vignette|upright=1.5|Ghettos dans la Pologne occupée (repérés par des étoiles rouges/or). Białystok est au nord-est de Treblinka. La ligne rouge continue indique la frontière germano-soviétique — point de départ de l'opération Barbarossa. 250px|vignette|upright=1.0|Frontières du ghetto de Białystok. Le ghetto de Białystok () était un ghetto pour les Juifs créé par les autorités allemandes nazies en Pologne occupée pendant la Shoah polonaise. Créé entre le et le début d' dans le nouveau district de Białystok, il rassemblait environ juifs des environs de Białystok et de la région environnante confinés dans une petite zone de la ville.
Le ghetto comprenait deux sections de part et d'autre du fleuve Biala. La plupart des détenus étaient soumis aux travaux dans les entreprises destinées à l'effort de guerre allemand, principalement dans de grandes entreprises textiles, de chaussures et de produits chimiques opérant à l'intérieur ou hors du ghetto. Il fut liquidé en Szymon Datner, The Fight and the Destruction of Ghetto Białystok. December 1945. Kiryat Białystok, Yehud., et ses habitants transportés dans des trains de l'Holocauste vers le camp de concentration de Majdanek ou le camp d'extermination de Treblinka. Seules quelques centaines d'entre-eux ont survécu à la guerre, soit en se cachant dans le secteur polonais de la ville, en s'échappant après le soulèvement du ghetto, ou en survivant des camps nazis jusqu'à leurs libérations.
Contexte
Invasion germano-soviétique de la Pologne Le recensement de 1931 mentionne le chiffre de habitants pour la ville, dont près de sont juifs, soit 43 % de la population. Dans la ville, dont la vie culturelle était alors en plein essor., subsistaient deux cinémas juifs, plusieurs quotidiens juifs, des clubs sportifs, des partis politiques de premier plan et une bibliothèque juive comprenant plus de livres. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate le , Białystok compte environ juifs.
Białystok est envahie par la Wehrmacht le , lors de l'invasion allemande de la Pologne. À la suite de l’invasion de la Pologne de l’Est par les Soviétiques le , une partie de la région de Białystok est occupée par les Russes, en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov, et le les Allemands évacuent la ville.. Du au , l'Union soviétique annexe la Voïvodie de Białystok d'avant-guerre ainsi que plus de la moitié de la Deuxième République polonaise. Selon les termes du pacte germano-soviétique signé plus tôt à Moscou, la ville reste aux mains des Soviétiques jusqu'en , annexée à la République socialiste soviétique de Biélorussie. Des milliers de réfugiés juifs ont alors afflué de la zone allemande de la Pologne occupée.
Pendant l'occupation soviétique, les entreprises et magasins juifs sont fermés et les institutions sociales, éducatives et politiques juives considérées comme illégales. En outre, de nombreux juifs et polonais sont déportés par les autorités soviétiques en Sibérie. vignette|Avis d'élection au Conseil populaire de Biélorussie occidentale (Białystok, juin-juillet 1941).
