vignette|droite|Afrique romaine vignette|Romanisation de l'Afrique au vignette|droite|Exarchat de Carthage au
La littérature latine d'Afrique romaine est la littérature d'expression latine produite par des auteurs originaires de l'Afrique romaineIl s'agit ici en fait de la partie de l'Afrique romaine où la langue véhiculaire était le latin (Afrique proconsulaire et Tripolitaine, Maurétanie césarienne et Maurétanie tingitane), à l'exclusion de la Cyrénaïque et de l'Égypte, de langue grecque., principalement à partir du et jusqu'à la fin de la latinité en Afrique du Nord. Ces auteurs peuvent être issus des populations locales de tradition lybico-berbère ou punique ou de familles romaines installées en Afrique du Nord. Après avoir grandi et avoir été formés sur place (notamment à Carthage, principal centre culturel de la région), beaucoup sont partis vivre à Rome ou ailleurs dans l'Empire ; par conséquent, les œuvres qui constituent cette littérature n'ont pas toujours été écrites en Afrique.
Histoire Bien avant la création de Rome, la civilisation carthaginoise () s'est imposée dans la moitié occidentale du Bassin méditerranéen. Les rivalités des deux zones d'influence s'exacerbent durant les guerres puniques ().
L'Afrique romaine () s'installe, durablement, d'abord en relation avec des royaumes locaux (royaume de Maurétanie, royaume de Numidie (), puis selon les modalités variables de toute province romaine : Maurétanie tingitane, Maurétanie césarienne, Afrique proconsulaire, Byzacène, Tripolitaine, Numidie, Numidie cirtéenne.
La romanisation s'effectue progressivement dans ces sociétés partiellement hellénisées. Les villes principales en sont Leptis Magna, Utique, Sabratha, Cirta et la Carthage romaine.
Les romano-africains sont d'origine berbère, de souche locale, ou punique, mais peuvent aussi être des descendants de populations venues de Rome elle-même, ou de diverses régions de l'empire, notamment les légionnaires.
La vigueur des Lettres en Afrique est telle que, entre le , Carthage apparaît comme une capitale culturelle dont les productions littéraires insufflent nouveautés et fraîcheur dans l'ensemble du monde romain. C'est là le résultat de longues années de pratiques des bibliothèquesNoureddine Tlili, « Les bibliothèques en Afrique romaine », Dialogues d'histoire ancienne, 2000, ., des lectures publiques, d'échanges incessants avec le cœur de l'Empire et d'influences helléniques. Les Carthaginois ont ainsi diffusé leur goût pour la grammaire et la rhétorique dans la plupart des provinces africaines. Les plus dignes représentants de ce courant sont Florus, Sulpice Apollinaire, Nonius Marcellus, Terentianus dit le Maure et Fronton.
Ces réalités perdurent sous le royaume vandaleVoir notamment les épigrammes réunies dans l’Anthologie latine, œuvres de Symphosius, Luxorius, Flavius Felix, Coronatus et Caton ainsi que de poètes anonymes. Épigrammes latines de l'Afrique vandale, établies, traduites et annotées par Ingrid Bergasa, avec la collaboration d'Étienne Wolff (coll. « Fragments »), Paris, Les Belles Lettres, 2016, CV + (), puis l'exarchat de Carthage (Empire byzantin) ()Serge Lancel, « La fin et la survie de la latinité en Afrique du Nord. État des questions », Revue des études latines, 59, 1981, ..
Dès la conquête arabe, l'Ifriqiya recouvre les territoires de l'Afrique romaine et commence l'arabisation.
Place de l'Afrique romaine dans la littérature latine Pierre GrimalLa littérature latine, Paris, PUF (coll. « Que sais-je ? », ), , 1965. reconnaît à l'Afrique romaine une place éminente dans la littérature latine à partir du : « Dans la lente décomposition de la littérature latine, une province de l'Empire semble avoir opposé une résistance plus longue que les autres. Au , l'Espagne s'était révélée comme un réservoir de talents. Au , ce rôle appartient à l'Afrique. » Il donne deux explications à la vitalité des lettres latines dans cette région : des conditions sociales favorables avec la constitution d'une bourgeoisie riche et cultivée ; l'influence du monde hellénique s'exerçant à partir de la Cyrénaïque et de l'Égypte proches« …l'une des raisons de l'éclat que connut alors la culture romaine en Afrique est probablement cette double influence, occidentale et orientale, qui la pénètre. »Dans les cercles lettrés, le grec était pratiqué à côté du latin, comme en témoigne Apulée, Florides, XVIII, 16. C'était vrai non seulement à Carthage, mais même dans de petites cités comme Ammaedara/Haïdra : Z. Benzina Ben Abdallah et L. Naddari, « Omnium litterarum scientissimus… : à propos d’une famille de lettrés des environs d’Ammaedara », in L’Africa romana, 19, 2, Sassari, 2012, ..
Ce rôle s'amplifie avec le développement de la littérature chrétienne. Selon Pierre de LabriolleHistoire de la littérature latine chrétienne, Paris, Les Belles Lettres, 1924, ., « c'est l'Afrique du Nord qui, pendant près de trois siècles, a donné à la littérature chrétienne la plupart des écrivains qui l'ont illustrée. L'Afrique a été, jusqu'au , le foyer de la pensée chrétienne occidentale. »
Les historiens de la littérature peinent à reconnaître des traits communs à tous ces auteurs qui pourraient donner à cette littérature africaine une spécificité. Paul Monceaux est l'un de ceux qui a le plus fermement défendu l'idée d'une particularité africaine en matière de littérature et surtout de langue. Il a développé la notion d', terme déjà utilisé par Érasme, pour désigner une variante locale du latin présentant des traits particuliers de morphologie, de syntaxe, de vocabulaire et de style. Sa position a été sévèrement critiquée dès son époque par Gaston Boissier, dans son compte rendu de l'ouvrage, et par dans Die antike KunstprosaDie antike Kunstprosa vom VI. Jahrhundert v. Chr. bis in die Zeit der Renaissance, , Leipzig, Teubner, 1898., mais n'en a pas moins eu une forte influence au cours du Pour un état de la question, voir Serge Lancel, « Y a-t-il une africitas ? », Revue des études latines, 63, 1985, .. Le débat a été relancé au à partir de l'exemple d'ApuléeBenjamin Todd Lee, Ellen Finkelpearl et Luca Graverini, Apuleius and Africa, New York - London, Routledge, 2014..
