vignette|Fouad Hussein, ministre irakien des Affaires étrangères depuis .|alt=Photo-portrait d'un homme en costume et cravate sur fond d'un drapeau irakien.
La politique étrangère de l'Irak regroupe l'ensemble des liens diplomatiques entretenus par la république d'Irak depuis son indépendance de l'Empire ottoman proclamée en 1921. L'Irak est un protectorat britannique sous mandat de la Société des Nations entre 1921 et 1932, puis obtient effectivement son indépendance avec la révolution de 1958 qui renverse la famille royale pro-occidentale, et instaure la République.
L'Irak est membre des Nations unies, de la Ligue arabe (dont elle est membre-fondateur) depuis 1945, de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (dont elle est également membre-fondateur) depuis 1960, et de l'Organisation de la coopération islamique depuis 1976. La mise au ban de l'Irak du commerce international entre 1990 et 2003 en représailles à la suite de l'invasion du Koweït par Saddam Hussein, lui a permis d'épargner relativement ses réserves pétrolières par rapport aux autres pays de la région. À l'instar de l'Arabie saoudite, une de ses autres ressources majeures est la présence de lieux saints de l'islam sur son territoire qui attire chaque année des millions de pèlerins (essentiellement iraniens) : le mausolée d'Ali à Nadjaf et la ville de Kerbala.
Le ministre irakien des Affaires étrangères est le Kurde Fouad Hussein, depuis . Ce poste est stratégique pour l'Irak qui dépend largement de ses relations extérieures pour son économie et sa sécurité, après avoir été le théâtre d'une guerre civile particulièrement violente entre 2013 et 2017.
Mais l'Irak est aussi un terrain d'affrontement entre des puissances étrangères en lutte pour étendre leur influence au Moyen-Orient, principalement l'Iran, les États-Unis, la Turquie, et dans une moindre mesure, l'Arabie saoudite. Contrairement à la Syrie, son voisin frontalier, ces puissances étrangères évitent toutefois de s'affronter militairement sur le sol irakien (à l'exception notable de l'élimination du général iranien Qassem Soleimani par une frappe américaine à Bagdad en 2020) et privilégient une lutte politique et commerciale.
Ainsi, la constitution des différents gouvernements irakiens est souvent le résultat d'un compromis intégrant les préoccupations iraniennes, américaines, et turques, qui s'assurent que la politique étrangère de l'Irak ne leur sera pas défavorable. Il doit aussi être représentatif de sa population multiethnique et multiconfessionnelle, alors que le sectarisme chiite de Nouri al-Maliki, Premier ministre de 2006 et 2014, est considéré comme l'une des principales causes de la seconde guerre civile irakienne. Cette guerre a vu, à l'instar de la guerre du Golfe de 1991, intervenir en Irak une vaste coalition militaire internationale dirigée par les États-Unis, cette fois-ci en appui au gouvernement irakien, qui lui a permis de reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire en 2017.
Depuis lors, l'Irak poursuit peu à peu sa réintégration mondiale, étant le sujet de plusieurs conférences internationales en août 2021 et décembre 2022 destinées à la soutenir Bagdad sur les plans économique, diplomatique et sécuritaire. Plusieurs pays arabes et occidentaux y participent, alors que ce sommet a aussi pour objectif de promouvoir le dialogue entre parties prenantes de la région.
Chronologie des relations Le royaume d'Irak de 1932 à 1958
En 1921, les Britanniques, vainqueurs de la campagne de Mésopotamie (théâtre irakien de la Première Guerre mondiale), établissent un protectorat sur l'Irak qu'ils transforment en monarchie constitutionnelle et installent au pouvoir la dynastie des Hachémites.. Malgré son indépendance officiellement obtenue en 1932, l'Irak reste un État satellite du Royaume-Uni qui continue d'exercer son influence via la famille royale qui lui est favorable. gauche|vignette|Soldats britanniques participants à la guerre anglo-irakienne en 1941.|alt=Soldats britanniques en uniformes beiges armés d'un fusil.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'ancien Premier ministre Rachid Ali al-Gillani renverse par un coup d'État le Premier ministre pro-britannique en place Nouri Saïd, et accède au pouvoir. Celui-ci oriente la politique du royaume vers la neutralité, puis vers un rapprochement avec les forces de l'Axe, provoquant la guerre anglo-irakienne, puis la réoccupation de l'Irak par les Britanniques victorieux. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de violentes grèves secouent Kirkouk, dont les protestataires dénoncent les conditions de travail, ainsi que la domination britannique sur l'exploitation pétrolière. Les tensions dégénèrent davantage lorsque le Premier ministre Salih Jabr signe un nouveau traité avec Londres (pourtant supposé plus favorable à l'Irak) en 1948, entraînant une répression croissante de la part du gouvernement. La même année, l'armée irakienne se joint à la coalition arabe dirigée par l'Égypte contre Israël lors de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, et conquiert les régions de Jénine et Naplouse, avant d'être repoussée par une contre-offensive qui aboutit à la victoire d'Israël..
En 1955, Nouri Said, rappelé par la monarchie au poste de Premier ministre, réaffirme la politique étrangère pro-occidentale de l'Irak en signant le pacte de Bagdad, alliance miliaire instaurée par la Grande-Bretagne et intégrant d'anciennes colonies britanniques au Moyen-Orient, ainsi que la Turquie. L' est marquée par la crise du canal de Suez en Égypte, une intervention militaire franco-britannique qui a pour but de reprendre le contrôle de canal de Suez nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Cette crise provoque une forte hostilité des populations locales envers les anciennes puissances coloniales de la région, tandis que le succès remporté par Nasser contre cette ingérence occidentale inspire les nationalistes arabes.