Invasion nazie de l'Union soviétique La Wehrmacht attaque l'Union soviétique le et reprend Białystok les 26 et dans le cadre de l'opération Barbarossa. À cette date, avec l’afflux de tous les réfugiés, la population juive de la ville et de son district est de personnes.. Le même jour, le bataillon de police fait son apparition, chargé de terroriser la communauté juive. Le matin de ce vendredi , surnommé « vendredi rouge » par les Juifs, le bataillon se répand dans le quartier juif alentour de la Grande synagogue. Les Allemands commencent à massacrer les Juifs dans les rues et les maisons du quartier juif de Chanajki avec leurs mitraillettes et de grenades. Au moins 700 juifs sont enfermés à clef dans la synagogue qui est incendiée. Le nazis forcent d'autres victimes à se pousser les uns les autres dans le bâtiment en feu. Ceux qui résistent sont abattus sur place. Ce premier jour, à juifs sont exterminés. Le lendemain, quelque 20 à 30 wagons de cadavres sont transportés vers de nouveaux charniers creusés sur ordre allemand le long de la rue Sosnowa, à l'extérieur du centre-ville. Le major Ernst Weis du bataillon affirmera plus tard ne rien savoir de ce qui s'était passé. Le rapport officiel soumis par ses officiers au général Johann Pflugbeil de la division de sécurité, à laquelle le bataillon est subordonné, est rapidement falsifié. L'Aktion s'ensuit du meurtre d'environ 300 intellectuels juifs transportés par camion dans les champs de Pietrasze le . Le bataillon rejoint Białowieża, au cours duquel il est remplacé par le et bataillon de police de l'Orpo du Polizei-Regiment Mitte. Conformément aux ordres, les bataillions reçoivent l'ordre de rassembler le plus de Juifs possible. Le , la ville reçoit la visite de Heinrich Himmler, accompagné d'Adolf Eichmann, agissant sur les instructions du chef de la Gestapo Heinrich Müller. Il s’agit d’évaluer l'impact de la première vague des Einsatzkommandos.. Les 12 et , l'Einsatzkommando 9 et les deux bataillons mènent une fusillade de masse, surnommée , dans les champs près de Pietraszek, en périphérie de Białystok. Environ Juifs rassemblés dans le stade municipal — visité par Erich von dem Bach-Zelewski lui-même — sont emmenés et tués dans des tranchées antichars. Au total, plus de Juifs de Białystok ont été abattus au cours des premières semaines de l'occupation allemande à l'été 1941. droite|vignette|Juifs locaux forcés de balayer les rues (Bialystock, juin 1941). Indépendamment des opérations de meurtre de masse menées directement dans la ville, le nouveau quartier devient également le théâtre des opérations des Einsatzgruppen. Chaque escadron de la mort suit un groupe d'armées progressant vers l'Est. Himmler prétendant qu'un risque élevé d'activité de guérilla soviétique existe dans la région, la mission de détruire les prétendus collaborateurs du NKVD est assignée à l'Einsatzgruppe B sous le commandement du SS-Gruppenführer Arthur Nebe, assisté par le Kommando SS Zichenau-Schroettersburg commandé par Hermann Schaper, et le Kommando Bialystok dirigé par Wolfgang Birkner, convoqué par le gouvernement général sur ordre du bureau principal de sécurité du Reich.. Au début de l'occupation allemande, ces unités de massacre mobiles rassemblent et tuent des milliers de Juifs dans les quartiers.
Création du Ghetto Formation Le 1941, le commandant militaire convoque le rabbin de Bialystok, le Gedaliah Rosenmann et le Président du Conseil de la Communauté juive, Efraim Barasz, et leur ordonne de former un . Composé de douze membres représentant toutes les couches de la population, ce Judenrat est remplacé un mois plus tard par un nouveau conseil, deux fois plus nombreux, avec comme président Barasz. Le ghetto est officiellement créé le , sur ordre des autorités militaires allemandes. La totalité de la population juive de la ville reçoivent l'ordre de déménager. Comme pour les autres ghettos, l'espace est totalement insuffisant pour le nombre d'habitants et deux ou trois familles s’entassent souvent dans une seule pièce séparées par des rideaux. Deux portes mènent hors du ghetto : une donne sur la rue Jurowiecka et l'autre sur la rue Kupiecka. Le ghetto englobe quant à lui les rues de Lipowa, Przejazd, Poleska et Sienkiewicza. La zone, accueillant personnes, est bouclé officiellement le , dans deux petits secteurs de la ville séparés par le fleuve Biala. Elle est entourée d’une barrière