Une autre discussion porte sur l'identité culturelle profonde de ces auteursVoir, par exemple, sur Fronton : Jens E. Degn, « Africain romanisé ou Romain africanisé ? L'identité culturelle de Marcus Cornelius Fronto », Classica et Mediaevalia. Danish Journal of Philology and History, 61, 2010, (en ligne).. Sont-ils des Africains de souche ou appartiennent-ils à des familles d'origine romaine ou italienne installées en Afrique ? Tertullien (150-220) et Augustin d'Hippone (354-430).
Auteurs Térence (-190c - -159), dont le surnom Afer suggère une origine africaine, auteur de six pièces toutes parvenues (« rien de ce qui est humain ne m’est étranger… ») : Heautontimoroumenos, L'Eunuque, Andria, L'Hécyre, Le Phormion, Les Adelphes. Marcus Manilius, contemporain d’Auguste, auteur des Astronomica (poème scientifique en cinq livres). Lucius Septimius Severus (70-110), libyco-berbère, père de Publius Septimius Geta et grand-père de l’empereur Septime Sévère (146-211), bilingue, ami de Stace. Florus (Publius Annius Florus, 70-140c), historien, auteur de l’Abrégé de l'histoire romaine. Fronton (100c-167c), grammairien, rhéteur, avocat et maître de Marc Aurèle, d'origine berbère. Aulu-Gelle (123c-180c), magistrat, grammairien, compilateur, auteur des Nuits attiques. Apulée (125-170c), un bédouin dans un congrès de classiques, auteur des Métamorphoses ou L'Âne d'or et de textes philosophiques. Sulpice Apollinaire. (130c-199), pape. Hosidius Geta, auteur d'une Medea. , auteur du De concubitu Martis et Veneris. Cyprien de Carthage (200-258). Arnobe (240c-327), apologiste. Némésien (250c-300c), « le poète carthaginois », auteur d'un poème didactique sur la chasse, dont subsistent des fragments. Lactance (250c-325c), « le Cicéron chrétien », orateur, philosophe, poète. . Nonius Marcellus (260 ? - 340 ?), lexicographe, grammairien, surnommé le Péripatéticien de Thubursicum, auteur d'une encyclopédie en 20 volumes. . . Martianus Capella (360c-428c), auteur des Noces de Philologie et de Mercure. Macrobe (370c-450c), auteur des Saturnales. . Victor de Vite (430c-490c). Dracontius (Blossius Æmilius Dracontius), poète latin, actif vers 480. Florentinus (poète) (actif vers 510), poète latin de la cour du roi vandale Thrasamund. Luxorius (actif vers 520), poète latin de la cour du roi vandale Thrasamund. Corippe (Flavius Cresconius Corippus, 500c-570c), auteur de La Johannide et de l’Éloge de Justin le Jeune. Anonyme, La Veillée de Vénus (Pervigilium Veneris).
Anthologie
Anthologie latine, épigrammes de poètes africains de latinité tardive (), dans l'esprit de l’Anthologie grecque ou de l’Anthologie de Planude. Codex Salmasianus, le plus important témoignage de l'ouvrage précédent.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Paul Monceaux, Africains II. Les auteurs latins d'Afrique. Les païens (1894), présentation et bibliographie : , Carthage : Cartaginoiseries, 2012, . Paul Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne depuis les origines jusqu'à l'invasion arabe (7 volumes), Paris, 1901-1923 (Prix Halphen de l'Académie française). Serge Lancel, « Y a-t-il une africitas ? », Revue des études latines, 63, 1985, . Benjamin Todd Lee, Ellen Finkelpearl et Luca Graverini, Apuleius and Africa (« Routledge monographs in classical studies », 18), New York - London, Routledge, 2014, xvi + ( compte rendu par Vincent Hunink, Bryn Mawr Classical Review, 2015, en ligne).
Articles connexes
Afrique romaine Histoire de l'Algérie dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge Histoire de la Tunisie dans l'Antiquité Afrique du Nord durant l'Antiquité classique Antiquité tardive (284-486) Christianisme dans l'Afrique romaine Christianisme au Maghreb (Antiquité tardive) Diocèse d'Afrique (314-432) Roman africain (Langue romane d'Afrique) Population romano-africaine Littérature latine Littérature berbère Province d'Afrique proconsulaire, Byzacène, Numidie, Maurétanie, Tripolitaine Cyrénaïque antique, Marmarique, Tripolitaine, Garamantes Littérature phénico-punique
Liens externes La littérature latine d'Afrique, 2009 Résumé de conférence de Patrick Voisin, La littérature d'Afrique du Nord d'expression latine, Nantes, 2009 Paul Monceaux, La Bible latine en Afrique, article, 1901 Présentation du livre de Monceaux sur fabula.org Paul Monceaux, Les Africains I : les Intellectuels Quand Carthage rayonnait sur la littérature latine, sur Leaders Paul Monceaux, Les Africains II les Païens, 1894, sur gallica
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