vignette|180 px|Jean-Louis Tourenne, président du conseil général de 2004 à 2015.

Longtemps terre démocrate-chrétienne, le département d'Ille-et-Vilaine a progressivement basculé vers la gauche au cours de ces quarante dernières années. Les élections municipales de en sont l'une des principales illustrations tout comme celle de l'élection du premier président socialiste du conseil général en 2004.

Lors des scrutins présidentiel et législatifs de 2017, l'Ille-et-Vilaine fait partie des départements où Emmanuel Macron et le mouvement « En Marche ! » ont obtenu leurs meilleurs résultats. Le président Macron remporte ainsi 30,26 % des suffrages au premier tour de la présidentielle, et 77,67 % au second, et la majorité présidentielle décroche six sièges de députés sur huit.

Histoire politique et rapports de force

À l'instar des autres départements bretons, l'Ille-et-Vilaine a longtemps été une terre acquise à la droite. Conservateur sous les et République, le département est largement dominé par le courant démocrate-chrétien, et par le mouvement gaulliste dans une moindre mesure, jusqu'à la fin des années 1970.

D'importantes figures, comme Henri Fréville, Michel Cointat ou Yvon Bourges, illustrent cette domination, tout comme la représentation parlementaire entre 1958 et 1981, les six sièges de députés et les trois sièges (quatre à partir de 1980) de sénateurs étant remportés par des élus de droite. Il en est de même pour l'assemblée départementale : de 1951 à 1973, la gauche en est même absente.

L'Ille-et-Vilaine glisse progressivement vers le socialisme au cours des trois décennies suivantes.

Entre-deux-guerres En 1919, les scrutins municipal, cantonal et législatif sont marqués par l'entrée des socialistes dans le paysage politique départemental. Si aux élections municipales, aucun d'entre eux ne parvient à prendre la tête d'une mairie, Eugène Quessot est élu à Rennes-Sud-Est lors des cantonales tandis qu'aux législatives, Albert Aubry, à la tête de la liste de la Fédération socialiste, décroche un siège. Le camp conservateur demeure malgré cela puissant, se disputant avec les républicains et les radicaux, le partage des élus.

Au cours des trois élections sénatoriales qui se déroulent durant cette période, cinq sièges sont à pourvoir : en 1920 et 1924, ils sont tous remportés par les conservateurs tandis qu'en 1932, les radicaux socialistes et les radicaux indépendants réussissent à enlever trois sièges, les deux autres revenant à l'Union républicaine et démocratique (URD, droite libérale-conservatrice).

Lors des législatives suivantes, en 1924, la droite conservatrice et sa liste d'Union républicaine et de concorde nationale arrive largement en tête avec 53,48 % des voix et rafle les huit sièges en jeu. Suivent les listes de Concentration républicaine (25,37 %) pour les radicaux et radicaux-socialistes, de la Fédération socialiste (16,57 %) pour la SFIO et du Bloc ouvrier et paysan (1,65 %) pour le PC-SFIC.

vignette|gauche|180 px|Carle Bahon, premier maire socialiste de Rennes de 1925 à 1929. Les élections municipales de 1925 voient la domination de la droite conservatrice et libérale dans les communes les plus importantes du département, à l'exception majeure de Rennes, remportée par Carle Bahon pour la SFIO. Les radicaux-socialistes conservent quant à eux Redon et Saint-Malo avec les réélections de Jules Cahour et Alphonse Gasnier-Duparc.

En 1928, les élections législatives marquent le retour du mode de scrutin en vigueur de 1889 à 1914 : le département est alors découpé en huit circonscriptions qui correspondent aux six arrondissements d'Ille-et-Vilaine, ceux de Rennes et Saint-Malo étant divisés en deux. Au premier tour, Alexandre Lefas (Fougères) et Georges Bret (Redon) pour les républicains nationaux et Guy La Chambre ( de Saint-Malo) pour les républicains de gauche sont élus ou réélus et au second tour, les conservateurs sont battus dans les circonscriptions de Montfort et Vitré et les radicaux-socialistes dans la de Rennes, tous par des républicains de gauche. Enfin, les républicains nationaux se consolent avec la victoire d'Étienne Pinault dans la circonscription de Rennes et la Gauche radicale et son candidat Charles Guernier enlèvent la circonscription de Saint-Malo.

