vignette|Drapeau de cérémonie dont le vévé (dessin rituel) fait référence à la divinité Dambala. Le vaudou haïtien (, aussi écrit vodou) est une forme de syncrétisme religieux basé sur le vaudou ouest-africain, pratiqué principalement en Haïti et par la diaspora haïtienne. Les pratiquants sont appelés vaudouisants (les adeptes sont appelés vodounsi au Bénin) ou serviteurs des esprits (sèvitè en créole haïtien).
Les vaudouistes croient en un créateur suprême distant qui n'intervient pas dans les affaires humaines. Ils dirigent donc leur culte vers les esprits, les loas ou lwas. Chaque loa est responsable d'un aspect particulier de la vie. Les personnalités dynamiques et changeantes de chaque loa reflètent les nombreuses possibilités inhérentes aux aspects de la vie qu'il préside. Dans la vie quotidienne, les vaudouistes cultivent une relation personnelle avec les loas à travers des dons, la création d'autels personnels et d'objets de dévotion et la participation à des cérémonies élaborées de musique, de danse et de possession spirituelle.
Le vaudou est originaire de ce qui est aujourd'hui le Bénin. Il se développe au dans l'empire colonial français parmi les peuples d'Afrique de l'Ouest alors réduits en esclavage et contraints de se convertir au christianisme. Les pratiques religieuses du vaudou contemporain sont étroitement liées à celles du vaudou ouest-africain, telles que pratiquées par les Fons et les Ewes, même si elles intègrent des éléments multiples tel un symbolisme issu des Yorubas et Kongos, des croyances religieuses Taïnos et même des influences spirituelles européennes incluant le catholicisme romain et le mysticisme.
En Haïti, certains catholiques combinent des aspects du catholicisme avec des aspects vaudous, une pratique interdite par l'Église et considérée comme diabolique par les protestants haïtiens. Le vaudou représente pour la plupart des Haïtiens le symbole même de révolution des esclaves.
Noms et étymologie Le mot vaudou ne faisait auparavant référence qu'à un petit sous-ensemble de rituels haïtiens. Son origine dérive du terme ayizo se référant à des forces ou pouvoirs mystérieux qui régissent le monde. On retrouve l'utilisation du terme ayizo principalement chez deux populations, les Ewes et les Fons. Ces deux peuples composaient en grande partie la première population asservie de Saint-Domingue.
En Haïti, les pratiquants utilisent occasionnellement le mot vaudou pour désigner la religion haïtienne de manière générale. Il reste cependant plus courant que les pratiquants se désignent eux-mêmes comme sèvitè accomplissant les sèvis lwa, soit les cérémonies rituelles appelées .
En dehors d'Haïti, le terme vaudou fait référence à l'ensemble des pratiques religieuses traditionnelles haïtiennes. La première occurrence apparaîtrait sous la forme de vodun dans Doctrina Christiana, un document de 1658 écrit par l'ambassadeur du roi d'Allada (actuelle ville béninoise) à la cour de Philippe IV d'Espagne. Au cours des siècles suivants, le vaudou a finalement été adopté par les non-haïtiens comme un terme descriptif générique pour la religion haïtienne traditionnelle. Il existe de nombreuses orthographes de ce mot. Aujourd'hui, l'orthographe vaudou est la plus répandue, les autres étant vaudoun, vodou ou voodoo, le -n final reflétant la voyelle nasale en Afrique de l'Ouest ou la prononciation du créole haïtien.