Le , la Syrie et l'Égypte s'unissent pour créer la République arabe unie. En réaction, deux semaines plus tard, le l'Irak et Jordanie dont les rois et Hussein sont cousins, s'unissent à leur tour et fondent la fédération arabe d'Irak et de Jordanie..
La république d'Irak de 1958 à 1968
En juillet 1958, une crise politique éclate au Liban résultant de tensions entre le gouvernement pro-occidental et ses opposants politiques inspirés par Nasser, désireux de rejoindre la République arabe unie.. La Jordanie voisine du Liban se sentant menacée, sollicite un appui militaire au gouvernement irakien, qui envoie en direction d'Amman la blindée de Diwaniyya. Mais l'officier nasseriste Abdel Salam Aref qui commande cette division décide de faire demi-tour dans la nuit du , et de retour à Bagdad, attaque le palais royal avec l'aide d'Abdel Karim Kassem, co-organisateur du coup d'État. Le Premier ministre Nouri Saïd et la famille royale sont massacrés (malgré la reddition rapide de cette dernière), à la suite de quoi les putschistes proclament la république d'Irak, et la dissolution de la fédération arabe d'Irak et de Jordanie.
vignette|Les officiers Abdel Karim Kassim et Abdel Salam Aref, meneurs de la révolution irakienne de 1958.|alt=Deux officiers irakiens en uniforme de profil.
Les années suivantes, la République nouvellement proclamée fonde son régime sur le socialisme arabe et réoriente sa politique étrangère vers le bloc de l'Est permettant à plusieurs pays communistes, dont l'Union soviétique et la république populaire de Chine d'ouvrir des ambassades à Bagdad.. Tout en se retirant du pacte de Bagdad (dont le siège est déplacé à Ankara) en , Abd al-Karim Kassem au pouvoir en Irak maintient des liens étroits avec Londres et les États-Unis, qui s'accommodent de son rapprochement avec l'Union soviétique. Une délégation irakienne se rend à Moscou dès le ..
Sur le plan intérieur, Abd al-Karim Kassem et Abdel Salam Aref se partagent le pouvoir et les principaux ministères, mais rapidement, des tensions apparaissent dans le nouveau gouvernement irakien, entre les nationalistes favorables à l'indépendance de l'Irak, et les nasséristes favorables à son rattachement à la République arabe unie. En , Abdel Salam Aref (nassériste) est arrêté et emprisonné sur ordre du Premier ministre, son ancien frère d'armes Abd al-Karim Kassem (indépendantiste), provoquant des tensions avec l'Égypte de Gamal Abdel Nasser. Celles-ci accentuées en par un projet irakien d'annexion du Koweït, petit émirat riche en pétrole au sud-est de l'Irak, condamné par l'Égypte, le Liban, la Jordanie, la Tunisie, les États-Unis, l'Iran et le Japon. En représailles de ces condamnations internationales, Abd al-Karim Kassem rompt ses relations diplomatiques de l'Irak avec ces États. La Grande-Bretagne garde au Koweït (supposés se retirer à l'indépendance de celui-ci en 1961), remplacés les moins suivants par une force multinationales arabe initiée par Nasser, poussant Abd al-Karim Kassem à renoncer à son projet d'invasion. En , ce dernier est renversé et exécuté à la suite d'un coup d'État du parti Baas, qui place son rival Abdel Salam Aref à la présidence, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort accidentelle trois ans plus tard. Son frère Abdel Rahmane Aref lui succède, mais ne reste au pouvoir que pendant deux ans.
La république d'Irak de 1968 à 2003
gauche|vignette|Le Premier ministre irakien Ahmed Hassan al-Bakr accompagné par les présidents égyptien et syrien Gamal Abdel Nasser et Louaï el-Atassi, 1963.|alt=Trois hommes debout de face en costume. L' est marquée un nouveau coup d'État du Parti Baas, mené par Ahmed Hassan al-Bakr, ancien Premier ministre d'Abdel Salam Aref (de février à ) et Saddam Hussein, qui se partagent à leur tour le pouvoir, le premier à la présidence, le second à la vice-présidence. Depuis lors, Saddam Hussein reste à la tête de l'Irak (dont il devient président en 1979) pendant jusqu'à son renversement par l'invasion américaine en 2003. Sous sa gouvernance, l'Irak devient une puissance régionale, en partie grâce aux revenus du pétrole et aux soutiens des pays occidentaux, arabes, et du bloc de l'Est.. Car en 1973, l'Irak participe à la concertation des pays producteurs de pétrole qui provoque un quadruplement du prix du baril, tandis que cette entente facilite l'intégration du nouveau régime irakien dans le monde arabe.
En 1979, alors que Saddam Hussein accède à la présidence, l'Iran se retrouve isolée diplomatiquement après la révolution islamique, tandis que l'Irak, perçue comme une force stabilisatrice pour la région, est soutenue par la France, les États-Unis, l'Union soviétique, et des puissances arabes comme l'Arabie saoudite et l'Égypte. Bénéficiant d'un important appui financier et matériel, Saddam Hussein attaque l'Iran pour annexer une partie de son territoire et de ses ressources pétrolières en . Bien qu'approvisionnée en grande quantité en armes et en technologies, l'armée irakienne s'enlise et la guerre Iran-Irak prend fin au bout de huit ans en , sans faire de vainqueur, mais avec un bilan humain de plusieurs centaines de milliers de victimes.. Après la guerre, Saddam Hussein poursuit sa politique extérieure en direction des États arabes, par la création d'un Conseil de coopération arabe composé de l'Irak, la Jordanie, l'Égypte et le Yémen du Nord.