Puis l'année suivante, aux municipales, la domination des républicains et des radicaux se confirme : à Rennes, Jean Lemaistre succède au socialiste Carle Bahon – qui s'était retiré après le premier tour – et à Janzé, Léon Thébault défait le conservateur André de Villoutreys de Brignac, premier édile depuis 25 ans. La droite conserve quant à elle Maure-de-Bretagne, où Joseph Lagrée remplace son père décédé après une élection complémentaire – il obtient 723 voix sur 748 votants. –, et remporte Saint-Servan.

En 1932, tous les députés sortants sont réélus à la suite des législatives, dont cinq dès le premier tour. Seule exception, la circonscription de Vitré, où le conservateur Hervé de Lyrot bat le républicain de gauche Robert Bellanger.

Lors des municipales de 1935, on remarque une domination des radicaux et des radicaux-socialistes dans les grandes villes du département, même si ces derniers perdent Redon au profit de la droite, qui est reconduite à Pleurtuit et Vitré. À Rennes, Jean Lemaistre obtient un second mandat mais il quitte ses fonctions en octobre de la même année. Il est alors remplacé par François Château qui occupera cette charge jusqu'en 1944.

Aux législatives de 1936, la droite domine largement et les candidats du Front populaire (SFIO, PC-SFIC et PRRRS) sont pour la plupart éliminés dès le premier tour : seul le socialiste Albert Aubry dans la première circonscription de Rennes parvient à se qualifier, obtenant 46,06 % lors du scrutin de ballotage.

Libération et après-guerre À la Libération, si dans près de la moitié des communes, les maires nommés par le régime de Vichy sont maintenus, on assiste à des révocations ou à des recompositions au sein des conseils municipaux .

En 1945, le paysage politique se transforme. Sept sièges sont en jeu dans le département lors des élections constituantes et le scrutin proportionnel voit la victoire de la liste du Mouvement républicain populaire (MRP) de tendance démocrate-chrétienne devant celle de la SFIO, socialiste, puis viennent les listes de la Fédération républicaine (FR), classée à droite, et de l'Union républicaine et résistante, proche des communistes. Albert Aubry, premier député socialiste d'Ille-et-Vilaine – de 1919 à 1924 –, retrouve à cette occasion les bancs de la chambre basse.

À l'issue des élections cantonales, on remarque une domination des partis de droite et de centre droit : 13 MRP, 12 URD et 7 républicains indépendants sont ainsi élus. La gauche et le centre gauche obtiennent quant à eux 11 sièges avec neuf représentants pour les radicaux-socialistes (Abel Bourgeois à Combourg, Georges Le Cornec à Guichen, Émile Bodard à La Guerche, Armand Chabot à Hédé, Amand Brionne à Saint-Aubin-d'Aubigné, Pierre Morel à Saint-Aubin-du-Cormier, Jules Besnard à Pleine-Fougères, Jean-Marie Douëssin au Sel et Alphonse Pellé à Tinténiac) et deux pour la SFIO (Jean-Marie Trocherie à Antrain et Eugène Quessot à Rennes-Sud-Est). Jules Besnard vient renforcer les rangs socialistes quelques mois plus tard.

Marcel Ménager, conseiller général MRP de Fougères-Nord et adjoint au maire de Fougères, en devient le premier président d’après-guerre.

Lors des municipales, Yves Milon à Rennes – à la tête d'une liste antifasciste de large rassemblement – et Henri Rebuffé à Fougères conservent leurs fonctions tandis que Paul Delacour à Saint-Servan, qui avait remplacé le maire pétainiste début 1944, se retrouve dans le fauteuil de maire. Pas de changement non plus à Vitré, Redon, Dol, Janzé ou encore Louvigné-du-Désert. À Saint-Malo, René Delannoy succède à Alphonse Gasnier-Duparc, président de la délégation spéciale et premier édile de la cité corsaire de 1912 à 1941, et à Combourg, Eugène Legendre est remplacé par Abel Bourgeois : dans ces deux communes, il n'y a pas de changement de majorité, les maires élus et leurs prédécesseurs étant radicaux-socialistes. Par contre, Cancale, Dinard et Paramé, toutes trois remportées par le MRP, basculent.