L'orthographe vodou, autrefois très courante, n'est désormais généralement plus utilisée par les praticiens et les universitaires haïtiens lorsqu'ils se réfèrent à la religion haïtienne afin d'éviter toute confusion avec le Vaudou de Louisiane, un ensemble de pratiques religieuses apparentées mais distinctes. Cette distinction des termes a aussi pour but de séparer le vaudou haïtien des connotations négatives et des idées fausses que le terme vodou a acquis dans la culture populaire. Au fil des ans, les pratiquants et leurs partisans ont demandé à diverses institutions dont l'Associated Press, de corriger cette image erronée en adoptant le terme vaudou, en référence à la religion haïtienne. En , la Bibliothèque du Congrès a décidé de changer son sujet de vodouisme en Vaudou en réponse à une pétition d'un groupe d'universitaires et de praticiens en collaboration avec Kosanba, l'association savante pour l'étude du vaudou haïtien basée à l'Université de Californie à Santa Barbara.
Croyances droite|vignette| Objets de culte vaudous, Port-au-Prince, Haïti. Le vaudou est populairement décrit comme non seulement une religion mais plutôt une expérience simultanée du corps et de l'âme. Le concept de liaison dans la culture religieuse haïtienne est dérivé de la tradition congolaise du kanga, la pratique de lier son âme à quelque chose de tangible. Cette « liaison d'âme » est évidente dans de nombreuses pratiques de vaudou haïtien toujours aujourd'hui.
Esprit de Saint Au contact du catholicisme romain apporté par les colons, le Créateur suprême vaudou est associé au Dieu chrétien, donnant l'appellation Bondye (Bon Dieu), les loas étant associés aux Saints.
Loa droite|vignette|Un grand drapo, ou drapeau, vaudou à paillettes de l'artiste haïtien George Valris, représentant un vévé, le symbole du loa Loko Atison. Bondye considéré inaccessible, les vaudouisants dirigent leurs prières vers des entités inférieures, des esprits connus sous le nom de loa ou mistè. Les loas les plus notables sont Papa Legba (le gardien du carrefour), Erzulie Freda (l'esprit d'amour), Simbi (l'esprit de pluie et des magiciens), Kouzin Azaka (l'esprit de l'agriculture) et les Marassa (des jumeaux divins considérés comme étant les premiers enfants de Bondye). Chaque loa est associé à un saint catholique romain particulier, par exemple, Papa Legba à Saint Antoine l'Ermite et Damballa à Saint PatrickGeorge Simpson, Black Religions in the New World, New York: Columbia University Press, 1978, .. Les loas appartiennent également à des groupes familiaux qui partagent un nom de famille, comme Ogun, Erzulie, Azaka ou Guédé. Par exemple, Erzulie est une famille, Erzulie Danto et Erzulie Freda sont deux esprits individuels dans cette famille. Chaque famille est associée à un aspect spécifique : les Ogun sont des soldats, les Erzulie gouvernent les sphères féminines de la vie, les Azaka gouvernent l'agriculture, les Guédé gouvernent la sphère de la mort et de la fertilité. Le vaudou haïtien est la rencontre de 21 nations, dont les divinités forment un panthéon. Ce panthéon est divisé en plusieurs familles de loas. Les plus connues sont les Rada, les Petro et les Gede. Atibon-Legba, Damballah-Wèdo font partie des loas Rada. Les esprits ont chacun des attributs et des fonctions qui leur sont propres. Legba est le gardien des barrières, le maître des carrefours et il garde la porte de la connaissance et de la vérité. Damballah-Wèdo est pour beaucoup le détenteur de la Connaissance. Certains croient qu’il est le Dieu suprême. Ces dieux, comme tous les autres de la famille Rada, sont censés être des esprits bienveillants.
Il existe aussi des esprits plus agressifs que les autres. C'est le cas des Petro, dont Ti Jan Dantò. Certaines divinités du vaudou sont représentées sous les traits de femmes. Ayizan, femme de Legba, est connue pour faire fuir les mauvais esprits. Aïda-Wèdo, déesse de l'arc-en-ciel, est l'épouse de Damballah-Wèdo, qu’elle trompe avec Agwe, le dieu de la mer. Les esprits du vaudou sont innombrables et ils ont des pouvoirs multiples, mais comparables.
