thumb|upright=1.3|Expulsions de gouttelettes respiratoires lors d'un éternuement.
L'éternuement ou sternutation est une expiration brusque et bruyante, semi-autonome ou involontaire (réflexe au niveau cortical) par le nez et la bouche, provoquée par un mouvement subit et convulsif des muscles expirateurs (notamment les muscles intercostaux) en raison d'une irritation des muqueuses nasales ou de leur mise en contact avec un corps étranger.
Définition
Le site du dictionnaire Larousse définit l'éternuement comme une Site larousse.fr, définition de l'éternuement, consulté le 22 mai 2020. Le site du CNRTL reprend ces termes en précisant qu'il s'agit d'un Site cntrl.fr, page sur la définition de l'éternuement, consulté le 22 mai 2020..
L'éternuement correspond donc à un mécanisme de défense de l'organisme et permet à chaque individu qui éternue d’expulser du nez des particules, des agents irritants ou des microbes qui pourraient causer une infectionSite passeportsanté.fr, article sur le mot éternuement, consulté le 22 mai 2020.. La sternutation en est le terme médical et désigne plus particulièrement une série d'éternuements à répétitionsternutation sur CNRTL (consulté le 23 mai 2020). On qualifie de sternutatoire ce qui provoque l'éternuement (consulté le 23 mai 2020).. Certaines personnes ont tendance à éternuer en passant de l'ombre au soleil, ou quand elles regardent une source de lumière vive : on parle alors de réflexe photo-sternutatoire.
L'onomatopée française qui correspond à l'éternuement est « » (« achoo » en anglais, « hastschi » en allemand et « etciù » en italien.)
Caractéristiques Présenté comme un réflexe incontrôlable et brusque, l'éternuement concerne tout le monde, en tout lieu et à tout moment. La vitesse de l'expulsion des postillons (ou gouttelettes respiratoires) et autres corps depuis le nez et la bouche de la personne qui éternue a longtemps été estimée à une vitesse très rapide (supérieure à )Site futura-sciences.com, article "Quelle est la vitesse d'un éternuement ?", consulté le 22 mai 2020.. En fait, cette vitesse est beaucoup plus basse, de l'ordre de , soit un maximum de ..
Causes Généralement présentée comme une réaction normale de l'organisme, il existe plusieurs causes à l'éternuement, tel que le rhume (dit aussi , autrefois dénommé ) ou une rhinite allergique (dite aussi rhume des foins), plus rarement un état grippalSite asthma.ca "Tableau de comparaison des infections des voies respiratoires supérieures", consulté le 22 mai 2020 mais lorsqu'elle est plus ou moins répétée, cette réaction peut être liée à un encombrement nasal (poussières), à la présence d'un élément allergène (pollen, poils d'animaux), à un parfum ou une odeur trop forte, à une polypose nasale, ou à la lumière de forte intensité (dénommé réflexe photo-sternutatoireSite santemagazine.fr article "5 raisons qui expliquent les éternuements répétés", consulté le 22 mai 2020., dont la cause probable serait une anomalie congénitale touchant les signaux nerveux dans le noyau du cinquième nerf crânien appelé nerf trijumeau).
Mesures d'hygiène et comportements-barrière
vignette |Shadogramme montrant l'écoulement d'air lors d'un éternuement lorsque différentes mesures-barrières sont prises.
