seine. L'Armée de Silésie de Blücher qui franchit le Rhin à Mayence et marche sur Paris par la Lorraine, Reims et la rive droite de la Marne L'Armée de Suède de Bernadotte qui traverse le Rhin en Hollande et marche sur Paris par la Belgique, Laon et la rive gauche de l'Oise.
Face à ces troupes imposantes, Napoléon, qui commande ses troupes depuis Paris, ordonne le repli général. Les maréchaux Victor (à la tête ), Marmont () et Ney () quittent respectivement Strasbourg, Mayence et Nancy pour rejoindre Châlons-sur-Marne. Le maréchal Mortier () est lui aussi contraint d'évacuer Langres et se replie sur Troyes. Enfin le maréchal Macdonald est prié d'abandonner ses positions entre Cologne et Nimègue pour gagner à marches forcées Châlons-sur-Marne où se rassemblent également sous les ordres du général Gérard.
Le , Napoléon quitte Paris et vient prendre le commandement direct des troupes rassemblées à Châlons-sur-Marne (comprenant tous les corps, à l'exception de celui de Macdonald qui n'est pas encore arrivé). Le 25, il donne une nouvelle organisation à son armée. Le 26, il fait un mouvement en avant sur Vitry-le-François où il rejoint Ney et Victor qui formaient l'arrière-garde de l'armée française. Ce mouvement met fin à un mois de repli continu sans combats d'envergure et marque le véritable début de la campagne de France.
Le , Napoléon attaque l'armée de Blücher à Saint-Dizier, mais ce dernier, au lieu de livrer bataille, opère un mouvement au sud-est en direction de Brienne. Contrairement au plan de Napoléon, le Prussien a préféré refuser la bataille et abandonner sa ligne de communication avec ses renforts venus de Mayence, afin de faire sa jonction avec la Grande Armée de Schwarzenberg qui se trouvait au même moment à Bar-sur-Aube. La première manœuvre de Napoléon est donc un échec car il pensait pouvoir maintenir les deux armées ennemies séparées. Les 28 et , Napoléon décide donc de regrouper son armée sur Troyes afin de se placer face aux deux armées coalisées réunies. Il quitte Saint-Dizier et marche sur Brienne où il livre bataille le contre une partie des troupes de Blücher qui se replie sur Bar-sur-Aube. Dans sa marche de Saint-Dizier vers Brienne, Napoléon a envoyé le corps de Marmont sur Joinville afin d'y fixer les troupes bavaroises du général Wrede et éviter de se faire prendre sur son flanc est.
Ainsi le , Napoléon se trouve à Brienne avec les troupes de Victor et de Ney ainsi que celles de Gérard. Mais il ne peut continuer sa marche sur Troyes car le pont de Lesmont a été détruit et de plus Marmont est toujours à Joinville. Un repli de l'armée principale conduirait à la perte de ce corps détaché. Napoléon décide donc de prendre une position défensive en avant de Brienne pour gagner le temps nécessaire à la reconstruction du pont de Lesmont et à la jonction des troupes de Marmont.
Pendant ce temps, au quartier général des forces coalisées à Bar-sur-Aube, le commandant en chef des troupes coalisées, Schwarzenberg, hésite sur la marche à suivre. Il pense que Napoléon comme à son habitude cherche une bataille générale. L'Autrichien est prêt à la lui donner mais il préfère se replier pour se battre à Langres afin de rallier toutes ses troupes de l'arrière. Blücher, soutenu discrètement par le tsar et le Roi de Prusse , veut au contraire prendre l'offensive au plus vite et bousculer la faible armée de Napoléon avant que celui-ci ne rallie davantage de troupes. Schwarzenberg finit par céder et laisse le commandement de la bataille à Blücher.
Les plans et forces en présence
L'armée française
Commandant en chef : Napoléon Bonaparte
Aile droite : Général Étienne Maurice Gérard. Avec la division de cavalerie Picquet (640) au bord de la rive droite de l'Aube au niveau de La Rothière, la division d'infanterie Dufour () à l'ouest de La Rothière et la division d'infanterie Ricard () en réserve derrière Dufour.
Centre : Maréchal Victor, Duc de Bellune. Avec la division d'infanterie Duhesme () dans le village de La Rothière, la cavalerie du général Milhaud composée des divisions Hippolyte Marie Guillaume de Rosnyvinen, comte de Piré (870), André Louis Élisabeth Marie Briche () et Lhéritier () en ligne entre La Rothière et Petit-Mesnil et une seconde division d'infanterie () occupant La Gibrie, Petit-Mesnil et Chaumesnil. En réserve du centre, la cavalerie du Général Étienne Marie Antoine Champion Nansouty formée des 3 divisions Desnouettes (850), Colbert (880) et Guyot (750) se trouve en arrière de La Rothière.
Aile gauche : Maréchal Marmont, Duc de Raguse. Le corps de Marmont, composé de la division d'infanterie Lagrange () et celle de cavalerie de Jean-Pierre Doumerc (), est en marche depuis Montier-en-Der en direction de Morvilliers. Et est poursuivi depuis deux jours par les troupes du Bavarois De Wrede. Il ne prendra ses positions de bataille à Morvilliers que vers 10 heures.
