Léon Weissberg est un peintre polonais, qui a fait partie de la première École de Paris. Il naît à Przeworsk, (Galicie, Empire austro-hongrois) le .

Il étudie la peinture à Vienne avec Kokoschka, sert dans l'armée autrichienne durant la Première Guerre mondiale, découvre à Berlin l'expressionnisme allemand, fait un grand voyage en Italie et s'installe à Paris en 1923, rencontre le succès dans les années 1930.

Il est arrêté en , à Entraygues-sur-Truyère, près de Rodez, interné au camp de Gurs puis de Drancy et déporté de Drancy, le , par le . Il meurt le , au camp d’extermination nazi de Majdanek/Sobibor, Pologne, à l’âge de .

Biographie Empire Austro-Hongrois Le père de Léon Weissberg, Süssman Weissberg, est un notable de la ville de Przeworsk en Galicie, juriste juif respectéSon portrait était toujours en place en 2015 au centre de la salle du conseil municipal de la ville de Przeworsk. et l'adjoint du maire.

Enfance Léon commence ses études à l'âge de ; il est pensionnaire au lycée classique de Vienne. Il est remarqué pour ses dons en dessin, en musique et en littérature ; il suit des cours de violon au Conservatoire de Vienne. Il affirme alors son désir de peindre.

Moraliste et religieux, son père s'oppose à la vocation de son fils.

À Przeworsk, les vacances se passent dans une maison en pierre de taille. Le père partage son temps entre la mairie, son cabinet de conseil juridique et ses petites entreprisesUne fabrique d'eau gazeuse et une imprimerie.. La famille possède une ferme dans les environs, où vit sa grand-mère, Liebe Weissberg, qui encourage les dons de l'enfant et lui fournit des livres.

Autriche Bohème à Vienne À , Léon Weissberg affirme sa vocation. Le jour de sa Matura (diplôme de fin d'études secondaires), il quitte le lycée. Il est reçu à l'Académie des beaux-arts de Vienne. Il suit le cours de Kokoschka aux arts appliqués. Son père lui coupe les vivres.

En 1911, il commence les beaux-arts où il étudiera trois ans. À Vienne, le monde des arts et des lettres cotoie l'antisémitisme virulent de l'aristocratie et l'armée. Sans ressources, il connaît la misère et la solitude, lutte pour survivre et poursuivre ses études, soutenu par sa grand-mère et sa mère. Il joue du violon dans un cabaret, donne des leçons d'allemand, exécute des travaux de bureau et ira, la nuit, porter des pierres à dos d'homme au chantier de reconstruction de l'Opéra endommagé par un incendie.

Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, Weissberg sert dans l'armée autrichienne comme courrier d'un général. Allemagne Berlin En , son père l'accueille et lui pardonne ses incartades. Il veut l'envoyer étudier le droit à Berlin. Il tente de le marier à la fille d'un de ses amis. Léon Weissberg s'inscrit à la faculté de droit. Arrivé à Berlin, il mesure son erreurPhilippe Soupault, Léon Weissberg, peintre, Weissberg, Repères biographiques, ib. , et renvoie son chèque au beau-père présumé. Avec l'argent de son père, il achète des toiles et des couleurs ; son père ne lui pardonnera pas.

Influences À Berlin, Weissberg rencontre des jeunes artistes, découvre l'expressionnisme allemand, le Blaue Reiter, les suprématistes et post-cubistes.

Cinéma & Théâtre Il se lie avec des écrivains, des cinéastes (Ernst Lubitsch) et des comédiens (Marlene Dietrich), il fait de la figuration, écrit une pièce de théâtre, La Paix et la GuerreIl fera traduire la pièce en français, à Paris en 1936, mais les manuscrits disparaîtront durant la Seconde Guerre mondiale, sans avoir été édités.. Elle est représentée avec quelque succès, et aurait été adaptée au cinémaMarie Ber Warszawski, « Léon Weissberg » dans L. Weissberg Catalogue raisonné, , .. Il peint avec ardeur.

Munich Il finit son éducation artistique à l'Académie royale de peinture de MunichWeissberg, « Repères biographiques », , . pendant deux ans. Il peint et vend quelques tableaux : des portraits sur commande, des fleurs, des natures mortes. Quatre de ces œuvres survivrontElles sont inscrites et reproduites dans le Catalogue raisonné Weissberg et son Supplément.. Il visite la Pinacothèque et ses collections de peintres français, la galerie de Dresde et la peinture allemande.