Inoffensif chez un individu en bonne santé, l'éternuement contribue à la propagation par la bouche et le nez de divers microbes aérotransportés via des gouttelettes infectieuses d'aérosol, notamment dans l'environnement et l'air intérieurAi, Z. T., & Melikov, A. K. (2018) Airborne spread of expiratory droplet nuclei between the occupants of indoor environments: A review. Indoor air, 28(4), 500-524.. Un éternuement peut projeter environ gouttelettes jusqu'à 1 m de distance (gouttelettes d'une taille variant généralement de 0,5 à 5 µm)Cole EC, Cook CE (August 1998). "Characterization of infectious aerosols in health care facilities: an aid to effective engineering controls and preventive strategies". Am J Infect Control. 26 (4): 453–64. doi:10.1016/S0196-6553(98)70046-X. .. Un allergique ou un malade enrhumé ou grippé peut éternuer des dizaines de fois par heure sans pouvoir se laver les mains à chaque toux ou éternuement.Une pratique courante était de mettre la main devant la bouche quand on éternue ou tousse ; ce geste protège l'entourage immédiat des micro-gouttelettes chargées de virusSattar, S. A., Bhardwaj, N., & Ijaz, M. K. (2016) Airborne viruses. Manual of environmental microbiology, 3-2. (résumé) ou bactéries, dans l'instant, mais ces microbes expulsés sont alors abondamment présents sur la peau des mains. La recommandation d'utiliser les mains à cette fin est récemment tombée en désuétudeCentral Maine Medical Center. "Why Don't We Do It In Our Sleeves". CoughSafe. CMMC, St. Mary's Hospital, Maine Medical Association. Retrieved 17 October 2016. car inappropriée en termes d'hygiène : en effet les mains deviennent alors la principale source d'une contagion très efficace, via notamment les poignées de main, les poignées de portes, rampes d'escalier, la robinetterie...
Les microbes sont ensuite facilement dispersés sur divers objets (qui deviennent alors des fomites). Tant que possible, il est donc maintenant recommandé de se moucher dans des mouchoirs en papier jetables (puis les jeter dans une poubelle appropriée), et de toujours éviter de se contaminer les mains en toussant ou éternuant dans le creux du coude, le bras plié devant soi dans les deux coudes, les deux bras croisés devant soi, les mains disposées sur les côtés (en arrière ou contre les épaules), sans non plus trop empêcher l'expulsion de l'air. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, de nombreux gouvernements et instances nationales ont publié des fascicules sur ce sujetSite solidarites-sante.gouv.fr, page "Geste 2 : éternuer ou tousser dans le pli de son coude, plutôt que dans ses mains", consulté le 22 mai 2020..
Remèdes populaires pour contrer l'éternuement Ils sont nombreux ; en voici quelques-uns dont l'efficacité reste à démontrerSite topito.com, article "Top 10 des astuces pour s’empêcher d’éternuer ", consulté le 22 mai 2020.. presser son palais avec sa langue sur la plus grande surface possible ; chatouiller son palais avec le bout de la langue ; fermer les yeux et poser ses doigts dessus ; serrer la racine du nez ; se pincer le nez en maintenant la bouche fermée. Toutefois, si l'éternuement se produit, il ne faut pas maintenir le nez pincé : via les trompes d'Eustache, la pression de l'air se propagerait vers l'oreille moyenne. Il y aurait alors risque de lésion de l'oreille moyenne ou de l'oreille interne, ainsi que d'apparition d'une douleur à ce niveau. Si la bouche s'ouvre à ce moment, les oreilles seraient alors relativement protégées, mais l'éternuement éjecte plus de gouttelettes de salive et de mucus ; retenir sa respiration : pour éternuer, il faut pouvoir expirer de l'air, plutôt que de se pincer le nez ; avaler sa salive de façon répétée jusqu'à ce que la sensation d'éternuement disparaisse. Cette astuce fonctionne presque systématiquement ; poser perpendiculairement son doigt (index) sous son nez, comme pour le renifler, et appuyez plus ou moins fort vers la tête ; ou plus simplement, se « déconcentrer » de l'envie d'éternuer, en faire abstraction, contrôler et contenir ce réflexe, ce qui évite ainsi (lorsque l'on se trouve en compagnie ou dans un lieu silencieux par exemple) d'avoir à faire un quelconque mouvement d'esquive ou bruit ; évidemment la réussite de ce procédé est proportionnelle au contrôle moteur qu'il est possible d'avoir sur l'envie d'éternuer dès que celle-ci est ressentie ; incliner la tête arrête parfois un éternuement ; réduire l'interaction avec les irritants/allergènes ; expirer profondément l'air dans les poumons juste avant d'éternuer, réduit le volume d'air chassé ; et tout simplement, bien se moucher.
