Le Front islamique du salut (FIS) (, al-Jabhah al-Islāmiyah lil-Inqādh) est une formation politique algérienne militant pour la création d'un État islamique.
Fondée le ., elle est dissoute le par le tribunal administratif d'Alger..
Création du parti D'abord cantonné à certains milieux universitaires, le mouvement islamiste élabore une stratégie de conquête du pouvoir par les urnes, entendant exploiter l'ouverture de la vie politique et la fin du monopartisme, grâce à la révolte populaire d'. Son but est l'instauration d'un État islamique, se basant sur une interprétation littérale de la charia, dont les lignes directrices restent à définir. Toutefois, ce concept constitue le point de ralliement des sympathisants. Le FIS se présente comme un parti qui assainira la vie publique, mettra fin à la corruption endémique ainsi qu'à la gabegie de l'administration, et permettra à l'Algérie à terme de réaliser les ambitions de ceux qui ont mené la guerre de libération, le tout en consonance avec les idéaux de l'Islam. Leur engagement social prend la forme d'actions de bienfaisance et de lutte contre la pauvreté dont l'État était, selon eux, incapable de mener à bien, et à travers desquels ils ont su gagner la sympathie de larges franges de la population. Il est fondé le dans la mosquée al-Sunna de Bab el Oued à Alger par Abbassi Madani, Hachemi Sahnouni, Ali Belhadj, Said Guechi, Abdelbaki Sahraoui, et Kamel Guemazi.
Trois semaines plus tard, dans une autre mosquée de la ville de Kouba, un programme est solennellement présenté aux fidèles. Ces personnalités demandent au président de prendre en compte le Coran . Finalement, le programme du parti est élaboré par des sympathisants, chacun contribuant à apporter des propositions dans les questions de société sur lequel il est le plus compétent. Par exemple, un agriculteur, militant du futur parti politique contribue à forger le programme du parti concernant les questions agricoles, tandis que d'autres citoyens algériens se chargent de réfléchir sur l'éducation, la santé, l'industrie… Le fil directeur du texte est la conformité à la charia. Hachemi Sahnouni, un des membres fondateurs du parti déclare lors d'un entretien : dans la création du parti. Le mouvement est agréé le de la même année par le ministère de l'Intérieur..
La création du FIS est rendue possible par la promulgation de la nouvelle constitution algérienne de 1989, le , qui autorise désormais la création d'associations à caractère politique (ACP) en vertu de l'article 40 du nouveau texte constitutionnel.
Au sein de ce parti islamique nouvellement créé, les mouvances existantes sont multiples, bien que la branche salafiste soit très importante en nombre de membres. De plus, les querelles ne sont pas inexistantes, entre les militants qui sont pour la création d'un parti et ceux qui sont contre. En effet nombre de membres notamment du courant salafiste voit la politique comme le ferment de division des fidèles, dont ils tiennent notamment les partis politiques pour responsables. En ce sens, l'influence de la réflexion d'Hassan el-Banna, fondateur égyptien des Frères musulmans n'est pas négligeable. Pourtant, les pro-fréristes de ce mouvement ne s'associeront finalement pas à la fondation du FIS mais au Mouvement de la société islamique (ou Hamas) qui deviendra en 1999 le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), se conformant ainsi à une loi interne sur les partis politiques, interdisant toute référence à l'islam dans les programmes et leurs dénominations.
Structuration du FIS Le parti se dote d'un sigle, un programme, des dirigeants et dépose officiellement ses statuts. Ainsi, ce nouvel organe politique se crée comme un parti traditionnel. Il est structuré par l'existence de conseils de direction et de prise de décisions implantés aux différents échelons territoriaux algériens.
Comme figurent dans les statuts officiels du parti, ses principaux objectifs sont la et la garantie de (article 11 des statuts). De plus, (article 16). Enfin, le parti (article 3).
Victoire électorale et participation politique Victoires du FIS aux élections 200px|right|thumb|Tract du FIS durant les élections locales de Juin 1990 encourageant aux électeurs de voter pour la "solution islamique". Lors des élections locales du , premières élections libres en Algérie depuis son indépendance ; le FIS remporte alors 953 communes sur 1539 et 32 wilayas (provinces) sur 48. Il obtient dès lors 54 % des suffrages exprimés..
Le a eu lieu le premier tour des élections législatives. Avec 47,27 % des suffrages exprimés, le FIS obtient 188 sièges sur 231, soit près de 82 %, le FFS 25 sièges et le FLN 15 sièges, les candidats indépendants remportent 3 sièges. Cette victoire a été encouragée par la loi électorale.. En effet, le scrutin uninominal à deux tours fit qu’une presque majorité de voix aboutit à une très grande majorité de sièges. Au scrutin proportionnel, l’Assemblée aurait été gérable. Sur 6,8 millions de suffrages exprimés environ, 3,2 l'ont été en faveur du FIS. Et, à la proportionnelle, un rapport de trois sur sept n’aurait pas pu donner la majorité écrasante dont a bénéficié le parti intégriste. Ce mode de scrutin lui a permis d’obtenir lors du premier tour, 184 ou 186 sièges sur 420, avec 47 % des suffrages. Prenant acte de la situation qui prévalait, et qui risquait de tourner à son désavantage, l'armée décide le de pousser le chef de l'État, le président Chadli Bendjedid à la démission et d'interrompre le processus électoral. Les assemblées communales et départementales dirigées par les élus du FIS sont par ailleurs dissoutes et les militants et sympathisants de la formation qui vient de remporter le premier tour du scrutin législatif sont emprisonnés ou expédiés dans des camps dit de « regroupement » dans le Sud en plein désert saharien dans des conditions difficilement tolérables voire inhumaines et nombre d'entre eux y laissèrent leur santé mentale si ce n'est leur vie.
