La décolonisation est un processus d'émancipation des territoires coloniaux vis-à-vis des métropoles colonisatricesDifférentes définitions peuvent être données à ce terme suivant le point de vue : l'étymologie, le point de vue du colonisé ou du colon .. Elle conduit le plus souvent à l'indépendance des pays colonisés. Commencée dès 1775 en Amérique, c'est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que le terme se répand, alors que le phénomène prend une ampleur mondiale avec le développement des premiers nationalismes émergeant au début du . L'Organisation des Nations unies (ONU) offre un contexte favorable à la décolonisation et . En 2023, l' considère que la décolonisation n'est pas arrivée à son terme, puisqu'elle reconnaît encore 17 « territoires non-autonomes », pour la plupart insulaires.
Le terme décolonisation est attesté dès 1836, parmi ceux qui, dans les premières années de la présence française en Algérie., réclament son évacuation., puis retombe dans l'oubli avant d'être réemployé au début des années 1950.
Historique Au Guerre d'indépendance des États-Unis
vignette|upright=0.8|Signature du traité de Paris, mettant fin à la guerre d'indépendance américaine (1783).
notamment par les Américains eux-mêmes qui vont s'en réclamer ultérieurement pour encourager à l'indépendance les colonies européennes et particulièrement espagnoles. Les États-Unis doivent leur indépendance à une révolte des colons et non des indigènes, contre leur métropole. Les indigènes sont alors plus radicalement opprimés, certaines communautés décimées, voire anéanties, par les colons indépendants lorsque ceux-ci ont les mains libres, avec le renfort d'immigrants venus d'autres pays d'Europe. L'usage du mot décolonisation est à cet égard très ambigu. Il signifie ici l'abandon d'une colonie par la métropole mais en aucun cas la renonciation au fait colonial lui-même. L'indépendance acquise par les colons américains, au contraire, n'a fait que renforcer leurs moyens et leur volonté de coloniser l'arrière-pays, reprenant à leur compte la conquête de l'Ouest commencée par les Espagnols et les Français, ce qui a abouti à la quasi-élimination des populations indigènes. En outre, l'indépendance n'a pas mis fin à l'esclavage, phénomène caractéristique du colonialisme d'Ancien Régime.
Guerre d'indépendance d'Haïti vignette|La Bataille de Saint-Domingue, huile sur toile de Janvier Suchodolski, 1845 (Varsovie, musée de l'Armée polonaise).
La guerre d'indépendance d'Haïti survient au moment de la Révolution française, une partie des révolutionnaires métropolitains étant réticents à accorder l'égalité aux esclaves, parce que celle-ci risque de priver les plantations de leur main-d'œuvre et donc de compromettre la rentabilité des colonies, mais surtout parce qu'ils sont considérés comme encore inaptes à se diriger eux-mêmes selon les théories raciales de l'époque. Viennent s'y ajouter l'hostilité des créoles blancsLes blancs nés aux colonies, surnommés les Békés, du plus riche au plus pauvre. à une égalité avec les anciens esclaves noirs, inconcevable à leurs yeux et le problème particulier des métis, souvent propriétaires terriens et donc peu portés à accepter la fin de l'esclavage.
Cette guerre est la première révolte d’esclaves réussie du monde moderne. Elle établit en 1804 Haïti en tant que première république noire indépendante du monde. La France perd ainsi sa colonie la plus prospère.
Au
La première partie de la décennie 1820 voit la dislocation de l'empire espagnol, par la création d'une série de républiques indépendantes en Amérique latine.
Indépendance des colonies espagnoles Un mouvement d'indépendance prend naissance en Amérique latine. Ce mouvement aboutit, par une succession de campagnes militaires, à l'indépendance des colonies espagnoles continentales.
Indépendance du Brésil
Le Brésil accède à l'indépendance le lorsque le prince Pierre de Portugal lance le cri d'Ipiranga et proclame l'indépendance du Brésil.