Le grand Tour En 1922, il termine ses études, et entreprend un voyage rituel : il part pour l'Italie, à pied, par le Tyrol. À Venise, il est invité sur un yacht, visite Florence et Rome, revient par la Hollande, où il découvre Rembrandt. Jean-Marie Dunoyer conclut :

France Paris À l', Weissberg arrive gare du Nord à Paris, à du matin, et se rend au café de La Rotonde à Montparnasse, rencontre le peintre Sigmund Menkès, venu de Galicie un an plus tôt, qui l'héberge la première nuit. Les deux peintres deviennent amisSigmund Menkès, Lettre à Hersch Fenster du , trad. du yiddish par la Bibliothèque Medem, Paris, publiée par K. M. Ritter dans « Parcours », École de Paris, le groupe des Quatre, : Citée par Lydie Lachenal, « 1923...», Exposition anniversaire Léon Weissberg (1895-1943), .

Montparnasse Weissberg loue une chambre-atelier rue Campagne-Première au et arpente Paris, la « capitale des Lumières et des arts ». Il s'éprend de la ville et de ses années folles d'après-guerre, des habitants accueillants, de Montparnasse, se fait des amis aux terrasses des cafés ; il fréquente ces salons en plein air, peuplés d'écrivains et d'artistes de tous pays, qui, devant un café-crème, discutent de l'art et des choses de la vie. Weissberg ne s'attarde pas, jette un coup d'œil aux journaux du râtelier, puis retourne à sa peintureHersch Fenster, Nos Artistes martyrs, « Léon Weissberg » , Abécé, 1951, traduction française de J. Gluckstein et Th.Weissberg, extrait repris dans Weissberg, Catalogue raisonné, , Extrait repris in École de Paris, le groupe des Quatre, , ..

Atelier Il peint en solitaire dans sa chambre-atelier : des natures mortes, les rues de Paris, la belle Marie et des portraits de ses amis. Pour se détendre, il joue du violon ou va visiter un musée familier : le musée du Luxembourg expose Van Gogh, Renoir et les impressionnistes. Il s'attarde au jardin et à la fontaine Médicis, où plus tard il promènera sa fille LydieSouvenirs de Lydie Lachenal, fille de Léon Weissberg.

Fréquentations C'est un jeune homme blond, mince et élancé, le front haut, les traits fins, d'une élégance naturelle ; ses yeux bleus, ont « conservé la lumière de l'enfance », se rappellent ses contemporainsHersch Fenster, Nos Artistes martyrs, « Léon Weissberg » , .. À la terrasse de la Rotonde puis du Dôme, il fait des rencontres d'artistes, renommés ou non. Aimable et spirituel, il devient une figure de Montparnasse, aux côtés des peintres Dobrinsky, Henri Epstein, Foujita, Kikoïne, Kisling, Kramsztyk, Mané-Katz, Mendjizky, Menkès, Pascin, Soutine, Sterling, les sculpteurs Indenbaum, Kogan et Chana Orloff, l'écrivain Oser Warszawski et les nouvelles célébrités, Picasso, Matisse, Chagall, Eugène Zak.

Salon d’Automne En 1925, Weissberg expose au Salon d'Automne ses natures mortes. En décembre, il présente un important ensemble d'œuvres à la galerie de Sliwinski Au Sacre du Printemps — au sein du « Groupe des Quatre » qu’il forme avec Menkès, Aberdam et Weingart à Montparnasse. Cette année 1925, Léon Weissberg rencontre Marie BerElle est la sœur de Fela Ber, épouse du peintre Isaac Antcher, et du Dr Charles Ber, mécène et collectionneur d'art. à La Rotonde. Le soir même, il l'invite au Bal Nègre. Il l'épouse en 1927 à Paris, ils auront une fille, Lydie. Il annonce cette naissance à Przeworsk.

Réconciliation Son père vient à Paris pour faire la connaissance de l'épouse de son fils et de sa petite-fille. Il découvre les difficultés financières du ménage et leur remet une somme d'argent importante. Une nouvelle relation père-fils s'établit, par correspondance, et se poursuivra jusqu'au décès de Süssman Weissberg, en 1938.

