vignette|400px|Dupuy-de-Lôme, navire collecteur de renseignements d'origine électromagnétique de la Marine nationale française : il est employé par la direction générale de la Sécurité extérieure et la direction du Renseignement militaire.
Le renseignement d'origine électromagnétique ou ROEM (en anglais : ou SIGINT) est un renseignement dont les sources d'information sont des signaux électromagnétiques : communications utilisant les ondes (radio, satellitaire), émissions d'ondes faites par un radar ou par des instruments de télémesure. Le plus célèbre réseau ROEM est le système Echelon, développé principalement par des États anglo-saxons dans le cadre du traité UKUSA de 1946, et connu du grand public depuis les années 1990. Outre les écoutes téléphoniques, le ROEM comprend donc la surveillance des télégrammes, des télécopieurs, des courriers électroniques et autres sortes de communications électroniques, facilitant l'espionnage industriel et posant d'évidents problèmes de respect de la vie privée.
Par extension, le ROEM désigne toutes les activités liées à la collecte et à l'analyse des signaux et à l'obtention de tels renseignements. Le ROEM se définit par opposition au renseignement d'origine humaine (ROHUM), au renseignement d'origine sources ouvertes (ROSO), et au renseignement d'origine image (ROIM).
Description
Les signaux peuvent être répartis en trois types principaux : COMINT, ELINT et FISINT.
COMINT
Renseignement issu de l'interception de télécommunications (en ou COMINT).
ELINT Renseignement électronique (en ou ELINT) : renseignement obtenu à partir des émissions électromagnétiques hors communications. Cette discipline s'applique principalement pour les émissions radar. Elle permet de caractériser précisément ce qui est physiquement émis par un émetteur. Cette étape est essentielle pour l'identification des signaux et pour les contre-mesures (brouillage, leurrage).
FISINT Renseignement tiré de signaux d'instrumentation étrangers (en ou FISINT) : écoute de transmissions d'instrumentations installées dans des systèmes aérospatiaux, de surface ou sous-marins étrangers. Par exemple la télémesure d'un système en cours de test, les systèmes de poursuites ou la transmission d'images vidéo d'un drone. Les signaux de télémesure des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) ( ou TELINT) sont un élément important de contrôle des traités de réductions d'armements.
Note Le renseignement mesure et signature (en ou MASINT), diffère au ROEM dans le sens où il concerne les signaux émis involontairement par les systèmes adverses, comme le bruit d'un char ou la cavitation des hélices de navires. Ces signaux peuvent être d'origine électromagnétique ou non.
Fonctionnement
Le renseignement d'origine électromagnétique doit d'abord être distingué des interceptions de communications (telles les écoutes téléphoniques) pratiquées par la police et placées sous la supervision du pouvoir judiciaire. En effet, étant assuré par les services de renseignement, le ROEM n'est pas soumis à autorisation des instances judiciaires.
La confidentialité des communications internationales est pourtant protégée, en théorie, par la Convention des télécommunications internationales (), la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961, et 30), la Déclaration universelle des droits de l'homme ( sur la protection de la vie privée), de même que la Convention européenne des droits de l'homme (art. 8) et le quatrième amendement à la Constitution des États-Unis. De plus, un groupe de travail spécifique, visant à protéger les données personnelles dans le domaine des télécommunications, de la Conférence internationale sur la protection des données personnelles, le (IWGDPT), est mis en place en 1983Voir papiers du Working Group sur le site du commissariat berlinois pour la protection des données et la liberté d'information (en anglais)..
Le ROEM se distingue en outre des interceptions opérées par la police, en ce sens que cette dernière vise normalement une ligne spécifique ou un groupe de lignes, tandis que le ROEM conduit des « pêches » aux communications internationales, et n'a pas besoin que les correspondants interceptés soient supposés criminels..
Le ROEM s'effectue en trois phases: la planification, c'est-à-dire l'identification de l'information demandée par les consommateurs (ministères) ; l'accès et la collecte des données; enfin le traitement de celles-ci, qui permet leur diffusion ultérieure aux consommateurs intéressés.
La collecte de COMINT ne peut avoir lieu qu'avec l'accès à l'infrastructure de télécommunications, accès obtenu à la fois avec la complicité des opérateurs de télécommunications et à leur insu..
Puisque les informations importantes sont souvent chiffrées, le ROEM demande souvent de recourir à la cryptanalyse. Cependant, l'attaque par analyse du trafic (qui envoie à qui et le volume du trafic) produit régulièrement des informations importantes, même si les messages ne peuvent être décryptés. Par exemple, Alice envoie à Benoît une vingtaine de messages chiffrés. Or, Benoît est connu des services secrets, mais pas Alice. Conclusion : Alice a probablement un lien avec Benoît. Elle est donc à surveiller.
Histoire du ROEM jusqu'en 1945
vignette|250px|Panneau avertisseur sur la route vers Pine Gap, l'un des plus grands centres régionaux ROEM, ouvert à la suite d'un accord australo-américain signé en 1966.
Avec la modernisation des méthodes de communications, le ROEM est devenu plus important pour les forces armées et pour le corps diplomatique. Pendant la Première Guerre mondiale, l'armée russe subit une importante défaite par les Allemands lors de la bataille de Tannenberg. La cause principale de celle-ci fut une protection insuffisante des moyens de communication russes . L'entrée en guerre des États-Unis à cette époque est largement attribuée à l'interception et au décryptage du télégramme Zimmermann .