Intervention des États-Unis
Les interventions militaires des États-Unis contre l'Espagne entre 1898 et 1901 à Cuba et aux Philippines se soldent par la mainmise du pays sur ces deux territoires, considérant le continent américain comme une chasse gardée. C'est à cette occasion qu'est annexée, à perpétuité, la baie de Guantánamo.
en Amérique latine L'indépendance des colonies espagnoles et portugaises du nouveau monde n'est pas pour autant suivie de la mise en application du bolivarisme. Des antagonismes apparaissent rapidement entre certaines des nouvelles nations sud-américaines. L'Argentine est au bord de la guerre civile entre fédéralistes et unitaires. Simón Bolívar, José de San Martín et Antonio José de Sucre qui sont parmi les principaux acteurs de l'indépendance sont écartés du pouvoir quelques années ou plus après la fin des guerres : San Martín s'exile dès 1824, Sucre est assassiné en 1830 et Bolívar abandonne le pouvoir puis meurt la même année.
Malgré l'indépendance, le sort des Amérindiens encore majoritaires dans la plupart de ces pays n'évolue pas beaucoup. L'esclavage est aboli dans certains pays libérés (Chili dès 1811, Argentine en 1813, Venezuela en 1816, Bolivie en 1826) mais parfois sous condition d'un enrôlement des hommes dans l'arméeStruggle against slavery.. L'esclavage se poursuit dans d'autres pays comme le Pérou, où il n'est aboli qu'en 1851, Cuba et le Brésil, où l'abolition attendra 1888. L'abolition devient totale en Argentine en 1853 et au Venezuela en 1854. L'Argentine et le Chili mènent une politique de colonisation et d'extermination contre les Mapuches à la fin du .
Par ailleurs les interventions des puissances européennes (France, Grande-Bretagne, Allemagne) ou l'aide militaire des États-Unis aux insurgés (doctrine Monroe), ressemblent en pratique, par certains côtés, à une nouvelle forme d'impérialisme.
Principe des nationalités Ce principe émerge, en Europe, au et se prolonge au siècle suivant avec le président américain Woodrow Wilson dans sa fameuse liste des quatorze points.
Application en Europe du principe des nationalités Sous ses premières formes, ce principe ne concerne que les nations européennes, les nations colonisées étant présumées inaptes à se diriger elles-mêmes. Il se traduit, en Europe, selon deux tendances : le droit à l'unité telle l'unité italienne (avec l'aide de la France) ou l'unité allemande (contre l'Autriche et la France) ; le droit à l'indépendance de la Moldo-Valachie (Roumanie) et de la Serbie.
Au À la différence de la plupart des décolonisations précédentes, les décolonisations du vont profiter aux indigènes et non aux colons.
Premier ébranlement de la suprématie militaire européenne La guerre russo-japonaise de 1905, se termine par une victoire militaire des Japonais, notamment sur mer, à Tsushima, où leurs vaisseaux modernes et leur artillerie à plus longue portée surclassent ceux des Russes. Cette victoire d'un pays asiatique, certes non colonisé mais qui s'est engagé sur la voie de l'industrialisation quelques dizaines d'années seulement auparavant, montre aux élites des autres nations d'Asie que la domination européenne n'est pas fatale et que, à condition d'assimiler les techniques de l'Occident, les pays colonisés ont les moyens de s'affirmer face à eux.
La résistance japonaise s'affirme également sur un plan culturel et religieux. Depuis la fin du , l'hégémonie occidentale et, avec elle, les religions abrahamiques, s'est imposée à l'ensemble des continents et des îles. Seuls l'Asie de l'Est et le Sud-Est asiatique forment encore une enclave culturelle indépendante politiquement et religieusement. La plupart des sociétés traditionnelles, animistes et/ou polythéistes dans le monde ayant été acculturées, le contact avec l'Occident laisse poindre la menace de l'acculturation. Au début , toute l'aire confucéenne-taoïste-bouddhiste, dont fait partie le Japon, fait donc figure d'exception, à l'aune du déclin des religions traditionnelles animistes et polythéistes (composées essentiellement de religions de chasseurs-cueilleurs et agro-pastorales) qui régissaient les différentes sociétés humaines en Amérique et en Afrique jusqu'à l'irruption des religions abrahamiques.
