Le mot halal désigne ce qui est licite dans l'islam, en opposition à ce qui est haram (c’est-à-dire interdit). Plus précisément, « le terme halal fait partie d'une série de cinq catégories, signifiant ce qui est licite (autorisé) ou, plus précisément, ce qui n'est pas interdit, réprouvé, commandé ou obligatoire. En d'autres termes, tout produit peut potentiellement devenir halal ». Florence Bergeaud-Blackler, une référence en matière de marché halal, distingue au moins deux grands usages : l'usage savant (halal théologique) et l'usage commercial (halal comme qualité). Dans cet article, nous aborderons la marchandisation des produits alimentaires halal au Québec. Nous nous concentrerons sur la certification, le débat qui a eu lieu dans l’actualité québécoise (en se basant sur la presse écrite) et le phénomène économique lié à la production halal.

Certifications halal Québec et Canada En , les médias annoncent que le gouvernement fédéral va faire un pas dans la direction d'une réglementation des produits halal.

Le Halal dans le Coran et dans la religion musulmane Il y a deux passages dans le coran qui mentionnent de la nourriture licite: « Ô vous, les hommes ! Mangez ce qui est licite et bon sur la terre ; […] » Sourate II, verset 168 ; « Ô vous qui croyez ! Ne déclarez pas illicites les excellentes nourritures que Dieu vous a permises. Ne soyez pas les transgresseurs. – Dieu n’aime pas les transgresseurs – Mangez ce que Dieu vous a accordé de licite et de bon. Craignez Dieu, puisque vous croyez en lui ! » Sourate V, verset 87 et verset 88.

Dans la sourate V, la traductrice (Masson) utilise le terme halal comme une opposition du terme haram. Masson explique que le terme halal fait aussi « [a]llusion à l'usage, courant en Arabie, de suspendre au cou des animaux choisis pour être sacrifiés des courroies de cuir, des cordons ou des guirlandes indiquant leur destination […] »..

Dans l'Islam, il existe cinq catégories dites de l'action. Bergeaud-Blackler énumère les cinq catégories et leur trouve un équivalent en langue française. « [...] l'éthique islamique adopte [...] vers le siècle, un système de catégorisation des actes, [...] qui est désigné par al-aḥkām al-khamsa, les cinq catégories de l'action. Cette échelle distingue : 1° l'obligatoire (wājib); 2° le recommandé (mandūb); 3° le licite/indifférent (mubāh ou jāٰiz); 4° le répréhensible (makrūh) ; 5° l'interdit (ḥarām). Au milieu de cette échelle, mubāḥ peut se traduire par « neutre » et désigne ce sur quoi rien n'est dit, qui est licite par nature. ».

Avant la certification Avant qu'il y ait une réglementation au Canada sur les produits halal, il n'y avait pas de vérification faite lorsqu'une compagnie apposait le terme halal sur leurs produits. En 2012, dans le journal Le Soleil, il y a un article écrit par Jean-Marc Salvet sur l'insistance du Québec auprès du gouvernement fédéral sur l'identification des produits halal. En effet, Salvet explique alors que le gouvernement provincial trouve qu'il y a une urgence dans le problème de l'étiquetage des produits halal. L'article mentionne aussi qu'à l'époque l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) cherchait une façon de règlementer le marché halal. Dans un article paru dans La Presse en 2011, il était déjà question que l'ACIA règlemente le marché halal.

La certification halal Le , le gouvernement du Canada et plus précisément l'ACIA ont publié un avis de modification du règlement sur les produits de consommation halal. À partir de cette date, le nom de l'organisme de certification halal doit être inscrit sur l'emballage des produits concerné. Ce règlement (règlement sur les aliments et drogues) fût de nouveau modifié le . En effet, Ottawa publia un nouvel avis à l'effet qui est différent sur trois points comparé au précédent. D'abord, « [à] compter du , les nouvelles exigences relatives à l'étiquetage et à la publicité concernant les produits halal seront appliquées à la suite d'une période de transition de deux ans. » Ensuite, comme dans la modification précédente, le nom de l'organisme doit être inscrit, mais cette fois-ci on ajoute un « ou » pour le nom de la personne qui aurait certifié les aliments. Pour terminer, l'utilisation du terme halal sur les aliments devient facultative.

Le halal dans l'actualité québécoise La nourriture halal au Québec à plusieurs reprises. L'année 2012 a été particulièrement prolifique sur cette question-là. En effet, un grand débat fût lancé lorsque le Le Journal de Montréal publia un article intitulé Tous les Québécois mangent halal. Ce fut le début d’une grande médiatisation sur les techniques d'abattage rituel, mais aussi sur la demande dans l'opinion publique et de la part du gouvernement provincial d’une réglementation sur l’étiquetage des produits halal.

Polémiques de 2012 Tout a effectivement commencé avec l'article mentionné plus haut pour le Québec, mais en fait le débat partait de plus loin. La polémique sur l'abattage rituel en France avait débuté environ un mois plus tôt le en France. La France était alors en campagne présidentielle et un reportage de France 2 avait débuté le débat. C'est Marine Le Pen, la candidate du Front national qui avait vraiment lancé un débat plus large deux jours plus tard sur la scène publique.

Au Québec, bien que la question ait fait couler beaucoup d'encre, la question a été reléguée au second rang étant donné que c'était en pleine grève étudiante et en plein cœur de ce qui fût surnommé le printemps érable. Cependant, la question a quand même été au cœur d'un débat journalistique. Le débat s'est scindé en deux parties : une fois au printemps, puis une fois à l'automne.