Bien que les activités ROEM puissent opérer admirablement, il se peut que les décideurs soient incapables d'en tirer toutes les conclusions utiles. Par exemple, lors de la Première Guerre mondiale, le commandement britannique ne prêtait pas d'importance au ROEM, alors que les services l'informaient d'une importante activité radio du côté allemand. Cette carence mena à la défaite britannique lors de la bataille du Jutland .
Pendant la Première Guerre mondiale, environ travaillent dans le renseignement d'origine électromagnétique : dans l'armée, autant dans la Royal Navy, dans la censure des câbles et de la télégraphie sans fil, et 500 au (WTID) qui exploite le renseignement pour le blocus de l'Allemagne. Durant le conflit, le Royaume-Uni intercepta de câbles et de messages sans fil. Cet ouvrage compte aussi personnes travaillant dans la censure postale et l'interception d'un milliard de courriers par bateau dans sa définition du SIGINT, mais il ne s'agit pas de communications électromagnétiques.. En 1917, Washington mit en place le MI-8 (Cipher Bureau ou encore Black Chamber), qui était la section cryptographique de la (MID). Dirigée par Herbert Yardley, le MI-8 fut dissous en 1929 par le secrétaire d'État Henry Stimson, qui écrivit plus tard dans ses mémoires : « » ().. Néanmoins, les opérations de cryptographie et de cryptanalyse continuèrent, sous l'égide du Signal Intelligence Service (SIS) de l'armée et de la de la marine.
Depuis les années 1920, les communications internationales venant du Royaume-Uni et des États-Unis, dirigées vers ces pays ou transitant par ceux-ci sont interceptées.. En 1919, des compagnies du câble américaines tentèrent ainsi de résister aux demandes de Londres d'accéder aux câbles envoyés à l'étranger, et trois d'entre elles témoignèrent l'année suivante devant le Sénat des États-Unis, en . La Grande-Bretagne passa alors la Loi sur les Secrets officiels de 1920, assurant l'accès à tous les types de communications spécifiés. La Loi sur l'interception des Communications de 1984 réglementa le même pouvoir pour l'interception des communications internationales. Les lois des autres pays de l'UKUSA stipulent des exigences similaires à l'égard des opérateurs de télécommunications.
Le ROEM s'est illustré lors de la Seconde Guerre mondiale. La rapidité du Blitzkrieg et l'activité des sous-marins allemands ont incité les armées alliées à en améliorer les techniques. Les Britanniques, niant son importance au début de la guerre, perdirent ainsi le en 1940. D'un autre côté, les Polonais parvinrent à mettre la main sur une machine Enigma et commencèrent à travailler au déchiffrement des messages créés par celle-ci. À la suite de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, la machine allemande et les travaux polonais furent repris par les Britanniques. Cette opération, maintenant connue sous le nom d'Ultra, était essentiellement effectuée depuis Station X à Bletchley Park, Alan Turing étant le membre le plus connu de cette équipe. Elle permit plusieurs victoires alliées décisives lors de la Seconde Guerre mondiale, comme la victoire américaine lors de la bataille de Midway (), et facilita les travaux du nouveau Special Services Branch, mis en place en (au même moment que l'OSS).
En 1943, le projet Venona de cryptanalyse fut mis en place par les États-Unis et le Royaume-Uni, et demeura actif jusqu'en 1980. Venona, qui fut rendu public en 1995, permit de démasquer les espions Klaus Fuchs, Harry Gold, David Greenglass, Theodore Hall, William Perl, et certains membres des Cinq de Cambridge (Guy Burgess, Donald Maclean, Kim Philby) entre 1948 et 1951.. Venona dévoila aussi que le sous-secrétaire d'État Harry Dexter White (qui devint président du FMI) avait informé les Soviétiques, et aurait aussi identifié les activités d'espionnage présumées d'Ethel et Julius Rosenberg.
Les Américains, de leur côté, parvinrent à « briser » les messages chiffrés par le code JN-25 japonais. Connaissant les intentions japonaises, l'amiral Nimitz vainquit les Japonais lors de la bataille de Midway, six mois seulement après la défaite américaine à Pearl Harbor. Le décryptage des messages japonais permit aussi d'apprendre le trajet que l'amiral Yamamoto devait prendre, et ainsi d'abattre l'avion qui le transportait en .
Histoire du ROEM après 1945 Interception des télégrammes
vignette|Le télégramme Zimmermann, par lequel l'Allemagne propose au Mexique de s'allier contre les États-Unis, lors de la Première Guerre mondiale, déchiffré et traduit.
De 1945 à 1975, la (NSA) américaine a obtenu systématiquement des principales entreprises de télégraphie (RCA global, ITT World Communications et la Western Union) l'accès aux messages circulant par câble (projet Shamrock). L'interception des télécommunications se faisait au départ par la collecte de copies papier de télégrammes, puis par la remise de bandes magnétiques.. Selon la commission Church du Sénat américain (1975), la NSA sélectionnait environ par mois, sur un total de de messages par mois, pour en faire un compte rendu (soit sur 40). Des milliers de messages étaient transférés à d'autres agences de renseignement pour analyse. Lew Allen, alors directeur de la NSA, reconnaissait le , devant la commission Pike, que « la NSA [interceptait] systématiquement les communications internationales, les appels téléphoniques comme les messages câblés », dont « des messages adressés à des citoyens américains ou émanant d'eux »..