Choc de la Seconde Guerre mondiale et conséquences Les métropoles ont perdu leur prestige et réputation d'invulnérabilité à la suite des brusques et inattendues défaites militaires de pour la France et du Royaume-Uni et la perte d'une partie de son empire pour le Royaume-Uni en zone Asie à la suite de l'invasion par le Japon. Ruinées ou fortement affaiblies, en 1945, les puissances occidentales ne sont plus en mesure de maintenir leurs influences et leurs conquêtes. Facteur aggravant, les puissances occidentales n'ont pu remporter la victoire que grâce à l'intervention militaire de l' et des États-Unis..
Parallèlement, les forces alliés, dont font partie les puissances coloniales, ont présenté leur combat comme celui de la démocratie et de la liberté des peuples. En outre, les puissances européennes sont concurrencées frontalement par les États-Unis et l', les puissances gagnantes à l'issue du conflit. En effet, les États-Unis, qui bien qu'ancienne colonie, souhaitent faire progresser leur influence politique et économique en lieu et place des anciennes puissances coloniales. Pour l', la lutte anti-coloniale est directement assimilée à la lutte contre le camp impérialiste.
Enfin, sur le plan international, le , l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU) devenue une tribune pour les pays récemment indépendants, proclame le droit des territoires non-autonomes et sous tutelle à disposer d’eux-mêmes.
L'ensemble de ces facteurs et influences politiques, idéologiques et économiques va créer les conditions de la décolonisation à travers l'ensemble de la planète.
Décolonisation soviétique vignette|upright=0.8|Panneau de protestation des exilés baltes de la seconde moitié du appelant l' à abolir le colonialisme soviétique dans les États baltes. Lors de la révolution russe, les Mencheviks au pouvoir (sociaux-démocrates), tout en se réclamant du principe des nationalités, ont refusé de reconnaître, avant la tenue d'élections générales, la sécession de diverses provinces de l'Empire, comme l'Ukraine et la Finlande, sécessions proclamées par la Rada ukrainienne et la Diète finlandaise. C'est alors que les Bolcheviks, après s'être emparés de Petrograd, par leur révolution d'Octobre en 1917, décident de reconnaître l'indépendance des nationalités qui le désirent : Ukraine, pays baltes, Pologne et nations caucasiennes mais cette indépendance ne dure pas ; l'Ukraine est reprise par l' en 1921-1922, à l'issue de la guerre civile. Les pays baltes sont réintégrés à l' de façon autoritaire sous Staline en 1940, à la suite du pacte germano-soviétique. Quant à la Pologne, elle est occupée par l'Armée rouge et placée dans l'orbite de Moscou après la Seconde Guerre mondiale.
Ils adoptent une constitution fédérale pour le reste du pays désormais dénommé République socialiste fédérative des Soviets de Russie (RSFSR). À l'intérieur de cette fédération, les peuplades indigènes qui n'ont pas fait sécession sont érigés en républiques autonomes ou provinces autonomes, dotées de gouvernements autonomes. Certes, la domination du parti communiste, qui contrôle tous les États membres par un système d'élections avec liste unique, fait que, dans toutes ces républiques, seuls les communistes locaux dont le parti est centralisé exercent le pouvoir mais du moins les citoyens des nationalités non-russes ont-ils la satisfaction d'amour-propre de sentir leur identité reconnue. Ainsi cette autonomie reconnue aux anciennes colonies du tsar, va devenir un modèle pour certains patriotes des nations colonisées à travers le monde, tels que le futur Ho Chi Minh.
Politique du Royaume-Uni