Réserve : Maréchal Ney, Prince de la Moskowa. Avec les divisions de la Garde impériale Henri Rottembourg () à l'ouest de Beugné, Pierre Decouz () en arrière de Beugné et Meunier à l'est de Beugné. Enfin la division de cavalerie de la Garde impériale du général Defrance (800) est à Lesmont, couvrant la reconstruction du pont.
Napoléon, on l'a vu, ne cherche qu'à gagner du temps pour se replier sur Troyes par le pont de Lesmont. Déjà toute la journée du , Napoléon a craint une attaque des coalisés qui n'est jamais venue. Il espère donc ne pas avoir d'avantage à livrer bataille le mais il est tout de même contraint de prendre une position étendue et loin en avant de Brienne car c'est la seule qui lui permette de bloquer les débouchés de Trannes à La Rothière et ainsi éviter à l'armée coalisée de se déployer dans la plaine de Brienne et de profiter de son surnombre.
L'armée coalisée
Commandant en chef : Feld-Maréchal Gebhard Leberecht von Blücher
Aile gauche : Général Ignácz Gyulay (commandant du de l'armée de Bohême), avec les divisions d'infanterie Creneville (), Hohenlohe () et (), est derrière Trannes. Il doit marcher sur la gauche de La Rothière.
Centre : le de l'armée de Silésie du général Fabian Gottlieb von Osten-Sacken, avec les divisions Chtcherbatov () et (), est à droite de Trannes, sur la plateau et doit attaquer La Rothière avec le soutien des cosaques de Vassiltchikov. Le de l'armée de Silésie du général Olsoufiev, avec deux divisions russes (), est en arrière de Trannes et doit soutenir le général Sacken dans son attaque sur La Rothière. La cavalerie des cosaques de Silésie Karpov () et Biron () entre Beaulieu et le bois de Beaulieu doit assurer la jonction avec la droite
Aile droite : le de l'armée de Bohême du Prince Eugène de Wurtemberg, avec les troupes de Franquemont (), est derrière Eclance et doit marcher sur Petit-Mesnil. Le de l'armée de Bohême du général Carl Philipp von Wrede, avec la division Johann Maria Philipp Frimont () et Wrede (), arrive par la route de Soulaines, à la poursuite du corps du Duc de Raguse sur Chaumesnil
Réserve : les grenadiers du de la Garde impériale russe du général Nikolaï Raïevski () et la cavalerie de la garde russe de Vassili Klementievitch Kretov () sont à droite de Bossancourt et doivent servir de réserve pour les points menacés.
En seconde réserve, les gardes austro-russes du Général Barclay de Tolly () sont à Bar-sur Aube et le de l'armée de Bohême du () à Vendeuvre-sur-Barse ne participeront pas à la bataille.
Blücher dispose donc de hommes et cavaliers avec une réserve de . Ses troupes sont ramassées dans l'étroit défilé de Trannes de la sorte qu'elles ne pourront toutes combattre en même temps. Blücher sait qu'il n'a pas droit à l'erreur et ne veut prendre aucun risque. Il veut dans un premier temps chasser les Français de La Rothière et Petit-Mesnil afin de pouvoir dans un second temps se déployer face à Brienne où Blücher pense que se trouve le gros de l'armée française. Car Blücher surestime grossièrement la force de l'armée française. Il pense avoir plus de hommes devant lui là où il n'y en a guère plus de . Le commandant prussien va donc donner l'ordre de prendre La Rothière et Petit-Mesnil pour l'après-midi du afin de préparer une grande bataille sur Brienne le lendemain.
La bataille On l’a vu, Blücher ne veut que repousser les Français de leurs positions en avant de Brienne afin de pouvoir déployer son armée dans la plaine pour la grande bataille qu’il ne prévoit que le lendemain. C’est pourquoi il ordonne que l’attaque ne commence qu'à midi précise et pas avant. Il veut attendre l’arrivée de De Wrede et celle des réserves. De son côté, Napoléon, qui espère toujours ne pas avoir à livrer bataille, se réjouit de voir qu’à 11 heures, les hostilités n’ont toujours pas commencé et que Marmont est déjà en position. La retraite va pouvoir commencer. La neige qui tombe abondamment couvrira le mouvement de repli. Napoléon donne aussitôt les ordres pour le départ. La Garde Impériale de Ney est mise en marche en direction de Lesmont. Les autres corps sont priés de rassembler leurs bagages. Mais un peu avant 12 heures, les avant-postes signalent un nombre important de colonnes qui marchent sur La Rothière. Napoléon se précipite aux avant-postes et, sans doute à la faveur d’une éclaircie, parvient à distinguer nettement le mouvement de l’armée ennemie. Plus question alors de se replier au risque de se faire attaquer pendant le passage du pont. Il ordonne à Ney de faire marche arrière au plus vite et de reprendre ses positions. Pour Napoléon, une attaque en début d’après-midi ne présage pas une grande offensive. Il va donc tenir la position et attendre la tombée de la nuit.
La bataille va se dérouler sur quatre points principaux : Gérard va affronter Giulay à Dienville, Victor va faire face à Sacken, Olsoufiev et Wurtemberg entre La Rothière et Petit-Mesnil et Marmont va devoir affronter De Wrede au niveau de Morvilliers.
Combat de Dienville