en bois et d’une clôture de barbelés, composée finalement de trois entrées tenues par la police juive sous la surveillance des Allemands. Le Judenrat, composé de 24 Juifs, tient sa première réunion le au cours duquel il crée 13 départements divisés en divisions. Ephraim Barash (ou Efraim Barasz en polonais), ingénieur en mécanique de 49 ans, est élu président par intérim. Le Conseil était présidé par Rabi Gedalyah (Gedalia) Rosenman. Des soupes populaires sont mises en place, ainsi que des infirmeries, des écoles, des postes de police du ghetto juif, des bains publics et autres commodités. Le Judenrat promet le travail acharné comme clé de la survie ; sa principale obligation est de fournir des quotas de travailleurs aux Allemands. Tous les Juifs âgés de 15 à 65 ans sont soumis au travail obligatoire. En peu de temps, le ghetto atteint habitants juifs. Des usines de textile et d'armement sont créées avec l'aide du Judenrat. Des usines privées dans le ghetto appartiennent à l'industriel allemand Oskar Steffen. La plupart des juifs sont employés dans environ 10 usines ou dans d'autres ateliers du ghetto. Un petit nombre travaille dans diverses entreprises allemandes hors du ghetto. Le Judenrat lui-même est un employeur important : plus de personnes travaillent dans divers hôpitaux, pharmacies, écoles, palais de justice ou autres établissements publics. Un Jüdischer Ordnungsdienst (police juive) de est constitué. Les approvisionnements en nourriture par l'administration allemande sont, au mieux, irréguliers. Aussi, la contrebande de la nourriture (puni de la peine capitale) est la seule manière d'éviter la famine sur une échelle massive. Dans de petits ateliers secrets, des marchandises sont produites et échangées contre de la nourriture avec les habitants vivant en dehors du ghetto. Afin d'augmenter la disponibilité de nourriture, le Judenrat convertit les emplacements des bâtiments détruits du ghetto en potagers.
Premières déportations En , les autorités nazies proclament que le nombre de Juifs à Białystok est trop important et ordonnent leur expulsion partielle vers Prużany (aujourd'hui Proujany, en Biélorussie). Le Judenrat établit alors une liste. Les déportations débutent le et se poursuivent pendant un mois.. Entre le 18 et le , Juifs âgés, malades, non qualifiés et sans emploi sont déportés dans le ghetto de Pruzhany, à au sud de Bialystok. La plupart sera massacrée lors de la liquidation de ce ghetto en . D'autres arrivent soudainement à s'en sortir, notamment en moyennant des sommes exorbitantes versées aux employés de Judenrat. Au , le nombre de fonctionnaires du Conseil (de tous les niveaux) passe de à en juin, principalement en raison des primes spéciales et des bons reçus pour la viande, les légumineuses, la confiture, le savon, la farine et de grandes quantités de charbon pour l'hiverBender (2008), .. Dans un même temps, les rations alimentaires pour l'ensemble de la population sont considérablement réduites, d'abord à de pain par jour, puis à , entraînant une famine galopante. Selon les mots de la survivante Riva Shinder, le ghetto est devenu synonyme . En , une organisation de résistance juive est nouvellement formée. Celle-ci est dirigée par Tadeusz Jakubowski et Niura Czerniakowska. Riva sert de secrétaire. Le groupe écoute des émissions de radio, écrit des communiqués et exploite une machine à dupliquer, commettant également des actes de sabotage dans les usines. Tout au long de l’année 1942, les diverses factions des mouvements juifs de la jeunesse négocient en vue de créer plusieurs mouvements unifiés en vue de résister aux Allemands. Un accord est finalement conclu en et donne naissance à un front uni appelé ou comprenant les communistes, les socialistes et les Sionistes du sous le commandement d'Edek Borak. En Mordechai Tenenbaum (Josef Tamaroff) arrive du ghetto de Varsovie pour soutenir la résistance et le est créé, unissant tous les mouvements restants. Sur l’initiative de Tenenbaum et avec le soutien de Barasz, des archives secrètes sont établies. Cachés hors du ghetto, ces documents retrouvés constituent une source et un témoignage inestimables sur l'existence du ghetto. Barasz met également à la disposition de Tenenbaum des sommes d’argent considérables pour l’achat d’armes au mouvement secret de la résistance polonaise Armia Krajowa, mais sans succès.
Nouvelles déportations et soulèvements