Le Rallye Sanremo 1980 (22. Rallye San Remo), disputé du 6 au , est la quatre-vingt-quatrième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la neuvième manche du championnat du monde des rallyes 1980.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur une douzaine de manches, dont les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a depuis 1979 créé un véritable championnat des pilotes qui fait suite à la controversée Coupe des conducteurs instaurée en 1977, dont le calendrier incluait des épreuves de second plan. Pour la saison 1980, la CSI a exclu les manches suédoise et finlandaise du championnat constructeurs, ces deux épreuves comptant uniquement pour le classement des pilotes. Huit des douze manches du calendrier se disputent en Europe, deux en Afrique, une en Amérique du Sud et une en Océanie. Elles sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales thumb|right|alt=Mirafiori|Les grèves affectant l'usine Mirafiori de Turin pourraient entraîner le forfait de Fiat.

Champion du monde des constructeurs 1979, Ford a officiellement cessé son implication en rallye, ayant cédé son matériel à des équipes privées dont l'écurie Rothmans, qui prépare les Escort RS1800 groupe 4 pour Ari Vatanen et Hannu Mikkola. Le retrait de Ford a bénéficié à Fiat, dont les 131 Abarth ont dominé la saison, grâce notamment à Walter Röhrl, victorieux au Rallye Monte-Carlo, au Portugal et en Argentine ; face aux Ford privées et à une équipe Datsun dont les berlines 160J s'avèrent robustes mais nettement moins puissantes, la marque italienne semble bien partie pour ajouter un troisième titre à son palmarès, après ceux acquis en 1977 et 1978. Fiat doit cependant composer avec les grèves affectant son usine de Turin, compromettant sa participation à la manche italienne du championnat.

L'épreuve

Créée en 1928 sous le nom de « Rally dei Fiori », cette épreuve mixte (asphalte/terre) prit l'appellation « Rally Sanremo » en 1968. Elle fut intégrée au championnat international des marques dès sa création en 1970, devenu championnat du monde des rallyes en 1973. En 1977, les organisateurs modifièrent son tracé pour en faire une épreuve exclusivement sur goudron mais, devant la baisse de notoriété engendrée alors, revinrent au parcours mixte, plus sélectif, dès 1979, étendant l’itinéraire jusqu'en Toscane et en Emilie Romagne. Le Rallye Sanremo a souvent souri aux Lancia Stratos, victorieuses à cinq reprises au cours des six dernières éditions.

Le parcours thumb|right|alt=San Remo|San Remo, en Ligurie, ville départ et arrivée du rallye du même nom. départ : de San Remo arrivée : à San Remo inspection technique des véhicules les mieux classés : à Sanremo distance : 2865 km, dont 800,6 km sur 49 épreuves spéciales (51 épreuves initialement prévues, pour un total de 821,2 km chronométrés) surface : terre (65%) et asphalte (35%) Parcours divisé en quatre étapesRevue Auto hebdo - 16 octobre 1980

Première étape San Remo - Sienne, du 6 au distance : dont 189 sur 14 épreuves spéciales (4 sur asphalte et 10 sur terre) ; 16 épreuves spéciales (209,6 km) initialement prévues. remarque : le tronçon chronométré de Fiamm est parcouru deux fois de suite, correspondant aux épreuves spéciales 9A et 9B.

Deuxième étape Sienne - Saint-Marin, du 7 au distance : dont 306 sur 17 épreuves spéciales (terre)

Troisième étape Saint-Marin - San Remo, du 8 au distance : dont 149 sur 11 épreuves spéciales (7 sur asphalte et 4 sur terre)

Quatrième étape San Remo - San Remo, du 10 au distance : dont 156,6 sur 7 épreuves spéciales (asphalte)

