droite|vignette|217x217px|La femme du sans-culotte, estampe, musée Carnavalet, vers 1792.|alt=

À la veille de la Révolution les femmes sont, en dehors d'une infime minorité, peu considérées, Rousseau lui-même était d'une misogynie caricaturale et tous les philosophes du , y compris ceux qui comme DiderotLa femme femelle de l'homme telle est la définition de l'Encyclopédie de 1751 qui renvoie aux articles « homme », « femelle » et « sexe » ou Montesquieu rejettent l'infériorité naturelle de la femme, ont sur le sujet une position ambiguë. De nombreux philosophes, médecins, écrivains ont croisé leurs approches pour décrire la féminité. Les termes qui en ressortent sont : « constitution délicate », « tendresse excessive », « raison limitée », « nerfs fragiles » . On considérait donc comme acquise l’infériorité de la femme intellectuellement et psychologiquement.

Et pourtant, dès la Déclaration des droits de l'homme, elles sont citoyennes. Ce changement était porteur d'espérances.

La Révolution française avait, en effet, façonné l’idée de rupture : selon Tocqueville, ; tout devait être remis en question, critiqué et détruit, on entrait dans une nouvelle époque, il fallait changer jusqu'au calendrier et faire table rase du passé.

Pour autant, vraie pour les structures administratives, l’application uniforme de la règle sur l’ensemble du territoire national, la mise en place d’un État centralisé, dans l'approche des droits des femmes, de leur place dans la vie publique et le corps social, la réalité fut sans autres changements que ceux qu'elles surent imposer.

Les femmes à la veille de la Révolution La société des trois ordres vignette|Femme du Tiers-état portant la charge du Clergé et de la Noblesse (estampe anonyme 1789). L'individu d'Ancien Régime appartient à un ordre Noblesse, Clergé, Tiers état, cette structuration de la société fait qu'une femme noble ou religieuse est supérieure aux femmes comme aux hommes du tiers-état. Elle amène les femmes concernées à des logiques de privilèges qui relèguent au second plan la prise de conscience de la nécessaire amélioration de la condition féminine.

Les femmes de la noblesse ont vu leur pouvoir politique décliner depuis la Renaissance, résultat entre autres d'une volonté royale de limiter le pouvoir des puissants de France.

Les femmes ne sont pas éligibles, mais les femmes nobles, les communautés de religieuses, voire les femmes du Tiers état, propriétaires d'un fief votent pour la désignation des députés aux états généraux, le droit de vote étant attaché à la propriété et non à la personne ou au sexe.

Les femmes sont exclues de la prêtrise, mais le couvent reste pour les filles cadettes ou de petite noblesse une issue pour toutes les nobles à la dot insuffisante pour trouver un parti.

Les femmes du tiers état, qui représente 98 % de la population, sont les plus nombreuses. Elles sont de conditions et de situation financières très diverses, même si le travail y est la norme.

La bourgeoisie la plus aisée est sensible aux idées nouvelles et se rapproche sur ce point des nobles les plus libérales ; mais la grande majorité est tout à la fois l’assistante du mari dans son commerce ou son artisanat et le pivot de la cellule familiale. Elles restent très majoritairement à l'écart des questions politiques et sociales.

Les femmes du peuple assument un rôle d'épouse, de mère et de travailleuse. A Paris, les blanchisseuses ou les dames de la Halle formeront le gros des bataillons des sans-culottes. Majoritairement chargées de subvenir aux besoins de la famille, elles seront très sensibles aux crises frumentaires. D'une révolte, au départ strictement économique, nombre d'entre elles s'ouvriront peu à peu à la revendication politique.

Très largement les hommes ne considèrent pas les femmes de 1789 comme leurs égales. Elles doivent rester dans le champ de l'activité domestique, extérieure à la société civile. Elles sont donc considérées comme des mères ou ménagères, loin des fonctions sociales politiques que certaines désirentL'ensemble des données ci-dessus reposent sur l'ouvrage de Yannick Ripa : Les femmes, actrices de l'Histoire, France, de 1789 à nos jours..

De la prise de la Bastille à la chute de la Royauté (1789 - 10 août 1792) Une prise de parole contrariée Les articles 11 et 20 du Règlement Général du prévoient expressément que les femmes appartenant au clergé régulier, les filles et les veuves de la noblesse fieffée doivent être représentées aux assemblées de leurs ordres par un procureur. Sur les femmes du peuple rien n’est dit. Il est à priori surprenant que les femmes du tiers aient eu plus de droits que les femmes nobles ou appartenant à un ordre religieux. Christine Fauré précise à ce sujet ..

Rares sont les historiens qui se sont intéressés à cette question avant la période récente. Henri Loriquet. fut un précurseur par ses recherches sur la Pas-de-Calais, mais c'est surtout les travaux de René Larivière à l'occasion du bicentenaire de la Révolution qui ont permis de faire le point sur cette participation des femmes. après avoir dépouillé plus de 7000 cahiers de doléances il relève la présence de femmes dans une trentaine de bailliages et de sénéchaussées, s'agissant de la sénéchaussée de Périgueux, où ses travaux sont plus systématiques, il retrouve la présence de femmes dans 43 paroisses sur 694, dans une proportion variant de 1 femme pour 5 hommes à 1 femme pour 116 hommes.

Les communautés religieuses sont plus présentes et les religieuses ne se cantonnent pas à la défense de leur statut. Elles ne se contentèrent pas toujours de désigner un représentant sur la base d'un contrat un peu flou et n’hésitèrent pas à se prononcer sur « l'administration de la justice » ou encore sur les impositions et notamment la gabelle.

