La politique étrangère du Soudan est l'ensemble des liens diplomatiques entretenus par la république du Soudan, ainsi que l'ensemble des principes, orientations, programmes, ententes, institutions et actions qui caractérisent ses relations extérieures. Le Soudan a proclamé son indépendance le .
Le Soudan est membre des Nations unies, de l'Union africaine, de l'Organisation de la coopération islamique, de la Ligue arabe et de l'Autorité intergouvernementale pour le développement, qui inclut aussi Djibouti, l'Éthiopie, le Kenya, la Somalie, l'Ouganda et le Soudan du Sud qui a pris son indépendance du Soudan le .
Pays d'Afrique de l'Est bordant la mer Rouge, le Soudan est au croisement de zones géographiques, ethniques et culturelles, à la fois africaines et arabes, et influencé par des puissances étrangères parfois antagonistes : ses principaux voisins africains l'Égypte, l'Éthiopie, le Tchad et le Soudan du Sud, mais aussi les pays arabes du Golfe et la Chine qui sont les principaux investisseurs étrangers et créanciers de Khartoum.
Gouverné pendant par une junte militaire islamiste avec à sa tête le président Omar el-Bechir, le Soudan a fait l'objet du milieu des années 1990 à la fin des années 2010, de sanctions internationales économiques et financières qui pénalisent fortement son économie et son commerce extérieur. Depuis la fin des années 2010, marquées par une révolution qui mène au renversement d'Omar el-Bechir en , le Soudan réintègre peu à peu la communauté internationale, renouant notamment des relations diplomatiques avec les États-Unis et Israël.
Le , après une transition démocratique d'environ trois ans, un nouveau coup d'État mené par le général Abdel Fattah al-Burhan réinstaure une dictature militaire, privant le Soudan d'aides financières internationales qui avaient été débloquées à la suite du renversement d'Omar el-Bechir. Toutefois, le nouveau régime soudanais parvient à préserver l'essentiel des relations diplomatiques renouées par le Soudan pendant sa courte période démocratique, tout en consolidant des alliances avec l'Égypte, les pays arabes du Golfe, et même Israël.
Chronologie des relations
Premières années après l'indépendance Le Soudan proclame son indépendance du Royaume-Uni le . En 1958, le général Ibrahim Abboud, soutenu par l'ancienne puissance coloniale britannique, prend le pouvoir par un coup d'État militaire, jusqu'à son renversement par une insurrection populaire en 1964. Sur le plan international, cette période est marquée par l'amélioration des relations avec l'Égypte, avec qui le Soudan signe les accords de 1959 sur le partage des eaux du Nil, faisant accepter le projet du barrage de Roseires en contrepartie des terres perdues côté soudanais par l'agrandissement du barrage d'Assouan.
Un conseil de souveraineté est mis en place pour organiser sa succession, auquel l'homme d'affaires Ismaïl al-Azhari prend la tête en . Le pays traverse une courte période démocratique entre 1964 et 1969, mais celle-ci est aussi marquée par l'aggravation des combats dans le sud du pays où les rebelles chrétiens sont en lutte contre le gouvernement de Khartoum.
Sous le régime de Gaafar Nimeiry (1969-1985) Le , avec quatre autres officiers, le colonel Gaafar Nimeiry, commandant la garnison de Khartoum, renverse le Conseil de souveraineté d'Ismaïl al-Azhari et prend le pouvoir. Il devient officiellement président soudanais en 1971 avec l'appui de ses voisins libyen et égyptien, ainsi que celui de l'ancienne puissance coloniale britannique.
alt=Homme en costume et cravate de profil, photo en noir et blanc|vignette|Gaafar Nimeiry, président soudanais de 1971 à 1985.