Les élections constituantes de 1946 confirme la domination du MRP, le parti obtenant une majorité des suffrages au niveau départemental et cinq sièges sur sept. Les deux députés sortants de gauche sont quant à eux réélus. Les législatives qui suivent quelques semaines plus tard confirme le rapport de forces avec 4 sièges pour le MRP et 1 siège pour les listes de la SFIO, de l'Union républicaine et résistante (URR) et du Parti républicain de la liberté (PRL), conduites respectivement par Albert Aubry, Emmanuel d'Astier de La Vigerie et Xavier Bouvier.

Les municipales de 1947 montrent une nouvelle fois une carte politique départementale dominée par les indépendants de droite et les démocrates-chrétiens, qui remportent une grande majorité des communes les plus peuplées et des chefs-lieux de canton. La gauche et le centre gauche sont quant à eux cantonnés à quelques communes moyennes comme Montauban et Saint-Jacques-de-la-Lande avec les socialistes Joseph Hamon et Jean Pont ou Combourg et Dol-de-Bretagne avec les radicaux-socialistes Abel Bourgeois et François Roptin.

En , la progression des gaullistes permet au fil des ralliements un changement de majorité au conseil général avec l’élection de Marcel Rupied (PRL-RPF) à la présidence. Ce dernier retrouve un fauteuil qu'il avait occupé avant guerre, de 1937 à 1942.

L'année suivante, les cantonales voient l'alliance des indépendants de droite, du RPF, du PRL et du CNIP dépasser les partis de la « Troisième Force » (MRP, SFIO et PRRRS). Outre ces deux blocs, on compte un conseiller général, anciennement radical-socialiste, de l'URR. Marcel Rupied est par ailleurs reconduit à la tête de l'hémicycle départemental avec une majorité renforcée.

Années 1950 En 1951, les législatives voient cinq listes remporter les sept sièges en jeu dans le département. La liste MRP-PRL-RI conduite par Pierre-Henri Teitgen enlève 2 sièges, tout comme celle du RPF dirigée par Pierre de Bénouville, tandis que celles des indépendants et paysans (apparentés au RPF), des communistes et des socialistes, avec respectivement Guy La Chambre, Emmanuel d'Astier de La Vigerie et Albert Aubry à leur tête, remportent chacune un siège.

vignette|droite|180 px|Pierre-Henri Teitgen, député d'Ille-et-Vilaine de 1945 à 1958 et ministre sous la République. Lors des élections cantonales, les socialistes de la SFIO perdent le seul canton qu'ils détenaient jusqu'alors, celui d'Antrain : le républicain populaire Fernand Aupinel succède ainsi à Jean Trocherie qui n'était pas candidat à sa réélection. Il faudra attendre le scrutin de 1973 pour voir à nouveau une représentation des socialistes au sein de l'hémicycle du conseil général.

L'année 1956 est marquée par des élections législatives : on assiste lors de ce scrutin à une progression des poujadistes et des dorgéristes à l'extrême-droite, à une stabilité de la gauche et à un recul de la droite et du centre droit, plus marqué pour les listes des indépendants et des républicains sociaux (RS) qui se sont apparentées. La liste MRP de Pierre-Henri Teitgen arrive en tête et gagne 2 sièges, talonnée par celle d'apparentement de droite entre le CNIP et les RS et conduite par Pierre de Bénouville, qui remporte un siège puis viennent les listes des socialistes d'Alexis Le Strat apparentée aux radicaux-socialistes d'Abel Bourgeois, celles de l'UFF de Poujade dirigée dans le département par Robert Nerzic – qui dépasse les communistes –, de l'Union progressiste et des communistes d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie et enfin, la liste dite de réforme de l'État d'Henri Dorgères.