Les revendications strictement féminines sont rares et la parole de ces femmes sont noyées dans le flot des écrits à dominante masculine. Tardivement, en , paraissent quelques cahiers féminins, peu nombreux ces cahiers proviennent des centres urbains, Paris, Marseille, Dunkerque, leur authenticité, le fait qu'ils soient l'œuvre de femmes, ont fait et font encore débat.

Un cahier émerge de cette production, très limitée, Cahiers des doléances et réclamations des femmes, par Madame B*** B*** du Pays de Caux. Mais la reconnaissance des députés, que le texte prétend acquise, ne lui sera cependant pas accordée et le texte ne parvient pas à persuader face au discours dominant et au pouvoir des hommes.

Le cahier de doléances des femmes de Charente de Marie de Vuigneras daté du et donc adressé à l'Assemblée Constituante en place depuis le , n'est que la copie du cahier de Mme B*** B*** de . La copie retrouvée en Charente démontre toutefois qu'il a existé des modèles de doléances féminines qui se transmettaient d'une province à une autre ; encore que cet exemple unique conduise à en limiter la portée effective.

En marge des cahiers de doléances, pour autant qu'elle s'ouvre sur des paroles fortes, , La demande des femmes aux états Généraux de de Coucy, reste, comme le fait remarquer Christine Fauré, dans une logique « salonnière »..

Les ambiguïtés de la Déclaration des droits vignette|211x211px|Sieyes (1746-1836).|alt= Dans un Préliminaire de la Constitution française Sieyes propose à l'Assemblée de distinguer deux groupes de citoyens, les passifs et les actifs. Les femmes figurent, du moins en l’état actuel, précise-t-il, avec les enfants, les étrangers, ceux qui ne contribueraient en rien à soutenir l'établissement public.

Marat dans son projet de déclaration des droits de l'homme et du citoyen en précisant : .

Lors de la discussion des trois premiers articles de la future déclaration des droits de l'homme, un incident révélateur est rapporté au procès-verbal, après un long débat, un dernier orateur, non cité, serait intervenu longuement ; Jean-Joseph Mounier, l'homme des compromis, présente alors les trois premiers articles dans la version que nous connaissons. Ils sont adoptés.

La portée du mot « homme » reste encore dans le flou alors même que l'amorce d'une discussion sur le sujet par un membre de l'Assemblée, qui n'aura même pas les honneurs du compte rendu, vide tribunes et galeriesCet incident est également rapporté dans les mêmes termes dans la réédition de l'ancien Moniteur..

Le lendemain, lors de la discussion animée de ce qui deviendra l'article VI de la Déclaration des Droits de l'homme, aucun intervenant ne revient sur la question et la rédaction définitive laisse planer le même doute sur la place qu'on entend réserver aux femmes.

Un déni de citoyenneté Lors de la discussion des articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la question de la place de la femme fut totalement éludée, les femmes étaient évincées de fait de la vie publique.

Sous une apparente neutralité, le consensus implicite de tous les intervenants prévaudra. Le statut de la femme est posé pour près de deux siècles encore. Même si au début de la Révolution, le droit de vote n'est pas constitutif de la citoyenneté, il est acquis que la femme n'est pas l'égale de l'homme.

gauche|vignette|198x198px|Nicolas de Condorcet (1743-1794).|alt=

Parmi les rares députés féministes, Condorcet publia le dans le Journal de la Société de 1789, dans l'indifférence générale, un texte parfaitement explicite et de conclure .

Dès cette date il est certain que seule l'action militante sera désormais le levier susceptible de faire bouger les lignes.

Une entrée par effraction dans l'espace public Dès avant 1789, des femmes étaient entrées dans l'action, qu'il s’agisse de leur participation à la Journée des Tuiles en investissant les églises pour sonner le tocsin dans un soulèvement à caractère éminemment politiqueCes événements sont consécutifs à la tentative de réforme du garde des Sceaux Lamoignon et du contrôleur général des finances Loménie de Brienne, visant à annuler les pouvoirs redonnés aux parlements par Maupeou au début du règne de Louis XVI. ou encore lors de l'Affaire Réveillon motivée par l'augmentation du prix du pain et donc par la faim et la misère qui se rattache aux émeutes de subsistances, typiques de l'Ancien Régime.

gauche|vignette|232x232px|alt=|Jacques Necker (1732-1804).

En même temps, se dessinent les caractères d'une journée révolutionnaire : le peuple se réclame du tiers état et lance des slogans nouveaux tels que « Liberté ». À dix jours de l’ouverture des états généraux, les Parisiens et Parisiennes les plus pauvres, s'impatientent et entendent exprimer, par la force, leurs revendications. De ce point de vue, ces journées sont les premiers soulèvements populaires de la Révolution.

Les « émotions » populaires furent nombreuses au cours de l'année 1789. L'année 1788 avait été très mauvaise pour les cultures, les rendements inférieurs très souvent de plus de 50% à la normale et dès la fin de l'hiver les premières difficultés d’approvisionnement se firent sentir. Le prix du pain s'envola et l'alarme du peuple sur ses subsistances coïncida avec la convocation des états généraux.

Les mesures prises par Necker, notamment pour assurer la libre circulation des grains aux fins de faciliter l'approvisionnement des régions déficitaires, provoquèrent dès le printemps en Flandres de nombreux soulèvements populaires où les femmes, particulièrement sensibilisées à la dérive des prix du pain, prirent toute leur part.. Le peuple pilla les maisons des échevins et des marchands les plus détestés, à Dunkerque à la fin juillet le peuple taxe le blé à 30 livres la rasièreAncienne mesure de capacité employée à Lille, en Picardie, en Normandie, pour le grain, les fruits, le charbon, etc. Elle valait 70 litres 14 centilitres. et quelques jours plus tard la municipalité est contrainte de légaliser cette taxe.