Dans le contexte de guerre froide des années 1960, les pays arabo-musulmans nouvellement indépendants sont divisés en deux tendances principales. D'une part, les pays inspirés par le socialisme arabe suivant l'exemple de l'Égypte de Gamal Abdel Nasser proche de l'Union soviétique, sachant que toute position défavorable à l'Occident attirait alors un soutien automatique de Moscou. D'autre part, les pays favorables aux États-Unis, et dont l'islamisation est souvent au centre de leur politique intérieure. Le Soudan est dans cette deuxième catégorie sous Gaafar Nimeiry, dont la gouvernance est marquée par une politique internationale pro-occidentale et favorable à la Chine de Mao Zedong alors rivale de l'Union soviétique, tandis qu'il tente d'imposer la charia au Soudan. Cette islamisation forcée attise les tensions avec le sud du pays chrétien en guerre de sécession depuis l'indépendance du Soudan, mais Gaafar Nimeiry négocie un accord de paix signé à Addis-Abeba en , octroyant au Sud un statut de semi-autonomie.
Quelques années plus tard, il décide toutefois de révoquer l'autonomie du sud du pays pour en exploiter les ressources naturelles, après la découverte de gisements pétroliers en 1979 par la compagnie américaine Chevron et le creusement du canal de Jonglei (abandonné depuis) par la société française des Grands travaux de Marseille. Cette décision mène à la seconde guerre civile, marquée par une implication croissance de l'Éthiopie voisine devenue communiste à la suite de la prise de pouvoir de Menguistu Hailé Mariam en 1974 aux côtés des rebelles du Sud, et un soutien américain croissant à Khartoum. Pendant les huit années suivantes, le Soudan est considéré comme un théâtre d'affrontement entre les blocs de l'Est et de l'Ouest à l'instar du Viêt Nam, mais cette analyse exagère l'implication de Moscou qui n'avait que peu d'intérêt pour ce conflit. Cette reprise des affrontements est marquée par la défection de l'armée soudanaise du colonel chrétien John Garang avec son bataillon durant , qui crée le principal groupe armé rebelle, l'Armée populaire de libération du Soudan.
Le , confronté à des contestations croissantes et à des revers militaires dans le sud du pays, Gaafar Nimeiry est renversé par un coup d'État alors qu'il est à Washington. Un nouveau gouvernement lui succède, toujours pro-occidental, mais démocratique, à la tête duquel Sadeq al-Mahdi est élu Premier ministre. Ce dernier parvient à négocier un nouveau cessez-le-feu avec les rebelles du Sud, et s'accorde avec la communauté internationale pour organiser l'arrivée d'aide humanitaire dans les zones de guerre. Mais le Soudan, avec une dette extérieure de d'euros est en cessation de paiements, tandis que la famine touche plusieurs millions de personnes.
Sous le régime d'Omar el-Bechir (1989-2019) En 1989, un coup d'État renverse le gouvernement de Sadeq al-Mahdi et ramène au pouvoir un gouvernement militaire et islamiste dirigé par Omar el-Bechir et Hassan Al-Tourabi. Mais alors que la guerre froide prend fin, la lutte contre le communisme n'est plus la priorité des États-Unis. La chute du régime communiste éthiopien en 1991 marque d'ailleurs un dur revers pour les rebelles du sud du Soudan, qui se retrouvent sans allié extérieur entre 1991 et 1993.
vignette|Omar el-Bechir, chef d'État autocrate du Soudan entre 1989 et 2019.|alt=Homme africain de profil avec des lunette et un costume
En , alors que le terroriste islamiste saoudien Oussama Ben Laden vit à Khartoum (jusqu'en 1996), le département d'État américain inscrit le Soudan sur la liste noire des « États soutenant le terrorisme », aux côtés de la Syrie, de l'Iran et de la Corée du Nord. Quatre ans plus tard, le pays est soumis à de sévères sanctions américaines économiques et commerciales qui affectent fortement son économie. En réaction à ces sanctions, le Soudan se rapproche des pays arabes du Golfe et de la Chine, et réussit à survivre grâce à des investissements chinois à partir de 1999 dans le développement de son industrie pétrolière. L'armée soudanaise au pouvoir pompe au moins 80 % du budget national.