Démarrage À Montparnasse, le professeur KivéliovitchIl est le fondateur et directeur des éditions d'art du Triangle, 8, rue Stanislas. achète à Weissberg plusieurs toiles et quelques dessins. Un collectionneur américain emporte la production d'une année. Le frère de Marie, le Charles Ber, médecin à Bagneux, lui commande, en 1925, les portraits de sa mère et de ses enfants et, fin 1928, lui signe un contrat d'un an et acquiert de nombreuses toiles du peintre.

Weissberg expose La Mariée juive (1926), avec succès au Salon d'Automne, puis, en 1929 à la Galerie Bonaparte de Chil AronsonChil Aronson, « Léon Weissberg », dans Bilder und Geshtaltn fun Montparnasse, (Images et Figures de Montparnasse), , ., et plusieurs toiles dans des galeries de la Rive gauche.

Il peint la même année le portrait de Leopold Zborowski, le poète polonais, ami de Modigliani et grand marchand d'art de l'École de Paris. Ses carnets mentionnent une dizaine de toiles achetées à Weissberg.

Succès Léon Weissberg est soutenu par Leopold Zborowski et la galerie Zak, fondée en 1928 par Jadwiga ZakElle est l'épouse du peintre Eugène Zak, mort en 1926., située au 16, rue de l'Abbaye, face à la place et à l'église St-Germain-des-Prés. À la galerie, qui devient son marchand en 1928, il rencontre Giacometti, André Derain, Charles Despiau et Georges Rouault, dont il aime la spiritualité.

Le courtier de la galerie, Vladimir Raykis, restera son ami. En 1946, à la nouvelle de la mort en déportation de Jadwiga Zak et de son fils Jacques, Raykis devient directeur de la galerie Zak après la guerre ; il témoignera de l'arrestation de Weissberg.

Crises Weissberg connaît une notoriété croissante jusqu'à ce qu'au début des . Lors de la crise, les ventes se font rares. Weissberg ira décharger des camions aux Halles. Son épouse de Weissberg s'éprend de leur ami, l'écrivain Oser Warszawski. Le couple se sépareMarie épousera Warszawski à Rodez en 1942..

Saint-Paul-de-Vence Weissberg part en 1933 à Saint-Paul-de-Vence, rendez-vous de gens du monde et de quelques artistes. Sur la suggestion de Maurice Mendjizky, il a été invité par Paul Roux, l'aubergiste de La Colombe d'or. Ce collectionneur fait payer sa pension en tableaux. Weissberg accepte l'offre et part avec sa fille, Lydie, âgée de , qu'il gardera avec lui toute l'année.

À la Colombe d'or, il se lie avec Michel Fontaine, un futur diplomate. Il lui offre et lui dédicace des toiles . Fontaine lui achète la Vue de Saint-Paul-de-Vence.

Il reçoit les visites de Maurice Mendjizky et de Roman Kramsztyk, qui fait son portrait Léon Weissberg à l’accordéon. L'année suivante, il déménage dans un appartement prêté par M. Roux, rue Grande, au-dessus de l'atelier de l'artisan du village, un artiste du bois d'olivier.

Paris — Bruits de bottes En 1935, il rentre à Paris, et s'installe avec sa fille, Lydie, dans l'ancien atelier d'Henri Rousseau « le Douanier », au rez-de-chaussée du 2 bis, rue Perrel dans le . Menkès en partance pour New York, lui a cédé le lieuAprès la guerre, le peintre Victor Brauner lui succèdera..

Malgré les persécutions antisémites en Allemagne nazie, et les bruits de botte en Europe, Weissberg reste optimiste, et ne croit pas à la guerre.

Chil Aronson a raconté, dans son ouvrage Bilder und Gestalten von Montparnasse (Images et figures de Montparnasse, 1963)Chil Aronson, Images et figures de Montparnasse (Bilder und Geshtaltn fun Montparnasse), « Léon Weissberg » , éd. Abécé, 1963, traduction française de Batia Baum et Lydie Lachenal, extraits repris dans École de Paris, le groupe des Quatre, , . comment Léon Weissberg a créé, avec son concours, la première Association des artistes juifs de Paris. En marge de l'Exposition internationale de 1937 et du Congrès international de la culture juive, les délégués américains au Congrès le retrouvaient chaque jour, à la terrasse du café du Dôme, ainsi que quelques artistes, tels Chagall.

Le , la Seconde Guerre mondiale est déclarée. Weissberg se porte volontaire dans l'armée polonaise. Il ne sera pas admis en raison de la limite d'âge.

Invasion et exode