Les forces en présence Fiat thumb|left|alt=Fiat 131 Abarth|La Fiat 131 Abarth de Walter Röhrl a dû abandonner sa livrée officielle pour celle du Jolly Club. En réaction au plan social annoncé en juin par le premier constructeur italien, prévoyant de mettre en chômage technique plusieurs milliers d'ouvriers de l'usine Fiat-Mirafiori de Turin, le principal site de production de la marque fait face à de nombreuses grèves et dans ce contexte les ouvriers n'ont pas donné leur accord à une participation au rallye Sanremo. L'équipe a néanmoins réussi à maintenir l'engagement de trois 131 Abarth groupe 4, sous les couleurs d'écuries privées. Walter Röhrl a récupéré le mulet prévu pour les reconnaissances du prochain Tour de Corse, un modèle allégé (920 kg), doté d'une suspension à ressorts courts conçue pour les routes goudronnées, une configuration qui risque de s'avérer délicate sur les pistes en terre, et plus particulièrement si le terrain est sec. La voiture a été renforcée peu avant le départ, repeinte aux couleurs du Jolly Club, et officiellement engagée par cette écurie. Markku Alén dispose quant à lui de l'ancienne voiture du pilote italien 'Lucky' au sein de l'équipe Quattro Rombi, un peu plus lourde et équipée de ressorts Bilstein adaptés aux épreuves sur terre, tout comme le modèle du River Team dont dispose Attilio Bettega. Ces trois 131 Abarth sont équipées d'un moteur deux litres seize soupapes à injection Kugelfischer développant 225 chevaux à 7500 tr/min, et utilisent des pneus Pirelli. L'équipe de mécaniciens s'appuie sur le volontariat, tandis que les véhicules d'assistance ont perdu leurs couleurs officielles. Au côté des pilotes d'usine, on trouve également Adartico Vudafieri et Antonio Tognana sur des 131 Abarth du Jolly Club. Fiat Grande-Bretagne avait proposé le volant d'un modèle identique au pilote argentin Jorge Recalde, mais ce dernier a finalement décliné l'offre.

Datsun Ayant encore une petite chance de remporter le titre constructeurs, Datsun a engagé deux berlines 160J groupe 2 (990 kg, moteur quatre cylindres de deux litres de cylindrée à simple arbre à cames alimenté par deux carburateurs double corps, 190 chevaux à 7400 tr/min). Elles sont aux mains de Timo Salonen et d'Harry Källström (qui effectue ici sa dernière course avant sa retraite sportive). La marque utilise des pneus Dunlop.

Ford L'équipe Rothmans a engagé deux Escort RS1800 groupe 4 pour Ari Vatanen et Hannu Mikkola. Préparées par David Sutton, ces voitures pèsent environ une tonne et sont équipées d'un moteur deux litres à double arbre à cames en tête, seize soupapes, alimenté par deux carburateurs double-corps Weber, délivrant 265 chevaux à 8500 tr/min. Comme les Datsun, elles sont chaussées de pneus Dunlop. La marque est également bien représentée en tourisme de série, avec notamment Angelo Presotto et Massimo Paolieri qui s'alignent sur des Escort RS2000.

Opel thumb|right|alt=Opel Ascona 400|Une Opel Ascona 400 aux couleurs de l'Euro Händler Team lors d'un rallye historique. L'Euro Händler Team a préparé deux Ascona 400 groupe 4 pour Anders Kulläng et Jochi Kleint. L'équipe allemande est épaulée par l'écurie de Virgilio Conrero, qui a également engagé deux Ascona 400 pour 'Tony' et Dario Cerrato. Ces modèles pèsent environ 1100 kg et sont motorisés par un quatre cylindres de 2420 cm3, avec distribution par double arbre à cames en tête et seize soupapes. L'alimentation est assurée par deux carburateurs double-corps Weber pour les versions de l'Euro Händler Team (245 chevaux à 6900 tr/min), par injection mécanique Kugelfischer sur les versions Conrero (plus de 260 chevaux à 7200 tr/min). Les deux équipes font appel aux pneus Michelin. Beaucoup de pilotes indépendants s'alignent sur des Ascona groupe 1, les plus en vue étant Zordan Antonillo et Michele Cane, ainsi que le jeune espoir Massimo Biasion.

Talbot La filiale britannique du groupe PSA a engagé deux Sunbeam Lotus groupe 2 (1050 kg, moteur quatre cylindres seize soupapes de 2200 cm3 alimenté par deux carburateurs double-corps), dont la puissance a été récemment portée à 250 chevaux. Confiées à Guy Fréquelin et Henri Toivonen, elles sont équipées de pneus Michelin.