En 2003, des tensions ethniques dégénèrent dans la guerre dans la région ouest du Darfour, provoquant une guerre qui fait près de entre 2003 et 2020. L'Union africaine fonde en 2005 une « mission pour le Soudan » pour intervenir et régler ce conflit, remplacée depuis lors par la mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour. En , en raison de cette guerre civile, le président autocrate du Soudan Omar el-Bechir est la cible d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale qui l'accuse de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre au Darfour. Mais la Ligue arabe et l'Union africaine refusent de donner suite au mandat, à la suite duquel le chef d'État soudanais visite la Libye., le Qatar., l'Égypte., le Tchad, Djibouti., le Kenya., la Chine., l'Afrique du Sud, l'Ouganda, l'Inde. ou encore la Russie sans être inquiété.
Mais parallèlement, mis sous pression croissante par les États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York commandités par Oussama Ben Laden, Omar el-Bechir renonce à la guerre avec le Sud du pays à qui il accorde un État indépendant, le Soudan du Sud. En 2011, la partition du pays enlève au Soudan plus de de sa superficie et plus des trois quarts de ses ressources pétrolières, et affaiblit son économie. Khartoum voit une partie de ses relations (notamment avec l'Inde et la Chine) affaiblie en raison des pertes d'opportunité d'investissements étrangers qu'implique cette sécession, et devient davantage dépendant de ses bailleurs de fonds étrangers. Le Soudan du Sud, désormais pays étranger, devient, malgré des conflits persistants sur la délimitation de la frontière, un partenaire économique du Soudan par où transitent les oléoducs permettant à Djouba d'exporter son pétrole vers la mer, via la ville de Port-Soudan.
En , le président américain Donald Trump lève officiellement les sanctions économiques imposées par les États-Unis au Soudan, après leur levée temporaire par son prédécesseur Barack Obama. Un an plus tard, la révolution soudanaise commence et conduit à la destitution d'Omar el-Bechir en .
Révolution, transition démocratique, et réintégration internationale (2019-2021)
En , un gouvernement de transition est mis en place, dirigé par l'économiste et haut fonctionnaire à l'ONU Abdallah Hamdok, qui nomme Asma Mohamed Abdallah à la tête de la diplomatie du Soudan. L'un des principaux défis de , qui a étudié aux États-Unis, est de faire avancer les négociations avec Washington pour obtenir le retrait du Soudan de la liste noire américaine des « États soutenant le terrorisme ». Cet objectif est rempli un an plus tard lorsque le président Donald Trump, avant de quitter la Maison-Blanche, retire officiellement le Soudan de cette liste. En 2020, le Soudan noue des relations diplomatiques avec les États-Unis et Israël, et rehausse ses relations avec plusieurs pays occidentaux européens ainsi qu'avec le Canada.
vignette|Abdallah Hamdok, économiste et haut fonctionnaire à l'ONU, Premier ministre soudanais entre 2019 et 2021.|alt=Homme africain souriant en costume et cravate, de face
En , une autre femme succède à Asma Mohamed Abdallah au poste de ministre des affaires étrangères, Mariam al-Mahdi., fille de l'ancien Premier ministre Sadeq al-Mahdi, renversé par Omar el-Bechir. Le pouvoir au Soudan est alors partagé entre les civils et les militaires, les Forces de la liberté et du changement (FFC) et les généraux du conseil militaire de transition (TMC) tombeurs d'Omar el-Bechir. Dans ce contexte, les décisions quant à l'orientation de la politique étrangère du Soudan sont parfois sujettes à controverses, comme lors de la rencontre entre le général Abdel Fattah al-Burhan et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en , organisée par les dirigeants militaires, sans l'accord des civils. Durant la crise avec l'Éthiopie en 2020, toutefois, les deux composantes du pouvoir soudanais s'articulent de manière complémentaire : les militaires organisent les offensives et la dissuasion, les civils les pourparlers.