Guédé haïtien Le et le sont les jours que les Haïtiens vaudouisants réservent pour célébrer les morts. Dans toutes les rues de la capitale comme dans les villes de province, les vaudouisants possédés par les esprits sont vêtus d'une tenue de couleur blanc, mauve et noir, leur visage est couvert de poudre blanche et ils portent une paire de lunettes de soleil. Le guédé est une lwa qui aime beaucoup le piment ; de ce fait, ils apportent une bouteille de piment bien fermentée, fait maison, qu’ils consomment tout au long du chemin et qu'ils appliquent sur leur corps, plus précisément sur leurs parties génitales. Selon ce que rapportent plusieurs vaudouisants, tant qu’ils sont possédés par le guédé, ils ne sont pas en mesure de ressentir le goût du piment ni ses effets sur leur corps. Ces deux jours particulièrement, ils ont une voix nasale et peuvent accomplir des choses qui vont au-delà de leur capacité comme grimper à un arbre très haut ou descendre dans un puits très profond.
Ils se dirigent tous vers le cimetière le plus proche. Pour pénétrer dans le cimetière, ils doivent demander un laissez-passer aux deux chefs du cimetière qui sont Bawon Samedi et Manman Brigit. On retrouve également d'autres lwa qui les suivent comme bawon lakwa, guédé loraj, brave guédé, bawon kriminel, guédé nimbo Chaque lwa choisit un serviteur appelé Chwal. Ils ont tous un code vestimentaire, par exemple Bawon Samedi, nommé également papa guédé, fume toujours un cigare et porte des lunettes où manque un verre.
Moralité Le code moral du vaudou se concentre sur les vices de déshonneur et de cupidité et s'articule aussi autour de la notion de propriété relative : ce qui convient à quelqu'un relié à Damballa peut ne pas être adapté à quelqu'un patronné par Ogun. Par exemple, la tempérance d'un esprit calme est tout aussi appréciée que l'impétuosité de celui qui réagit avec vigueur pour se protéger ainsi que les siens si nécessaire. L'amour et le soutien au sein de la famille semblent être les considérations les plus importantes de la société vaudoue. La générosité, le don à la communauté et aux pauvres sont également des valeurs importantes. Les bénédictions de chacun venant de la communauté, il faut être prêt à en donner à son tour. Il n'y a pas de « solitaires » parmi les vaudous, seulement des personnes séparées géographiquement de leurs aînés et de leur maison. Une personne sans aucune relation avec les aînés ne pratique pas le vaudou tel qu'il est compris en Haïti et parmi les Haïtiens. En outre, le vaudou haïtien met non seulement l'accent sur la « totalité de l'être » avec les anciens et le monde matériel, mais aussi sur l'unité avec les forces interconnectées de la nature.
Il existe une diversité de pratiques vaudoues à travers Haïti et sa diaspora. Dans le nord, le lave tèt (« lavage de tête ») ou kanzwe peut être la seule initiation, comme c'est le cas en République dominicaine, à Cuba et à Porto Rico. À Port-au-Prince et dans le sud, sont pratiqués les rites kanzo avec trois degrés d'initiation - senp, si pwen et asogwe, ce dernier étant le mode de pratique le plus connu en dehors d'Haïti.
Bien que la tendance générale vaudoue soit conservatrice en accord avec ses racines africaines, il n'y a pas de forme singulière et définitive : chaque lignée perpétue sa pratique particulière. Les petits détails du service et les esprits servis varient d'une maison à l'autre ; les informations dans les livres ou sur Internet peuvent donc sembler contradictoires. Il n'y a pas d'autorité centrale dans le vaudou haïtien, car « chaque Houngan (prêtre) et Mambo (prêtresse) est chef de sa propre maison » (dicton populaire haïtien). Une autre considération en termes de diversité haïtienne est la multitude de sectes telles que le Sèvi Gine, Makaya, le Rara, ainsi que des sociétés secrètes, chacune ayant son propre panthéon des esprits.
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