Printemps 2012 Après l'article « Tous les Québécois mangent halal », Paul Journet a écrit un article dans La Presse. Cet article présentait entre autres la position du Parti québécois sur l'abattage rituel dit halal dans la province de Québec. Sans prise de position, le journaliste écrivait que la raison pour laquelle le parti Québécois voulait à tout prix que l'abattage soit encadré était pour des raisons de cruauté animale. En effet, dans la mise à mort de l'animal pour la production halal, le cou de l'animal doit être sectionné pour que l'animal se vide de son sang. Le Parti québécois se défendait de vouloir faire un débat sur l'identité.

Puis, dans La Presse du , il y avait un texte d'opinion de la chroniqueuse Rima Elkouri. Dans la même édition de La Presse, une collègue de la chroniqueuse avait utilisé le sujet du débat halal pour soulever le problème de l'élevage industriel. Alors, Elkouri avait en 2012 critiqué fortement l'alarmisme de la population (soulevé par les médias entre autres) devant ce sujet d'actualité. Elle avait entre autres accusé le député péquiste de l'époque André Simard qui avait déclaré auparavant que l'abattage selon les rites halals ne correspondait pas aux « valeurs du Québec ». Elkouri avait alors écrit ceci: « Quand le député péquiste André Simard invoque dans un débat sur l'abattage les « valeurs du Québec », j'en ai la nausée. Quelles sont donc les valeurs qu'il défend ici? Je regrette, mais exploiter la xénophobie en se cachant derrière le paravent du bien-être animal n'est pas à mon sens une valeur québécoise. » La chroniqueuse avait aussi noté dans son texte que les entreprises qui prenaient la décision de passer à la production halal le fessaient en fait pour des raisons économiques. Les raisons religieuses étant reléguées au second rang et parfois ne faisant même pas parties de l'équation.

Il y eut aussi un article quelques jours plus tard sur la question écrit par Alain Dubuc (toujours dans La Presse). Encore une fois ici, il s'agit d'un texte d'opinion est la position est similaire à celle de la chroniqueuse Rima Elkouri. Il souligne dans son texte que: « [l]e député [André Simard] dit que les règles sanitaires canadiennes ne seraient pas respectées. Ce n'est pas le cas. » Il critique aussi André Simard pour la déclaration qu'il avait faite en conférence de presse à l'époque: « un accommodement déraisonnable » Dubuc avait alors répondu dans son entrefilet : « En fait, ce n'est même pas un accommodement. Car ce concept suppose une concession en faveur d'une minorité. Dans ce cas-ci, la production de poulets halal est une activité commerciale d'Olymel. Le fait d'étendre la production à d'autres marchés n'est pas une réponse à une exigence de musulmans, mais une décision d'affaires de l'entreprise. » Il poursuit dans le paragraphe suivant en critiquant l'idée de l'étiquetage de la viande halal. Pour lui: « [l]a seule utilité ce serait d'informer ceux qui auraient une aversion idéologique pour ces produits. »

Puis en opposition à ces deux textes d'opinion, Jean-François Lisée qui était alors chroniqueur pour L'Actualité avait lui aussi rédigé un texte d'opinion sur le sujet. Le , Lisée avait alors écrit un texte qui pourrait se résumer comme suit. Tout d'abord il avait divisé les différents aspects du débat qui selon lui était un « débat identitaire ». Sa position face à cette question était assez claire: il trouvait que l'on devrait effectivement obliger l'étiquetage des produits halal et que le consommateur avait le droit de savoir ce qu'il mangeait. Il était dans la même ligne d'opinion que le Parti québécois. Il faut quand même souligner que Jean-François Lisée deviendra chez du Parti québécois à son tour en 2016.

Automne 2012 La polémique réapparu dans les médias à l'automne. Le Parti québécois avait remporté le les élections provinciales, le débat sur l'identité québécoise ayant été très présent dans l'actualité durant toute la période où ce gouvernement fût au pouvoir. Ces deux faits expliquent peut-être pourquoi le débat sur l'abattage halal et sont étiquetage est revenu à ce moment sur le devant de la scène médiatique.

À l'automne 2012, le journaliste Stéphan Dussault dénonçait, dans le Journal de Montréal, le fait que la production de viande halal représentait 8 % au Québec quand la population musulmane ne représentait que 2,5 %. Dans son article il citait André Forget le directeur de l'abattoir Jacques Forget. Ce dernier disait que la raison pour laquelle plusieurs entreprises décident d'avoir une production exclusivement est que la gestion est alors moins compliquée puisque la séparation des produits n'a pas besoin d'être faite. Dans son article, Dussault se référait aussi à un universitaire de l'Université du Québec à Chicoutimi, Khadiyatoulah Fall. Il disait que celui comme d'autres musulmans était prêt à faire des concessions sur l'abattage rituel.Le , dans un texte d'opinion publier dans le Journal de Montréal, Marie-Laurence Nadeau affirmait qu'elle était contre le fait de manger halal à son insu et plus précisément contre le fait de manger halal. Elle évoque la question de la cruauté animale. Surtout à cause de la façon dont les animaux sont mis à mort dans le rite halal musulman. Elle concluait son article de la façon suivante : « Il est grand temps que les deux paliers de gouvernement prennent ce problème très au sérieux une fois pour toutes. Je suggère l'étiquetage de la viande en fonction de la méthode d'abattage. De cette façon, je n'aurais pas dans mon assiette de la viande halale, parce que je désapprouve au plus haut point cette façon cruelle et barbare d'abattre un animal. »