Alfa Romeo Filiale sportive officielle du constructeur milanais, Autodelta fait débuter en championnat du monde ses coupés Alfetta GTV Turbodelta, homologués en groupe 4. Deux voitures de ce type ont été engagées pour Mauro Pregliasco et Maurizio Verini. Elles sont motorisées par un moteur quatre cylindres de deux litres de cylindrée, suralimenté par un turbocompresseur, d'une puissance de l'ordre de 300 chevaux. Comme les Fiat, les Alfa Romeo sont dotées de pneus Pirelli.

Lancia Fabrizio Tabaton dispose de la Stratos HF groupe 4 de l'écurie Grifone. C'est le seul modèle de ce type engagé sur ce rallye. Pesant 970 kg, la Stratos, avec son moteur V6 de 2400 cm3 développant 280 chevaux à 8000 tr/min, est toujours une sérieuse candidate à la victoire. Elle est équipée de pneus Pirelli.

Déroulement de la course Première étape San Remo - Castel Nuovo Les 77 équipages s’élancent de San Remo le lundi, après la tombée de la nuitRevue Sport Auto n°226 - novembre 1980. Aussitôt après le départ, Attilio Bettega doit faire refixer le différentiel de sa Fiat 131 Abarth et écope de treize minutes de pénalisation, avant même d'aborder les premières épreuves chronométrées. Le jeune pilote italien a perdu toute chance de bien figurer, mais se montre cependant le plus rapide dans le secteur du Col d'Oggia, devançant de peu la Lancia Stratos de son compatriote Fabrizio Tabaton qui prend momentanément la tête de la course, devant l'Opel de Dario Cerrato et la Fiat de Walter Röhrl. Ne disposant pas de pneus très performants sur asphalte, les Ford d'Ari Vatanen et Hannu Mikkola sont au delà de la dixième place, tout comme les Datsun de Timo Salonen et Harry Källström. Tabaton conserve le commandement après la seconde épreuve spéciale mais dans les épreuves suivantes Cerrato et Röhrl prennent l'avantage. Après le secteur de Baiardo, quatrième et dernière épreuve sur goudron de l'étape, Cerrato possède deux secondes d'avance sur Röhrl et dix sur Tabaton. Auteur d'un beau début de course sur son Alfa Romeo à moteur turbo, Mauro Pregliasco pointe à la quatrième place, juste devant l'Opel de 'Tony' et la Fiat d'Adartico Vudafieri. Les autres, emmenés par la Fiat de Markku Alén, comptent plus d'une minute de retard sur l'équipage de tête.

Après une liaison autoroutière (où Maurizio Verini abandonne, son Alfa Romeo ayant pris feu), les concurrents gagnent la Toscane et son parcours sélectif qui se déroule exclusivement sur terre. Bien qu'en difficulté avec sa Fiat préparée pour l’asphalte, Röhrl reprend momentanément la tête de la course, mais se fait bientôt dépasser par Cerrato, puis par Alén. Au petit matin, à la neutralisation de Castel Nuovo, Cerrato et Alén se partagent le commandement, dix secondes devant Röhrl qui donne le maximum pour ne pas trop se faire distancer sur ce type de parcours. Quatrième, Vatanen se maintient à moins d'une minute des voitures de tête, précédant son Mikkola et Kleint, alors qu'Anders Kulläng vient de renoncer, trahi par la boîte de vitesses de son Opel.

+ classement à la neutralisation de Castel Nuovo Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Dario Cerrato Luciano Guizzardi Opel Ascona 400 4 1 h 33 min 52 s 1= Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 131 Abarth 4 1 h 33 min 52 s - 3 Walter Röhrl Christian Geistdörfer Fiat 131 Abarth 4 1 h 34 min 02 s + 10 s 4 Ari Vatanen David Richards Ford Escort RS1800 4 1 h 34 min 39 s + 47 s 5 Hannu Mikkola Arne Hertz Ford Escort RS1800 4 1 h 35 min 30 s + 1 min 38 s 6 Jochi Kleint Gunter Wanger Opel Ascona 400 4 1 h 35 min 38 s + 1 min 46 s

Castel Nuovo - Sienne