Le FIS ayant été dissous et son leadership décapité (en exil ou en prison), des éléments de l'ex-FIS s'engagèrent alors dans des activités armés contre l'État algérien, à travers leur branche armée, l'AIS (Armée islamique du salut) qui sera active notamment en zone rurale. D'autres groupes armés font leur apparition, dont le GIA (Groupe Islamique Armé), qui exercent leur lutte contre les forces de sécurité et même les simples fonctionnaires de l'État dans une campagne terroriste sans merci. Les services secrets algériens seront accusés à plusieurs reprises d'excès dans leur guerre anti-islamisme, notamment en assassinant toute personne suspectée de sympathie à l'égard du FIS et/ou du GIA. Ainsi, des milliers de personnes ont été portées disparues jusqu'à ce jour à la suite d'arrestations par des agents de sécurité, agissant quelquefois sans identification officielle. Nombre d'intellectuels et de journalistes furent aussi assassinés dans les deux camps dans une campagne d'horreur où les meurtriers agissaient souvent cachés. En 1997, le principal fondateur et dirigeant du FIS Abbassi Madani, fut relâché, et mis en résidence surveillée, à la suite de négociations entamées avec le président Liamine Zeroual. Officiellement, il devait appeler les groupes terroristes en activité à déposer les armes. Quelques mois après sa sortie de prison, une lettre compromettante fut découverte, dans laquelle Abbassi Madani appelait le GIA et l'AIS à poursuivre leur djihad (lutte) jusqu'à l'instauration d'un État islamiste. C'est sur la base de cette preuve qu'il fut de nouveau emprisonné. En , Abbassi Madani et Ali Belhadj sont libérés sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika. Abbassi Madani est mort au Qatar en 2019.
Pour se démarquer des massacres commis par le GIA, l'AIS de son côté déclare une trêve unilatérale en 1997. Après de longues tractations avec le gouvernement, ils arrêteront définitivement leurs actions armées. Son émir national, Madani Mezrag, proclame en la dissolution du groupe et le retour de tous ses membres à la vie civile, sous couvert d'une amnistie gouvernementale.
Idéologie Parti non-démocratique, le FIS est un regroupement de courants islamistes ayant pour but d'instaurer une république islamique en Algérie. Les divergences entre les différentes tendances sont parfois profondes, cependant les salafistes, regroupés autour d'Ali Belhadj, forment le courant le plus important du partiCherif Ouazani « Algérie : les islamistes entre djihadisme et quiétisme », Jeune Afrique, 24 décembre 2011..
Contrairement à ce dernier, qui considère la démocratie comme , Abbassi Madani prône alors un conservatisme religieux relativement modéré avec un attachement tiède à la démocratie, et place la charia au-dessus de cette dernière..
D'après le sociologue Améziane Manceur, le parti .. Ce point de vue est cependant loin de faire l'unanimité, ces thèmes étant récurrents chez tous les mouvements populistes.
Financement du FIS Plusieurs études ont souligné le rôle du financement extérieur du FIS, mais aussi d'autres groupes religieuxChapitre « Islamic Politics and the Military: Algeria 1962-2008 » par Riadh Sidaoui, dans Jan-Erik Lane et Hamadi Redissi, Religion and Politics: Islam and Muslim Civilisation, éd. Ashgate Publishing, Farnham, 2009, .. . En fait, aucune preuve n'existe d'un financement extérieur et toute déclaration de ce type n'est que supputations basées sur des affinités supposées. D'ailleurs le gouvernement saoudien, de par sa nature, n'a jamais interagi avec des groupes armés non gouvernementaux, de même que l'Iran chiite ne se mêle des affaires du monde sunnite sauf sur le volet idéologique et pour des actions de propagande théocratique chiite. La meilleure preuve étant que le FIS ayant su capter la sympathie de millions de personnes dévouées à la cause dont un nombre considérable de commerçants et hommes d'affaires, elle n'avait nul besoin de financement extérieur.
L'Iran aussi, dit-on, finança le FIS car, après 1979, ce pays encourage une révolution islamique mondiale. À l'époque, il n'y avait pas vraiment de conflit entre les musulmans chiites et sunnites. Les différences et contentieux vont vraiment apparaître après 1992. Dès 1991, une rivalité s'installe entre l'Iran et l'Arabie saoudite sur la question de la suprématie dans le Golfe, notamment les contentieux entre les houthis chiites et les sunnites au Yémen, le conflit interreligieux au Pakistan
Cependant, l'Arabie saoudite ne soutient pas les Frères musulmans. Il faudrait plutôt parler de source de financement de la part de riches individus et sociétés commerciales car ces pays ne participent jamais directement au financement. Et même ce financement extérieur supposé n'a jamais été démontré directement et est plutôt suspect sans preuve directe, car la plupart des mouvements islamiques sont bien implantés et leurs nombreux membres sont une source quasiment inexhaustible de contributions financières.
Liste des candidats de 1991 La liste nominative des députés de la wilaya d'Alger lors des élections législatives du 26 décembre 1991https://www.vitaminedz.com/articlesfiche/1211/1211215.pdf..
Décennie noire en Algérie Radicalisation du FIS, transformation en groupe armé et l'immixtion de l'armée algérienne dans l'organisation