L'efficacité (relative) de ces méthodes reposerait sur différents moyens d'agir ou rétro-agir sur le système neurovégétatif (orthosympathique / parasympathique) impliqué dans le réflexe d'éternuement. Certaines personnes trouvent en outre agréable ou utile d'éternuer, et ne souhaitent pas s'en empêcherAdkinson NF Jr. (2003) "Phytomedicine". Middleton's Allergy: Principles and Practice (6th ed.). .
Danger de se retenir d'éternuer Plusieurs cas cliniques ont été rapportés dans la littérature médicale qui montrent qu’il peut être dangereux de réprimer un éternuement.. Plusieurs études ont par ailleurs montré que la pression est d’autant plus élevée que l’on cherche à résister à l’expulsion de l’air lors d’un effort d'éternuement. Empêcher un éternuement en obstruant les narines et en fermant la bouche peut multiplier la pression de 5 à 24 fois par rapport à un éternuement ordinaire.
Les complications sont variées, pouvant siéger au niveau intracrânien, intrathoracique, oculaire, ainsi qu’au niveau du larynx ou des oreilles. Elles peuvent également être vasculaires. Ont été décrits la survenue d'une thrombose veineuse cérébrale (variété d'AVC), fracture du cartilage thyroïde (rupture de la "pomme d'Adam"), emphysème orbitaire (pénétration d’air dans les tissus de l’orbite), présence d’air intracrânien (pneumocéphalie), présence d’air dans l’oreille interne (pneumolabyrinthe), chylothorax (par rupture du canal thoracique qui véhicule la lymphe), déchirure du diaphragme et les muscles intercostaux, dissection aortique (fissure de la paroi interne de l'aorte).
Connaissance médicale ancienne En 1664 le philosophe Martin Schoock (1614-1669) produit son qui traite à la fois de des aspects médicaux et culturels des éternuements ; en particulier des coutumes de bénédiction des éternuements. Cet ouvrage fait suite à un ouvrage du médecin et professeur de l'Université de Wittemberg, Conrad Victor Schneider (1614-1680) : dans son de 1655, puis dans son De catarrhis de 1660-62 et 1664, Schneider a démontré que le nez, comme on le croyait depuis Hippocrate et Galien, n'était pas l'émonctoire du cerveau (d'où l'expression de « rhume de cerveau »). Quelques anatomistes du seizième siècle avaient déjà réfuté l'opinion des anciens, suivant laquelle il existe, entre les ventricules du cerveau et le nez, une communication dont on s'était généralement servi pour expliquer le coryza ; Schneider démontre par l'anatomie que cette opinion est insoutenable. Schneider découvre la muqueuse naso-sinusienne (tunica narium) ; il place dans le sang la source du catarrhe ; sa substance est une éjection () de la masse sanguine entière. En 1664, la révocation de cette théorie dite « catarrhale », si elle n'est pas entérinée par l'ensemble du corps médical, autorise déjà une modification de la théorie des éternuements, réalisée par le traité de Schoock. C'est un témoignage intéressant sur le changement d'opinion au contact de l'œuvre de Schneider : Le est commenté dans le premier numéro du Journal des savants de janvier 1665 ; le Journal annonce que le traité a déjà été publié 15 ans plus tôt ( de 1649, œuvre disparue) et que l'auteur en 1664 a complètement changé d'opinion. Le de 1649 ayant été perdu on ne peut que s'en faire une idée par un large extrait cité dans le de 1664. Y est exposé la théorie qui depuis Hippocrate prévalait pour expliquer les éternuements. On le voit le cerveau ne bénéficiait pas du statut d'organe protégé notamment derrière la barrière hémato-encéphalique. Les ventricules du cerveau servaient de décharge ou de cloaque pour la pituite, la partie excrémentielle des :
Le texte de remplacement de la version de 1664 du montre que l'éternuement s'est déplacé vers la muqueuse nasale: Comme chez Schoock, dans L'Encyclopédie, édition, en 1751, l'éternuement est entièrement nasal et para ailleurs désacralisé